La Formule du Consensus Helvétique 1675 (formula consensus)

Source : Histoire de l'Eglise de Genève depuis le commencement de la Réformation jusqu'en 1815. Ed. 1862. Texte copié de l'original par CFC Réforme.


CANON 1.
Dieu, dont la bontĂ© et la grandeur sont infinies, a non seulement rĂ©digĂ© par Ă©crit par MoĂŻse, par les prophètes et par les apĂ´tres, la Parole qui est la puissance Ă  tout croyant, mais il a encore, jusqu’Ă  cette heure, veillĂ© continuellement avec une affection paternelle sur ce Livre pour empĂŞcher qu’il ne fĂ»t corrompu par les ruses de Satan, ou par quelque artifice des hommes. L’Église reconnaĂ®t donc avec beaucoup de raison que c’est Ă  une grâce et une faveur de Dieu toute particulière, qu’elle est redevable de ce qu’elle a et de ce qu’elle aura jusqu’Ă  la fin du monde. La parole des prophètes renferme les saintes Lettres, dont un seul point et un seul iota ne passera point, non pas mĂŞme quand les cieux et la terre passeront.

CANON 2.
Les livres hĂ©breux du Vieux Testament en particulier, que nous avons reçus de l’Église judaĂŻque, Ă  qui les oracles de Dieu furent autrefois confiĂ©s; ces livres que nous conservons encore aujourd’hui sont authentiques, tant par rapport Ă  leurs consonnes que par rapport Ă  leurs voyelles. Par ces voyelles il faut entendre les points eux-mĂŞmes, ou du moins leur valeur; ils sont aussi divinement inspirĂ©s, tant pour les choses mĂŞmes que pour leurs expressions, de sorte qu’ils doivent ĂŞtre avec les Ă©crits du Nouveau Testament la seule règle invariable de notre foi et de nos mĹ“urs. C’est avec cette règle qu’il faut examiner, comme avec une pierre de touche, toutes les versions, orientales ou occidentales, et si elles s’en Ă©cartent en quelque chose, il faut les y rendre conformes.

CANON 3.
Nous ne pouvons donc point approuver le sentiment de ceux qui posent en fait que la manière dont on lit le texte hĂ©breu n’a Ă©tĂ© Ă©tablie que par la volontĂ© des hommes. Dans les endroits oĂą ils ne trouvent pas Ă  leur grĂ© cette manière de lire, ils ne se font aucune peine de la rejeter et de la corriger par les versions grecques des LXX et des autres interprètes, par le texte samaritain, par les paraphrases chaldaĂŻques ou par d’autres versions encore. Ils vont mĂŞme quelquefois jusqu’Ă  suivre les corrections que la seule raison leur dicte. Ainsi, ils ne connaissent pour authentique aucune autre leçon que celle qu’on peut dĂ©terminer en comparant les unes avec les autres les diffĂ©rentes Ă©ditions, sans en excepter mĂŞme celle du texte hĂ©breu, qu’ils prĂ©tendent avoir Ă©tĂ© altĂ©rĂ© en plusieurs manières. Ils veulent que chacun se serve de son propre discernement dans l’examen des diverses leçons. Enfin, ils soutiennent que les exemplaires hĂ©breux que nous avons aujourd’hui ne sont pas les seuls qu’il y ait jamais eu, puisque les versions des anciens interprètes diffèrent de notre texte hĂ©breu, ce qui est, encore aujourd’hui une preuve que les livres hĂ©breux n’Ă©taient pas entièrement uniformes. De cette manière, ils Ă©branlent le fondement de notre foi et portent atteinte Ă  son autoritĂ©, toute digne qu’elle est de notre respect le plus profond.

CANON 4.
Dieu fit, avant la crĂ©ation du monde, le DĂ©cret des Siècles en JĂ©sus-Christ Notre Seigneur ; il forma ce dĂ©cret par le pur bon plaisir de sa volontĂ©, sans aucune prĂ©vision du mĂ©rite des Ĺ“uvres ou de la foi. Il choisit, Ă  la louange de sa grâce magnifique, un nombre fixe et dĂ©terminĂ© d’hommes qui auraient le malheur de naĂ®tre avec tout le reste du genre humain d’un sang corrompu et d’ĂŞtre souillĂ©s et esclaves du pĂ©chĂ©. Il rĂ©solut de les conduire dans ce temps au salut par le seul mĂ©diateur, JĂ©sus-Christ ; il dĂ©termina en lui-mĂŞme de les appeler d’une manière efficace, des les rĂ©gĂ©nĂ©rer, et de leur donner la foi et la repentance en considĂ©ration du mĂ©rite de ce mĂŞme JĂ©sus-Christ, et par la vertu toute puissante du Saint-Esprit, auteur de la rĂ©gĂ©nĂ©ration. Ainsi Dieu forma de cette sorte le dĂ©cret de faire briller sa gloire. Il rĂ©solut : 1° de crĂ©er l’homme innocent ; 2° de permettre sa chute ; 3° enfin, d’avoir compassion de quelques-uns d’entre les hommes pĂ©cheurs, par cela mĂŞme de les Ă©lire, mais de laisser les autres dans leur corruption, et de les dĂ©vouer finalement Ă  un malheur Ă©ternel.

CANON 5.
JĂ©sus-Christ lui-mĂŞme se trouve compris dans ce misĂ©ricordieux dĂ©cret de l’Ă©lection divine. Ce n’est pas qu’il en soit la cause mĂ©ritoire ou le fondement antĂ©rieur, mais c’est qu’il est lui-mĂŞme l’Ă©lu qui a Ă©tĂ© prĂ©connu avant la fondation du monde, et, par cela mĂŞme, qu’il est le premier et le principal moyen que Dieu a trouvĂ© bon d’employer pour l’exĂ©cution de son dessein charitable. Il a Ă©tĂ© Ă©lu pour ĂŞtre notre prĂ©cieux mĂ©diateur et notre frère aĂ®nĂ©. C’est de son mĂ©rite prĂ©cieux que Dieu a voulu se servir pour nous communiquer le salut sans blesser sa justice. L’Écriture ne tĂ©moigne pas seulement que l’Ă©lection a Ă©tĂ© faite par le pur bon plaisir du conseil et de la volontĂ© de Dieu, mais elle attribue aussi la destination ou le don et l’envoi de JĂ©sus-Christ, notre mĂ©diateur, Ă  l’amour infini de Dieu le Père pour le monde des Ă©lus.

CANON 6.
C’est pourquoi nous ne convenons point avec ceux qui enseignent que Dieu a Ă©tĂ© touchĂ© d’un grand amour pour le genre humain dont il prĂ©voyait la chute ; nous ne croyons point avec eux qu’il ait eu en vue de sauver tous les hommes, en gĂ©nĂ©ral, et chacun d’eux, en particulier, sous la condition de la foi ; nous ne saurions nous persuader avec eux que Dieu ait fait un tel dĂ©cret par un dessein gĂ©nĂ©ral antĂ©rieur Ă  l’Ă©lection, par une volontĂ© conditionnelle, par un simple souhait, par un premier mouvement de misĂ©ricorde (c’est une de leurs expressions), par un dĂ©sir destituĂ© d’efficace. Nous ne pensons point avec eux que Dieu ait donnĂ© JĂ©sus-Christ pour ĂŞtre le mĂ©diateur de tous les hommes, en gĂ©nĂ©ral, et de chacun d’eux, en particulier. Enfin, nous n’admettons point le système par lequel ils Ă©tablissent que Dieu considĂ©ra quelques hommes non seulement comme pĂ©cheurs dans la personne du premier Adam, mais comme rachetĂ©s dans la personne du second Adam, et qu’il les Ă©lut en cette dernière qualitĂ©, c’est-Ă -dire qu’il rĂ©solut de leur accorder dans le temps, par un effet de sa grâce, le don salutaire de la foi. C’est dans ce seul acte qu’ils font consister l’Ă©lection proprement ainsi nommĂ©e. Ces dogmes et les autres qui leur sont semblables s’Ă©loignent entièrement de la saine doctrine touchant l’Ă©lection, car l’Écriture n’Ă©tend pas Ă  tous les hommes, en gĂ©nĂ©ral, et Ă  chacun, en particulier, le dessein que Dieu a formĂ© d’exercer sa misĂ©ricorde, mais elle le restreint et le limite aux seuls Ă©lus. Elle rejette expressĂ©ment et personnellement les rĂ©prouvĂ©s comme ÉsaĂĽ, Ă  qui Dieu a portĂ© une haine Ă©ternelle ; la mĂŞme Écriture tĂ©moigne encore que le conseil et la volontĂ© de Dieu ne changent point, qu’ils sont immuables, et que Dieu fait dans le ciel tout ce qu’il lui plaĂ®t. En effet, Dieu est infiniment Ă©loignĂ© de toutes les imperfections auxquelles les hommes sont sujets. Il n’y a en lui ni passions, ni dĂ©sirs stĂ©riles ; il n’est ni tĂ©mĂ©raire dans ses desseins, ni susceptibles de repentance, de changement, d’irrĂ©solution. La destination que Dieu a faire de JĂ©sus-Christ pour mĂ©diateur et le salut de ceux qui lui ont Ă©tĂ© donnĂ©s comme son bien propre, son hĂ©ritage assurĂ©, viennent d’une seule et mĂŞme Ă©lection, et n’en sont point le fondement antĂ©rieur.

CANON 7.
Comme Dieu avait de toute Ă©ternitĂ© connu toutes ses Ĺ“uvres, il crĂ©a aussi dans le temps selon sa puissance, sa sagesse et sa bontĂ© infinies, l’homme qui est le plus beau de ses ouvrages et le chef d’Ĺ“uvre de ses mains. Il le fit Ă  son image, et par cela mĂŞme innocent, sage et juste. Après l’avoir formĂ©, il le fit entrer dans l’alliance des Ĺ“uvres ; dans cette alliance il lui promit, par un effet de sa bontĂ©, la vie, sa faveur et sa communion, pourvu qu’il obĂ©Ă®t Ă  ses ordres.

CANON 8.
Cette promesse, qui accompagnait l’alliance des Ĺ“uvres, n’emportait pas seulement la continuation d’une vie et d’une fĂ©licitĂ© de la nature de celle dont notre premier père jouissait sur la terre, mais elle emportait principalement la possession d’une vie, d’une fĂ©licitĂ© Ă©ternelle et cĂ©leste. En effet, l’homme aurait Ă©tĂ© enlevĂ© dans le ciel et il aurait Ă©prouvĂ© en corps et en âme des ravissements ineffables dans la communion de Dieu, s’il eĂ»t achevĂ© la carrière d’une obĂ©issance parfaite ; c’est ce dont l’arbre de vie Ă©tait dĂ©jĂ  une figure pour Adam. C’est aussi ce que nous fait entendre la puissance de la loi que JĂ©sus-Christ a accomplie Ă  notre place. La vie que cette loi nous procure, maintenant que JĂ©sus-Christ a satisfait Ă  tous ses droits, n’est autre chose qu’une vie cĂ©leste, et la mort, dont elle menace, au contraire, les transgresseurs, n’est pas seulement une mort temporelle, mais un mort Ă©ternelle.

CANON 9.
C’est pourquoi nous n’entrons point dans le sentiment de ceux qui disent que la fĂ©licitĂ© cĂ©leste n’Ă©tait point proposĂ©e Ă  Adam comme le prix et la rĂ©compense de l’obĂ©issance qu’il devait rendre Ă  Dieu. Ils ne reconnaissent point d’autre promesse de l’alliance des Ĺ“uvres que celles d’une vie sans bornes dans le paradis terrestre, vie, disent-ils, qui aurait Ă©tĂ© comblĂ©e de tous les biens dont le corps et l’âme peuvent jouir dans l’Ă©tat d’innocence. Cette pensĂ©e est contraire au vrai sens de la parole de Dieu.

CANON 10.
De mĂŞme que l’alliance des Ĺ“uvres que Dieu contracta avec Adam ne regardait pas seulement Adam lui-mĂŞme, mais aussi tout le genre humain qui Ă©tait en lui comme dans son chef et dans sa tige, et qui, par une suite de la bĂ©nĂ©diction que Dieu avait donnĂ©e Ă  la nature, serait sorti de lui pour hĂ©riter de son innocence, s’il avait su la conserver ; pareillement il a pĂ©chĂ© par une chute, funeste, non seulement pour lui-mĂŞme, mais aussi pour tout le genre humain, qui devait tirer son origine du sang et de la volontĂ© de la chair. Il a perdu, pour ses descendants ainsi que pour lui-mĂŞme, les biens qui Ă©taient promis dans l’alliance des Ĺ“uvres. Nous croyons donc que le pĂ©chĂ© d’Adam est imputĂ© Ă  toute sa postĂ©ritĂ© par un juste et secret jugement de Dieu. L’apĂ´tre Saint Paul tĂ©moigne que tous ont pĂ©chĂ© en Adam, que par la dĂ©sobĂ©issance d’un seul homme, plusieurs sont rendus pĂ©cheurs et que tous meurent en lui. Et certainement on ne voit point de raison pour laquelle une corruption hĂ©rĂ©ditaire semblable Ă  une mort spirituelle, aurait, par un juste jugement de Dieu, enveloppĂ© tout le genre humain, s’il n’eĂ»t commis auparavant quelque pĂ©chĂ© qui le rendĂ®t digne de cette mort : Dieu, qui est un juge très juste de toute la terre, ne punit que les coupables.

CANON 11.
L’homme est donc, depuis le pĂ©chĂ©, soumis de sa nature en deux manières Ă  la colère de Dieu et Ă  sa malĂ©diction, et cela dès le premier moment de sa naissance et avant qu’il ait commis aucun pĂ©chĂ© actuel. Il est soumis Ă  cette colère et Ă  cette malĂ©diction 1° pour la faute qu’il a commise et la dĂ©sobĂ©issance oĂą il est tombĂ©, lorsqu’il n’Ă©tait encore que dans les reins d’Adam ; et en 2nd lieu, Ă  cause de la corruption que cette dĂ©sobĂ©issance a entraĂ®nĂ©e après soi. Il hĂ©rite de cette corruption dans le temps mĂŞme de la conception, et elle le rend entièrement dĂ©pravĂ© et mort d’une mort spirituelle. De sorte que c’est avec raison qu’on distingue deux sortes de pĂ©chĂ© originel, savoir le pĂ©chĂ© imputĂ© et le pĂ©chĂ© inhĂ©rent et hĂ©rĂ©ditaire.

CANON 12.
Nous ne saurions donc, sans trahir la vĂ©ritĂ© cĂ©leste, admettre le sentiment de ceux qui nient qu’Adam ait, par un Ă©tablissement de Dieu, reprĂ©sentĂ© tous ses descendants, et, par consĂ©quent, que son pĂ©chĂ© leur soit immĂ©diatement imputĂ©. En se servant du terme d’imputation mĂ©diate et consĂ©quente, non seulement ils anĂ©antissent l’imputation du premier pĂ©chĂ©, mais encore ils rendent extrĂŞmement problĂ©matique la thèse de la corruption hĂ©rĂ©ditaire.


CANON 13.
Comme JĂ©sus-Christ a Ă©tĂ© Ă©lu de toute Ă©ternitĂ© pour ĂŞtre le chef, le prince et l’hĂ©ritier, c’est-Ă -dire le Seigneur de tous ceux qui sont sauvĂ©s, dans le temps, par sa grâce, il a aussi Ă©tĂ© fait, dans le temps, mĂ©diateur de la nouvelle Alliance, uniquement en faveur de ceux qui lui ont Ă©tĂ© donnĂ©s par l’Ă©lection Ă©ternelle pour ĂŞtre son peuple propre et particulier, sa postĂ©ritĂ© et son hĂ©ritage. Car, c’est pour les Ă©lus seuls qu’il a, suivant le dĂ©cret de Dieu le Père et de sa propre volontĂ©, souffert d’une mort cruelle. Il n’a ramenĂ© qu’eux seuls dans le sein de la grâce, il n’a rĂ©conciliĂ© qu’eux seuls avec Dieu le Père, justement irritĂ©, et n’a dĂ©livrĂ© aucune autre personne de la malĂ©diction de la loi. Notre Sauveur JĂ©sus-Christ sauve son peuple en le dĂ©livrant de ses pĂ©chĂ©s ; il a donnĂ© son âme pour la rĂ©demption de plusieurs, pour ses brebis qui prĂŞtent l’oreille Ă  sa voix. Ce n’est que pour elles qu’il veut bien prier comme sacrificateur appelĂ© de Dieu ; il ne prie point pour le monde. Par consĂ©quent, JĂ©sus-Christ Ă©tant mort, les Ă©lus seuls, qui deviennent dans le temps de nouvelle crĂ©atures, ces Ă©lus, pour lesquels il s’Ă©tait offert comme une victime d’expiation, sont censĂ©s morts avec lui et justifiĂ©s de tout pĂ©chĂ©. Ainsi, la volontĂ© de JĂ©sus-Christ mourant conspire parfaitement avec le dĂ©cret du Père et avec l’opĂ©ration du Saint-Esprit. Le Père ne donne au Fils que les seuls Ă©lus Ă  racheter, et le Saint-Esprit ne sanctifie que les seuls Ă©lus. Il n’en sanctifie point d’autre et ne donne qu’Ă  eux seuls une vive espĂ©rance de la vie Ă©ternelle. Telle est la parfaite harmonie du Père, qui forme les dĂ©crets, du Fils, qui opère la rĂ©demption, et du Saint-Esprit, qui nous sanctifie.

CANON 14.
Cela se confirme encore parce que, comme JĂ©sus-Christ a mĂ©ritĂ© et qu’il donne actuellement le salut Ă  ceux pour qui il est mort, il leur a mĂ©ritĂ© aussi, et leur donne actuellement les moyens qui servent Ă  les amener Ă  ce salut, et en particulier l’esprit de rĂ©gĂ©nĂ©ration, et, en particulier, le don cĂ©leste de la foi. Car l’Écriture tĂ©moigne que le Seigneur est venu pour sauver les brebis perdues de la maison d’IsraĂ«l, qu’il envoie le Saint-Esprit comme la principale source de notre rĂ©gĂ©nĂ©ration, et qu’une des plus excellentes promesses de la nouvelle alliance, dont il a Ă©tĂ© fait le mĂ©diateur, c’est qu’il Ă©crira sa loi, c’est-Ă -dire la loi de la foi, dans le cĹ“ur de ses disciples. Elle dĂ©clare encore que tout ce que le Père a donnĂ© Ă  JĂ©sus-Christ vient Ă  lui ; enfin, que par la foi nous avons Ă©tĂ© Ă©lus en JĂ©sus-Christ pour ĂŞtre saints, exempts de toute tache, et, par consĂ©quent, pour ĂŞtre enfants de Dieu par sa grâce. Or, nous ne pouvons ĂŞtre enfants de Dieu que par la foi et par la vertu de l’Esprit qui nous rĂ©gĂ©nère.

CANON 15.
JĂ©sus-Christ a pleinement satisfait Ă  Dieu son Père par l’obĂ©issance qu’il lui a rendue dans la mort Ă  la place des Ă©lus ; mais il faut concevoir cela d’une telle manière, qu’on mette dans le rang de la justice et de l’obĂ©issance qu’il a pratiquĂ©e Ă  la place de ses Ă©lus, tout ce qu’il a fait et souffert pendant tout le cours de sa vie pour accomplir la loi, Ă©tant par excellence le serviteur juste de Dieu. Car, toute la vie de JĂ©sus-Christ n’a Ă©tĂ©, suivant la dĂ©claration de Saint-Paul, qu’un anĂ©antissement continuel, un abaissement et une humiliation qui s’est augmentĂ©e par degrĂ©s jusqu’Ă  son dernier terme, lequel a Ă©tĂ© la mort de la croix.
L’Esprit de Dieu annonce aussi clairement que JĂ©sus-Christ a, par la saintetĂ© de sa vie, satisfait pour nous Ă  la loi et Ă  la justice de Dieu. Il fait consister le prix par lequel nous avons Ă©tĂ© rachetĂ©s, non seulement dans les souffrances du Fils de Dieu, mais dans l’exactitude avec laquelle il a conformĂ© toute sa vie Ă  la loi. S’il attribue notre rĂ©demption Ă  la mort et Ă  la passion de JĂ©sus-Christ, en particulier, ce n’est pas pour une autre raison que parce qu’il a Ă©tĂ© consommĂ© par les souffrances. Ainsi le Saint-Esprit nous fait porter les yeux sur ce dernier pĂ©riode sans lequel nous ne pouvons ĂŞtre sauvĂ©s, et qui nous prĂ©sente un riche tableau oĂą nous voyons briller avec Ă©clat toutes les vertus. Il dĂ©signe l’obĂ©issance de notre Sauveur par le plus illustre de tous ses actes, sans avoir pour cela dessein de sĂ©parer de la mort la vie qu’il avait menĂ©e auparavant.

CANON 16.
Ces choses Ă©tant ainsi, nous ne saurions approuver la doctrine de ceux qui enseignent le contraire. Ils disent que JĂ©sus-Christ a, de son propre mouvement, et suivant la volontĂ© du Père qui l’a envoyĂ©, souffert la mort pour tous les hommes, en gĂ©nĂ©ral, et pour chacun d’eux, en particulier, Ă  condition qu’ils croient Ă  l’Évangile, ce qui est une condition impossible. Ils soutiennent que ce Sauveur a obtenu pour tous les hommes un salut dont ils ne sont pourtant pas tous rendus participants. Ils ajoutent qu’il n’a mĂ©ritĂ© proprement et actuellement le salut et la foi pour personne, en particulier, mais qu’il a seulement levĂ© l’obstacle que formait contre nous la justice divine, et qu’il a, par son sacrifice, donnĂ© lieu au Père de traiter avec tous les hommes une nouvelle alliance. Enfin, ils distinguent entre la justice active et la justice passive de JĂ©sus-Christ, et ils assurent qu’il rĂ©serve pour lui-mĂŞme la justice active, et qu’il ne donne et n’impute Ă  ses Ă©lus que la justice passive. Toutes ces explications, et autres semblables, sont manifestement opposĂ©es Ă  l’Écriture et Ă  la gloire de JĂ©sus-Christ, qui est le chef et le consommateur de notre foi et de notre salut ; elles affaiblissent la vertu de sa mort, et, sous prĂ©texte de relever son mĂ©rite, elles le diminuent en effet.

CANON 17.
La vocation au salut est proportionnĂ©e aux temps. Elle est, suivant que Dieu le juge Ă  propos, tantĂ´t moins gĂ©nĂ©rale, mais elle n’a jamais Ă©tĂ© absolument universelle. Car, sous le Vieux Testament, Dieu a annoncĂ© sa parole Ă  Jacob et ses ordonnances Ă  IsraĂ«l ; il n’a pas fait ainsi aux autres nations. Sous le Nouveau Testament, JĂ©sus-Christ fait, Ă  la vĂ©ritĂ©, la paix par son sang, il a rompu la muraille de sĂ©paration, et Dieu a jusqu’Ă  prĂ©sent Ă©tendu l’enceinte de l’Église, faisant prĂŞcher l’Évangile en plusieurs lieux et adressant Ă  un grand nombre d’hommes la vocation extĂ©rieur : Il n’y a plus de distinction entre les Juifs et les Gentils. Mais Dieu est maintenant le Seigneur de tous, et il dĂ©ploie ses richesses sur tous ceux qui l’invoquent. Cependant la vocation au salut n’est pas pour cela absolument gĂ©nĂ©rale, car JĂ©sus-Christ dĂ©clare qu’il y en a beaucoup d’appelĂ©s, il ne dit pas que tous les hommes le soient, et quant Saint Paul et TimothĂ©e formèrent le dessein de passer en Bythinie, l’Esprit de JĂ©sus ne le leur permit pas. Il y a eu autrefois, et il y a encore aujourd’hui, comme cela se prouve par l’expĂ©rience, des milliers innombrables d’hommes qui n’ont pas mĂŞme ouĂŻ prononcer le nom de JĂ©sus.

CANON 18.
Cependant Dieu ne s’est point laissĂ© sans tĂ©moignage Ă  l’Ă©gard de ceux qu’il n’a pas daignĂ© appeler au salut par sa parole. Il leur a donnĂ© le ravissant spectacle des cieux et des astres. Et, pour leur manifester sa longue tolĂ©rance, il leur a rĂ©vĂ©lĂ© ce que l’on peut connaĂ®tre de Dieu par les ouvrages de la nature et de la Providence. Mais il ne faut pas, pour cela, s’imaginer que ces Ĺ“uvres de la nature et de la Providence divine aient Ă©tĂ© des tĂ©moins suffisants pour supplĂ©er Ă  la vocation intĂ©rieure et pour apprendre aux hommes le mystère du bon plaisir de Dieu, et de la misĂ©ricorde qu’il nous tĂ©moigne en JĂ©sus-Christ ; car l’apĂ´tre ajoute immĂ©diatement que les choses invisibles de Dieu, savoir sa puissance Ă©ternelle et sa divinitĂ©, se voient depuis la crĂ©ation du monde quand on les considère dans ses ouvrages. Il ne dit pas qu’on y dĂ©couvre le secret du bon plaisir de Dieu, qui nous a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par JĂ©sus-Christ. S’il renvoie les hommes Ă  la contemplation de l’univers, ce n’est pas pour y apprendre le mystère du salut que JĂ©sus-Christ nous acquis ; mais c’est pour les convaincre qu’ils sont inexcusables, puisqu’ils n’ont pas mĂŞme fait un bon usage de la connaissance que Dieu leur avait laissĂ©e, et qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifiĂ© comme Dieu et ne lui ont point rendu grâces ; c’est aussi dans le mĂŞme esprit que JĂ©sus-Christ bĂ©nit Dieu son Père de ce qu’il a cachĂ© ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce qu’il les a rĂ©vĂ©lĂ©es aux petits enfants. L’apĂ´tre Saint Paul nous enseigne encore que Dieu nous a fait connaĂ®tre par son pur bon plaisir le secret de sa volontĂ©, suivant ce qu’il avait rĂ©solu en JĂ©sus-Christ.

CANON 19.
Lorsque Dieu appelle extĂ©rieurement les hommes par la prĂ©dication de l’Évangile, il le fait d’une manière très rĂ©elle, nullement feinte ; il ne nous dĂ©couvre pas, Ă  la vĂ©ritĂ©, ses vues secrètes par rapport au salut ou Ă  la damnation de chacun de nous, mais il nous fait connaĂ®tre très sĂ©rieusement et très sincèrement quelle est la nature de notre devoir, et ce que nous avons Ă  espĂ©rer si nous le pratiquons, et Ă  craindre si nous ne le pratiquons pas. La volontĂ© de Dieu, lorsqu’il appelle les hommes, est que ceux qu’il appelle viennent Ă  lui, qu’ils ne nĂ©gligent pas un si grand salut. Aussi promet-il, sans la moindre ombre de dissimulation, le salut Ă©ternel Ă  tous ceux qui viennent Ă  lui par la foi. C’est une vĂ©ritĂ© constante, comme s’exprime un apĂ´tre, que si nous mourons avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; si nous souffrons avec lui, nous rĂ©gnerons aussi avec lui ; si nous le renonçons, il nous renoncera aussi ; si nous sommes infidèles pour lui, il demeure fidèle ; il ne peut se dĂ©mentir lui-mĂŞme. Cette volontĂ© n’est point inefficace, mĂŞme par rapport Ă  ceux qui n’obĂ©issent pas Ă  la vocation divine, parce que Dieu parvient toujours aux fins qu’il s’est proposĂ©es. Il fait connaĂ®tre aux hommes leur devoir et conduit au salut les Ă©lus qui ne manquent pas de s’y appliquer, et il rend inexcusables les autres qui nĂ©gligent de faire ce qu’il leur commande. Certainement, un homme spirituel accordera sans peine le dĂ©cret de Dieu, tel que l’analogie de la foi nous le reprĂ©sente, avec la vocation extĂ©rieure faite de vive voix ou par Ă©crit. Comme Dieu approuve toutes les vĂ©ritĂ©s qui, comme autant de consĂ©quences justes, rĂ©sultent de ses desseins, on a raison d’affirmer qu’il veut que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie Ă©ternelle. Car, quoique Dieu n’ait formĂ© aucun dĂ©cret universel, sans dĂ©terminer ce qu’il fera de chaque personne, et, par consĂ©quent, quoique JĂ©sus-Christ ne soit pas mort pour tous les particuliers d’entre tous les hommes, mais uniquement pour les Ă©lus que Dieu lui a donnĂ©s ; quoique tout cela soit ainsi, dis-je, cependant Dieu veut que cette proposition : Quiconque croit en JĂ©sus-Christ a la vie Ă©ternelle, soit universellement vraie, parce que c’est un consĂ©quence de son dĂ©cret particulier et de sa volontĂ© dĂ©terminĂ©e. Mais, quant Ă  ce qui arrive, que les seuls Ă©lus croient et que les rĂ©prouvĂ©s s’endurcissent lorsqu’on leur met Ă  tous devant les yeux la volontĂ© de Dieu, et qu’on les appelle extĂ©rieurement en son nom, c’est un effet de la seule grâce de Dieu ; elle produit toute cette diffĂ©rence. Les Ă©lus, dĂ©terminĂ©s par cette grâce, croient d’une manière salutaire ; mais les rĂ©prouvĂ©s demeurent dans le pĂ©chĂ© par une suite nĂ©cessaire de cette mĂ©chancetĂ©, qu’ils ont apportĂ©e en venant au monde. Ils s’amassent, par leur impĂ©nitence et par l’endurcissement de leur cĹ“ur, un trĂ©sor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu.

CANON 20.
Nous ne doutons donc point qu’on ne se trompe, quand on croit que Dieu appelle au salut, non seulement ceux Ă  qui il fait prĂŞcher l’Évangile, mais aussi ceux Ă  qui il ne le fait point annoncer et Ă  qui il ne se rĂ©vèle que par les ouvrages de la nature et de la Providence. Les personnes qui sont dans cette erreur ajoutent que la vocation au salut est tellement universelle, qu’il n’y a aucun mortel Ă  qui elle ne soit suffisamment adressĂ©e. Les uns, disent-ils, sont appelĂ©s mĂ©diatement en ce que Dieu leur accordera la lumière de sa grâce, s’ils font un bon usage de leurs lumières naturelles ; les autres le sont immĂ©diatement parce que Dieu leur fait annoncer JĂ©sus-Christ et le salut qu’il nous a acquis. Ils soutiennent, enfin, qu’Ă  moins qu’on Ă©tablisse une grâce absolument universelle, on ne peut pas dire que la vocation extĂ©rieure soit vĂ©ritable et non feinte, ni prouver que Dieu offre très sĂ©rieusement et très sincèrement le salut Ă  tous ceux qu’il appelle. Ce sont lĂ  des dogmes contraires Ă  l’Écriture et Ă  l’expĂ©rience de tous les temps. On y confond manifestement la nature avec la grâce, ce qu’on peut connaĂ®tre de Dieu avec sa sagesse secrète, et les lumières de la raison avec celles de la rĂ©vĂ©lation divine.

CANON 21.
Ceux que Dieu appelle au salut par la prĂ©dication de l’Évangile ne sauraient ni croire en JĂ©sus-Christ, ni rĂ©pondre Ă  cette vocation, Ă  moins que le Seigneur ne les ressuscite et ne les arrache Ă  la mort spirituelle par un acte de cette mĂŞme puissance par laquelle il a commandĂ© que la lumière Ă©clatât du sein des tĂ©nèbres. Il faut que Dieu rĂ©pande sa clartĂ© dans leurs cĹ“urs, par la grâce irrĂ©sistible de son Esprit, afin qu’ils soient Ă©clairĂ©s de la splendeur de la connaissance de sa gloire, qui se dĂ©couvre en la personne de JĂ©sus-Christ. Car l’homme animal ne reçoit point les choses qui partent de l’Esprit de Dieu, elles sont pour lui une folie, et il ne peut mĂŞme les connaĂ®tre, parce qu’il faut ĂŞtre spirituel pour en bien juger. L’Écriture dĂ©montre en plusieurs endroits cette impuissance totale : elle le fait mĂŞme par tant de dĂ©clarations et tant d’emblèmes, qu’Ă  peine trouvera-t-on un sujet sur lequel elle fournisse des preuves plus convaincantes et en plus grand nombres. On pourrait, il est vrai, l’appeler une impuissance morale, Ă  cause que son sujet est moral, de mĂŞme que son objet ; mais elle est aussi naturelle, et doit ĂŞtre appelĂ©e de ce nom, parce que l’homme est naturellement et par une suite des lois de la naissance, enfant de colère, dès le premier moment de sa vie. Comme cette impuissance naĂ®t avec lui, il ne peut s’en dĂ©livrer que par la grâce victorieuse et triomphante du Saint-Esprit.

CANON 22.
Il y a deux manières par lesquelles Dieu, qui est un juste juge, a promis de justifier l’homme : l’une dans la loi, l’autre dans l’Évangile. Dans la loi, il promet de dĂ©clarer l’homme juste en consĂ©quence de ses Ĺ“uvres ou de ses propres actions. Dans l’Évangile, il s’engage Ă  le traiter comme tel en considĂ©ration de l’obĂ©issance ou de la justice d’un autre, savoir JĂ©sus-Christ, notre rĂ©pondant, dont l’obĂ©issance est imputĂ©e par grâce Ă  celui qui croit. Le premier de ces moyens sert Ă  justifier l’homme innocent, le second, Ă  justifier l’homme pĂ©cheur et corrompu. ConformĂ©ment Ă  ces deux moyens de justification, l’Écriture Ă©tablit deux Alliance, l’une des Ĺ“uvres, et l’autre de la grâce. Celle des Ĺ“uvres a Ă©tĂ© traitĂ©e avec le premier Adam, et, en lui, avec chacun de ses descendants. Le pĂ©chĂ© ayant rendu cette première alliance vaine et inutile. Dieu en a traitĂ© avec les seuls Ă©lus, dans le second Adam, une seconde, qui est Ă©ternelle et qui ne sera point sujette Ă  l’abrogation comme la première.

CANON 24.
Au reste, cette dernière Alliance a eu, suivant la diversitĂ© des temps, des Ă©conomies diffĂ©rentes. Car, quand l’apĂ´tre Saint Paul dĂ©signe la dernière Ă©conomie par ces mots : La dispensation de la plĂ©nitude des temps, il nous fait assez clairement entendre qu’il y a eu une autre Ă©conomie et une autre dispensation dans les siècles qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le temps que Dieu avait marquĂ© pour la prĂ©dication de l’Évangile. Mais dans toutes ces deux Ă©conomies de l’Alliance de grâce, les Ă©lus n’ont Ă©tĂ© sauvĂ©s que par l’Ange de la face, par cet agneau immolĂ© dès la fondation du monde, par JĂ©sus-Christ, par la connaissance de ce serviteur juste et par la foi en lui, aussi bien qu’en son Père et en son Esprit. Car JĂ©sus-Christ est toujours le mĂŞme, hier, aujourd’hui et dans tous les siècles, et nous croyons que c’est par la grâce du Seigneur JĂ©sus-Christ que nous serons sauvĂ©s de mĂŞme qu’eux, savoir les Pères. Les mĂŞmes fondements demeurent inĂ©branlables dans tous les deux Testaments. Heureux sont ceux qui se confient en lui, c’est-Ă -dire dans le Fils ! Celui qui croit en lui n’est point condamnĂ©, mais celui qui ne croit point est dĂ©jĂ  condamnĂ© ; vous croyez en Dieu, il veut dire le Père, croyez aussi en moi. Or, si les Pères ont cru en JĂ©sus-Christ, en leur RĂ©dempteur, il s’en suit qu’ils ont aussi cru au Saint-Esprit, puisque personne ne peut, sans le Saint-Esprit, dire que JĂ©sus-Christ est le Seigneur. Et, en vĂ©ritĂ©, on voit dans le Vieux et le Nouveau Testament tant de preuves qui montrent que les Pères ont eu cette foi et qu’elle est nĂ©cessaire pour le salut, qu’il n’y a que ceux qui ferment volontairement les yeux qui puissent ne pas les apercevoir. Il fallait, il est vrai, suivant la nature de l’Ă©conomie de ces siècles-lĂ , tirer la connaissance salutaire de JĂ©sus-Christ et de la très sainte TrinitĂ©, non seulement des promesses de Dieu, mais aussi des ombres, des types et des figures de la loi. Quoique cela rendĂ®t la chose plus difficile qu’elle ne l’est Ă  prĂ©sent, sous le Nouveau Testament, les connaissances des Ă©lus Ă©taient pourtant rĂ©elles et proportionnĂ©es au degrĂ© de rĂ©vĂ©lation dont ils jouissaient. Elles Ă©taient suffisantes, avec la grâce de Dieu, pour leur procurer le salut et pour consoler leurs âmes.

CANON 25.
Nous condamnons donc la doctrine de ceux qui croient nous Ă©taler trois alliances entièrement distinctes les unes des autres, l’alliance naturelle, l’alliance lĂ©gale et l’alliance de l’Évangile. Ils s’embarrassent si fort en pensant les expliquer, et en voulant dĂ©terminer la diffĂ©rence qu’il y a entre elles, qu’ils rĂ©pandent une grande obscuritĂ© sur ce qu’il y a de plus important dans les vĂ©ritĂ©s de la religion. Ils ne se font aucun scrupule de parler avec trop de relâchement de la nĂ©cessitĂ© qu’il y avait, sous le Vieux Testament, de connaĂ®tre JĂ©sus-Christ, de croire en lui, de se reposer sur sa satisfaction et de mettre de la confiance en la très sainte TrinitĂ©. La manière dont ils traitent la thĂ©ologie nous paraĂ®t fort dangereuse.

CANON 26.
Enfin, pour prĂ©venir les fâcheuses divisions qui causent de toutes parts de si grands ravages dans l’Église de Dieu, nous Ă  qui le Seigneur a maintenant confiĂ© la dispensation de l’Évangile dans l’Église qui est la maison de Dieu, nous voulons très sĂ©rieusement nous soumettre Ă  cette loi avec tous nos candidats au saint ministère et tous ceux qui seront un jour appelĂ©s par la volontĂ© et la providence de Dieu Ă  nous succĂ©der dans nos travaux, nous nous engageons, dans ce temps oĂą le monde tend Ă  sa destruction, Ă  garder fidèlement, suivant l’exhortation de l’apĂ´tre des Gentils, le dĂ©pĂ´t qui nous a Ă©tĂ© confiĂ©, Ă©vitant les discussions vaines et profanes. Nous nous engageons Ă  conserver religieusement la sincĂ©ritĂ© et la simplicitĂ© de la connaissance qui est conforme Ă  la piĂ©tĂ©, et Ă  persĂ©vĂ©rer constamment dans la charitĂ© et dans un foi non feinte, qui sont les deux plus excellentes de toutes les vertus. Par consĂ©quent, que personne ne s’avise de professer, soit en public, soit en particulier, aucun dogme de la foi douteux, ou nouveau et inouĂŻ jusqu’Ă  prĂ©sent dans nos Églises ; aucun dogme contraire Ă  la Parole de Dieu, Ă  notre confession helvĂ©tique, Ă  nos livres symboliques et aux canons du synode de Dordrecht ; aucun dogme, enfin, qui n’ait Ă©tĂ© prouvĂ© et Ă©tabli par l’Écriture dans l’assemblĂ©e publique de nos frères. Sur toutes choses, que non seulement nous enseignions fidèlement, par la Parole de Dieu, la nĂ©cessitĂ© de sanctifier le jour du Dimanche, mais que nous en recommandions aussi et en pressions de toutes nos forces l’observation. Enfin, que toutes les fois que l’occasion s’en prĂ©sentera, nous maintenions, nous enseignions et nous prouvions unanimement et fidèlement, tant dans l’Église que dans les Ă©coles, la vĂ©ritĂ© des canons qui sont ici rĂ©digĂ©s par Ă©crit, et que nous avons tirĂ©s de la Parole infaillible de Dieu.