Les Psaumes de David 1729 (Conrart-La Bastide)

LES PSAUMES DE DAVID.

Mis en Vers Français
Revus et Approuvés par le Synode Wallon des Provinces-Unies.


PSAUME 1

Heureux celui qui, dès ses jeunes ans,
S'est tenu loin du conseil des méchants,
Qui des pécheurs fuit la trompeuse voie,
Et des moqueurs la criminelle joie;
Qui craignant Dieu, ne se plaît qu'en sa Loi,
Et, nuit et jour, la médite avec foi.

2. Tel que l'on voit, sur le bord d'un ruisseau,
Croître et fleurir un arbre toujours beau,
Et qui ses fruits en leur saison rapporte,
Sans que jamais la feuille tombe morte;
Tel est le juste, et tout ce qu'il fera,
Béni d'en haut, toujours prospérera.

3. Mais les méchants n'auront pas même fort;
On les verra dissipés sans efforts,
Comme la paille au gré du vent chassé;
Malgré l'orgueil de leur âme insensée,
Ils ne pourront tenir en jugement,
Ni près des bons se montrer seulement.

4. Dieu qui, des Cieux, veille sur les humains,
Connaît leurs cœurs, voit l'œuvre de leurs mains,
Et donne au juste un bonheur sans mesure.
Mais des méchants Dieu hait la voie impure;
Ils se verront, tôt ou tard, malheureux,
Leurs vains projets périront avec eux.

PSAUME 2

D'où vient ce bruit parmi les Nations?
A quoi les porte une impuissante haine?
Peuples, pourquoi, dans vos illusions,
Vous flattez-vous d'une espérance vaine?
Je vois ligués les Princes de la terre;
Dans leurs conseils les Grands ont présumé
D'être assez forts pour déclarer la guerre,
A l'Éternel, à son Oint bien-aimé.

2. C'est trop, ont dit ces ennemis jaloux,
C'est trop souffrir leurs rapides conquêtes;
Brisons nos fers, et jetons loin de nous
Le joug pesant qui menace nos têtes.
Mais l'Éternel, qui les hauts Cieux habite,
Sans s'émouvoir, rira de leur dessein;
Et si contre eux à la fin il s'irrite,
Ils sentiront combien pèse sa main.

3. De ce haut trône alors il parlera,
En sa colère à nulle autre semblable,
D'un grand effroi leurs cœurs il remplira,
Dans sa fureur ardente et redoutable.
Rois, dira-t-il, quelle est votre entreprise?
De ce Roi seul, j'ai fait élection,
Et de ma main sa couronne il a prise:
Je l'ai sacré sur le mont de Sion.

PAUSE

4. Et moi, son Oint, je publie en tous lieux
Le saint Décret de Monarque suprême;
C'est toi, mon Fils, qui plais seul à mes yeux;
Je t'ai, dit-il, engendré ce jour même.
Demande-moi, je veux pour ton partage,
Sous ton pouvoir ranger tout l'univers:
Les Nations seront ton héritage,
Jusques aux bouts de la Terre et des Mers.

5. Tu dompteras, de l’une à l’autre mer,
Les ennemis qui te feront la guerre ;
Tu les tiendras sous un sceptre de fer,
Pour les briser comme un vase de terre.
Maintenant donc, vous, Monarque et Princes,
Connaissez mieux quel est votre devoir :
Grands de le Terre, Arbitres des Provinces,
Du Roi des Rois apprenez le pouvoir.

6. A l’honorer sans cette attachez-vous :
Soyez soumis à sa volonté sainte :
Vivez heureux sous un Maître si doux,
Et le servez avec joie, avec crainte.
Rendez hommage au Fils qu’il vous envoie,
Et prévenez un juste jugement :
Si votre erreur vous montre une autre voie,
Vous périrez dans votre égarement.

7. Car tout d’un coup son courroux rigoureux,
S’enflammera, pour hâter sa vengeance.
Heureux alors, et mille fois heureux,
Qui met en lui toute sa confiance.

PSAUME 3

Que de gens, ô grand Dieu,
Soulevés en tout lieu,
Conspirent pour me nuire!
Que d'ennemis jurés,
Contre moi déclarés,
S'arment pour me détruire!
Par troupes, je les vois ,
Dire, en parlant de moi,
Plein de haine et d'envie,
Non, le Dieu souverain
Ne lui tend plus la main,
N'a plus soin de sa vie.

2. Mais, ô Dieu, mon Sauveur,
Ta céleste faveur
Fut toujours mon partage,
Plus le mal est pressant,
Plus ton secours puissant
Relève mon courage.
Toujours, quand j'ai prié,
Dieu, touché de ma plainte,
Loin de me rebuter,
A daigné m'écouter,
De sa montagne sainte.

3. Je me couche sans peur,
Je m'endors sans frayeur,
Sans crainte je m'éveille;
Dieu, qui soutient ma foi,
Est toujours près de moi,
Jamais il ne sommeille.
Non, je ne craindrais pas,
Quand j'aurais sur les bras
Une nombreuse armée:
Dieu me dégagerait,
Quand même elle tiendrait
Ma personne enfermée.

4. Viens donc, mon Dieu, Mon Roi,
Viens combattre pour moi,
Ces troupes ennemies;
Viens, par de rudes coups,
Frappés dans ton courroux,
Détruire ces impies.
Ô Seigneur Éternel,
De ton soin paternel
Nous vient la délivrance:
Ton peuple en ta faveur,
Trouve de son bonheur
Une ferme assurance.

PSAUME 4

Seigneur, à toi seul je m'adresse;
Tu fais mon droit, fais-moi raison.
Lorsque j'étais dans la détresse,
Ta main m'a tiré de la presse;
Exauce encore mon oraison.
Vous Grands, de qui l'injustice haine
S'élève contre mon honneur,
Faut-il qu'une espérance vaine,
Vous fasse courir avec peine,
Après un mensonge trompeur?

2. Apprenez qu'en vain l'on conspire
Contre un Roi, que le Dieu des dieux
A voulu, par sa grâce, élire;
Et qu'aussitôt que je soupire,
Il m'entend du plus haut des Cieux.
Dans la frayeur de sa colère,
Pensez, même en vos lits couchés,
Combien il se montre sévère
Pour qui s'obstine à lui déplaire,
Et quittez enfin vos péchés.

3. Présentez-lui le sacrifice
D'un cœur pur et plein d'équité,
Et pour vous rendre Dieu propice,
Éloignez-vous de l'injustice,
Et vous fiez en sa bonté.
Les mondains disent, qui sera-ce,
Qui nous pourra combler de biens?
Fais luire, ô Dieu, sur nous ta face,
Et nous daigne accorder ta grâce,
Tu l'accordes toujours aux tiens.

4. Plus de joie au cœur m'est donnée,
Par cette grâce du Très-Haut,
Qu'à ceux qu'une abondante année,
De blés et de vins couronnée,
Fournit de tout ce qu'il leur faut.
Ainsi, dans une profonde,
Je reposerai sûrement:
Car, Seigneur, sur toi je me fonde;
Par toi seul, malgré tout le monde,
Mes jours vont combler doucement.

PSAUME 5

C'est à toi que ma voix s'adresse,
Seigneur, écoute mes soupirs:
Daigne être attentif aux désirs
D'un cœur qui te cherche sans cesse,
Dans sa détresse.

2. Écoute ma prière ardente,
Mon Dieu, mon Roi, dans ce moment;
Puisque c'est à toi seulement,
Que dans ma douleur violente,
Je la présente.

3. Source de lumière et de vie,
Dès le matin, exauce-moi,
Quand dès le matin, devant toi,
J'implore ta grâce infinie,
Et m'y confie.

4. La pureté de ton Essence
Te fait haïr l'iniquité.
La fraude et la malignité
Jamais ne trouvent d'indulgence,
En ta présence.

5. L'orgueilleux, ni le téméraire,
N'oseraient paraître à tes yeux;
Toujours te furent odieux
Ceux dont le métier ordinaire
Est de mal faire.

PAUSE

6. Ta fureur confond et ruine
Le médisant et le menteur,
Le sanguinaire et le trompeur;
Tôt ou tard, ta face divine
Les extermine.

7. Moi qui m'attache à ta Loi sainte,
J'irai comblé de tes bienfaits,
Me prosterner dans ton Palais,
Avec le respect et la crainte
D'un cœur sans feinte.

8. Dieu juste et bon,
prends ma défense;
Ne permets pas que je sois mis
Sous la main de mes ennemis;
Fais que je marche avec confiance,
En ta présence.

9. Leur cœur est la source du vice,
Il est méchant, double, et couvert;
Leur bouche est un sépulcre ouvert;
Leur langue est pleine d'artifice,
Et de malice.

10. Viens les juger en ta colère;
Confonds-les dans leurs vains projets;
Punis-les de leurs grands forfaits.
Ces méchants osent te déplaire,
Sois leur sévère.

11. Mais que les bons se réjouissent;
Et comme il espèrent en toi,
Qu'ils vivent heureux, sous ta Loi;
Qu'avec plaisir ils t'obéissent,
Et te bénissent.

12. Ton bras fut toujours secourable
A l'homme juste, ô Dieu Sauveur;
Tu fus toujours, dans ta faveur,
Le bouclier impénétrable
Du misérable.

PSAUME 6

Seigneur, qui vois ma peine,
Ne me prends point en haine,
Cesse d'être irrité,
Dans ta juste colère,
Ne sois pas si sévère,
Que je l'ai mérité.

2. Que plutôt ta tendresse
Soulage ma faiblesse,
Dans les maux que je sens.
Ma force m'abandonne,
Et la douleur étonne
Et mes os et mes sens.

3. Ma tristesse redouble,
Et mon esprit se trouble,
De crainte et de souci.
Mon Dieu, mon espérance,
Faut-il que ma souffrance
Dure toujours ainsi?

4. Hélas! Père de grâce,
Tourne vers moi ta face,
Et calme mon effroi:
Malgré ma faute extrême,
Pour l'amour de toi-même,
O grand Dieu, sauve-moi.

5. Privé de la lumière,
Enfermé dans la bière,
Peut-on psalmodier?
Et dans la fosse obscure,
Parmi la pourriture,
Tes hauts faits publier?

6. La nuit, quand tout sommeille,
Je suis le seul qui veille,
Pressé de mes douleurs,
J'ai la plainte à la bouche,
Et le lit où je couche
Est noyé de mes pleurs.

7. Je suis méconnaissable:
Le chagrin qui m'accable,
Se fait voir dans mes yeux.
Je sens croître ma peine,
Par la joie inhumaine
Qu'en ont mes envieux.

8. Allez, hommes iniques,
Fuyez, pestes publiques,
Abandonnez ces lieux:
Mon Dieux faut mes alarmes,
Et la voix de mes larmes
A pénétré les Cieux.

9. Sa bonté singulière
Écoute ma prière,
Et m'exauce en tout temps.
Quoi que je lui demande,
Sa clémence est si grande,
Qu'il rend mes vœux contents.

10. Ils s'en vont, pleins de honte,
Ma délivrance prompte
Surprend mes ennemis:
Dieu confond leur malice,
Et m'est toujours propice,
Comme il me l'a promis.

PSAUME 7

Mon Dieu, mon unique espérance,
J'attends de toi ma délivrance;
Sauve-moi des cruelles mains
De mes ennemis inhumains :
Leur Chef, connaissant ma faiblesse,
Tel qu’un lion que la faim presse,
Me poursuit pour me dévorer,
M’atteint, et me va déchirer.

2. Grand Dieu, sur qui je me repose,
Si j’ai compris ce qu’il impose ;
Et si contre lui j’ai tenté
Ni fraude, ni méchanceté :
Si mal pour mal j’ai voulu faire
A cet implacable adversaire ;
Ou, si je ne fus le support
De celui qui me hait à tort.

3. Je veux qu’en cette injuste guerre,
Il me poursuive, qu’il m’atterre ;
Et que par un dernier malheur,
Il m’ôte la vie et l’honneur.
Montre-toi donc pour ma défense :
Fais qu’il éprouve ta vengeance :
Oppose à mes fiers ennemis,
Le secours que tu m’as promis.

Que de tous les climats on vienne,
Entendre ma cause et la sienne,
Quand sur ton trône glorieux,
Tu feras droit entre nous deux.
Là, des peuples souverain Juge,
Ô Dieu, tu feras mon refuge,
Pour me juger dans l’équité,
Et selon mon intégrité.

PAUSE

5. Confonds des méchants la malice,
Et rends au Justes la justice,
Toi, dont les yeux toujours ouverts
Sondent les cœurs les plus couverts.
Dieu, qui connait mon innocence,
Est mon bouclier, ma défense.
Son bras soutient, et rend vainqueur,
Tout homme juste, et droit de cœur.

6. Dieu, dis-je, est le Juge équitable
De l'homme droit et véritable:
Mais on le voit se courroucer,
Quand on s'obstine à l'offenser.
Si celui qui cherche à me nuire,
Ne vient enfin à se réduire,
Dieu prendra contre ce méchant,
Son arc, et son glaive tranchant.

7. S'il n'apaise Dieu par ses larmes,
Dieu lui fera sentir ses armes:
Ses flèches donneront la mort
A ceux qui m'en veulent à tort.
De ce méchant l'humeur hautaine
Conçoit du travail, de la peine;
Et, pour tout fruit de son désir,
N'enfante que du déplaisir.

8. Toujours profond dans ses malices,
Il me creuse des précipices;
Mais dans tous ceux qu'il creusera,
Lui seul se précipitera.
Le mal que sa haine m'apprête,
Lui va retomber sur la tête;
Du trait que sa main a lancé,
Lui-même se verra percé.

9. O Dieu, je bénis ta justice,
Qui se montre à mes vœux propice;
Et, tant que je respirerai,
Ton saint Nom je célèbrerai.

PSAUME 8

Notre Dieu, tout bon, ton adorable,
Que ton saint Nom est grand et redoutable!
Ta gloire éclate en ces terrestres lieux,
Ta Majesté s'élève sur les Cieux.

2. Le tendre enfant encore à la mamelle,
Prêche à nos yeux ta puissance éternelle:
Sa faible voix confond l'impiété,
Et du méchant condamne la fierté.

3. Quand loin du bruit, en te rendant hommage,
Seul, de tes doigts je contemple l'ouvrage,
Les Cieux, la Lune, et les Astres brillants,
Que ta sagesse a placés en leurs rangs;

4. Je dis alors, ô Majesté suprême,
Qu'est l'homme en soi, le fils de l'homme même,
Que ta bonté daigne s'en souvenir,
Le visiter encore et le bénir?

PAUSE

5. Tu l'as un peu fait moindre que les Anges,
Qui dans le Ciel célèbrent tes louanges:
Tu l'as aussi d'éclat environné,
Comblé de gloire, et d'honneur couronné.

6. Tu l'as fait Roi sur ces œuvres si belles,
Que tu formas de tes mains immortelles;
Tes ordres saints ont, sans exception,
Mis sous ses pieds tout en sujétion.

7. Tous les troupeaux qui cherchent les montagnes;
Le gros bétail, qui paît les campagnes;
Les animaux des déserts et des bois,
Portent sons joug, ou tremblent à sa voix.

8. Et Les oiseaux, qui volent et qui chantent,
Et les poissons, qui par troupes fréquentent
Fleuves, étangs, et les profondes mers,
Tout est sous lui dans ce vaste Univers.

9. Ô notre Dieu, tout bon, tout adorable,
Que ton saint nom est grand et redoutable,
Ta gloire éclate en ces terrestres lieux;
Ta majesté s'élève sur les Cieux.

PSAUME 9

Sans cesse je te bénirai,
Seigneur, jour et nuit je dirai
Toutes tes œuvres sans pareilles,
Et la gloire de tes merveilles.

2. En toi je me veux réjouir,
Des biens dont tu me fais jouir,
Et je rendrai par mon cantique
Ma reconnaissance publique.

3. De ton bras la seule vertu
Dissipa l'ennemi battu;
On le vit manquer de courage,
Dès que tu montras ton visage.

4. Tu pris, Seigneur, ma cause en mains;
Ton tribunal fut mon refuge,
Où je t'éprouverai juste juge.

5. J'ai vu les peuples mutinés
Par ta fureur exterminés;
Avec la fleur de leur armée,
Tu fis périr leur renommée.

PAUSE 1

6. Toi, leur Chef, nous as-tu défaits?
Nous as-tu détruits pour jamais,
As-tu rasé nos citadelles?
Leur nom est-il mort avec elles?

7. Non, non, le Monarque des Cieux
Est sur son trône glorieux,
Pour rendre à chacun la justice;
Rude aux méchants, aux bons propice.

8. C'est là qu'il juge les humains,
Selon les œuvres de leurs mains,
Pesant dans sa juste balance,
Et la peine et la récompense.

9. Le Tout-puissant relèvera
Le faible qu'on opprimera,
Et dans sa plus grande détresse,
Lui servira de forteresse.

10. Ainsi ceux qui te connaîtront,
En toi: Seigneur, espéreront:
Car jamais ta main n'abandonne
L'homme droit, qui son cœur te donne.

11. Qu'on chante en toute Nation,
Le Dieu qui réside en Sion;
Et que le bruit de ses louanges
Vole jusqu'aux climats étranges.

12. L'Éternel, par son bras puissant,
Venge la mort de l'innocent;
Et jamais ce grand Dieu n'oublie
Celui qui le craint et le prie.

13. Seigneur, disais-je en mon effroi,
Daigne jeter les yeux sur moi;
Toi, qui de la main ennemie
As toujours garanti ma vie.

14. Permets qu'encore à l'avenir,
En Sion j'aille te bénir;
Que j'y chante encore à ta gloire
Un saint hymne après la victoire.

15. J'ai vu tomber ces insensés
Dans les pièges qu'ils m'ont dressés:
Leur pied léger s'est venu prendre
Aux filets qu'ils m'ont osé tendre.

PAUSE

16. Ainsi le Monarque éternel,
Par un jugement solennel,
Leur a fait porter le dommage
Que m'avait préparé leur rage.

17. On verra toujours le méchant,
Trembler, ne marcher qu'en bronchant;
Ceux qui de Dieu n'ont nulle crainte
Verront enfin leur race éteinte.

18. Mais le fidèle, humilié,
De Dieu n'est jamais oublié:
Jamais du juste, dans sa peine
L'espérance ne sera vaine.

19. Empêche, ô mon Dieu, mon support,
Que l'homme ne soit plus fort;
Cite-les tous en te présence,
Et leur prononce leur sentence.

20. Qu'ils tremblent, et que ton pouvoir
A tous les mortels fasse voir,
Que de quelque nom qu'on le nomme,
Le plus grand d'entre eux n'est qu'un homme.

PSAUME 10

D'où vient, Seigneur, que ton Peuple abattu
Ne trouve plus pour lui tes yeux ouvert?
Dieu juste et bon, pourquoi t'éloignes-tu,
Pendant qu'il souffre en ce siècle pervers?
Des orgueilleux les outrages divers
Font soupirer l'innocent qu'on méprise:
Mais tourne, ô Dieu, contre eux leur entreprise.

2. Dans son péché le méchant s'applaudit:
Il croit que tout doit répondre à ses vœux;
Le riche inique est le seul qu'il chérit:
Il hait le pauvre, et fuit le malheureux.
Bravant le Ciel d'un air audacieux,
En rien, dit-il, je ne veux me contraindre,
Car il n'est point de Dieu, qu'on doive craindre.

3. Tout lui succède; il fait mal sans cesser,
Et foule aux pieds ton juste jugement;
Il se promet de pouvoir renverser
Ses ennemis, d'un souffle seulement.
Il s'applaudit, il dit à tout moment,
Lorsqu'il voit tout à ses projets répondre,
Qui peut jamais m'ébranler, me confondre?

4. Son faux discours, plein d'affectation,
Tient de son cœur le noir venin caché:
Nuire et tromper, c'est sa profession;
Il a l'outrage à la langue attaché:
Tel qu'un voleur près du chemin couché,
Qui tout d'un coup sur le passant se jette,
Et tue ainsi l'innocent en cachette.

PAUSE

5. C'est un lion doublement dangereux,
Qui, dans son fort couché sans faire bruit,
A l'impourvu surprend les malheureux,
Et de leur chair se repaît jour et nuit.
Voyant se proie, avec ruse il la fuit,
Il se tapit, il rampe contre terre,
Et soudain livre une mortelle guerre.

6. Quand il commet ses crimes odieux,
Il croit que Dieu n'en pourra rien savoir;
Qu'il les oublie, ou qu'il ferme les yeux,
Qu'il est trop loin pour s'en apercevoir.
Montre-toi donc, Seigneur, et lui fait voir,
Que lorsqu'on veut opprimer l'innocence,
Ton bras vengeur est prêt pour sa défense.

7. Quoi! le méchant, exécrable en ses faits,
Ose irriter ainsi le Souverain!
De rien, dit-il, Dieu ne s'enquiert jamais.
Tu vois pourtant, Seigneur, son noir dessein:
De l'innocent tu prends la cause en main;
Tu sers de père au malheureux pupille,
Qui hors de toi ne peut trouver d'asile.

8. Ôte la force, et fais faillir le cœur,
Aux insolents, dont l'orgueil t'a bravé:
En les jugeant, laisse agir ta rigueur,
Afin qu'au Monde il n'en soit plus trouvé.
Quand ils auront ton courroux éprouvé,
Tu règneras seul dans ta terre sainte;
Et des méchants sera la race éteinte.

9. Alors, Seigneur, ton peuple revivra,
Voyant changer cette rude saison:
Seigneur, alors ta grâce exaucera
Nos vœux ardents et notre humble oraison:
Ton bras mettant chacun à la raison,
L'homme mortel, qui n'est que cendre et terre,
A tes enfants ne sera plus la guerre.

PSAUME 11

C'est sur Dieu seul que toujours je m'appuie:
Pourquoi vouloir qu'aux monts ont habités,
Comme un oiseau, loin de vous je m'enfuie?
Il tendent l'arc, ces méchants emportés;
Et coup sur coup, par leurs flèches cruelles,
Ils vont porter en des lieux écartés,
Aux cœurs des bons des atteintes mortelles.

2. Mais on verra tomber leur entreprise;
Dieu confondra tous ces audacieux:
Car quelle faute a le juste commise?
Le Tout-puissant réside dans les Cieux:
Là, sur son trône, est l'éternel Monarque,
De ce lieu saint rien n'échappe à ses yeux;
Et des humains chaque pas il remarque.

3. Il voit le juste, il le sonde, il l'approuve;
Mais l'homme inique est son aversion,
Et jamais grâce auprès de lui ne trouve.
Sur les méchants son indignation
Fera tomber un foudroyant orage;
Le feu du Ciel sera leur portion,
Le soufre ardent leur unique breuvage.

4. Dieu, juste Juge, à tous rend la justice;
Et de son cœur la tendre émotion
A l'homme droit en tout temps est propice.

PSAUME 12

Tends-nous la main, Seigneur, le mal nous presse;
On ne voit plus d'homme juste en nos jours;
Plus de bonté, de foi, ni de sagesse:
Toi seul tu peux nous donner du secours.

2. Les gens du siècle aiment la tromperie,
Le vain mensonge, et le déguisement;
Tous leurs discours sont pleins de flatterie;
Le bouche parle, et le cœur la dément.

3. Retranche, ô Dieu, ces lèvres attrayantes,
Dont tous les jours nous sommes abusés;
Perce, Seigneur, ces langues arrogantes,
Dont tous les jours nous sommes méprisés.

4. Non, disent-ils, à quoi bon nous contraindre?
Par nos discours nous l'emportons sur tous:
Flattons, mentons, nous n'avons rien à craindre;
Nous le pouvons, nos langues sont à nous.

5. Mais mon Dieu dit, l'affligé me réclame,
J'entends ses cris, et je me lèverai:
Je sais qu'à tort son ennemi le blâme;
De ses filets je le délivrerai.

6. De ce grand Dieu la Parole se trouve
Constamment pure, et pures sont ses lois,
Comme l'argent lorsque le feu l'éprouve,
Quand on l'affine au fourneau par sept fois.

7. Ton peuple, ô Dieu, gémit dans la souffrance;
Montre-toi donc plus facile à nos vœux,
Et réprimant une injuste licence,
Prends soin de nous dans ces temps malheureux.

8. Tu vois, Seigneur, que les méchants dominent;
Leur nombre est grand, la force est en leurs mains;
Les plus abjects contre nous se mutinent,
Et nous servons aux plus vils des humains.

PSAUME 13

Jusques à quand, ô Dieu des Cieux,
Jusques à quand, loin de tes yeux,
Me laisses-tu dans ces alarmes?
Pourquoi te cacher à mes larmes,
Quand ma voix t'appelle en tous lieux?

2. Faut-il que mon cœur agité,
Et nuit et jour soit tourmenté?
Qu'à mes vœux tout semble contraire?
Faut-il qu'un cruel adversaire
S'élève avec tant de fierté?

3. Grand Dieu, j'implore ton secours!
De mes maux arrête le cours;
Exauce mon humble prière;
Fais luire sur moi ta lumière,
Ou la mort va trancher mes jours.

4. De ce cruel persécuteur
Réprime l'injuste fureur;
De peur que ceux qui me haïssent
Ne m'insultent, et n'applaudissent
Au triomphe de mon vainqueur.

5. Mon Dieu, je n'espère qu'en toi;
Fais-moi grâce, et calme l'effroi
Qui cause mes peines étranges:
Et je chanterai tes louanges,
Te voyant déclaré pour moi.

PSAUME 14

L'homme insensé dit au fond de son cœur,
Que Dieu n'est point; cette pensée impie
Corrompt ses mœurs, et dérègle sa vie.
Que d'esprits vains suivent, avec fureur,
La même erreur!

2. Le Tout-puissant a regardé des Cieux
Tous les humains que le soleil éclaire,
Cherchant quelqu'un qui prît soin de lui plaire;
Et n'a trouvé nul homme, en ces bas lieux,
Sage et pieux.

3. Loin d'en trouver, il a vu que chacun
S'était souillé des ordures du vice:
Ce n'est partout que fraude et qu'injustice;
Nul n'est exempt de ce défaut commun,
Non pas même un.

4. Privés de sens, ils méprisent mes lois,
Dit le Seigneur, et jamais ils ne changent;
Comme le pain mon pauvre peuple ils mangent,
Loin d'élever et leurs cœurs, et leurs voix,
Au Roi des Rois.

5. Mais tôt ou tard les méchants trembleront,
Saisis, pressés du remords de leur crime;
Quand l'Éternel, de son trône sublime,
Exaucera ceux qui l'invoqueront,
Et l'aimeront.

6. Ah! malheureux! Vous vous étudiez
A vous moquer de cette confiance,
Dont l'affligé soutient son espérance;
Et nous voyant sur Dieu seul appuyés,
Vous en riez.

7. Quand est-ce, hélas! Que de Sion viendra
L'Auteur divin de notre délivrance,
Qui d'Israël finira la souffrance?
Alors Jacob, qui des fers sortira,
Triomphera.

PSAUME 15

Éternel, quel homme pourra
Habiter dans tes Tabernacles?
Qui sur ton saint mont te verra;
Et qui de ta bouche entendra,
Tous les jours, tes divins oracles?

2. Ce sera l'homme seulement,
Qui marche droit en tout affaire;
Qui ne fait rien que justement;
Dont jamais la bouche ne ment,
Soit pour surprendre, soit pour plaire.

3. L'homme, dont la langue ne fait
Aucune injure, aucun dommage;
Le cœur aucun mauvais souhait;
Mais qui, de parole et d'effet,
Défend son prochain qu'on outrage.

4. L'homme, qui suit les vicieux,
Qui recherche et qui favorise
Ceux qui craignent le Dieu des Cieux;
Qui garde, en tout temps, en tous lieux,
Même à son dam, la foi promise.

5. Enfin, l'homme qui ne prendra
Nulle usure, nul gain blâmable,
Qui jamais le droit ne vendra.
Celui qui ce chemin tiendra,
Jouira d'un bonheur durable.

PSAUME 16

Sois, ô Grand Dieu, ma garde et mon appui,
Car en toi seul j'ai mis mon espérance.
Et toi, mon âme, à toute heure dis-lui,
Je me soumets, Seigneur, à ta puissance;
Et toutefois, à quoi que je m'engage,
il ne te vient de moi nul avantage.

2. J'aime les saints, j'aide les vertueux,
Qu'on voit se plaire à chanter tes louanges:
Mais mal sur mal est réservé pour ceux,
Qu'on voit courir après les Dieux étranges.
Ma main jamais leurs victimes ne touche;
Jamais leur nom ne passe par ma bouche.

3. Dieu fut toujours le fonds qui m'entretient;
Et sur ce fond ma rente est assurée.
Jamais, Seigneur, la part qui m'appartient
En plus beau lieu n'eût pu m'être livrée.
Le meilleur lot de ton riche héritage,
Par ta bonté, se trouve en mon partage.

PAUSE

4. Béni soit Dieu, qui m'a si sagement
De ses conseils donné la sainte adresse!
Même la nuit j'y pense mûrement,
Et son Esprit me guide et me redresse.
Aussi toujours vers lui seul je regarde:
Toujours sa main me soutient et me garde.

5. Dans cette paix, dont tu me fais jouir,
Ma joie éclate, et plein de confiance,
On me verra chanter, me réjouir.
Ma chair, ô Dieu, repose en assurance;
Je ne crains point que dans la sépulture
Jamais ton Saint sente la pourriture.

6. Tu me feras connaître le sentier,
Qui de la mort mène à la vie heureuse:
Car, ô Seigneur, nul plaisir n'est entier,
Si l'on ne voit ta face glorieuse:
C'est dans ta main que se trouvent sans cesse,
Les vrais plaisirs, et la vraie allégresse.

PSAUME 17

Seigneur, écoute mon bon droit:
Entends ma voix, lorsque je crie;
Exauce-moi, quand je te prie,
D'un esprit humble, et d'un cœur droit.
Grand Dieu, qui connais toute chose,
Prononce enfin ton jugement;
Et jette les yeux seulement,
Sur la justice de ma cause.

2. N'as-tu pas éprouvé mon cœur,
La nuit, même au lit où je couche?
Il est d'accord avec ma bouche;
Tu l'as ainsi trouvé, Seigneur.
Quoi que les hommes puissent faire,
Je veux toujours suivre ta loi,
Et toujours laisser loin de moi
Des pervers la route ordinaire.

3. O Dieu, veuille affermir mes pas,
Au chemin où ta voix m'appelle;
Fais que jamais je n'y chancelle,
Et que mes pieds ne glissent pas.
Mon Dieu, si je te prie encore,
C'est que tu m'exauces toujours:
Prête l'oreille à mes discours;
Entends l'affligé qui t'implore.

4. Fais qu'on admire ta bonté,
Et qu'on redoute ta puissance,
Toi qui protèges l'innocence,
Contre ceux qui t'ont résisté.
Souffre qu'à l'ombre de ton aile,
Je repose tranquillement;
Et me tiens aussi chèrement,
Qu'on tient de son œil la prunelle.

PAUSE

5. Sans toi je ne puis échapper
A ceux qui tant d'ennuis me donnent,
A ces cruels, qui m'environnent,
Dont la main est prête à frapper.
Ils crèvent d'orgueil et de graisse;
Leurs discours sont audacieux,
Et partout leur œil envieux
Tend des pièges à ma faiblesse.

6. Surtout leur Chef superbe et fier
Est tel que le lion, qui quête,
Qui voit un faon, et qui l'arrête,
Sortant sur lui de son hallier.
Préviens-le donc, mets-le par terre;
Délivre-moi de ce méchant;
Qu'il sente le glaive tranchant,
Dont aux méchants tu fais la guerre.

7. Seigneur, sauve-moi, par ton bras,
De ceux dont l'espoir ne se sonde
Que sur l'appui qu'ils ont au monde,
Sans rien craindre après le trépas.
Leurs cœurs nagent dans les délices;
Tout semble répondre à leurs vœux;
Leurs enfants même ont, après eux,
Leur abondance avec leurs vice.

8. Mais moi, dans un éclat nouveau,
Je jouirai de ta présence,
Quand paré de mon innocence,
Je me lèverai du tombeau.

PSAUME 18

Je t’aimerai, Seigneur, d’un amour tendre,
Toi, dont le bras me fut si bien défendre.
Dieu fut toujours mon fort, mon protecteur,
Ma tour, ma roche, et mon libérateur.
Je trouve en lui tout ce que je souhaite,
Mon bouclier, mon salut, ma retraite :
Dès qu’au besoin je l’invoque avec foi,
Des ennemis délivré je me vois.
Tels qu’un torrent, il pensaient me surprendre,
Cent fois la mort ses filets me vint tendre :
Et tous les jours quelque péril nouveau
Me conduisait sur le bord du tombeau.

2. Dans cet effroi, le grand Dieu, que j’adore,
Prête l’oreille à ma voix qui l’implore,
Et, de son trône, écoutant mes soupirs
Se laisse vaincre à mes justes désirs.
Soudain partout tremblèrent les campagnes,
On vit soudain les plus hautes montagnes
Frémir, crouler du faîte au fondement,
Tant son courroux se montra véhément.

3. De tous côtés s’étendait la fumée,
Qui s’exhalait de sa bouche enflammée ;
Il en sortait des charbons embrasés,
Qui consumaient tous les lieux opposés.
Le Ciel s’abaisse, il y fait ouverture ;
L’air sous ses pieds forme une nuit obscure ;
Environné de Chérubins volants,
Il est porté sur les ailes des vents,

PAUSE

4. Il se couvrait des plus épaisses nues,
Comme une tente autour de lui tendues ;
D’où s’échappait une vive clarté,
Qui devant lui chassait l’obscurité
Les feux ardents, la grêle, le tonnerre,
S’entrechoquant épouvantaient la terre :
Sa forte voix, qui roulait dans les airs,
Et devançait, et suivaient les éclairs.

5. Des ennemis les frayeurs furent grandes !
Dans un instant Dieu foudroya leurs bandes :
Par mille traits, coup après coup lancés,
Tous ces méchants se virent renversés.
D’un souffle alors ouvrant le sein de l’onde,
Il découvrit les fondements du Monde.
Du haut des Cieux sa main il ne tendit,
Et hors des eaux sur le bord me rendit.

6. Il a détruit mes plus fiers adversaires,
Et dissipé sous les partis contraires ;
Ses yeux perçants ont prévu mon danger,
Sa main puissante a su m’en dégager.
J’étais pressé ; mais le Seigneur, qui m’aime,
M’a secouru dans mon angoisse extrême.
Dieu, de mes mains voyant la pureté,
Me rend aussi selon mon équité.

7. Il se souvient que, malgré mes distances,
De ses sentiers je suis toujours les traces ;
Qu’avec ardeur je m’attache à sa loi ;
Que sa parole est l’objet de ma foi.
Toujours soumis à sa volonté sainte :
Je fuis le mal, je marche dans sa crainte :
Et le Seigneur, qui voit ma pureté,
Me rend enfin selon mon équité.

PAUSE

8. Grand Dieu, le juste éprouve ta justice,
A l’homme doux tu te montres propice,
Et pur au pur ; mais l’inique obstiné,
A tes rigueurs se voit abandonné.
Les affligés jamais tu ne délaisses ;
Des orgueilleux le sourcil tu rabaisses.
Tu m’as tiré de la nuit de mes maux,
Et ta lumière adoucit mes travaux.

9. Conduis par toi, je gagne les batailles :
Par ton secours je force les murailles :
Ta providence est un guide assuré ;
Et ta parole est de l’or épuré ;
C’est le rempart, c’est la forte défense
De ceux qui n’ont qu’en lui leur espérance.
Quel Dieu semblable au nôtre se peut voir ?
Et quelle force égale son pouvoir ?

10. C’est l’Éternel qui soutient ma faiblesse,
Dans les chemins où sa clarté m’adresse :
Aux pieds des cerfs les miens il rend égaux,
Et m’affermit sur les lieux les plus hauts.
De lui ma main tient son adresse exquise ;
Par lui sans peine un arc d’acier je brise :
Il me protège en mon adversité,
Il me soulage en mon infirmité.

11. Tant de faveurs, que sa bonté m’envoie,
Haussant mon rang, élargissent ma voie :
Il aplanit mon chemin sous mes pas ;
Il m’affermit, je ne chancèle pas.
J’ai poursuivi, jusques à les atteindre,
Ces ennemis, qui se faisaient tant craindre :
Et par mes coups ces ennemis percés,
Malgré leur force, ont été terrassés.

PAUSE

12. Dieu me renforce au milieu des alarmes,
Et fait que tout plie enfin sous mes armes :
Il me fit voir le dos des ennemis,
Quand sa colère en faite les eut mis.
Leurs cris alors jusqu’au Ciel il poussèrent :
Le Ciel fut sourd aux cris qu’ils redoublèrent.
A grands ruisseaux par tout leur sang coulait ;
Comme la boue aux pieds on les foulait.

13. Dieu m’a sauvé des fureurs populaires ;
Il m’a rendu les Princes tributaires ;
Pour m’honorer, les peuples inconnus
Du bout du Monde à mes pieds sont venus.
Mille étrangers, dissimulant leur crainte,
M’ont révéré, seulement par contrainte :
Les Rois voisins, redoutant mes efforts,
Malgré leur garde, ont tremblé dans leurs forts.

14. Loué soit donc le Seigneur plein de gloire,
Le Dieu vivant, l’Auteur de ma victoire,
Par qui je vois mes outrages vengés,
Par qui sous moi les Peuples sont rangés,
Quand les plus grands contre moi se soulèvent,
Au dessus d’eux ses fortes mains m’élèvent :
Des orgueilleux il prévient le dessein,
Que pour me perdre ils couvaient dans leur sein.

15. Aussi toujours jusqu’aux climats étrangers,
Ma voix, Seigneur, portera tes louanges.
Je bénis Dieu, qui pour son Roi fait voir
Les hauts effets d’un merveilleux pourvoir.
Il a sauvé, par sa faveur immense,
David son Oint, l’objet de sa clémence :
Et pour jamais, ce Dieu de vérité
Sera le Dieu de sa postérité.

PSAUME 19

Les Cieux, en chaque lieu,
De la gloire de Dieu
Instruisent les humains ;
Dans leur immense tour,
Ils prêchent tour à tour
Les oeuvres de ses mains.
Le jour qui va devant
Instruit le jour suivant,
Par son expérience ;
Et de même la nuit,
A celle qui la fuit,
Fait part de sa science.

2. Toutes les Nations,
Par ces instructions,
Aux plus sauvages lieux,
Discernent bien le son,
Et la docte leçon,
Du langage des Cieux.
Cette leçon s’apprend,
Ce langage s’entend,
Sur la Terre et sur l’Onde ;
Surtout quand le Soleil,
Sous ce dais sans pareil,
Vient se montrer au Monde.

3. Tel qu’un nouvel époux,
Qu’on voit riant et doux,
Quand de sa chambre il sort ;
Tel qu’un Prince fameux,
Qui sur un char pompeux,
Paraît brillant et fort ;
D’un jour à l’autre jour,
Du Monde il fait le tour,
Tant il court juste et vite :
Cet Astre glorieux,
Ne voit rien sous les Cieux,
Qui sa chaleur évite.

4. La sage et juste loi
De notre divin Roi
Ranime le mourant ;
Et ses oracles saints,
Toujours clairs et certains,
Instruisent l’ignorant.
Que de ce Roi des Rois
Les règlements sont droits !
Le cœur ils réjouissent :
Ses conseils précieux
Illuminent les yeux
De ceux qui les chérissent.

5. La crainte du Seigneur,
Assure leur bonheur,
A perpétuité,
Tous ses commandements,
Et tous ses jugements,
Sont remplis d’équité.
C’est un riche trésor,
Plus précieux que l’or.
Qu’au creuset on affine ;
Et le miel le plus doux,
L’est beaucoup moins pour nous,
Que leur vertu divine.

6. Aussi ton serviteur,
Qui les porte en son cœur,
En est tout éclairé.
Tous ceux qui les suivront,
De ta main recevront
Un salaire assuré.
Mais qui peut se vanter
De connaître, ou compter,
Ses fautes d’ignorance ?
Mon Dieu, pour ces péchés,
A moi-même cachés,
J’implore ta clémence.

7. Que tous ces grands forfaits,
Qui par fierté sont faits,
Ne règnent point en moi.
Alors par ta bonté,
Dans mon intégrité,
Je vivrai sans effroi.
Ma bouche ne dira,
Mon coeur ne pensera,
Ma main ne pourra faire
Rien, ô Dieu, mon Sauveur,
Rien, ô mon Rédempteur,
Qui te puisse déplaire.

PSAUME 20

Que le Seigneur tes vœux entende,
Dans ta nécessité !
Que son puissant nom te défende,
Dans ton adversité !
Que du Ciel, quand tu fais ta plainte,
Un prompt secours te vienne !
Que de Sion, sa maison sainte,
Notre Dieu te souvienne !

2. Que ton offrande et tes services
Puissent plaire à ses yeux !
Qu’il fasse sur tes sacrifices
Tomber son feu des Cieux ;
Que par des succès salutaires,
Tels que tu les demandes,
Il rende heureuses tes affaires,
Et petites et grandes !

3. Dieu veuille exaucer tes prières !
Et notre camp joyeux
Déploiera toutes ses bannières,
En son nom glorieux.
Je le vois, ce Dieu favorable,
Qui montre au Roi sa face ;
Et qui, par sa main secourable,
Le sauve de disgrâce.

4. L’un en ses chars a confiance,
Et l’autre en ses chevaux ;
Mais nous implorons ta puissance,
Seigneur, en tous nos maux.
Aussi, voyons-nous abolie
Leur vanité si fière,
Et notre force rétablie
En sa gloire première.

5. Ô grand Dieu, veuille nous défendre ;
Seigneur, fais que le Roi
Puisse au besoin nos cris entendre,
Et calmer notre effroi.

PSAUME 21

Éternel, le Roi te bénit :
Il doit sa délivrance
A ta prompte assistance :
Il triomphe, il se réjouit ;
Ton peuple va le voir,
Sauvé par ton pouvoir.

2. L’heureuse fin de son souhait
Lui vient d’être accordée,
Comme il l’a demandée ;
Et bien que sa bouche ne l’ait
Qu’à peine prononcée,
Il se trouve exaucé.

3. Tu le préviens du haut des Cieux ;
Ta faveur singulière
N’attend pas sa prière :
D’un diadème glorieux,
Richement façonné,
Ta main l’a couronné.

4. Il te demandait seulement,
De garantir sa vie,
Qu’il voyait poursuivie :
Et par un heureux changement,
Seigneur, tu lui permets
De régner à jamais.

5. Par ta grâce, et par ta bonté,
On voit sa renommée,
En mille lieux semée :
Ta main l’a toujours assisté ;
Tu l’as comblé d’honneur,
De gloire et de bonheur.

6. Tu veux qu’aux siècles à venir,
Il soit un grand exemple,
Où ta force on contemple.
Seigneur, il t’a plu le bénir,
Lui donnant de tes yeux
Un regard gracieux.

7. Puisque le roi, dans tout assaut,
Met avec assurance,
En Dieu ton espérance ;
Par l’appui ferme du Très-haut,
Il est sûr, désormais,
De ne tromper jamais.

PAUSE

8. Ton bras, ô Roi, saura frapper ;
On le verra défaire
Quiconque t’est contraire :
Ton bras saura, dis-je, attraper
Tous ces lâches esprits.
Et punir leur mépris.

9. Ton brûlant courroux les rendra
Semblables à la braise
D’une ardente fournaise.
Le Dieu des Cieux les détruira :
Par ses feux allumés
Ils seront consumés.

10. Ils périront entièrement,
Sans qu’il reste de trace,
Ni d’eux, ni de leur race ;
Dieu tiendra, par ce jugement,
Dans l’éternel oubli
Leur nom enseveli.

11. Ces méchants avaient entrepris,
Avec trop d’insolence,
D’abattre ta puissance ;
Entre eux le conseil en fut pris :
Mais leur trop faible bras
Ne l’accomplira pas.

12. On les verra, ces envieux
Qui t’ont osé déplaire,
En bute à ta colère ;
Et pour frapper ces furieux,
Tes traits bien assurés
Contre eux seront tirés.

13. Viens donc, élève-toi, Seigneur ;
Fais, pour notre défense,
Éclater ta puissance,
Nous chanterons à ton honneur,
Nous dirons à jamais
La gloire de tes faits.

PSAUME 22

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu laissé,
Sans nul secours, quand, de mes maux pressé,
J’ai vers le Ciel amèrement poussé
Ma triste plainte ?
Et nuit et jour je t’invoque avec crainte,
Sans qu’à mes cris réponde ta voix sainte ;
Ma vie enfin est déjà presque éteinte,
Par la douleur.

2. C’est toi, Dieu saint, c’est toi, dont la faveur
Fait d’Israël la force et le bonheur ;
Comme c’est lui, qui chante ta grandeur,
En ta présence.
Quand nos aïeux, avec persévérance,
Ont mis en toi toute leur espérance,
N’ont-ils pas vu la fin de leur souffrance,
Par tes bontés ?

3. Ils ont crié, tu les as écoutés :
Et t’invoquant dans leurs adversités,
Ils ont senti, loin d’être rebutés,
Ta grâce prompte.
Moi, tel qu’un ver, que pour un rien l’on compte,
Bien moins qu’un homme, et des hommes la honte,
Je ne sers plus que de fable et de conte
Au peuple bas.

PAUSE 1

4. Chacun qui voit, Seigneur, que tu m’abats,
Rit de ma peine, et ne s’en cache pas,
Me montre au doigt, m’insulte à chaque pas.
Branlant la tête.
C’est, disent ils, c’est à Dieu requête sur requête :
Que son Dieu donc un prompt secours lui prête,
S’il l’aime tant.

5. C’est toi, Seigneur, qui m’as formé pourtant :
Tu me soutins dès le premier instant,
Que l’on me vit les mamelles tétant
De ma nourrice ;
Et même avant la clarté je visse,
Je te fus cher, tu me fus Dieu propice ;
Depuis aussi ta main fut ma tutrice,
Quand je fus né.

6. De moi ton œil ne soit plus détourné :
De mille maux je suis environné ;
Et je me vois de tous abandonné,
Dans ma disgrâce.
De gros taureaux, de la plus forte race,
Taureaux nourris à Basan, terre grasse,
Viennent sur moi, pleins d’une aveugle audace,
Me menaçant.

7. L’ennemi, fier de me voir languissant,
Pour s’abreuver de mon sang innocent,
Tel qu’un lion terrible et rugissant,
Sur moi s’élance.
Je sens mes os déjoints par ma souffrance ;
Mon cœur se fond, je tombe en défaillance :
De tant de maux, qui lassent ma constance,
Nul n’est touché.

PAUSE 2

8. Mon corps n’est plus qu’un squelette séché :
J’ai le palais à la langue attaché :
Me voilà prêt d’être au tombeau couché,
Réduit en cendre.
Des chiens cruels s’ameutent pour me prendre :
Leur nombre est grand ; tu peux seul me défendre :
Ces furieux m’osent percer et fendre,
Et pieds et mains.

9. Je puis compter mes os : ces inhumains
Me font l’objet de leurs regards hautains,
Et je ne sers à tous ces hommes vains,
Que de risée.
Quand ma dépouille est entre eux divisée,
Ma robe entière est à part réservée,
Afin qu’au fort elle soit exposée,
A qui l’aura.

10. Le Seigneur donc de moi s’approchera
Il est ma force, il me délivrera ;
Et ton secours, ô grand Dieu, me viendra,
En diligence.
Ne permets pas que le glaive m’offense :
Sauve ma vie, et faible et sans défense,
Des dents du chien, qui contre moi s’avance,
Chien enragé.

11. Fais par tes soins, que bientôt dégagé
Du fier lion, qui me tient assiégé,
Je sois aussi des licornes vengé,
Bêtes cruelles.
J’annoncerai tes vertus immortelles,
Ton nom si saint à mes frères fidèles :
J’irai bénir, aux fêtes solennelles,
Mon bienfaiteur.

PAUSE 3

12. Vous, qu’il chérit, montrez la même ardeur ;
Fils de Jacob, célèbres sa grandeur :
Qu’en Israël on chante à son honneur,
Qu’on l’y révère.
Pour l’affligé, qui son secours espère,
Il a toujours des tendresses de père ;
Il sent ses maux, et de sa plainte amère,
Entends les cris.

13. Dans ta maison, d’un saint amour épris,
J’exalterai de tes bontés le prix ;
J’acquitterai les vœux que je te fis
Dans ma détresse.
Les bons seront nourris avec largesse,
Et de concert béniront Dieu sans cesse.
Vous, qui n’avez d’espoir qu’en sa promesse,
Vos cœurs vivront.

14. En tous climats, tous peuples le sauront ;
A toi, Seigneur, ils se convertiront ;
Et pleins de zèle, ils se prosterneront
En ta présence.
Tous les humais rendront obéissance,
Au Roi des Rois, dont la douce puissance
Le fait des cœurs, malgré leur résistance,
Le Conquérant.

15. Depuis le riche, et sain, et prospérant,
Jusqu’au plus pauvre, en langueur expirant,
Tous à l’envi seront vus, l’adorant,
Chanter sa gloire.
Leurs descendants, instruits de ma victoire,
Le serviront, en lui seul voudront croire ;
Et d’âge en âge il sera fait mémoire
Du Tout-puissant.

16. Toujours quelqu’un, la justice annonçant
Au Peuple saint, à l’avenir naissant,
De son Empire heureux et florissant
Fera l’histoire.

PSAUME 23

Dieu me soutient par son pouvoir suprême :
C’est mon berger, qui me garde, et qui m’aime ;
Rien ne manque en ses gras pâturages :
Des clairs ruisseaux je suis les verts rivages :
Et sous l’abri de son nom adorable,
Ma route est sûre, et mon repos durable.

2. Je ne crains point, marchant dans cette voie,
Que de la mort je devienne la proie,
Quand je serais dans sa vallée obscure ;
Partout, ô Dieu, ta houlette m’assure ;
Tes biens aux yeux d’une envieuse troupe,
Couvrent ma table, et tu combles ma coupe.

3. De tous mes jours tu fais des jours de fête,
Et de senteurs tu parfumes ma tête.
Tant de douceurs accompagnent ma vie,
Que mon bonheur en est digne d’envie.
J’espère ainsi que dans ta maison sainte,
Je passerai tous mes jours en ta crainte.

PSAUME 24

La terre appartient au Seigneur,
Tout ce qu’enferme sa rondeur,
L’homme, et les autres créatures.
Sa main sur les mers la posa ;
Il l’enrichit, et l’arrosa
De fleuves et de sources pures.

2. Mais qui peut monter au saint Lieu,
Au sacré Mont, au Mont de Dieu,
Qui pourrait y trouver sa place ?
L’homme net de mains et de cœur
Qui n’est parjure, ni trompeur,
Qui marche, ô Dieu, devant ta face.

3. Cet homme, Dieu le bénira,
Dieu, son Sauveur l’enrichira
Des trésors de sa bienveillance.
Telle est l’heureuse nation,
Qui cherche avec dévotion,
Ô Dieu de Jacob, ta présence.

4. Haussez vos têtes, grands portaux,
Huis éternels, tenez vous hauts,
Laissez entrer le Roi de gloire.
Quel est ce Roi si glorieux ?
C’est le Dieu fort, le Roi des Cieux,
Qui mène après lui la victoire.

5. Haussez vos têtes, grands portaux,
Huis éternels, tenez vous hauts,
Pour le Roi que suit la victoire.
Quel est ce Roi si glorieux ?
C’est le Dieu fort, le Roi des Cieux :
Ce grand Dieu, c’est le Roi de gloire.

PSAUME 25

A toi, mon Dieu, mon cœur monte,
En toi mon espoir j’ai mis :
Serais-je couvert de honte,
Au gré de mes ennemis ?
Jamais on n’est confondu,
Quand sur toi l’on se repose ;
Mais le méchant est perdu,
Qui nuit aux justes sans cause.

2. Ô Seigneur, daigne m’apprendre
Le chemin qui mène à toi ;
Fais que je vienne me rendre
Dans les sentiers de ta Loi.
Que ta Vérité, Seigneur,
Et me dirige et m’éclaire :
Tu fus toujours mon Sauveur,
Et le seul en qui j’espère.

3. Souviens-toi de ta clémence,
Car elle fut de tout temps.
Prends pitié de ma souffrance,
C’est ta grâce que j’attends.
Mets loin de ton souvenir,
Les péchés de ma jeunesse ;
Et daigne encore me bénir,
Seigneur, selon ta promesse.

4. Dieu fut toujours véritable,
Juste et bon, et le fera ;
Et du pécheur misérable.
Sous sa main, les bons toujours
Marcheront dans la droiture ;
Les humbles, par son secours,
Tiendront une route sûre.

PAUSE

5. La justice, et la clémence,
Sont les sentiers du Seigneur,
Pour qui de son alliance
A su garder la teneur.
Dieu tout-puissant et tout bon,
Pour l’amour de ton nom même,
Accorde-moi mon pardon,
Malgré mon offense extrême,

6. Qui craint Dieu, qui veut bien vivre,
Jamais ne s’égarera ;
Dans le chemin qu’il doit suivre,
Dieu même le conduira :
A son aise, et sans ennui,
Il verra le plus long âge ;
Et ses enfants, après lui,
Auront la Terre en partage.

7. L’Éternel se communique
A ceux dont les cœurs sont droits ;
A qui le craint, il explique
Ses secrets, ses saintes lois,
Je ne m’en écarte pas,
Mes yeux sont sur lui sans cesse :
Il détournera mes pas
Des pièges que l’on me dresse.

8. Jette donc sur moi la vue,
Et que ta compassion
Donne à mon âme éperdue
Quelque consolations.
Sans secours, prêt d’expire,
Mon cœur se fond de tristesse :
Viens, ô Dieu, me retirer
D’une si grande détresse.

9. Fais luire sur moi ta face ;
Vois ma peine et mes travaux ;
Et tous mes péchés efface,
Qui m’attirent tant de maux.
Vois mes ennemis vainqueurs,
Dont le nombre est innombrable,
Et qui pour moi, dans leurs cœurs,
Ont une haine implacable.

10. De leurs rembuches subtiles,
Éternel, délivre-moi ;
Rends leurs efforts inutiles,
Tout mon espoir est en toi.
Soutiens mon intégrité,
Protège mon innocence ;
Et dans toute adversité,
Sois d’Israël la défense.

PSAUME 26

Fais-moi justice, ô Dieu,
Toi, qui vois qu’en tout lieu
Je marche sans déguisement.
Quelques maux que j’endure,
Sur mon Dieu je m’assure ;
Je ne tomberai nullement.

2. Sonde-moi donc, Seigneur :
Et que par toi mon cœur,
Comme l’argent, soit éprouvé :
Que toutes mes pensées,
Par le feu soient passées,
Pour voir quel je serai trouvé.

3. A toute heure, mes yeux
Se tournent vers les Cieux ;
Je ne pense qu’à sa bonté ;
Et toute mon envie
Est de régler ma vie
Par tes Lois, par ta Vérité.

4. Pour les esprits flatteurs,
Ou cachés ; ou menteurs,
J’eus toujours de l’éloignement :
Ceux, en qui l’artifice
Se joint à la malice,
Mer rechercheraient vainement.

5. De leurs desseins couverts,
De leurs complots divers,
Je me suis toujours écarté :
Toujours leur compagnie
Loin de moi j’ai bannie,
De crainte d’en être infecté.

PAUSE

6. Suivant tes ordres saints,
Je laverai mes mains ;
Et puis, autour de ton autel,
Je ferai le service
De l’humble sacrifice,
Qu’on offre à ton Nom immortel.

7. C’est là que chaque jour,
Brûlant de ton amour,
Au Ciel j’élèverai ma voix ;
Chantant tes saints oracles,
Et tant de grands miracles,
Que pour nous tu fis autrefois.

8. Que j’aime ce saint Lieu,
Où tu parais, mon Dieu,
Sous ton pavillon précieux !
J’y trace en ma mémoire
Un crayon de la gloire,
Qui t’environne dans les Cieux.

9. Garantis-moi, Seigneur,
Des traits de ta fureur,
Quant tu frapperas les méchants ;
Que ma vie innocente,
De leurs crimes exempte,
Le soit aussi de leurs tourments.

10. Toujours un noir dessein
Se couve dans leur sein,
Fraude, injustice, oppression.
Leur âme est inhumaine,
Et leur main toujours pleine
De rapins et d’extorsion.

11. Mais moi, par ton secours,
Je veux suivre toujours,
Le droit sentier de l’équité.
Fais moi miséricorde,
Ô Seigneur, et m’accorde,
La grâce d’être racheté.

12. Mes vœux sont exaucés ;
Mes ennuis sont cessés :
Je vois mon chemin aplani.
Pour ces faveurs nouvelles,
Au milieu des fidèles,
Mon Dieu par moi sera béni.

PSAUME 27

Dieu fut toujours ma lumière et ma vie ;
Qui peut me nuire, et qu’ai-je à redouter ?
J’ai pour soutien sa puissance infinie ;
L’homme mortel peut-il m’épouvanter ?
Quand les méchants m’ont livré cent combats,
Quand ils m’ont cru déchirer de leurs dents,
Je les ai vu, ces ennemis ardents,
Broncher partout, tomber à chaque pas.

2. Que tout un camp m’approche et m’environne,
Mon cœur jamais ne s’en alarmera,
Qu’en ce péril tout secours m’abandonne,
Un ferme espoir toujours me soutiendra.
A l’Éternel je demande un seul point,
Et je fais vœu de l’en prier toujours,
Qu’aussi longtemps que dureront mes jours,
De sa maison il ne m’éloigne point.

3. Mais que plutôt sans cesse je contemple,
De son palais l’admirable beauté ;
Et que je puisse, en visitant son temple,
Y méditer sa gloire et sa bonté.
Au mauvais temps, si je me sens pressé,
Son pavillon, qui m’est toujours ouvert,
M’offre un asile où je suis à couvert :
Là je me vois au plus haut lieu placé.

PAUSE

4. Désormais donc je marcherai sans crainte,
La tête haute, entre mes envieux :
J’irai chanter dans cette Maison sainte
Des chants de joie, et rendre à Dieu mes vœux,
Quand donc, ô Dieu, je viens pour te prier.
Fais que ma voix arrive jusqu’à toi ;
Et quand mes maux me forcent de crier,
Veuille, Seigneur, avoir pitié de moi.

5. Mon cœur entend ton céleste langage,
Et, de ta part, me le répète ainsi :
Sois diligent à chercher mon visage :
Tu vois, Seigneur, que je le cherche aussi.
Que de moi donc il ne soit jamais loin ;
De ton courroux garantis-moi, mon Dieu ;
Tu fus mon aide, en tout temps, en tout lieu ;
Et voudrais-tu me laisser au besoin ?

6. Quand je n’aurais pas pour moi père, ni mère ;
Quand je n’aurais aucun secours humain ;
Le Tout-puissant, en qui mon âme espère,
Pour me sauver, me prendra par la main.
Conduis mes pas, ô Dieu, qui m’as aimé,
Délivre-moi de mes persécuteurs,
Ferme la bouche à mes accusateurs,
Ne permets pas que j’en sois opprimé.

7. Si je n’eusse eu cette douce espérance,
Qu’un jour en paix, après tant de travaux,
Des biens du Ciel j’aurais la jouissance,
Je succombais sous le poids de mes maux.
Toi donc, mon âme, en ton plus grand tourment,
Attends de Dieu la grâce et le secours.
Son bras puissant t’affermira toujours :
Attends, mon âme, attends Dieu constamment.

PSAUME 28

Ô Dieu, ma haute forteresse,
C’est à toi que mon cri s’adresse.
Réponds-moi, soulage ma peine :
Autrement, ma fin est prochaine,
Et déjà je ressemble à ceux,
Qu’on descend au sépulcre affreux.

2. Entends ma voix, lorsque je crie ;
Exauce-moi, quand je te prie,
Du Lieu saint, où je me viens rendre.
Grand Dieu, voudrais tu me comprendre
Parmi les méchants obstinés,
Qui sont au tourment destinés ?

3. Dans la bouche ils n’ont que concorde ;
Mais leur cœur à tout mal s’accorde.
Donne leur le juste salaire
De tout le tort qu’ils osent faire :
Et que chacun d’eux soit traité,
Ainsi qu’il l’aura mérité.

4. Ils ont fait à Dieu mille outrages ;
Ils ont méprisé ses ouvrages,
Et rejeté la connaissance
Des hauts effets de sa puissance,
Mais Dieu les fera tous périr,
Sans qu’on puisse les secourir.

5. Loué soit Dieu, dont la tendresse
M’écoute et m’exauce sans cesse ;
J’ai dans sa bonté secourable,
Un bouclier impénétrable.
Mon cœur donc s’en réjouira ;
Ma bouche le célèbrera.

6. Il est la force des fidèles ;
Il couvre son Oint de ses ailes.
Regarde, ô Dieu ton héritage ;
Béni ton peuple d’âge en âge ;
Que, comblé de biens et d’honneur,
Il trouve en toi son bonheur.

PSAUME 29

Vous, que le choix, ou le sang,
Élèvent au plus haut rang,
Rendez, rendez au Seigneur
Tout respect et tout honneur.
Que votre reconnaissance
Fasse hommage à sa puissance ;
Et que dans sa Maison sainte
Chacun l’adore avec crainte.

2. Quand Dieu tonne dans les airs,
Sa voix soulève les mers ;
Et sur les lambris des Cieux,
S’entend le Dieu glorieux.
La voix de Dieu fait connaître
Que le Monde il est le maître :
Sa voix est inimitable,
Et, comme lui, redoutable.

3. La voix de Dieu jette à bas
Les grands cèdres par éclats,
Et du Liban les plus forts
Tombent sans autres efforts.
Par sa violence extrême,
Hermon, et le Liban même,
Bondissent, comme aux bocages
Les fans des bêtes sauvages.

4. La voix de Dieu foudroyant
Fait voir le Ciel flamboyant :
Par elle sont ébranlés
Les monts les plus reculés :
Au son d’une voix si forte,
La biche tremblante avorte :
Par ses fureurs allumées,
Les forêts sont consumées.

5. Mais pendant tout ce fracas,
Son peuple ne laisse pas
D’aller au Temple sans peur,
Chanter cette hymne au Seigneur :
Dieu sur les eaux du déluge
Préside en souverain Juge,
Son trône est inébranlable,
Son règne, à jamais durable.

6. Le Roi des Cieux, le Dieu fort,
Des siens sera le support :
Il nous fera désormais
Jouir d’une heureuse paix.

PSAUME 30

Eternel, tu m’as dégagé
Du péril, où j’étais plongé ;
Mes ennemis n’ont plus de quoi
Rire malignement de moi :
Il faut donc aussi que je chante
Le bienfait de ta main puissante.

2. Ta pitié, qui fut mon recours,
Me montre encore de beaux jours :
Me ranimant d’un feu nouveau,
Tu m’as relevé du tombeau ;
Sans toi je perdais la lumière,
Tu me rends ma vigueur première.

3. Vous qui révérez son pouvoir,
Tel que ses œuvres le font voir,
Fidèles, vantez hautement
Le saint nom d’un Dieu clément.
Son courroux, qu’un moment vit naître,
Un moment le voit disparaître.

4. Mais sa faveur et sa bonté
Durent à perpétuité ;
Et si, par quelqu’un de ses coups,
Le deuil au soir entre chez nous,
Au matin la clarté nouvelle
Ramène la joie avec elle.

PAUSE

5. Quand j’étais sain et vigoureux,
Quand tout semblait rire à mes vœux,
Qui peut, disais-je, désormais
Troubler mon bonheur et ma paix ?
Dieu me voit d’un œil favorable ;
C’est mon rocher inébranlable.

6. Mais ton visage étant tourné,
Soudain mon cœur s’est étonné :
Dans cet effroi je t’ai prié,
Et me suis ainsi récrié :
Seigneur, faut-il donc que je meure ?
Hélas ! quel profit t’en demeure ?

7. La poudre et la cendre, Seigneur,
Chanteront-elles ton honneur ?
Diront-elles ta vérité,
Ton pouvoir, ta fidélité ?
Mon Dieu, regarde ma souffrance ;
Seigneur, hâte ma délivrance.

8. Alors, touché de mes soupirs,
Tu changes mon deuil en plaisirs.
Au lieu d’un sac, par ta vertu,
De joie et d’honneur revêtu,
Ma langue à te louer s’empresse,
Mon âme te bénit sans cesse.

PSAUME 31

J’ai mis en toi mon espérance ;
Seigneur, je ne crains plus,
De me trouver confus.
Accorde-moi ma délvrance.
Et selon ta promesse,
Veille pour moi sans cesse.

2. Prête une oreille favorable,
A mes tristes discours :
Hâte, ô Dieu, ton secours :
Sois ma tour, ma roche imprenable,
Où je sauve ma vie,
Quand elle est poursuivie.

3. Tu fus toujours ma forteresse :
Pour ton nom glorieux,
Sois mon guide en tous lieux.
Tu vois les pièges qu’on me dresse ;
Et que pour ma défense,
Je n’ai que ta puissance.

4. En tes mains je remets mon âme :
Car tu m’as racheté,
Ô Dieu de vérité.
C’est toi, mon Dieu, que je réclame ;
Et dans toutes mes peines,
Je fuis les erreurs vaines.

PAUSE 1

5. Saisi d’une sainte allégresse,
Je publirai, Seigneur,
Ta gloire et ton honneur :
Quand ta bonté, dans ma détresse,
D’un regard favorable,
Me sera secourable.

6. Loin de livrer ma vie en proie
A l’adversaire armé,
Qui m’avait enfermé,
Tu m’as fait une sûre voie,
Où, hors de toute atteinte,
Je puis marcher sans crainte.

7. Seigneur, soulage ma faiblesse :
Exposé que je suis
A de nouveaux ennuis,
Mes yeux languissent de tristesses ;
Mon âme s’inquiète ;
Mon corps n’est qu’un squelette.

8. Mes péchés consument ma vie,
Mille soucis cuisants
Accourcissent mes ans :
De douleur mon âme est saisie ;
Mes forces m’abandonnent ;
Mes os même s’étonnent.

PAUSE 2

9. Parmi tous ceux qui me haïssent,
On voit au premier rang,
Ceux de mon propre sang :
Mes amis même me trahissent :
Ils ont, quand je me montre,
Horreur de ma rencontre.

10. Tel qu’un mort, hors de leur mémoire,
Tel qu’un vase brisé,
Je me vois méprisé :
On m’accuse, on noircit ma gloire :
Mille maux me travaillent,
Mille frayeurs m’assaillent.

11. Soir et matin on délibère
Comment me mettre à mort :
Mais, ô Dieu, mon support,
C’est en ta bonté que j’espère ;
Et je dis en moi-même,
Je fais que mon Dieu m’aime.

12. Tu tiens mes jours en ta puissance :
Fais qu’à mes ennemis
Je ne sois point soumis :
Sauve-moi, par ton assistance,
De la bande traîtresse,
Qui me poursuit sans cesse.

13. Tu vois la main qui me menace,
Montre-moi ta clarté,
Qui fait ma sûreté ;
Seigneur, garde-moi par ta grâce,
De peur qu’on ne se moque
De celui qui t’invoque.

PAUSE 3

14. Ô Dieu, tu les feras descendre,
Par un prompt jugement,
Confus au monument.
Sur le juste ils osent répandre,
Avec trop d’insolence,
Leur noire médisance.

15. Ô que de grâces sans pareilles,
Que de célestes biens
Tu gardes pour les tiens !
Que pour eux tu fais de merveilles,
Même au siècle où nous sommes,
Aux yeux des fils des hommes.

16. Ton sanctuaire est leur retraite,
Au temps le plus fâcheux,
Quand tout s’arme contre eux :
C’est là que ta bonté parfaite,
Défend contre l’envie,
Leur innocente vie.

17. Loué soit Dieu, qui, par sa grâce,
Me fait voir en ce jour,
Jusqu’où va son amour !
Il m’est une si forte place,
Qu’il n’est lieu sur la Terre,
Si sûr en temps de guerre.

18. Un jour, dans l’excès de ma crainte,
Je dis, Dieu m’a laissé ;
Hélas ! il m’as chassé.
Mais touché de ma triste plainte,
Au fort de ma détresse,
Tu soutins ma faiblesse.

19. Aimez Dieu, vous âmes sincères ;
Il conserve les saints,
Il perd les esprits vains :
Tenez bon, dans les temps contraires ;
Sa grâce fortifie
Quiconque en lui se fie.

PSAUME 32

Heureux celui, de qui Dieu, par sa grâce,
Et les erreurs et les fautes efface !
Heureux celui, de qui tous les péchés
Devant son Dieu sont couverts et cachés !
Je redis, cent fois heureux j’estime,
L’homme à qui Dieu n’impute point son crime ;
Et qui, parmi les faiblesses qu’il sent,
De toute fraude, au moins, est innocent.

2. Quand dans les maux qu’attirait mon offense,
Trop obstiné, j’ai gardé le silence,
Quand de douleur j’ai crié sans cesser,
Mes os n’ont fait que fondre et s’abaisser.
J’ai nuit et jour senti ta main puissante,
Sur moi, Seigneur, se rendre plus pesante ;
Mon corps s’est vu, dans cette extrémité,
Plus sec qu’un champ, dans l’ardeur de l’été.

3. Mais au moment que, sans hypocrisie,
J’ai déploré les fautes de ma vie ;
Dès que j’ai dit, confessons mon forfait,
De ton pardon j’ai ressenti l’effet.
Ainsi celui que ton amour éprouve,
Te cherchera dans le temps qu’on te trouve ;
Et quand de maux un déluge courrait,
Aucun danger de lui n’approcherait.

PAUSE

4. En toi, Seigneur, je trouve un sûr asile ;
Rien ne m’alarme, et mon âme est tranquille ;
Et chaque jour j’ai de nouveaux sujets,
De te louer des biens que tu me fais.
Venez à moi, mortels, venez apprendre,
Le droit chemin qu’en ce Monde il faut prendre :
Si sur mes pas vous marchez désormais,
Vous serez sûrs de ne broncher jamais.

5. Ah ! gardez-vous d’être aux chevaux semblables,
Privés de sens, fougueux, presque indomptables :
Pour réprimer leurs efforts,
L’art inventa des brides et des mords.
L’homme endurci sera dompté de même,
Par les douleurs d’un châtiment extrême ;
Mais quand quelqu’un prend son Dieu pour soutien,
Son Dieu le comble et d’honneur et de bien.

6. Fidèles donc, qu’en ce jour on vous voie,
Chanter, louer l’Auteur de votre joie :
Et que vos cœurs, avec humilité,
De l’Éternel adorent la bonté.

PSAUME 33

Réveillez-vous, Peuple fidèle,
Bénissons Dieu, tout d’une voix.
Sa louange fut toujours belle,
Dans la bouche des hommes droits.
Sur la douce harpe,
Pendue en écharpe,
Louez le Seigneur ;
Et que la musette,
Le luth, l’épinette,
Chantent son honneur.

2. Louez son nom, par l’harmonie,
Des vers nombreux et mesurés :
Ajoutez y la symphonie,
De tous les instruments sacrés.
Ce que Dieu demande,
Ce qu’il nous commande,
Tout ce qu’il a fait,
Tout ce qu’il propose,
Et ce qu’il dispose,
Est juste et parfait.

3. Il veut, par sa Loi souveraine,
Que par tout la justice ait lieu.
Qui ne voit que la Terre est pleine
De la grande bonté de Dieu ?
L’un et l’autre pôle,
Sont de sa parole,
L’effet glorieux :
D’un mot fut formée,
La céleste armée,
Qui brille à nos yeux.

PAUSE 1

4. Il rassembla les eaux profondes,
Les tenant comme en un vaisseau ;
Il mit les ondes sur les ondes,
Comme un trésor en un monceau.
Que toute la Terre,
Craigne son tonnerre ;
Et qu’humiliés,
Tous ceux qui l’habitent,
Sa colère évitent,
Soumis à ses pieds.

5. La chose, aussitôt qu’il l’eut dite,
Eut son être dans le moment :
L’obéissance fut subite,
Et suivit le commandement.
L’Éternel méprise,
La vaine entreprise,
Des peuples divers :
Sa juste puissance
Confond la prudence
Des hommes pervers.

6. Mais sa sagesse invariable
Jamais ne change son dessein ;
Et la providence immuable
Marche toujours le même train.
Heureuse race,
Dont Dieu, par sa grâce,
Veut être le Dieu,
Et que, d’âge en âge,
Comme son partage,
Il garde en tout lieu !

PAUSE 2

7. L’Éternel ici-bas regarde,
Nuit et jour, du plus haut des Cieux ;
A tous les mortels il prend garde,
Et rien ne se cache à ses yeux.
De son trône auguste,
Ce Roi saint et juste
Voit distinctement,
Tout ce qui se passe,
Dans l’immense espace
Du bas Élément.

8. C’est Dieu seul qui, par sa puissance,
Fit le cœur de tous les humains :
Il démêle avec connaissance,
Toutes les œuvres de leurs mains.
Non, dans les alarmes,
Ni camp, ni gendarmes,
Ne sauvent le Roi ;
Le fer, le courage,
Sont de nul usage,
Éternel, sans toi.

9. En vain on penserait, peut-être,
Qu’un cheval adroit et léger,
Pourra seul retirer son maître,
Du milieu d’un présent danger :
Mais Dieu, de ses ailes,
Couvre les fidèles ;
Et veille toujours,
Pour qui le révère,
Pour qui rien n’espère,
Que de son secours.

PAUSE 3

10. Si la mort vient à nous poursuivre,
Le Seigneur lui retient la main ;
Dans l’abondance il nous fait vivre,
Quand partout on manque de pain.
Qu’ainsi donc notre âme,
Toujours le réclame,
Et s’attende à lui :
Son trône immobile,
Est seul notre asile,
Est seul notre appui.

11. Nos cœurs, pleins de reconnaissance,
Béniront le nom du Seigneur ;
Nous reposant sur la clémence,
Nous célébrerons son honneur.
Que ta bonté grande,
Sur nous se répande,
Ô Dieu notre Roi !
Remplis notre attente :
Notre âme contente,
N’espère qu’en toi.

PSAUME 34

Toujours je bénirais,
Dans mes chants le nom du Seigneur ;
Ma bouche dira sa grandeur,
Tandis que je vivrai.
Mon âme se plaira,
A voir son Dieu glorifié ;
Et le fidèle édifié,
A mon chant se joindra.

2. Que donc du Roi des Rois
Le nom résonne jusqu’aux Cieux ;
Célébrons ses faits glorieux,
D’une commune voix.
Dans toutes mes douleurs,
Je l’ai cherché d’un cœur ardent ;
Et sa bonté, me répondant,
A calmé mes frayeurs.

3. Qui le regardera,
S’en trouvera tout éclairé,
Jamais son front déshonoré
Rougir on ne verra,
Le pauvre, en son besoin,
Crie au Ciel, et Dieu l’exauçant,
Le délivre des maux qu’il sent,
Et le garde avec soin.

PAUSE 1

4. Les Ages du Seigneur
Campent autour de ses enfants ;
Ils veillent pour eux en tout temps,
Assurant leur bonheur.
Venez donc aujourd’hui,
Et goûtez combien il est doux
Heureux, cent fois heureux, vous tous,
Qui n’espérez qu’en lui !

5. Craignez le Dieu très haut,
vous dont le cœur est pur et saint :
Car à tout homme qui le craint,
Jamais rien ne défaut.
Le lion affamé,
Cherche et souvent ne trouve rien ;
Mas l’Éternel comble de bien
Ceux qui l’ont réclamé.

6. Vous, enfants bienheureux,
Venez m’écoutez en ce lieu ;
Venez apprendre à craindre Dieu ;
Il entendra vos vœux.
Qui de vous veut en paix
Prolonger de ses ans le cours,
Et qui veut voir couler ses jours,
Au gré de ses souhaits ?

7. Que jamais du prochain,
Sa langue n’attaque l’honneur ;
Qu’il ne soit no faux, ni trompeur,
Ni querelleux, ni vain.
Fuis le mal, fais le bien,
Aime la paix, et la poursuis,
Le Seigneur veille pour celui,
Qui cherche à faire bien.

PAUSE 2

8. Dieu, d’un œil courroucé,
Voit les méchants et tous leurs faits ;
Il veut que le Monde, à jamais,
Leur nom soit effacé.
Les justes, dans leurs maux,
A l’Éternel ont leur recours ;
Et l’Éternel, par son secours,
Met fin à leurs travaux.

9. Près des cœurs désolés,
Le Seigneur volontiers se tient ;
Le Seigneur volontiers soutient
Les esprits accablés.
Tout homme qui va droit,
Pourra mille maux endurer ;
Mais Dieu saura bien l’en tirer,
Quelque abattu qu’il soit.

10. Par lui sont garantis,
Tous ses os si soigneusement,
Que l’on n’en saurait seulement
Rompre un des plus petits.
Le pécheur obstiné,
Périt toujours par son forfait ;
Et celui qui le juste hait,
Lui-même est ruiné.

11. L’Éternel sauvera,
L’homme qui souffre en le servant :
Quiconque espère au Dieu vivant,
Jamais ne périra.

PSAUME 35

Rends confus mes accusateurs,
Et poursuis mes persécuteurs :
Viens, Seigneur, et pour ma défense,
Prends le bouclier et la lance :
Charge les, pour les disperser,
Et les empêche d’avancer :
Parle à mon âme en sa faveur,
Et lui dis, je suis ton Sauveur.

2. Tous ces perfides ennemis,
S’en iront honteux et soumis.
Ces méchants, dont la noire envie,
Fait des complots contre ma vie,
Seront comme la poudre au vent :
Et son Ange, les poursuivant,
Leur fera la guerre partout,
D’un bout du Monde à l’autre bout.

3. Leur chemin sera ténébreux ;
Ton Ange combattant contre eux,
Et les suivant de place en place,
Ils tomberont devant sa face.
Car ils ont couvert le fossé,
Où le piège m’était dressé :
Tu le vois, et tu fais qu’à tort,
Leur haine a conjuré ma mort.

4. Ainsi le méchant dépourvu,
Et frappé d’un coup imprévu,
Au filet qu’il m’a voulu tendre,
Verra son pied se venir prendre :
Lui-même, dis-je, il tombera ;
Dans la fosse qu’il prépara.
Mon âme bénira mon Dieu,
Qui m’aura conduit en tout lieu.

PAUSE 1

5. Animé d’une sainte ardeur,
Tous mes os te diront, Seigneur,
Est-il quelqu’un à toi semblable ?
Ta main soutient le misérable ;
Par toi l’innocent affligé,
De l’oppresseur se voit vengé.
Tu fais que des gens révoltés,
M’imposent mille faussetés.

6. Pour me perdre ils n’épargnent rien,
Me rendant le mal pour le bien ;
A moi qui, pendant leurs alarmes,
Vêtu d’un sac, en jeûne, en larmes,
Fermais dans mon sein mille vœux,
Pour les voir un jour plus heureux :
Enfin, pour eux je m’étais mis,
Comme on se met pour ses amis.

7. Je marchais comme un fils en deuil,
Dont on met la mère au cercueil.
Mais eux, au fort de mon martyre,
Se sont assemblés pour en rire.
Jusqu’aux plus vils, à mon insu,
Tous m’ont fait le mal qu’ils ont pu :
A haute voix ils m’on blâmé,
Et par leur chansons diffamé.

8. Parmi tous mes persécuteurs,
Se montrent de lâches flatteurs,
Des esprits bas et méprisables,
Qui vont médire aux bonnes table.
Seigneur, qui le voix, qui l’entends,
Sera-ce encore pour longtemps ?
Faible et seul, n’espérant qu’en toi,
De ces lions délivre-moi.

PAUSE 2

9. J’irai te bénir, ô mon Dieu,
Devant ton peuple, en ton saint lieu :
J’irai parmi tous les fidèles,
Louer tes vertus immortelles.
Ne souffre donc pas, ô Seigneur
Que sans cause on m’ôte l’honneur ;
Ni que d’un air injurieux,
On m’ose insulter à tes yeux.

10. Ils sont ennemis de la paix,
Ces cruels n’en parlent jamais ;
Mais plutôt, par des tours obliques,
Ils oppriment les pacifiques.
Toujours prêts à me dévorer,
Toujours prompts à me déchirer,
On les entend crier sur moi,
Ha ! le malheureux ! je le vois.

11. Seigneur, tu le vois, tu l’entends,
Le souffriras-tu plus longtemps ?
Faut-il que ta main m’abandonne,
Quand tu fais que ma cause est bonne ?
Ha ! plutôt, Seigneur, lève-toi,
Et viens te déclarer pour moi :
Confonds le criminel plaisir
Qu’ils prennent à me voir périr.

12. Que trompés dans leurs vains projets,
Ils ne disent plus désormais,
Sa perte enfin est assurée,
Sa vie en nos mains est livrée.
Fais, Seigneur, par un prompt secours
Que ceux qui menacent mes jours,
Ne remportent de leur désir,
Que déshonneur, que déplaisir.

13. Mais bénis ceux qui, sous tes Lois,
Combattent pour mes justes droits ;
Fais que, pleins de réjouissance,
Ils chantent, ô Dieu, ta puissance :
Qu’ils disent que c’est toi qui fais,
Que mes jours vont couler en paix.
Avec eux ma langue, à sont tour,
Dira tes bontés tout le jour.

PSAUME 36

Du méchant le train déréglé,
Me dit, que son cœur aveuglé,
N'a de Dieu nulle crainte,
Bien que son crime fasse horreur,
Il s'applaudit dans son erreur,
Il la suit sans contrainte;
Son plus ordinaire entretien,
N'est que fraude; il n'écoute rien,
Qui le porte à bien faire.
Loin de se reposer la nuit,
Il ne pense qu'à ce qui nuit,
Le mal seul peut lui plaire.

2. Mais, grand Dieu, ta fidélité,
Ta justice, et ta vérité,
Portent aux Cieux leur têtes;
Tes saints décrets hauts et profonds,
Sont des abîmes, sont des monts;
Tu nourris jusqu'aux bêtes.
Ô qu'admirable est ta bonté!
Tes enfants sont en sûreté,
Sous l'ombre de tes ailes;
De biens tu combles leurs désirs;
Tu leur ouvres des vrais plaisirs,
Les sources éternelles.

3. Ce qui vit, ne vit que par toi;
C'est ta clarté, mon Dieu, mon Roi,
Qui nos yeux illumine.
Que tes fidèles tous les jours,
Éprouvent ce même secours,
De ta grâce divine.
Seigneur, soutiens-moi par ta main;
Ne permets pas que l'homme vain,
M'insulte, ni m'outrage.
C'est fait, les méchants tomberont;
Jamais ils n'en relèveront;
La mort est leur partage.

PSAUME 37

Lorsque souvent tu vois dans cette vie,
Pleins de fierté prospérer les méchants,
N’en conçois point de dépit, ni d’envie :
Attends encore ; tu les verras séchant,
Tels que le foin, qu’en peu d’heures on fène*,
Ils passeront comme l’herbe des champs.

2. Crains Dieu, fais bien ; sa bonté souveraine :
Car sa promesse est fidèle et certaine
Cherche en lui seul ta consolation ;
Et des vrais biens, qui seuls ont droit de plaire,
Tu jouiras sous sa protection,

3. Remets à Dieu le soin de ton affaire ;
Espère en lui, sa main te conduira,
Sans qu’à tes vœux rien puisse être contraire.
Ta vertu pure au jour il produira ;
Et, par ses soins, ta vie égale et bonne,
Comme un Soleil en son midi luira.

4. Laisse le faire, attends ce qu’il ordonne,
Et n’ouvre point ton cœur au déplaisir :
Quand à quelqu’un d’heureux succès il donne,
D’aucun dépit ne te laisse saisir ;
Et que jamais l’exemple ne t’engage
A faire mal, pour suivre un vain désir.

5. Sur les méchants fond toujours quelque orage ;
Mais qui craint Dieu, qui l’attend constamment,
Possédera la Terre en héritage.
Oui, le pécheur périt si promptement,
Que si l’on va le chercher dans sa place,
On n’y voit plus sa trace seulement.

PAUSE 1

6. Mais, pour les bons, Dieu les tient en sa grâce,
Et sur la Terre il prévient leurs souhaits,
Éloignant d’eux le mal qui les menace.
En vain contre eux, sans se lasser jamais,
Grinçant les dents, l’homme indique machine ;
Dieu confondra ses injustes projets.

7. Dans tous les temps la justice
Divine rit des méchants ; et de ses yeux ouverts,
Voit approcher le jour de leur ruine.
Contre le juste on verra les pervers
Tendre leur arc et tirer leur épée,
Pour lui livrer mille combats divers.

8. Mais après tout, leur attente est trompée,
Leur arc se rompt, et le cœur leur défaut ;
Leur propre fer a leur trame coupée.
Mille fois mieux le peu du juste vaut,
Que des pécheurs la plus riche abondance,
Que tout l’éclat de leur rang le plus haut.

9. Dieu de leur bras rompt l’injuste puissance :
Il se souvient du traité solennel,
Qui fait, des siens la force et l’assurance.
C’est lui, qui tient en son soin paternel,
Les jours de ceux dont l’âme est innocente,
Et qui fait seul leur bonheur éternel.

10. Au mauvais temps il remplit leur attente,
Il les nourrit, lorsque les champs sans blés
Font la famine et longue et violente :
Mais les méchants, tristes et désolés,
S’écouleront, s’en iront en fumée,
Comme la chair des agneaux immolés.

PAUSE 2

11. Leur main sera d’emprunter affamée,
Sans pouvoir rendre ; et du juste on verra,
Partout l’aumône abondamment semée.
De qui craint Dieu, le partage sera,
Un pays gras, abondant en richesse ;
Mais tôt ou tard le méchant périra.

12. Dieu tous les pas de l’homme sage adresse,
Unit la voie où son pied va marcher,
Et l’appuyant, soulage sa faiblesse.
Si de tomber il ne peut s’empêcher,
De se blesser il n’aura nulle crainte :
Dieu le retient, quand il vient à broncher.

13. Jeune autrefois, j’ai la vieillesse atteinte,
Sans avoir vu le juste abandonné,
Ni sa famille à mendier contrainte :
J’ai vu plutôt, qu’il a prêté, donné ;
Et qu’après tout, Dieu l’a même en sa race,
Rempli de biens, et d’honneur couronné

14. Puis donc le mal, et du bien suis la trace,
Si d’un bonheur, qui n’est point limité,
Tu veux que Dieu t’accorde enfin la grâce ;
Car en tout temps il aime l’équité ;
Toujours des siens il prend un soin fidèle,
Et des méchants perd la postérité.

PAUSE 3

15. Des hommes saints la joie est éternelle ;
Et c’est pour eux que la Terre produit,
Les biens divers que l’on admire en elle.
Aussi le juste en la sagesse instruit,
Quelque discours que sa bouche propose,
N’y mêle rien qui ne soit plein de fruit.

16. La Loi de Dieu, qui dans son cœur repose,
Le soutiendra dans un chemin glissant,
A quelque assaut que sa vertu s’expose.
Si quelquefois l’inique, trop puissant,
Le persécute, et semble se promettre
De se baigner dans le sang innocent :

17. Dieu, toujours bon, ne le saurait permettre ;
Ni ne verra le juste condamner,
Quand à son Juge il viendra se soumettre.
Espère en Dieu, laisse-le gouverner ;
Tu jouiras de la Terre seconde ;
Et les méchants verras exterminer.

18. Je vis l’inique heureux aux yeux du monde,
Qui s’élevant croissait et verdissait,
Comme un laurier, qui de rameaux abonde :
Puis repassant aux lieux qu’il remplissait,
Je n’y vis plus ni branche, ni feuillage ;
Même du tronc rien ne me paraissait.

19. Pour ton repos, prends garde à l’homme sage.
Vois l’homme droit : car enfin son loyer,
Est le bonheur ; la paix est son partage.
Mais des méchants, prompts à le fourvoyer,
Tout doit périr, et leur juste salaire
Sera, que Dieu les viendra foudroyer.

20. Enfin, de Dieu la grâce salutaire,
Dans tous leurs maux les siens soulagera,
Les soutenant au temps le plus contraire :
Par sa main forte il les délivrera :
Car au Seigneur chacun d’eux voudra plaire,
Et chacun d’eux sur lui s’assurera.

(*) Fener: faire sécher au soleil.

PSAUME 38

Ô Seigneur, que ta colère,
Se modère,
Retiens ton juste courroux :
Que ta fureur se retire,
Ou j’expire,
Sous la rigueur de tes coups.

2. Tes flèches, sur moi tirées,
Sont entrées,
Jusqu’au-dedans de mes os :
Et ta main appesantie,
Me châtie,
Sans me laisser de repos.

3. Je n’ai plus ni chair, ni veine,
Qui soit saine,
Dans l’état où tu m’as mis ;
Et je vois qu’à ta vengeance,
Mon offense,
Trop justement m’a soumis.

4. Mon crime est si détestable,
Qu’il m’accable,
Un cuisant remords m’abat ;
Et trop faible pour la peine,
Qui me gène,
Je succombe en ce combat.

5. Mes blessures si cruelles,
Sont mortelles,
Nul ne les voit sans horreur ;
Et je sens dans mon supplice,
Ta justice,
Qui punie ma folle erreur.

PAUSE 1

6. Le mal, qui me fait la guerre,
Vers la terre,
Courbe mon corps chancelant :
Chacun voit comme avec peine,
Je me traîne,
Marchant d’un pas triste et lent.

7. Le feu brûlant, dont mes veines,
Sont si pleines,
Me consume nuit et jour ;
Et la source de ma vie,
Est tarie,
Sas nul espoir de retour.

8. Mon mal n’est plus supportable,
Il m’accable,
Je n’ai plus nulle vigueur ;
On me voit mourant et pâle ;
Rien n’égale,
Mon tourment et ma langueur.

9. Seigneur, tu fais mes alarmes,
Car mes larmes,
Sont présentes à tes yeux ;
Tu fais de quoi je te prie,
Quand je crie,
Sans que je m’explique mieux.

10. Mon cœur cède à la tristesse,
Qui me presse,
Mon corps languit tout perdus :
Mes yeux perdent leur lumière,
Toute entière ;
Mais que dis-je ? ils ne sont plus.

11. D’une manière inhumaine,
De ma peine,
Mes amis se tiennent loin.
Je ne puis faire à mon plus proche,
Le reproche,
Qu’il m’abandonne au besoin.

PAUSE 2

12. Les uns à ma mort s’attendent,
Et me tendent,
Des pierres dans mon malheur ;
D’autres des crimes supposent,
Qu’ils m’imposent,
Afin de m’ôter l’honneur.

13. Je garde avec patience,
Le silence ;
Et, de leur haine l’objet,
Je n’ouvre non plus ma bouche,
Qu’une souche :
Je suis et sourd et muet.

14. Je suis comme une stature
Abattue,
Sans vie et sans mouvement :
J’écoute leurs calomnies,
Inouïes,
Sans dire un mot seulement.

15. Mais, ô Dieu, Père propice,
Ta justice,
Contre tous est mon secours :
Et puisqu’en toi seul j’espère,
Ma misère,
Ne durera pas toujours.

16. Prends garde à ceux qui m’épient,
Et qui rient,
De l’état où je me vois :
Sitôt que le pied me glisse,
Leur malice
Fait qu’ils se moquent de moi.

PAUSE 3

17. Dans ma faiblesse mortelle,
Je chancelle.
Prêt de tomber à tous coups ;
Car devant les yeux, sans cesse,
Ma détresse
Me peint ton juste courroux.

18. Quand dans mon cœur je repasse,
La disgrâce,
Qui de ma faute est l’effet,
Je me hais, je me tourmente,
Et j’augmente,
Le mal que je me suis fait.

19. Ceux, de qui l’injuste haine.
Dans ma peine,
Trouve son plus doux plaisir,
Sont heureux en toute chose ;
Et rien n’ose,
S’opposer à leur désir.

20. Tous pour me nuire s’entendent,
Et me rendent.
Toujours le mal pour le bien :
Et la haine, qui les trouble,
Se redouble,
Plus je tâche à faire le bien.

21. Ô Dieu, montre moi ta face ;
Que ta grâce,
Me soutienne en tous mes maux :
Fais, Seigneur, que ta parole,
Me console,
Dans l’excès de mes travaux.

22. Tes tendresses paternelles
Des fidèles,
Te font toujours prendre soin :
Hâte, ô Dieu, ton assistance ;
Ma souffrance
L’implore en ce grand besoin.

PSAUME 39

Je l’avais dit, que tant que je vivrais,
Ma langue je réprimerais ;
Que le méchant me verrait endurer,
Sans m’ouïr jamais murmurer :
Quand je devrais, pour un pareil dessein,
Mettre à ma bouche un rude frein.

2. Chacun a vu le silence obstiné,
Au quel je m’étais condamné :
J’ai tu le bien, contre ma volonté,
Bien que mon cœur fût agité.
Mais dévoré par un cuisant souci,
Il a fallu parler ainsi :

3. Dieu tout-puissant, qui règles mon destin,
Fais-moi donc connaître ma fin :
Au demi pied tu mesures le cours,
Qu’il te plaît donner à mes jours :
Et tous mes ans, arrangés bout à bout,
Près des tiens ne sont rien du tout.

4. L’homme en effet n’est que fragilité,
Qu’apparence et que vanité :
Toute sa vie est un songe passant :
On le voit toujours tracassant,
Cherchant toujours des trésors, sans savoir,
L’héritier qui les doit avoir.

5. Hélas, Seigneur, en qui dois-je espérer ?
En toi, qui peux me rassurer.
Délivre-moi des maux que j’ai commis ;
Empêche que mes ennemis,
Ces insensés, qui méprisent ta Loi,
Ne triomphent enfin de moi.

6. Je me suis tu dans mes plus grands malheurs,
Je fus muet dans mes douleurs,
Baisant ta main, qui frappait tous les coups :
Mais, ô Dieu, calme ton courroux ;
Guéris ma plaie, et console mon cœur,
Qui succombe sous ta rigueur

7. Quand le pécheur te force à le punir,
On voit son éclat se ternir ;
On voit périr ses ornements divers,
Comme un habit rongé de vers ;
Son fort enfin montre, tout bien compté,
Que l’homme n’est que vanité.

8. Écoute, ô Dieu, ma plainte et mes clameurs ;
Ne te rends pas sourd à mes pleurs.
Je fuis hélas ! Ce qu’étaient mes aïeux,
Étranger, voyageur comme eux.
Retiens ton bras ; je suis prêt de mourir :
Daigne, Seigneur, me secourir.

PSAUME 40

Après avoir constamment attendu,
De l’Éternel la volonté,
Il s’est tourné de mon côté,
Et sa voix sainte enfin m’a répondu.
D’un bourbier effroyable,
D’un gouffre épouvantable,
Son bras m’a retiré :
Mes pieds bien affermis,
Sur la roche remis,
Vont d’un pas assuré.

2. Ouvrant ma bouche, il fait qu’à son honneur,
Partout mes chants retentiront :
Partout les peuples apprendront
A ne rien craindre, en craignant le Seigneur.
Heureux est l’homme au Monde,
Qui sur son Dieu se fonde,
Qui s’en fait un rempart ;
Laissant les esprits vains,
Dans leurs projets hautains,
S’égarer à l’écart.

3. Seigneur, mon Dieu, tes conseils, tes hauts faits,
Surpassent notre entendement ;
Pourrait on tenter seulement,
De calculer les biens que tu nous fais ?
Pour moi, si je les compte,
Le nombre me surmonte.
On t’a vu refuser,
Les gâteaux et les bœufs ;
Et, par un choix heureux,
L’oreille me percer.

4. Le sacrifice ordonné dans la Loi,
Ne pouvant pas te contenter,
Je viens, ô Dieu, me présenter,
Comme en ton Livre il est écrit de moi.
Sans regret, sans contrainte,
A ta volonté sainte,
J’ai soumis mes désirs :
Tes saints Commandements,
Règlent mes mouvements,
J’en fais tous mes plaisirs.

PAUSE

5. J’ai publié ta justice, ô mon Dieu ;
Je n’en ai rien dissimulé.
Tu fais comme j’en ai parlé,
Devant ton peuple, à toute heure, en tout lieu.
C’est ainsi que je chante,
Ta bonté si constante ;
Et qu’encor tous les jours,
De ta fidélité,
Et de ta vérité,
Je fais tous mes discours.

6. Aussi, Seigneur, de ta protection
Jamais tu ne me priveras :
Mais plutôt tu m’accorderas,
Les tendres soins de ta compassion.
Mes maux sans cesse augmentent,
Mes péchés m’épouvantent,
J’en ai l’esprit troublé :
Je les sens plus nombreux,
Que ne sont mes cheveux,
Et j’en suis accablé.

7. Ta main me peut délivrer sans effort :
Hâte-toi de me secourir ;
Et pour m’empêcher de périr,
Repousse, ô Dieu, ceux qui cherchent ma mort.
Trompe l’injuste attente,
D’une troupe insolente,
Prête à me déchirer.
Fais retomber sur eux,
L’opprobre si honteux,
Qu’ils m’osaient préparer.

8. Mais comble, ô Dieu, de tes biens précieux,
Ceux qui suivent tes saintes Lois ;
Nous chanterons, tous d’une voix,
Gloire au Dieu fort, gloire au Maître des Cieux.
Hélas ! je souffre encore ;
Mais le Dieu que j’adore,
De moi veux prendre soin,
Seigneur, tu m’as aidé,
Seigneur, tu m’as gardé ;
Accours à mon besoin.

PSAUME 41

Écoute-moi, je te prie,
Quand je crie ;
Éternel, exauce-moi :
Du bout du Monde mon âme,
Te réclame,
Triste et n’espérant qu’en toi.

2. Fais que de ta haute roche
Je m’approche ;
Que l’accès m’en soit permis.
Tu fus toujours mon refuge,
Juste Juge,
Contre tous mes ennemis.

3. Mon âme, en ton sanctuaire,
Veut se plaire,
Tout le temps que je vivrai.
Dans cet asile fidèle,
Sous ton aile,
Sans peur je reposerai.

4. Á ce que mon cœur désire
Tout conspire,
Et de toi je tiens ce don :
Heureux, d’avoir en partage,
L’héritage,
De ceux qui craignent ton Nom.

5. Jamais ne seront bornées,
Les années,
Du Roi que tu veux chérir :
On verra ses jours sans nombre,
Sous ton ombre,
De siècle en siècle fleurir.

6. Son trône sera si ferme,
Que pour terme, il aura l’éternité ;
Et pour garder immortelles,
Et fidèles,
Ta grâce et ta vérité.

7. Je veux donc, par des cantiques
Magnifiques,
Dire tes faits merveilleux.
Mon cœur, rempli d’allégresse,
Veut sans cesse,
S’acquitter de tous ses vœux.

PSAUME 42

Comme un cerf altéré brame,
Après le courant d’eaux,
Ainsi soupire mon âme,
Seigneur, après tes ruisseaux :
Elle a soif du Dieu vivant ;
Et s’écrie, en le suivant,
Mon Dieu, mon Dieu, quand sera-ce,
Que mes yeux verront ta face ?

2. Pour pain je n’ai que mes larmes,
La nuit, le jour, en tout lieu,
Lorsqu’en mes dures alarmes,
On me dit, que fait ton Dieu ?
Je regrette la saison,
Que j’allais dans ta maison,
Chantant avec les fidèles,
Tes louanges, immortelles.

3. Mais quel chagrin te dévore,
Mon âme ? rassure-toi :
Espère en Dieu, car encore
Il sera loué pour moi,
Quand d’un regard seulement,
Il guérira mon tourment.
Mon dieu, je sens que mon âme
D’un ardent désir se pâme.

4. Je me souviens à toute heure,
Du temps que vers le Jourdain,
J’avais pour triste demeure
Hermon, où j’errais en vain,
Et Misar, et tous ces lieux,
Où j’étais loin de tes yeux.
Partout mes maux me poursuivent,
Comme des flots qui me suivent.

PAUSE.

5. Les torrents de ta colère,
Sur moi cent fois ont passé :
Mais, par ta grâce, j’espère,
Qu’enfin l’orage est cessé.
Tu me conduiras, le jour ;
Et moi la nuit, à mon tour,
Louant ta Majesté Sainte,
Je t’adresserai ma plainte.

6. Dieu, ma force et ma puissance,
Dirai-je, as-tu donc permis,
Qu’une si longue souffrance,
M’expose à mes ennemis ?
Leurs fiers leurs malins propos,
Me pénètrent jusqu’aux os,
Quand ils disent à toute heure,
Où fait ton Dieu sa demeure ?

7. Mais pourquoi, mon âme, encore,
T’abattre avec tant d’effroi ?
Espère au Dieu que j’adore ;
Il sera loué de moi.
Un regard, dans sa faveur,
Me dit qu’il est mon Sauveur ;
Et c’est aussi lui, mon âme,
Qu’en tous mes maux je réclame.

PSAUME 43

Prends, ô Dieu, ma juste querelle,
Toi qui me vois traiter ainsi,
Par la troupe injuste et cruelle,
Qui contre tes Lois se rebelle.
Seigneur, viens me venger aussi,
Du méchant endurci.

2. Toi, grand Dieu, qui fus ma défense,
Je marche en deuil tout languissant :
Pourquoi me cacher ta présence.
Et me livrer à l’insolence,
De l’ennemi persécutant,
Par qui je souffre tant ?

3. Que sur moi ta clarté reluise,
Et me montre ta vérité ;
Qu’au saint mont elle me conduise,
Et qu’elle-même m’introduise
Dans ton palais, dont la beauté,
Fait voir ta Majesté.

4. Là, d’une sainte hardiesse,
J’approcherai de ton Autel ;
Là, plein d’une juste allégresse,
Ma voix et ma harpe, sans cesse,
Chanteront, ô Dieu d’Israël,
Ton honneur immortel.

5. Quoi ! tes frayeurs durent encore ;
Mon âme, enfin, rassure-toi ;
Espère en celui que j’adore,
Attends son aide que j’implore ;
Comme mon Dieu, comme mon Roi,
Il veillera pour moi.

PSAUME 44

Ô Dieu, le bruit de tes merveilles,
Résonne encore à nos oreilles ;
Nous les savons de nos aïeux,
Pour qui tu les fis à leurs yeux.
Ta main a les Peuples chassés :
Tu mis no pères en leur place ;
Et tous ces méchants renversés,
Y virent fleurir notre race.

2. Non, ce n’est point par leur épée,
Qu’ils ont cette terre occupée ;
Ni par la force de leur bras,
Qu’ils sont échappés des combats,
Éternel, tu fus leur Sauveur ;
Ta main, tes grâces salutaires,
Rendirent ton peuple vainqueur,
Et défirent ses adversaires.

3. Ô Dieu, mon Roi, dont la puissance,
Aime à protéger l’innocence,
Sauve Jacob, ton bien-aimé,
Par ton secours accoutumé.
Par toi seront humiliés,
Ceux qui s’élèvent pour nous nuire ;
Par toi nous foulerons aux pieds,
Tous ceux qui voudraient nous détruire.

4. Ni mon arc, ni mes autres armes,
Ne peuvent rien dans les alarmes :
Et dans les périls que je cours,
Mon épée est un vain secours.
C’est toi, qui nous as défendus,
Seigneur, contre nos adversaires ;
Et par toi seront confondus,
Tous ceux qui nous seront contraires.

PAUSE 1

5. Dieu seul fut toujours notre gloire ;
Ses faits sont dans notre mémoire ;
Et nous faisons vœu désormais,
De la célébrer à jamais.
Mais cependant tu te tiens loin ;
Le cœur nous manque en leur présence ;
Et de nos guerriers, au besoin,
Tu cesses d’être la défense.

6. Souvent, notre armée est réduite,
A prendre une honteuse fuite ;
Et l’ennemi se vient saisir,
De tous nos biens à son plaisir.
Dispersés parmi les méchants,
Tu nous livres à leur furie,
Comme des agneaux dans les champs,
Destinés à la boucherie.

7. Enfin, ta Nation élue,
Voit que pour rien tu l’as vendue ;
Au lieu d’en rehausser le prix,
Tu la laisses dans le mépris.
Tu permets qu’étant maltraités,
De ceux qui près de nous habitent,
Nous soyons encore insultés,
Par les faux contes qu’ils débitent.

8. Nous ne servons, comme nous sommes,
Que de risée aux autres hommes :
Chacun nous montre, et nous choquant,
Branle la tête en se moquant.
La honte marche devant moi ;
La crainte m’abat le courage ;
Partout la tristesse et l’effroi
Peignent leurs traits sur mon visage.

9. Nous n’entendons que des injures ;
Ils nous accablent d’impostures ;
Toujours prêts à fondre sur nous,
Pour nous porter les derniers coups.
Mais dans ce grand abaissement,
Avons-nous, par impatience,
Oublié ton commandement,
Ou méprisé ton alliance ?

PAUSE 2

10. Ailleurs qu’à toi notre pensée,
Seigneur, ne s’est point adressée ;
Nous avons tous de bonne foi,
Suivi le sentier de ta Loi :
Nous l’avons suivi, même aux lieux,
Où les dragons font leur demeure,
La mort présentant à nos yeux
Ses noires horreurs à toute heure.

11. Si d’un cœur timide, ou volage,
Nous eussions cessé notre hommage ;
Si nous avions à d’autres dieux,
Élevé nos mains et nos yeux ;
Ne s’en fût-il pas aperçu,
Ce grand Dieu, qui voit et qui fonde
Tout ce que les cœurs ont conçu,
Même mes plus cachés du monde ?

12. Pourquoi, nous souffrons milles peines :
Tels, hélas ! dans nos dures chaînes,
Que des brebis, qu’on garde exprès,
Pour les égorger tôt après.
Hélas ! Seigneur, pourquoi dors-tu ?
Réveille-toi, pour voir nos craintes,
Réveille, dis-je, ta vertu,
Et fais cesser nos tristes plaintes.

13. Pourquoi caches-tu ton visage ?
Pourquoi, quand chacun nous outrage,
N’as-tu point de compassion,
De notre extrême affliction ?
Notre âme gémit sous les coups,
Dont ta justice nous atterre ;
Nous expirons par ton courroux ;
Nos corps sont étendus par terre.

14. Viens donc, Seigneur, et nous accorde,
Ta grâce et ta miséricorde ;
Et pour l’amour de ta bonté,
Délivre-nous d’adversité.

PSAUME 45

Mon cœur, rempli de choses magnifiques,
Veut les répandre et les rendre publiques ;
Et mes discours seront d’un plus grand prix,
Que des savants les plus doctes écrits.
C’est toi, Grand Roi, pour je les veux dire ;
Toi, le plus beau de tous ceux qu’on admire ;
Toi, dont la grâce et les divins attraits,
Font voir que Dieu t’a béni pour jamais.

2. A ton côté ceins l’épée invincible,
Qui de ta force est la marque visible ;
De son acier la brillante splendeur
Fait redouter ta royale grandeur.
Monte en ton char, triomphe sur la Terre ;
Mène avec toi, soit en paix, soit en guerre,
La vérité, la clémence et la foi :
Ta main sera des coups dignes de toi.

3. De ton carquois les flèches sont mortelles,
Pour tous les cœurs qui se montrent rebelles ;
Tes ennemis en seront tout percés,
Ils tomberont à tes pieds renversés.
Ton trône, ô Dieu, fut toujours immuable ;
On le verra d’âge en âge durable :
Ton sceptre doux, autant qu’il est puissant,
Rends ton Empire heureux et florissant.

4. Tu hais le mal, tu chéris la justice :
Pour cela même, ô Dieu, ton Dieu propice,
De ses enfants t’ayant le plus à gré,
D’huile de joie à jamais t’a sacré.
Tes vêtements, quand tu sors de ta chambre,
Parfument tout d’un air de muse et d’ambre :
Ils furent faits d’un tissu précieux,
Pour s’attirer et les cœurs et les yeux.

PAUSE

5. Des plus grands Rois les filles les mieux nées,
Sont devant toi de tes présents ornées :
Là ton Épouse est seule à ton côté,
Qui d’or d’Ophir couronne sa beauté.
Écoute donc, ô Fille sans pareille,
A mes conseils daigne prêter l’oreille ;
Père, et patrie, il faut tout oublier,
Pour d’autres nœuds dont tu dois te lier.

6. Le Roi, touché de ta grâce divine,
Pour son Épouse unique te destine ;
Et puisqu’il est ton Seigneur et ton Roi,
Ton cœur lui doit son hommage et sa foi.
Tyr à tes pieds portera ses richesses,
Les Nations te seront des largesses ;
Mais tous ces dons, ces dehors éclatants,
N’égalent pas la gloire du dedans.

7. D’habits brodés pompeusement ornée,
On la verra vers le Prince menée.
Cent autres chars son char doré suivront,
Où des grands Rois les filles brilleront.
A ce Monarque, enfin, on la présente,
Avec, sa troupe et pompeuse et riante :
Il la conduit au superbe palais,
Où règneront et la joie et la paix.

8. Sans regretter la maison de tes pères,
En celle-ci vois comme tu prospères ;
Pense au bonheur de te voir des enfants,
Que tu feras partout Rois triomphant.
Pour moi, ravi, je consacre à ta gloire
Des chants sacrés d’éternelle mémoire,
Qui porteront les peuples à venir,
A te louer sans cesse, à te bénir.

PSAUME 100

1. Vous tous, qui la Terre habitez,
Chantez à haute voix, chantez;
Réjouissez-vous au Seigneur,
Par un saint hymne à son honneur.

2. Sachez qu'il est le Souverain,
Qui, sans nous, nous fit de sa main;
Nous, le peuple qu'il veut chérir,
Et le troupeau qu'il veut nourrir.

3. Entrez dans son Temple, aujourd’hui:
Que chacun vienne devant lui,
Célébrer son nom glorieux,
Et qu'on l'élève jusqu'aux Cieux.

4. C'est un Dieu rempli de bonté,
D'une éternelle vérité.
Toujours propice à nos souhaits;
Et sa grâce dure à jamais.

PSAUMES 102.

Seigneur, entends ma prière,
Par ta bonté singulière ;
Et quand ma voix monte à toi,
Ne t'éloigne pas de moi.
Dans ma douleur sans pareille,
Tourne vers moi ton oreille,
Viens, hâte-toi, je te prie,
De m'exaucer quand je crie.

2. Car ma force confirmée
S'en va, comme la fumée ;
Et dans mes os, un feu lent
Mine mon corps chancelant.
Toute ma vigueur se passe,
Comme une fleur qui s'efface :
Dans les tourments que j'endure,
J'abhorre le nourriture.

3. Ma peau, flétris et séchée,
A mes os est attachée ;
Et toujours prêt d'expirer,
Je ne fais que soupirer.
Tel qu'un hibou solitaire ;
Je ressemble à la chouette,
Qui fait au bois sa retraite.

4. Comme, durant son veuvage,
La tourterelle, à l'ombrage,
Nourrit ses tristes ennuis,
Seul je passe ainsi les nuits.
Chacun s'empresse à me nuire ;
Tous cherchent à me détruire ;
Leurs cœurs contre moi s'unissent,
Et leurs langues me maudissent.

PAUSE 1.

5. Je n'ai pour pain ordinaire,
Que la cendre et la poussière ;
Et je fais, dans mes douleurs,
Mon breuvage de mes pleurs.
O Dieu, c'est dans ta colère,
Que ta justice sévère,
Du faite de la puissance,
M'a plongé dans la souffrance.

6. Mes jours passent comme une ombre,
Qui le perd dans la nuit sombre ;
Et je suis plus desséché,
Que le soin qu'on a fauché.
Mais ton trône, toujours ferme,
Demeure sas fin, ni terme,
Et de ton nom plein de gloire,
Dure à jamais la mémoire.

7. Viens donc, viens, sans plus attendre,
Hâte-toi de nous défendre ;
Aie, ô Dieu, compassion,
De ta fidèle Sion.
Elle attend de ta clémence,
Une prompte délivrance :
Le temps assigné te presse,
De dégager ta promesse.

8. Ton peuple, en les maux extrêmes,
En aime les pierres mêmes :
A l'aspect de ses malheurs,
Il verse un torrent de pleurs.
Les nations, alarmées,
Craindront le Dieu des armées ;
Les Rois, malgré leur puissance,
Redonneront sa vengeance.

9. Car ta Cité démolie,
Sera bientôt rétablie :
Son Dieu, qui l'aime toujours,
Vient des Cieux pour son secours.
Ses yeux ont vu les misères
De ses tristes solitaires :
Et son oreille attentive,
Écoute leur voix plaintive.

PAUSE 2.

10. Ses hauts faits, se pleins de gloire,
Sa liront dans notre histoire :
Jamais les temps à venir,
N'en perdront le souvenir.
Le nouveau peuple, avec joie,
Suivant du Seigneur la voie,
Chantera plein d'allégresse,
Et sa force et sa sagesse.

11. Car Dieu, de son Sanctuaire,
Ne nous sera plus contraire ;
Se baissant du haut des Cieux,
Sur nous il jette les yeux.
Il voit les cruelles peines,
De ses enfants dans les chaînes ;
Il les sauve, par sa grâce,
De la mort qui les menace.

12. Il veut que, dans la Judée,
La mémoire en soit gardée,
Et qu'en Sion soient chantés,
Les doux fruits de ses bontés.
Là, les nations mêlées,
Par lui seront assemblées ;
Les plus grands, sans résistance,
Lui rendront obéissance.

PAUSE 3.

13. Ma force était abattue ;
Et la douleur qui me tue,
Abrégeant mes tristes jours,
J'ai dit, ô Dieu, mon secours,
Ne me perds pas sans ressource,
Dès le milieu de ma course ;
Toi, grand Dieu, dont les années,
Ne seront jamais bornées.

14. La Terre fit ton ouvrage ;
C'est ta main puissante et sage,
Qui fut les Cieux compasser ;
Et tout cela doit passer.
Du siège, où tu te reposes,
Tu vois vieillir toutes choses,
Et se consumer par l'âge,
Comme un habit par l'usage.

15. Comme une robe, qu'efface,
Le temps, avec qui tout passe,
Terre et Cieux, tout changera,
Leur éclat disparaîtra :
Mais ta Majesté suprême,
Demeure toujours la même ;
Et ta constante durée
Est pour jamais assurée.

16. C'est donc par sa seule grâce,
Que l'on verra notre race,
Dans ta maison, pour jamais,
Vivre et reposer en paix,
Nos enfants, par ta clémence,
Jouïront en ta présence,
Et sous ta main adorable,
D'un bonheur toujours durable.


PSAUME 121

Vers les monts je levais mes yeux,
D'où j'attendais toujours,
Que viendrait mon secours;
Mais sur Dieu, qui fit les hauts Cieux,
Et la Terre féconde,
Maintenant je me fonde.

2. Pour te faire aller sûrement,
On le verra veiller,
Sans jamais sommeiller:
D'Israël, dis-je, constamment,
La garde toujours veille,
Et jamais ne sommeille.

3. Il est ton appui, ton conseil;
Sa droite te conduit,
Et le jour, et la nuit.
Sur toi la Lune et le Soleil,
Tour à tour, sans te nuire,
Toujours tu verras luire.

4. De tout mal sa puissante main
Ton âme gardera;
Il te protégera,
Donnant toujours à ton dessein
Une entrée agréable,
Un succès favorable.

PSAUME 123

Vers toi, grand Dieu, qui règnes dans les Cieux,
Nous élevons nos yeux.
Le serviteur appelle, en sa souffrance,
Son maître à sa défense;
Et la servante, aussitôt qu'on la blesse,
A l’œil sur sa maîtresse:
Ainsi, sur Dieu nos yeux sont arrêtés,
Implorant ses bontés.

2. Hélas! Seigneur, apaise ton courroux,
Et prends pitié de nous.
Nos ennemis nous accablent d'injures,
Et piquantes et dures:
De traits perçants, sans cesse, ils nous déchirent,
Nos âmes en soupirent.
Et qui pourrait supporter les mépris
De ces lâches esprits?

PSAUME 125

Qui met en Dieu son espérance,
Jamais ne tombera,
Ni ne chancellera:
Telle sera son assurance,
Que Sion, Mont inébranlable,
N'est pas plus stable.

2. Comme Jérusalem est ceinte
De monts, de toutes parts,
Ainsi que de remparts;
Ceux qui du Seigneur ont la crainte,
A leurs côtés, pour leur défense,
Ont sa présence.

3. Ce n'est pas, pour toujours, qu'il laisse
Les siens entre les mains
Des tyrans inhumains:
Il ne veut point que leur faiblesse,
Les expose, dans leur misère,
A lui déplaire.

4. Ô grand Dieu, bénis les Fidèles;
Et laisse les pervers,
Dans leurs sentiers couverts,
Se perdre, comme des rebelles.
Fais qu'en paix Israël fleurisse,
Par ta justice.

PSAUME 126

Quand Dieu tira, par sa bonté,
Son peuple de captivité,
Cet admirable évènement
Parut un songe seulement.
Soudain, l'allégresse publique
Eclata par un saint cantique;
Et les Gentils disaient entre eux,
Dieu fait tout pour ce peuple heureux.

2. Il est vrai qu'en cet heureux jour,
Dieu nous montra tout son amour:
Car enfin, c'est de toi, Seigneur,
Que nous est venu ce bonheur.
Grand Dieu, rassemble toute entière
Notre Nation prisonnière;
Comme aux déserts tu fais, des monts,
Tomber les eaux dans les vallons.

3. Souvent le triste Laboureur,
Sème sa terre avec douleur;
Mais l'abondance des moissons
Vient changer son deuil en chansons:
Dans une espérance incertaine,
Il jetait son grain avec peine;
Mais joyeux, il remportera,
Les gerbes qu'il amassera.

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