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LES PSAUMES DE DAVID
Mis en vers français
Revus et approuvés par le synode wallon des Provinces-Unies.
(Psaumes de 1 à 44; 61 à 62; 104 à 150)
PSAUME 1
1. Heureux celui, qui, dès ses jeunes ans,
S’est tenu loin du conseil des méchants;
Qui des pécheurs fuit la trompeuse voie,
Et des moqueurs la criminelle joie;
Qui craignant Dieu, ne se plaît qu’en sa loi,
Et, nuit et jour la médite avec foi!
2. Tel que l’on voit, sur le bord d’un ruisseau,
Croître et fleurir un arbre toujours beau,
Et qui ses fruits en leur saison rapporte,
Sans que jamais sa feuille tombe morte;
Tel est le juste, et tout ce qu’il fera,
Béni d’en haut, toujours prospérera.
3. Mais les méchants n’auront pas même sort.
On les verra dissipés sans efforts,
Comme la paille au gré du vent chassée;
Malgré l’orgueil de leur âme insensée,
Ils ne pourront tenir en jugement,
Ni près des bons se montrer seulement.
4. Dieu qui, des cieux veille sur les humains,
Connaît leurs cœurs, voit l’œuvre de leurs mains,
Et donne au juste un bonheur sans mesure.
Mais des méchants Dieu hait la voie impure;
Ils se verront, tôt ou tard, malheureux,
Leurs vains projets périront avec eux.
PSAUME 2
1. D’où vient ce bruit parmi les nations?
À quoi les porte une impuissante haine?
Peuples, pourquoi, dans vos illusions,
Vous flattez-vous d’une espérance vaine?
Je vois ligués les princes de la terre;
Dans leurs conseils les grands ont présumé
D’être assez forts pour déclarer la guerre
À l’Éternel, à son Oint bien-aimé.
2. C’est trop, ont dit ces ennemis jaloux,
C’est trop souffrir leurs rapides conquêtes;
Brisons nos fers, et jetons loin de nous
Le joug pesant qui menace nos têtes.
Mais l’Éternel qui les hauts cieux habite,
Sans s’émouvoir rira de leur dessein;
Et si contre eux, à la fin il s’irrite,
Ils sentiront combien pèse sa main.
3. De ce haut trône alors il parlera,
En sa colère à nulle autre semblable;
D’un grand effroi leurs cœurs il remplira,
Dans sa fureur ardente et redoutable.
Rois, dira-t-il, quelle est votre entreprise?
De ce Roi seul j’ai fait élection,
Et de ma main sa couronne il a prise;
Je l’ai sacré sur le mont de Sion.
PAUSE
4. Et moi, son Oint, je publie en tous lieux,
Le saint décret de Monarque suprême;
C’est toi, mon Fils, qui plais seul à mes yeux;
Je t’ai, dit-il, engendré ce jour même.
Demande-moi, je veux pour ton partage,
Sous ton pouvoir ranger tout l’univers;
Les nations seront ton héritage,
Jusques aux bouts de la terre et des mers.
5. Tu dompteras, de l’une à l’autre mer,
Les ennemis qui te feront la guerre;
Tu les tiendras sous un sceptre de fer,
Pour les briser comme un vase de terre.
Maintenant donc, vous monarques et princes,
Connaissez mieux quel est votre devoir;
Grands de le terre, arbitres des provinces,
Du Roi des rois, apprenez le pouvoir.
6. À l’honorer sans cesse attachez-vous;
Soyez soumis à sa volonté sainte;
Vivez heureux sous un Maître si doux;
Et servez-le avec joie, avec crainte.
Rendez hommage au Fils qu’il vous envoie;
Et prévenez un juste jugement;
Si votre erreur vous montre une autre voie,
Vous périrez dans votre égarement.
7. Car tout d’un coup, son courroux rigoureux
S’enflammera, pour hâter sa vengeance.
Heureux alors, et mille fois heureux,
Qui met en lui toute sa confiance!
PSAUME 3
1. Que de gens, ô grand Dieu,
Soulevés en tout lieu,
Conspirent pour me nuire!
Que d’ennemis jurés,
Contre moi déclarés,
S’arment pour me détruire!
Par troupes, je les vois,
Dire, en parlant de moi,
Plein de haine et d’envie;
Non, le Dieu souverain,
Ne lui tend plus la main,
N’a plus soin de sa vie.
2. Mais, ô Dieu mon Sauveur,
Ta céleste faveur
Fut toujours mon partage.
Plus le mal est pressant,
Plus ton secours puissant
Relève mon courage.
Toujours, quand j’ai prié,
Toujours, quand j’ai crié,
Dieu touché de ma plainte,
Loin de me rebuter,
A daigné m’écouter
De sa montagne sainte.
3. Je me couche sans peur,
Je m’endors sans frayeur,
Sans crainte je m’éveille;
Dieu, qui soutient ma foi,
Est toujours près de moi,
Jamais il ne sommeille.
Non, je ne craindrais pas,
Quand j’aurais sur les bras
Une nombreuse armée;
Dieu me dégagerait,
Quand même elle tiendrait
Ma personne enfermée.
4. Viens donc, mon Dieu, mon Roi,
Viens combattre pour moi
Ces troupes ennemies;
Viens, par de rudes coups
Frappés dans ton courroux,
Détruire ces impies.
Ô Seigneur, Éternel,
De ton soin paternel
Nous vient la délivrance;
Ton peuple en ta faveur,
Trouve de son bonheur,
Une ferme assurance.
PSAUME 4
1. Seigneur, à toi seul je m’adresse;
Tu sais mon droit, fais-moi raison.
Lorsque j’étais dans la détresse,
Ta main m’a tiré de la presse;
Exauce encore mon oraison.
Vous grands, de qui l’injustice haine
S’élève contre mon honneur,
Faut-il qu’une espérance vaine,
Vous fasse courir avec peine
Après un mensonge trompeur?
2. Apprenez qu’en vain l’on conspire
Contre un roi, que le Dieu des dieux
A voulu, par sa grâce, élire;
Et qu’aussitôt que je soupire,
Il m’entend du plus haut des cieux.
Dans la frayeur de sa colère,
Pensez, même en vos lits couchés,
Combien il se montre sévère
Pour qui s’obstine à lui déplaire,
Et quittez enfin vos péchés.
3. Présentez-lui le sacrifice
D’un cœur pur et plein d’équité;
Et, pour vous rendre Dieu propice,
Éloignez-vous de l’injustice,
Et fiez-vous en sa bonté.
Les mondains disent, qui sera-ce,
Qui pourra nous combler de biens?
Fais luire, ô Dieu, sur nous ta face,
Et daigne nous accorder ta grâce,
Tu l’accordes toujours aux tiens.
4. Plus de joie au cœur m’est donnée
Par cette grâce du Très-Haut,
Qu’à ceux qu’une abondante année,
De blés et de vins couronnée,
Fournit de tout ce qu’il leur faut.
Ainsi, dans une paix profonde,
Je reposerai sûrement;
Car, Seigneur, sur toi je me fonde;
Par toi seul, malgré tout le monde,
Mes jours vont combler doucement.
PSAUME 5
1. C’est à toi que ma voix s’adresse;
Seigneur, écoute mes soupirs.
Daigne être attentif aux désirs
D’un cœur qui te cherche sans cesse,
Dans sa détresse.
2. Écoute ma prière ardente,
Mon Dieu, mon Roi, dans ce moment,
Puisque c’est à toi seulement,
Que dans ma douleur violente,
Je la présente.
3. Source de lumière et de vie,
Dès le matin exauce-moi,
Quand dès le matin, devant toi,
J’implore ta grâce infinie,
Et m’y confie.
4. La pureté de ton essence
Te fait haïr l’iniquité;
La fraude et la malignité
Jamais ne trouvent d’indulgence,
En ta présence.
5. L’orgueilleux, ni le téméraire,
N’oseraient paraître à tes yeux;
Toujours te furent odieux
Ceux dont le métier ordinaire
Est de mal faire.
PAUSE
6. Ta fureur confond et ruine
Le médisant et le menteur,
Le sanguinaire et le trompeur;
Tôt ou tard ta force divine
Les extermine.
7. Moi qui m’attache à ta loi sainte,
J’irai, comblé de tes bienfaits,
Me prosterner dans ton palais,
Avec le respect et la crainte
D’un cœur sans feinte.
8. Dieu juste et bon, prends ma défense.
Ne permets pas que je sois mis
Sous la main de mes ennemis.
Fais que je marche avec confiance,
En ta présence.
9. Leur cœur est la source du vice,
Il est méchant, double, et couvert;
Leur bouche est un sépulcre ouvert;
Leur langue est pleine d’artifice,
Et de malice.
10. Viens les juger en ta colère.
Confonds-les dans leurs vains projets.
Punis-les de leurs grands forfaits.
Ces méchants osent te déplaire;
Sois-leur sévère.
11. Mais que les bons se réjouissent.
Et comme il espèrent en toi,
Qu’ils vivent heureux sous ta loi;
Qu’avec plaisir ils t’obéissent,
Et te bénissent.
12. Ton bras fut toujours secourable
À l’homme juste, ô Dieu Sauveur;
Tu fus toujours dans ta faveur,
Le bouclier impénétrable
Du misérable.
PSAUME 6
1. Seigneur, qui vois ma peine,
Ne me prends point en haine;
Cesse d’être irrité.
Dans ta juste colère,
Ne sois pas si sévère,
Que je l’ai mérité.
2. Que plutôt ta tendresse
Soulage ma faiblesse,
Dans les maux que je sens.
Ma force m’abandonne;
Et la douleur étonne
Et mes os et mes sens.
3. Ma tristesse redouble,
Et mon esprit se trouble,
De crainte et de souci.
Mon Dieu, mon espérance,
Faut-il que ma souffrance
Dure toujours ainsi?
4. Hélas! Père de grâce,
Tourne vers moi ta face,
Et calme mon effroi.
Malgré ma faute extrême,
Pour l’amour de toi-même,
Ô grand Dieu, sauve-moi.
5. Privé de la lumière,
Enfermé dans la bière,
Peut-on psalmodier?
Et dans la fosse obscure,
Parmi la pourriture,
Tes hauts faits publier?
PAUSE
6. La nuit, quand tout sommeille,
Je suis le seul qui veille;
Pressé de mes douleurs,
J’ai la plainte à la bouche,
Et le lit où je couche
Est noyé de mes pleurs.
7. Je suis méconnaissable;
Le chagrin qui m’accable,
Se fait voir dans mes yeux.
Je sens croître ma peine,
Par la joie inhumaine,
Qu’en ont mes envieux.
8. Allez, hommes iniques;
Fuyez, pestes publiques;
Abandonnez ces lieux;
Mon Dieu sait mes alarmes,
Et la voix de mes larmes
A pénétré les cieux.
9. Sa bonté singulière
Écoute ma prière,
Et m’exauce en tout temps.
Quoi que je lui demande,
Sa clémence est si grande,
Qu’il rend mes vœux contents.
10. Ils s’en vont, pleins de honte;
Ma délivrance prompte
Surprend mes ennemis;
Dieu confond leur malice,
Et m’est toujours propice,
Comme il me l’a promis.
PSAUME 7
1. Mon Dieu, mon unique espérance,
J’attends de toi ma délivrance;
Sauve-moi des cruelles mains
De mes ennemis inhumains;
Leur chef, connaissant ma faiblesse,
Tel qu’un lion que la faim presse,
Me poursuit pour me dévorer,
M’atteint, et va me déchirer.
2. Grand Dieu, sur qui je me repose,
Si j’ai compris ce qu’il impose;
Et si contre lui j’ai tenté
Ni fraude, ni méchanceté;
Si mal pour mal j’ai voulu faire
À cet implacable adversaire;
Ou, si je ne fus le support
De celui qui me hait à tort.
3. Je veux qu’en cette injuste guerre
Il me poursuive, qu’il m’atterre,
Et que, par un dernier malheur,
Il m’ôte la vie et l’honneur.
Montre-toi donc pour ma défense;
Fais qu’il éprouve ta vengeance;
Oppose à mes fiers ennemis
Le secours que tu m’as promis.
4. Que, de tous les climats, on vienne
Entendre ma cause et la sienne,
Quand sur ton trône glorieux,
Tu feras droit entre nous deux.
Là, des peuples souverains Juge,
Ô Dieu, tu seras mon refuge,
Pour me juger dans l’équité,
Et selon mon intégrité.
PAUSE
5. Confonds des méchants la malice,
Et rends aux justes la justice,
Toi, dont les yeux toujours ouverts,
Sondent les cœurs les plus couverts.
Dieu, qui connaît mon innocence,
Est mon bouclier, ma défense;
Son bras soutient, et rend vainqueur,
Tout homme juste et droit de cœur.
6. Dieu, dis-je, est le juge équitable
De l’homme droit et véritable;
Mais on le voit se courroucer,
Quand on s’obstine à l’offenser.
Si celui qui cherche à me nuire
Ne vient enfin à se réduire,
Dieu prendra, contre ce méchant,
Son arc et son glaive tranchant.
7. S’il n’apaise Dieu par ses larmes,
Dieu lui fera sentir ses armes;
Ses flèches donneront la mort
À ceux qui m’en veulent à tort.
De ce méchant l’humeur hautaine
Conçoit du travail, de la peine;
Et pour tout fruit de son désir,
N’enfante que du déplaisir.
8. Toujours profond dans ses malices,
Il me creuse des précipices;
Mais dans tous ceux qu’il creusera,
Lui seul se précipitera.
Le mal que sa haine m’apprête
Va lui retomber sur la tête;
Du trait que sa main a lancé,
Lui-même se verra percé.
9. Ô Dieu, je bénis ta justice,
Qui se montre à mes vœux propice;
Et tant que je respirerai,
Ton saint nom je célèbrerai.
PSAUME 8
1. Notre Dieu, tout bon, ton adorable,
Que ton saint nom est grand et redoutable!
Ta gloire éclate en ces terrestres lieux,
Ta majesté s’élève sur les cieux.
2. Le tendre enfant encore à la mamelle,
Prêche à nos yeux ta puissance éternelle;
Sa faible voix confond l’impiété,
Et du méchant condamne la fierté.
3. Quand loin du bruit, en te rendant hommage,
Seul, de tes doigts je contemple l’ouvrage,
Les cieux, la lune, et les astres brillants,
Que ta sagesse a placés en leurs rangs;
4. Je dis alors, ô Majesté suprême,
Qu’est l’homme en soi, le fils de l’homme même,
Que ta bonté daigne s’en souvenir,
Le visiter encore et le bénir?
PAUSE
5. Tu l’as un peu fait moindre que les anges,
Qui, dans le ciel, célèbrent tes louanges;
Tu l’as aussi d’éclat environné,
Comblé de gloire, et d’honneur couronné.
6. Tu l’as fait roi sur ces œuvres si belles
Que tu formas de tes mains immortelles;
Tes ordres saints ont, sans exception,
Mis sous ses pieds tout en sujétion.
7. Tous les troupeaux qui cherchent les montagnes,
Le gros bétail qui paît les campagnes,
Les animaux des déserts et des bois,
Portent son joug, ou tremblent à sa voix.
8. Et Les oiseaux qui volent et qui chantent,
Et les poissons qui par troupes fréquentent
Fleuves, étangs, et les profondes mers,
Tout est sous lui dans ce vaste univers.
9. Ô notre Dieu, tout bon, tout adorable,
Que ton saint nom est grand et redoutable!
Ta gloire éclate en ces terrestres lieux,
Ta majesté, s’élève sur les cieux.
PSAUME 9
1. Sans cesse je te bénirai,
Seigneur, jour et nuit je dirai
Toutes tes œuvres sans pareilles,
Et la gloire de tes merveilles.
2. En toi je veux me réjouir,
Des biens dont tu me fais jouir;
Et je rendrai par mon cantique
Ma reconnaissance publique.
3. De ton bras la seule vertu
Dissipa l’ennemi battu;
On le vit manquer de courage,
Dès que tu montras ton visage.
4. Contre son effort inhumain,
Tu pris, Seigneur, ma cause en mains;
Ton tribunal fut mon refuge,
Où je t’éprouverai juste Juge.
5. J’ai vu les peuples mutinés.
Par ta fureur exterminés;
Avec la fleur de leur armée,
Tu fis périr leur renommée.
PAUSE 1
6. Toi, leur chef, nous as-tu défaits?
Nous as-tu détruits pour jamais,
As-tu rasé nos citadelles?
Leur nom est-il mort avec elles?
7. Non, non, le Monarque des cieux
Est sur son trône glorieux,
Pour rendre à chacun la justice,
Rude aux méchants, aux bons propice.
8. C’est là qu’il juge les humains,
Selon les œuvres de leurs mains,
Pesant dans sa juste balance,
Et la peine, et la récompense.
9. Le Tout-Puissant relèvera
Le faible qu’on opprimera;
Et dans sa plus grande détresse,
Lui servira de forteresse.
10. Ainsi ceux qui te connaîtront,
En toi, Seigneur, espéreront;
Car jamais ta main n’abandonne
L’homme droit, qui son cœur te donne.
PAUSE 2
11. Qu’on chante en toute nation,
Le Dieu qui réside en Sion;
Et que le bruit de ses louanges
Vole jusqu’aux climats étranges.
12. L’Éternel, par son bras puissant,
Venge la mort de l’innocent;
Et jamais ce grand Dieu n’oublie
Celui qui le craint et le prie.
13. Seigneur, disais-je en mon effroi,
Daigne jeter les yeux sur moi,
Toi qui de la main ennemie,
As toujours garanti ma vie.
14. Permets qu’encore à l’avenir,
En Sion j’aille te bénir;
Que j’y chante encore à ta gloire,
Un saint hymne après la victoire.
15. J’ai vu tomber ces insensés
Dans les pièges qu’ils m’ont dressés;
Leurs pieds légers vinrent se prendre
Aux filets qu’ils osaient me tendre.
PAUSE
16. Ainsi le Monarque éternel,
Par un jugement solennel,
Leur a fait porter le dommage,
Que m’avait préparé leur rage.
17. On verra toujours le méchant
Trembler, ne marcher qu’en bronchant;
Ceux qui de Dieu n’ont nulle crainte
Verront enfin leur race éteinte.
18. Mais le fidèle, humilié,
De Dieu n’est jamais oublié;
Jamais du juste dans sa peine
L’espérance ne sera vaine.
19. Empêche, ô mon Dieu, mon support,
Que l’homme ne soit plus fort;
Cite-les tous en ta présence,
Et prononce-leur leur sentence.
20. Qu’ils tremblent, et que ton pouvoir
À tous les mortels fasse voir
Que de quelque nom qu’on le nomme,
Le plus grand d’entre eux n’est qu’un homme.
PSAUME 10
1. D’où vient, Seigneur, que ton peuple abattu
Ne trouve plus pour lui tes yeux ouvert?
Dieu juste et bon, pourquoi t’éloignes-tu,
Pendant qu’il souffre en ce siècle pervers?
Des orgueilleux les outrages divers
Font soupirer l’innocent qu’on méprise,
Mais tourne, ô Dieu, contre eux leur entreprise.
2. Dans son péché le méchant s’applaudit,
Il croit que tout doit répondre à ses vœux;
Le riche inique est le seul qu’il chérit;
Il hait le pauvre, et fuit le malheureux,
Bravant le ciel d’un air audacieux;
En rien, dit-il, je ne veux me contraindre;
Car il n’est point de Dieu, qu’on doive craindre.
3. Tout lui succède; il fait mal sans cesser;
Et foule aux pieds ton juste jugement;
Il se promet de pouvoir renverser
Ses ennemis, d’un souffle seulement.
Il s’applaudit, il dit à tout moment,
Lorsqu’il voit tout à ses projets répondre;
Qui peut jamais m’ébranler, me confondre?
4. Son faux discours, plein d’affectation,
Tient de son cœur le noir venin caché;
Nuire et tromper, c’est sa profession,
Il a l’outrage à la langue attaché;
Tel qu’un voleur près du chemin couché,
Qui tout d’un coup sur le passant se jette,
Et tue ainsi l’innocent en cachette.
PAUSE
5. C’est un lion doublement dangereux,
Qui, dans son fort couché, sans faire bruit,
À l’imprévu surprend les malheureux,
Et de leur chair se repaît jour et nuit.
Voyant sa proie, avec ruse il la suit;
Il se tapit, il rampe contre terre,
Et soudain livre une mortelle guerre.
6. Quand il commet ses crimes odieux,
Il croit que Dieu n’en pourra rien savoir;
Qu’il les oublie, ou qu’il ferme les yeux,
Qu’il est trop loin pour s’en apercevoir.
Montre-toi donc, Seigneur, et fait lui voir,
Que lorsqu’on veut opprimer l’innocence,
Ton bras vengeur est prêt pour sa défense.
7. Quoi! le méchant, exécrable en ses faits,
Ose irriter ainsi le Souverain!
De rien, dit-il, Dieu ne s’enquiert jamais.
Tu vois pourtant, Seigneur, son noir dessein;
De l’innocent tu prends la cause en main;
Tu sers de père au malheureux pupille,
Qui hors de toi ne peut trouver d’asile.
8. Ôte la force, et fais faillir le cœur,
Aux insolents, dont l’orgueil t’a bravé;
En les jugeant, laisse agir ta rigueur,
Afin qu’au monde il n’en soit plus trouvé.
Quand ils auront ton courroux éprouvé,
Tu règneras seul dans ta terre sainte;
Et des méchants sera la race éteinte.
9. Alors, Seigneur, ton peuple revivra,
Voyant changer cette rude saison;
Seigneur, alors ta grâce exaucera
Nos vœux ardents et notre humble oraison.
Ton bras mettant chacun à la raison,
L’homme mortel, qui n’est que cendre et terre,
À tes enfants ne fera plus la guerre.
PSAUME 11
1. C’est sur Dieu seul que toujours je m’appuie;
Pourquoi vouloir qu’aux monts inhabités,
Comme un oiseau, loin de vous je m’enfuie?
Il tendent l’arc, ces méchants emportés;
Et coup sur coup par leurs flèches cruelles,
Ils vont porter, en des lieux écartés,
Aux cœurs des bons des atteintes mortelles.
2. Mais on verra tomber leur entreprise;
Dieu confondra tous ces audacieux;
Car quelle faute a le juste commise?
Le Tout-Puissant réside dans les cieux;
Là, sur son trône, est l’éternel Monarque,
De ce lieu saint rien n’échappe à ses yeux,
Et des humains chaque pas il remarque.
3. Il voit le juste, il le sonde, il l’approuve;
Mais l’homme inique est son aversion,
Et jamais grâce auprès de lui ne trouve.
Sur les méchants son indignation
Fera tomber un foudroyant orage;
Le feu du ciel sera leur portion,
Le soufre ardent leur unique breuvage.
4. Dieu, juste juge, à tous rend la justice;
Et de son cœur la tendre émotion
À l’homme droit en tout temps est propice.
PSAUME 12
1. Tends-nous la main, Seigneur, le mal nous presse;
On ne voit plus d’homme juste en nos jours;
Plus de bonté, de foi, ni de sagesse;
Toi seul, tu peux nous donner du secours.
2. Les gens du siècle aiment la tromperie,
Le vain mensonge, et le déguisement;
Tous leurs discours sont pleins de flatterie;
Le bouche parle, et le cœur la dément.
3. Retranche, ô Dieu, ces lèvres attrayantes,
Dont tous les jours nous sommes abusés;
Perce, Seigneur, ces langues arrogantes,
Dont tous les jours nous sommes méprisés.
4. Non, disent-ils, à quoi bon nous contraindre?
Par nos discours nous l’emportons sur tous;
Flattons, mentons, nous n’avons rien à craindre,
Nous le pouvons, nos langues sont à nous.
5. Mais mon Dieu dit : l’affligé me réclame,
J’entends ses cris, et je me lèverai.
Je sais qu’à tort son ennemi le blâme;
De ses filets je le délivrerai.
6. De ce grand Dieu la parole se trouve
Constamment pure, et pures sont ses lois,
Comme l’argent lorsque le feu l’éprouve,
Quand on l’affine au fourneau par sept fois.
7. Ton peuple, ô Dieu, gémit dans la souffrance,
Montre-toi donc plus facile à nos vœux;
Et réprimant une injuste licence,
Prends soin de nous dans ces temps malheureux.
8. Tu vois, Seigneur, que les méchants dominent,
Leur nombre est grand, la force est en leurs mains;
Les plus abjects contre nous se mutinent,
Et nous servons aux plus vils des humains.
PSAUME 13
1. Jusques à quand, ô Dieu des cieux,
Jusques à quand, loin de tes yeux,
Me laisses-tu dans ces alarmes?
Pourquoi te cacher à mes larmes,
Quand ma voix t’appelle en tous lieux?
2. Faut-il que mon cœur agité,
Et nuit et jour soit tourmenté;
Qu’à mes vœux tout semble contraire?
Faut-il qu’un cruel adversaire
S’élève avec tant de fierté?
3. Grand Dieu! j’implore ton secours;
De mes maux arrête le cours;
Exauce mon humble prière;
Fais luire sur moi ta lumière,
Ou la mort va trancher mes jours.
4. De ce cruel persécuteur
Réprime l’injuste fureur;
De peur que ceux qui me haïssent
Ne m’insultent, et n’applaudissent
Au triomphe de mon vainqueur.
5. Mon Dieu, je n’espère qu’en toi.
Fais-moi grâce, et calme l’effroi
Qui cause mes peines étranges;
Et je chanterai tes louanges,
Te voyant déclaré pour moi.
PSAUME 14
1. L’homme insensé dit au fond de son cœur,
Que Dieu n’est point; cette pensée impie
Corrompt ses mœurs, et dérègle sa vie.
Que d’esprits vains suivent avec fureur,
La même erreur!
2. Le Tout-Puissant a regardé des cieux
Tous les humains que le soleil éclaire,
Cherchant quelqu’un qui prît soin de lui plaire,
Et n’a trouvé nul homme, en ces bas lieux,
Sage et pieux.
3. Loin d’en trouver, il a vu que chacun
S’était souillé des ordures du vice;
Ce n’est partout que fraude et qu’injustice;
Nul n’est exempt de ce défaut commun,
Non pas même un.
4. Privés de sens, ils méprisent mes lois,
Dit le Seigneur, et jamais ils ne changent;
Comme le pain mon pauvre peuple ils mangent,
Loin d’élever et leurs cœurs et leurs voix,
Au Roi des rois.
5. Mais tôt ou tard les méchants trembleront,
Saisis, pressés du remords de leur crime;
Quand l’Éternel, de son trône sublime,
Exaucera ceux qui l’invoqueront,
Et l’aimeront.
6. Ah malheureux! vous vous étudiez
À vous moquer de cette confiance,
Dont l’affligé soutient son espérance;
Et nous voyant sur Dieu seul appuyés,
Vous en riez.
7. Quand est-ce, hélas, que de Sion viendra
L’Auteur divin de notre délivrance,
Qui d’Israël finira la souffrance?
Alors Jacob, qui des fers sortira,
Triomphera.
PSAUME 15
1. Éternel, quel homme pourra
Habiter dans tes tabernacles?
Qui sur ton saint mont te verra;
Et qui de ta bouche entendra
Tous les jours tes divins oracles?
2. Ce sera l’homme seulement,
Qui marche droit en tout affaire;
Qui ne fait rien que justement;
Dont jamais la bouche ne ment,
Soit pour surprendre, soit pour plaire.
3. L’homme, dont la langue ne fait
Aucune injure, aucun dommage;
Le cœur aucun mauvais souhait;
Mais qui, de parole et de fait,
Défend son prochain qu’on outrage;
4. L’homme qui fuit les vicieux,
Qui recherche et qui favorise
Ceux qui craignent le Dieu des cieux;
Qui garde, en tout temps, en tous lieux,
Même à son dam, la foi promise;
5. Enfin, l’homme qui ne prendra
Nulle usure, nul gain blâmable,
Qui jamais le droit ne vendra.
Celui qui ce chemin tiendra
Jouira d’un bonheur durable.
PSAUME 16
1. Sois, ô Grand Dieu, ma garde et mon appui,
Car en toi seul j’ai mis mon espérance.
Et toi, mon âme, à toute heure dis-lui;
Je me soumets, Seigneur, à ta puissance;
Et toutefois, à quoi que je m’engage,
il ne te vient de moi nul avantage.
2. J’aime les saints, j’aide les vertueux,
Qu’on voit se plaire à chanter tes louanges;
Mais mal sur mal est réservé pour ceux,
Qu’on voit courir après les dieux étranges.
Ma main jamais leurs victimes ne touche;
Jamais leur nom ne passe par ma bouche.
3. Dieu fut toujours le fonds qui m’entretient;
Et sur ce fonds ma rente est assurée.
Jamais, Seigneur, la part qui m’appartient
En plus beau lieu n’eût pu m’être livrée.
Le meilleur lot de ton riche héritage,
Par ta bonté, se trouve en mon partage.
PAUSE
4. Béni soit Dieu, qui m’a si sagement
De ses conseils donné la sainte adresse;
Même la nuit j’y pense mûrement,
Et son Esprit me guide et me redresse.
Aussi toujours vers lui seul je regarde,
Toujours sa main me soutient et me garde.
5. Dans cette paix, dont tu me fais jouir,
Ma joie éclate, et plein de confiance,
On me verra chanter, me réjouir.
Ma chair, ô Dieu, repose en assurance;
Je ne crains point que dans la sépulture
Jamais ton saint sente la pourriture.
6. Tu me feras connaître le sentier,
Qui de la mort mène à la vie heureuse;
Car, ô Seigneur, nul plaisir n’est entier,
Si l’on ne voit ta face glorieuse;
C’est dans ta main que se trouvent sans cesse,
Les vrais plaisirs, et la vraie allégresse.
PSAUME 17
1. Seigneur, écoute mon bon droit,
Entends ma voix lorsque je crie,
Exauce-moi, quand je te prie,
D’un esprit humble, et d’un cœur droit.
Grand Dieu qui connais toute chose,
Prononce enfin ton jugement,
Et jette les yeux seulement
Sur la justice de ma cause.
2. N’as-tu pas éprouvé mon cœur,
La nuit, même au lit où je couche?
Il est d’accord avec ma bouche;
Tu l’as ainsi trouvé, Seigneur.
Quoi que les hommes puissent faire,
Je veux toujours suivre ta loi,
Et toujours laisser loin de moi
Des pervers la route ordinaire.
3. Ô Dieu, veuille affermir mes pas
Au chemin où ta voix m’appelle;
Fais que jamais je n’y chancelle,
Et que mes pieds ne glissent pas.
Mon Dieu, si je te prie encore,
C’est que tu m’exauces toujours;
Prête l’oreille à mes discours;
Entends l’affligé qui t’implore.
4. Fais qu’on admire ta bonté,
Et qu’on redoute ta puissance,
Toi, qui protèges l’innocence,
Contre ceux qui t’ont résisté.
Souffre qu’à l’ombre de ton aile,
Je repose tranquillement;
Et me tiens aussi chèrement
Qu’on tient de son œil la prunelle.
PAUSE
5. Sans toi, je ne puis échapper
À ceux qui tant d’ennuis me donnent,
À ces cruels qui m’environnent,
Dont la main est prête à frapper.
Ils crèvent d’orgueil et de graisse;
Leurs discours sont audacieux;
Et partout leur œil envieux
Tend des pièges à ma faiblesse.
6. Surtout leur chef, superbe et fier,
Est tel que le lion qui quête,
Qui voit un faon, et qui l’arrête,
Sortant sur lui de son hallier.
Préviens-le donc, mets-le par terre;
Délivre-moi de ce méchant;
Qu’il sente le glaive tranchant,
Dont aux méchants tu fais la guerre.
7. Seigneur, sauve-moi, par ton bras,
De ceux dont l’espoir ne se fonde
Que sur l’appui qu’ils ont au monde,
Sans rien craindre après le trépas.
Leurs cœurs nagent dans les délices;
Tout semble répondre à leurs vœux;
Leurs enfants même ont après eux,
Leur abondance avec leurs vice.
8. Mais moi, dans un éclat nouveau,
Je jouirai de ta présence,
Quand paré de mon innocence,
Je me lèverai du tombeau.
PSAUME 18
1. Je t’aimerai, Seigneur, d’un amour tendre,
Toi, dont le bras me sut si bien défendre.
Dieu fut toujours mon fort, mon protecteur,
Ma tour, ma roche, et mon libérateur.
2. Je trouve en lui tout ce que je souhaite,
Mon bouclier, mon salut, ma retraite;
Dès qu’au besoin je l’invoque avec foi,
Des ennemis délivré je me vois.
Tels qu’un torrent, il pensaient me surprendre;
Cent fois la mort ses filets vint me tendre;
Et tous les jours, quelque péril nouveau
Me conduisait sur le bord du tombeau.
3. Dans cet effroi, le Grand Dieu, que j’adore,
Prête l’oreille à ma voix qui l’implore,
Et de son trône écoutant mes soupirs,
Se laisse vaincre à mes justes désirs.
Soudain partout tremblèrent les campagnes;
On vit soudain les plus hautes montagnes
Frémir, crouler du faîte au fondement,
Tant son courroux se montra véhément.
4. De tous côtés s’étendait la fumée
Qui s’exhalait de sa bouche enflammée;
Il en sortait des charbons embrasés,
Qui consumaient tous les lieux opposés.
Le ciel s’abaisse, il y fait ouverture;
L’air sous ses pieds forme une nuit obscure;
Environné de chérubins volants,
Il est porté sur les ailes des vents.
PAUSE 1
5. Il se couvrait des plus épaisses nues,
Comme une tente autour de lui tendues,
D’où s’échappait une vive clarté,
Qui devant lui chassait l’obscurité.
Les feux ardents, la grêle, le tonnerre,
S’entrechoquant épouvantaient la terre;
Sa forte voix, qui roulait dans les airs,
Et devançait, et suivaient les éclairs.
6. Des ennemis les frayeurs furent grandes;
Dans un instant Dieu foudroya leurs bandes;
Par mille traits, coup après coup lancés,
Tous ces méchants se virent renversés.
D’un souffle alors ouvrant le sein de l’onde,
Il découvrit les fondements du monde.
Du haut des cieux sa main il me tendit,
Et hors des eaux sur le bord me rendit.
7. Il a détruit mes plus fiers adversaires,
Et dissipé tous les partis contraires;
Ses yeux perçants ont prévu mon danger,
Sa main puissante a su m’en dégager.
J’étais pressé; mais le Seigneur, qui m’aime,
M’a secouru dans mon angoisse extrême.
Dieu, de mes mains voyant la pureté,
Me rend aussi selon mon équité.
8. Il se souvient que, malgré mes disgrâces,
De ses sentiers je suis toujours les traces;
Qu’avec ardeur je m’attache à sa loi;
Que sa parole est l’objet de ma foi.
Toujours soumis à sa volonté sainte,
Je fuis le mal, je marche dans sa crainte;
Et le Seigneur, qui voit ma pureté,
Me rend enfin selon mon équité.
PAUSE 2
8. Grand Dieu, le juste éprouve ta justice,
À l’homme doux tu te montres propice,
Et pur au pur; mais l’inique obstiné,
À tes rigueurs se voit abandonné.
Les affligés jamais tu ne délaisses,
Des orgueilleux le sourcil tu rabaisses.
Tu m’as tiré de la nuit de mes maux,
Et ta lumière adoucit mes travaux.
10. Conduis par toi, je gagne les batailles;
Par ton secours, je force les murailles.
Ta providence est un guide assuré;
Et ta parole est de l’or épuré;
C’est le rempart, c’est la forte défense
De ceux qui n’ont qu’en lui leur espérance.
Quel Dieu semblable au nôtre peut se voir?
Et quelle force égale son pouvoir.
11. C’est l’Éternel qui soutient ma faiblesse,
Dans les chemins où sa clarté m’adresse;
Aux pieds des cerfs, les miens il rend égaux,
Et m’affermit sur les lieux les plus hauts.
De lui ma main tient son adresse exquise;
Par lui sans peine un arc d’acier je brise;
Il me protège en mon adversité,
Il me soulage en mon infirmité.
12. Tant de faveurs que sa bonté m’envoie,
Haussant mon rang, élargissent ma voie;
Il aplanit mon chemin sous mes pas;
Il m’affermit, je ne chancelle pas.
J’ai poursuivi, jusques à les atteindre,
Ces ennemis, qui se faisaient tant craindre;
Et par mes coups ces ennemis percés,
Malgré leur force, ont été terrassés.
PAUSE 3
13. Dieu me renforce au milieu des alarmes,
Et fait que tout plie enfin sous mes armes;
Il me fit voir le dos des ennemis,
Quand sa colère en fuite les eut mis.
Leurs cris alors jusqu’au ciel ils poussèrent;
Le ciel fut sourd aux cris qu’ils redoublèrent.
À grands ruisseaux partout leur sang coulait;
Comme la boue aux pieds on les foulait.
14. Dieu m’a sauvé des fureurs populaires;
Il m’a rendu les princes tributaires.
Pour m’honorer, les peuples inconnus
Du bout du monde à mes pieds sont venus.
Mille étrangers, dissimulant leur crainte,
M’ont révéré, seulement par contrainte;
Les rois voisins, redoutant mes efforts,
Malgré leur garde, ont tremblé dans leurs forts.
15. Loué soit donc le Seigneur plein de gloire,
Le Dieu vivant, l’Auteur de ma victoire;
Par qui je vois mes outrages vengés,
Par qui sous moi les peuples sont rangés,
Quand les plus grands contre moi se soulèvent,
Au-dessus d’eux ses fortes mains m’élèvent;
Des orgueilleux il prévient le dessein,
Que pour me perdre ils couvaient dans leur sein.
16. Aussi toujours jusqu’aux climats étranges
Ma voix, Seigneur, portera tes louanges.
Je bénis Dieu, qui pour son roi fait voir
Les hauts effets d’un merveilleux pourvoir,
Il a sauvé, par sa faveur immense,
David son oint, l’objet de sa clémence;
Et pour jamais ce Dieu de vérité
Sera le Dieu de sa postérité.
PSAUME 19
1. Les cieux, en chaque lieu,
De la gloire de Dieu
Instruisent les humains;
Dans leur immense tour,
Ils prêchent, tour à tour,
Les œuvres de ses mains.
Le jour qui va devant
Instruit le jour suivant,
Par son expérience;
Et de même la nuit,
À celle qui la suit,
Fait part de sa science.
2. Toutes les nations,
Par ces instructions,
Aux plus sauvages lieux,
Discernent bien le son,
Et la docte leçon,
Du langage des cieux.
Cette leçon s’apprend,
Ce langage s’entend,
Sur la terre et sur l’onde;
Surtout quand le soleil,
Sous ce dais sans pareil,
Vient se montrer au monde.
3. Tel qu’un nouvel époux,
Qu’on voit riant et doux,
Quand de sa chambre il sort;
Tel qu’un prince fameux,
Qui sur un char pompeux,
Paraît brillant et fort.
D’un jour à l’autre jour,
Du monde il fait le tour,
Tant il court juste et vite;
Cet astre glorieux
Ne voit rien sous les cieux
Qui sa chaleur évite.
4. La sage et juste loi
De notre divin roi
Ranime le mourant;
Et ses oracles saints,
Toujours clairs et certains,
Instruisent l’ignorant.
Que de ce Roi des rois
Les règlements sont droits!
Le cœur ils réjouissent;
Ses conseils précieux
Illuminent les yeux
De ceux qui les chérissent.
5. La crainte du Seigneur,
Assure leur bonheur
À perpétuité.
Tous ses commandements,
Et tous ses jugements
Sont remplis d’équité.
C’est un riche trésor,
Plus précieux que l’or
Qu’au creuset on affine;
Et le miel le plus doux
L’est beaucoup moins pour nous,
Que leur vertu divine.
6. Aussi ton serviteur,
Qui les porte en son cœur,
En est tout éclairé.
Tous ceux qui les suivront,
De ta main recevront
Un salaire assuré.
Mais qui peut se vanter
De connaître, ou compter,
Ses fautes d’ignorance ?
Mon Dieu, pour ces péchés,
À moi-même cachés,
J’implore ta clémence.
7. Que tous ces grands forfaits,
Qui par fierté sont faits,
Ne règnent point en moi;
Alors par ta bonté,
Dans mon intégrité,
Je vivrai sans effroi.
Ma bouche ne dira;
Mon cœur ne pensera;
Ma main ne pourra faire
Rien, ô Dieu, mon Sauveur,
Rien, ô mon Rédempteur,
Qui puisse te déplaire.
PSAUME 20
1. Que le Seigneur tes vœux entende,
Dans ta nécessité!
Que son puissant nom te défende,
Dans ton adversité!
Que du ciel, quand tu fais ta plainte,
Un prompt secours te vienne!
Que de Sion, sa maison sainte,
Notre Dieu te souvienne!
2. Que ton offrande et tes services
Puissent plaire à ses yeux!
Qu’il fasse sur tes sacrifices
Tomber son feu des cieux!
Que par des succès salutaires,
Tels que tu les demandes,
Il rende heureuses tes affaires,
Et petites et grandes!
3. Dieu veuille exaucer tes prières;
Et notre camp joyeux
Déploiera toutes ses bannières,
En son nom glorieux.
Je le vois, ce Dieu favorable,
Qui montre au roi sa face;
Et qui, par sa main secourable,
Le sauve de disgrâce.
4. L’un en ses chars a confiance,
Et l’autre en ses chevaux;
Mais nous implorons ta puissance,
Seigneur, en tous nos maux.
Aussi, voyons-nous abolie
Leur vanité si fière,
Et notre force rétablie
En sa gloire première.
5. Ô grand Dieu, veuille nous défendre;
Seigneur, fais que le roi
Puisse au besoin nos cris entendre,
Et calmer notre effroi.
PSAUME 21
1. Éternel, le roi te bénit,
Il doit sa délivrance
À ta prompte assistance;
Il triomphe, il se réjouit,
Ton peuple va le voir,
Sauvé par ton pouvoir.
2. L’heureuse fin de son souhait
Tu lui as accordée,
Comme il l’a demandée;
Et bien que sa bouche ne l’ait
Qu’à peine prononcé,
Il se trouve exaucé.
3. Tu le préviens du haut des cieux;
Ta faveur singulière
N’attend pas sa prière.
D’un diadème glorieux,
Richement façonné,
Ta main l’a couronné.
4. Il te demandait seulement
De garantir sa vie,
Qu’il voyait poursuivie;
Et par un heureux changement,
Seigneur, tu lui permets
De régner à jamais.
5. Par ta grâce et par ta bonté,
On voit sa renommée
En mille lieux semée.
Ta main l’a toujours assisté;
Tu l’as comblé d’honneur,
De gloire et de bonheur.
6. Tu veux qu’aux siècles à venir
Il soit un grand exemple,
Où ta force on contemple.
Seigneur, il t’a plu le bénir,
Lui donnant de tes yeux
Un regard gracieux.
7. Puisque le roi, dans tout assaut,
Met avec assurance,
En Dieu ton espérance;
Par l’appui ferme du Très-Haut,
Il est sûr désormais
De ne tomber jamais.
PAUSE
8. Ton bras, ô Roi, saura frapper;
On le verra défaire
Quiconque t’est contraire;
Ton bras saura, dis-je, attraper
Tous ces lâches esprits,
Et punir leur mépris.
9. Ton brûlant courroux les rendra
Semblables à la braise
D’une ardente fournaise.
Le Dieu des cieux les détruira;
Par ses feux allumés
Ils seront consumés.
10. Ils périront entièrement,
Sans qu’il reste de trace,
Ni d’eux, ni de leur race;
Dieu tiendra, par ce jugement
Dans l’éternel oubli
Leur nom enseveli.
11. Ces méchants avaient entrepris,
Avec trop d’insolence,
D’abattre ta puissance;
Entre eux le conseil en fut pris;
Mais leur trop faible bras
Ne l’accomplira pas.
12. On les verra ces envieux,
Qui t’ont osé déplaire,
En bute à ta colère.
Et pour frapper ces furieux,
Tes traits bien assurés
Contre eux seront tirés.
13. Viens donc, élève-toi, Seigneur;
Fais, pour notre défense,
Éclater ta puissance.
Nous chanterons à ton honneur,
Nous dirons à jamais
La gloire de tes faits.
PSAUME 22
1. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu laissé
Sans nul secours, quand, de mes maux pressé,
J’ai vers le ciel amèrement poussé
Ma triste plainte?
Et nuit, et jour, je t’invoque avec crainte,
Sans qu’à mes cris réponde ta voix sainte;
Ma vie enfin est déjà presque éteinte
Par la douleur.
2. C’est toi, Dieu saint, c’est toi, dont la faveur
Fait d’Israël la force et le bonheur;
Comme c’est lui, qui chante ta grandeur,
En ta présence.
Quand nos aïeux, avec persévérance,
Ont mis en toi toute leur espérance,
N’ont-ils pas vu la fin de leur souffrance,
Par tes bontés?
3. Ils ont crié, tu les as écoutés;
Et t’invoquant dans leurs adversités,
Ils ont senti, loin d’être rebutés,
Ta grâce prompte.
Moi, tel qu’un vers, que pour un rien l’on compte,
Bien moins qu’un homme, et des hommes la honte,
Je ne sers plus que de fable et de conte
Au peuple bas.
PAUSE 1
4. Chacun qui voit, Seigneur, que tu m’abats,
Rit de ma peine, et ne s’en cache pas;
Me montre au doigt, m’insulte à chaque pas;
Branlant la tête.
C’est, disent ils, c’est à Dieu qu’il s’arrête ;
Il fait à Dieu requête sur requête;
Que son Dieu donc un prompt secours lui prête,
S’il l’aime tant.
5. C’est toi, Seigneur, qui m’as formé pourtant;
Tu me soutins dès le premier instant.
Que l’on me vit les mamelles tétant
De ma nourrice;
Et même avant que la clarté je visse,
Je te fus cher, tu me fus Dieu propice;
Depuis aussi ta main fut ma tutrice,
Quand je fus né.
6. De moi ton œil ne soit plus détourné;
De mille maux je suis environné;
Et je me vois de tous abandonné,
Dans ma disgrâce.
De gros taureaux, de la plus forte race,
Taureaux nourris à Basan, terre grasse,
Viennent sur moi, pleins d’une aveugle audace,
Me menaçant.
7. L’ennemi fier de me voir languissant,
Pour s’abreuver de mon sang innocent,
Tel qu’un lion terrible et rugissant,
Sur moi s’élance.
Je sens mes os déjoints par ma souffrance,
Mon cœur se fond, je tombe en défaillance;
De tant de maux, qui lassent ma constance,
Nul n’est touché.
PAUSE 2
8. Mon corps n’est plus qu’un squelette séché;
J’ai le palais à la langue attaché;
Me voilà prêt d’être au tombeau couché,
Réduit en cendre.
Des chiens cruels s’ameutent pour me prendre;
Leur nombre est grand; tu peux seul me défendre;
Ces furieux m’osent percer et fendre
Et pieds et mains.
9. Je puis compter mes os; ces inhumains
Me font l’objet de leurs regards hautains;
Et je ne sers à tous ces hommes vains,
Que de risée.
Quand ma dépouille est entre eux divisée,
Ma robe entière est à part réservée,
Afin qu’au fort elle soit exposée,
A qui l’aura.
10. Le Seigneur donc de moi s’approchera
Il est ma force, il me délivrera.
Et ton secours, ô grand Dieu, me viendra,
En diligence.
Ne permets pas que le glaive m’offense;
Sauve ma vie, et faible, et sans défense,
Des dents du chien, qui contre moi s’avance,
Chien enragé.
11. Fais par tes soins, que bientôt dégagé
Du fier lion qui me tient assiégé,
Je sois aussi des licornes vengé,
Bêtes cruelles.
J’annoncerai tes vertus immortelles,
Ton nom si saint à mes frères fidèles;
J’irai bénir, aux fêtes solennelles,
Mon bienfaiteur.
PAUSE 3
12. Vous qu’il chérit, montrez la même ardeur;
Fils de Jacob, célèbres sa grandeur;
Qu’en Israël on chante à son honneur,
Qu’on l’y révère.
Pour l’affligé, qui son secours espère,
Il a toujours des tendresses de père;
Il sent ses maux, et de sa plainte amère,
Entends les cris.
13. Dans ta maison, d’un saint amour épris,
J’exalterai de tes bontés le prix;
J’acquitterai les vœux que je te fis
Dans ma détresse.
Les bons seront nourris avec largesse,
Et de concert béniront Dieu sans cesse.
Vous, qui n’avez d’espoir qu’en sa promesse,
Vos cœurs vivront.
14. En tous climats, tous peuples le sauront;
A toi, Seigneur, ils se convertiront;
Et pleins de zèle, ils se prosterneront
En ta présence.
Tous les humains rendront obéissance,
Au Roi des rois, dont la douce puissance
Le fait des cœurs, malgré leur résistance,
Le conquérant.
15. Depuis le riche, et sain, et prospérant,
Jusqu’au plus pauvre en langueur expirant,
Tous à l’envie seront vus l’adorant,
Chanter sa gloire.
Leurs descendants, instruits de ma victoire,
Le serviront, en lui seul voudront croire;
Et d’âge en âge il sera fait mémoire
Du Tout-Puissant.
16. Toujours quelqu’un, sa justice annonçant
Au peuple saint à l’avenir naissant,
De son empire heureux et florissant,
Fera l’histoire.
PSAUME 23
1. Dieu me soutient par son pouvoir suprême;
C’est mon berger, qui me garde, et qui m’aime;
Rien ne manque en ses gras pâturages;
Des clairs ruisseaux je suis les verts rivages;
Et sous l’abri de son nom adorable,
Ma route est sûre, et mon repos durable.
2. Je ne crains point, marchant dans cette voie,
Que de la mort je devienne la proie;
Quand je serais dans sa vallée obscure;
Partout, ô Dieu, ta houlette m’assure.
Tes biens, aux yeux d’une envieuse troupe,
Couvrent ma table, et tu combles ma coupe.
3. De tous mes jours tu fais des jours de fête,
Et de senteurs tu parfumes ma tête.
Tant de douceurs accompagnent ma vie,
Que mon bonheur en est digne d’envie.
J’espère ainsi que dans ta maison sainte,
Je passerai tous mes jours en ta crainte.
1. La terre appartient au Seigneur,
Tout ce qu’enferme sa rondeur,
L’homme, et les autres créatures;
Sa main sur les mers la posa;
Il l’enrichit, et l’arrosa
De fleuves et de sources pures.
2. Mais qui peut monter au saint lieu,
Au sacré mont, au mont de Dieu,
Qui pourrait y trouver sa place?
L’homme net de mains et de cœur,
Qui n’est parjure, ni trompeur,
Qui marche, ô Dieu, devant ta face.
3. Cet homme, Dieu le bénira,
Dieu, son Sauveur, l’enrichira
Des trésors de sa bienveillance.
Telle est l’heureuse nation,
Qui cherche avec dévotion,
Ô Dieu de Jacob, ta présence.
4. Haussez vos têtes, grands portaux,
Huis éternels, tenez vous hauts,
Laissez entrer le Roi de gloire.
Quel est ce Roi si glorieux?
C’est le Dieu fort, le Roi des cieux,
Qui mène après lui la victoire.
5. Haussez vos têtes, grands portaux,
Huis éternels, tenez-vous hauts,
Pour le Roi que suit la victoire.
Quel est ce Roi si glorieux?
C’est le Dieu fort, le Roi des cieux;
Ce grand Dieu, c’est le Roi de gloire.
PSAUME 25
1. À toi, mon Dieu, mon cœur monte;
En toi mon espoir j’ai mis;
Serais-je couvert de honte,
Au gré de mes ennemis?
Jamais on n’est confondu,
Quand sur toi l’on se repose;
Mais le méchant est perdu,
Qui nuit aux justes sans cause.
2. Ô Seigneur, daigne m’apprendre
Le chemin qui mène à toi;
Fais que je vienne me rendre
Dans les sentiers de ta loi.
Que ta vérité, Seigneur,
Et me dirige, et m’éclaire;
Tu fus toujours mon Sauveur,
Et le seul en qui j’espère.
3. Souviens-toi de ta clémence,
Car elle fut de tout temps.
Prends pitié de ma souffrance,
C’est ta grâce que j’attends.
Mets loin de ton souvenir
Les péchés de ma jeunesse,
Et daigne encore me bénir,
Seigneur selon ta promesse.
4. Dieu fut toujours véritable,
Juste et bon, et le fera;
Et du pécheur misérable
La voie il redressera.
Sous sa main les bons toujours
Marcheront dans la droiture;
Les humbles, par son secours,
Tiendront une route sûre.
PAUSE
5. La justice et la clémence,
Sont les sentiers du Seigneur,
Pour qui de son alliance
A su garder la teneur.
Dieu tout-puissant et tout bon,
Pour l’amour de ton nom même,
Accorde-moi mon pardon,
Malgré mon offense extrême.
6. Qui craint Dieu, qui veut bien vivre,
Jamais ne s’égarera;
Dans le chemin qu’il doit suivre
Dieu même le conduira;
À son aise, et sans ennui.
Il verra le plus long âge;
Et ses enfants, après lui,
Auront la terre en partage.
7. L’Éternel se communique
À ceux dont les cœurs sont droits,
À qui le craint il explique
Ses secrets, ses saintes lois;
Je ne m’en écarte pas,
Mes yeux sont sur lui sans cesse;
Il détournera mes pas
Des pièges que l’on me dresse.
8. Jette donc sur moi la vue,
Et que ta compassion
Donne à mon âme éperdue
Quelque consolations.
Sans secours, prêt d’expirer,
Mon cœur se fond de tristesse;
Viens, ô Dieu, me retirer
D’une si grande détresse.
9. Fais luire sur moi ta face;
Vois ma peine et mes travaux;
Et tous mes péchés efface,
Qui m’attirent tant de maux.
Vois mes ennemis vainqueurs,
Dont le nombre est innombrable,
Et qui pour moi, dans leurs cœurs,
Ont une haine implacable.
10. De leurs embûches subtiles,
Éternel, délivre-moi.
Rends leurs efforts inutiles;
Tout mon espoir est en toi.
Soutiens mon intégrité,
Protège mon innocence;
Et, dans toute adversité,
Sois d’Israël la défense.
PSAUME 26
1. Fais-moi justice, ô Dieu,
Toi, qui vois qu’en tout lieu
Je marche sans déguisement.
Quelques maux que j’endure,
Sur mon Dieu je m’assure;
Je ne tomberai nullement.
2. Sonde-moi donc, Seigneur;
Et que par toi mon cœur
Comme l’argent soit éprouvé.
Que toutes mes pensées
Par le feu soient passées,
Pour voir quel je serai trouvé.
3. À toute heure mes yeux
Se tournent vers les cieux;
Je ne pense qu’à sa bonté;
Et toute mon envie
Est de régler ma vie
Par tes lois, par ta vérité.
4. Pour les esprits flatteurs,
Ou cachés, ou menteurs,
J’eus toujours de l’éloignement;
Ceux en qui l’artifice
Se joint à la malice,
Me rechercheraient vainement.
5. De leurs desseins couverts,
De leurs complots divers,
Je me suis toujours écarté;
Toujours leur compagnie
Loin de moi j’ai bannie,
De crainte d’en être infecté.
PAUSE
6. Suivant tes ordres saints,
Je laverai mes mains;
Et puis, autour de ton autel,
Je ferai le service
De l’humble sacrifice,
Qu’on offre à ton nom immortel.
7. C’est là que, chaque jour,
Brûlant de ton amour,
Au ciel j’élèverai ma voix;
Chantant tes saints oracles,
Et tant de grands miracles,
Que pour nous tu fis autrefois.
8. Que j’aime ce saint lieu,
Où tu parais mon Dieu,
Sous ton pavillon précieux!
J’y trace en ma mémoire
Un crayon de la gloire,
Qui t’environne dans les cieux.
9. Garantis-moi, Seigneur,
Des traits de ta fureur,
Quand tu frapperas les méchants;
Que ma vie innocente,
De leurs crimes exempte,
Le soit aussi de leurs tourments.
10. Toujours un noir dessein
Se couve dans leur sein,
Fraude, injustice, oppression.
Leur âme est inhumaine,
Et leur main toujours pleine
De rapine et d’extorsion.
11. Mais moi, par ton secours,
Je veux suivre toujours
Le droit sentier de l’équité.
Fais-moi miséricorde,
À moi, ô Dieu, accorde
La grâce d’être racheté.
12. Mes vœux sont exaucés,
Mes ennuis ont cessé;
Je vois mon chemin aplani.
Pour ces faveurs nouvelles,
Au milieu des fidèles,
Mon Dieu par moi sera béni.
PSAUME 27
1. Dieu fut toujours ma lumière et ma vie;
Qui peut me nuire, et qu’ai-je à redouter?
J’ai pour soutien sa puissance infinie;
L’homme mortel peut-il m’épouvanter?
Quand les méchants m’ont livré cent combats,
Quand ils m’ont cru déchirer de leurs dents,
Je les ai vus, ces ennemis ardents,
Broncher partout, tomber à chaque pas.
2. Que tout un camp m’approche et m’environne,
Mon cœur jamais ne s’en alarmera;
Qu’en ce péril tout secours m’abandonne,
Un ferme espoir toujours me soutiendra.
À l’Éternel je demande un seul point,
Et je fais vœu de l’en prier toujours,
Qu’aussi longtemps que dureront mes jours,
De sa maison il ne m’éloigne point.
3. Mais que plutôt sans cesse je contemple
De son palais l’admirable beauté;
Et que je puisse, en visitant son temple,
Y méditer sa gloire et sa bonté.
Au mauvais temps, si je me sens pressé,
Son pavillon, qui m’est toujours ouvert,
M’offre un asile où je suis à couvert,
Là je me vois au plus haut lieu placé.
PAUSE
4. Désormais donc je marcherai sans crainte,
La tête haute entre mes envieux;
J’irai chanter dans cette maison sainte
Des chants de joie, et rendre à Dieu mes vœux,
Quand donc, ô Dieu, je viens pour te prier,
Fais que ma voix arrive jusqu’à toi;
Et quand mes maux me forcent à crier,
Veuille, Seigneur, avoir pitié de moi.
5. Mon cœur entend ton céleste langage,
Et de ta part, me le répète ainsi;
Sois diligent à chercher mon visage.
Tu vois, Seigneur, que je le cherche aussi.
Que de moi donc il ne soit jamais loin;
De ton courroux garantis-moi, mon Dieu;
Tu fus mon aide, en tout temps, en tout lieu;
Et voudrais-tu me laisser au besoin?
6. Quand je n’aurais pas pour moi père, ni mère;
Quand je n’aurais aucun secours humain;
Le Tout-Puissant, en qui mon âme espère,
Pour me sauver, me prendra par la main.
Conduis mes pas, ô Dieu, qui m’as aimé,
Délivre-moi de mes persécuteurs;
Ferme la bouche à mes accusateurs;
Ne permets pas que j’en sois opprimé.
7. Si je n’eusse eu cette douce espérance,
Qu’un jour en paix, après tant de travaux,
Des biens du ciel j’aurais la jouissance,
Je succombais sous le poids de mes maux.
Toi donc, mon âme, en ton plus grand tourment,
Attends de Dieu la grâce et le secours;
Son bras puissant t’affermira toujours;
Attends, mon âme, attends Dieu constamment.
PSAUME 28
C’est à toi que mon cri s’adresse.
Réponds-moi, soulage ma peine;
Autrement, ma fin est prochaine;
Et déjà je ressemble à ceux
Qu’on descend au sépulcre affreux.
2. Entends ma voix, lorsque je crie;
Exauce-moi, quand je te prie,
Du lieu saint où je viens me rendre.
Grand Dieu, voudrais tu me comprendre
Parmi les méchants obstinés,
Qui sont au tourment destinés?
3. Dans la bouche ils n’ont que concorde,
Mais leur cœur à tout mal s’accorde,
Donne-leur le juste salaire
De tout le tort qu’ils osent faire;
Et que chacun d’eux soit traité
Ainsi qu’il l’aura mérité.
4. Ils ont fait à Dieu mille outrages;
Ils ont méprisé ses ouvrages,
Et rejeté la connaissance
Des hauts effets de sa puissance.
Mais Dieu les fera tous périr,
Sans qu’on puisse les secourir.
5. Loué soit Dieu, dont la tendresse
M’écoute et m’exauce sans cesse;
J’ai dans sa bonté secourable,
Un bouclier impénétrable.
Mon cœur donc s’en réjouira;
Ma bouche le célèbrera.
6. Il est la force des fidèles;
Il couvre son Oint de ses ailes.
Regarde, ô Dieu, ton héritage;
Béni ton peuple d’âge en âge;
Que, comblé de biens et d’honneur,
Il trouve en toi tout son bonheur.
PSAUME 29
1. Vous, que le choix ou le sang
Élèvent au plus haut rang;
Rendez, rendez au Seigneur
Tout respect et tout honneur;
Que votre reconnaissance
Fasse hommage à sa puissance;
Et que dans sa maison sainte
Chacun l’adore avec crainte.
2. Quand Dieu tonne dans les airs,
Sa voix soulève les mers;
Et sur les lambris des cieux
S’entend le Dieu glorieux.
La voix de Dieu fait connaître
Que le monde il est le maître.
Sa voix est inimitable,
Et comme lui redoutable.
3. La voix de Dieu jette à bas
Les grands cèdres par éclats;
Et du Liban les plus forts
Tombent sans autres efforts.
Par sa violence extrême,
Hermon, et le Liban même
Bondissent comme aux bocages
Les faons des bêtes sauvages.
4. La voix de Dieu foudroyant
Fait voir le ciel flamboyant;
Par elle sont ébranlés
Les monts les plus reculés;
Au son d’une voix si forte,
La biche tremblante avorte;
Par ses fureurs allumées,
Les forêts sont consumées.
5. Mais pendant tout ce fracas,
Son peuple ne laisse pas
D’aller au temple, sans peur,
Chanter cette hymne au Seigneur;
Dieu sur les eaux du déluge
Préside en souverain juge;
Son trône est inébranlable,
Son règne, à jamais durable.
6. Le Roi des cieux, le Dieu fort,
Des siens sera le support;
Il nous fera désormais
Jouir d’une heureuse paix.
PSAUME 30
1. Éternel, tu m’as dégagé
Du péril où j’étais plongé;
Mes ennemis n’ont plus de quoi
Rire malignement de moi;
Il faut donc aussi que je chante
Le bienfait de ta main puissante.
2. Ta pitié, qui fut mon recours,
Me montre encore de beaux jours,
Me ranimant d’un feu nouveau,
Tu m’as relevé du tombeau;
Sans toi je perdais la lumière,
Tu me rends ma vigueur première.
3. Vous qui révérez son pouvoir,
Tel que ses œuvres le font voir,
Fidèles, vantez hautement
Le saint nom d’un Dieu clément;
Son courroux, qu’un moment vit naître,
Un moment le voit disparaître.
4. Mais sa faveur et sa bonté
Durent à perpétuité;
Et si, par quelqu’un de ses coups,
Le deuil au soir entre chez nous,
Au matin la clarté nouvelle
Ramène la joie avec elle.
PAUSE
5. Quand j’étais sain et vigoureux,
Quand tout semblait rire à mes vœux,
Qui peut, disais-je, désormais
Troubler mon bonheur et ma paix?
Dieu me voit d’un œil favorable;
C’est mon rocher inébranlable.
6. Mais ton visage étant tourné,
Soudain mon cœur s’est étonné;
Dans cet effroi je t’ai prié,
Et me suis ainsi récrié;
Seigneur, faut-il donc que je meure?
Hélas! quel profit t’en demeure.
7. La poudre et la cendre, Seigneur,
Chanteront-elles ton honneur?
Diront-elles ta vérité,
Ton pouvoir, ta fidélité?
Mon Dieu, regarde ma souffrance;
Seigneur, hâte ma délivrance.
8. Alors, touché de mes soupirs,
Tu changes mon deuil en plaisirs.
Au lieu d’un sac, par ta vertu,
De joie et d’honneur revêtu,
Ma langue à te louer s’empresse,
Mon âme te bénit sans cesse.
PSAUME 31
1. J’ai mis en toi mon espérance;
Seigneur, je ne crains plus
De me trouver confus.
Accorde-moi ma délivrance;
Et selon ta promesse,
Veille pour moi sans cesse.
2. Prête une oreille favorable
À mes tristes discours;
Hâte, ô Dieu, ton secours;
Sois ma tour, ma roche imprenable,
Où je sauve ma vie,
Quand elle est poursuivie.
3. Tu fus toujours ma forteresse;
Pour ton nom glorieux,
Sois mon guide en tous lieux.
Tu vois les pièges qu’on me dresse;
Et que pour ma défense,
Je n’ai que ta puissance.
4. En tes mains je remets mon âme;
Car tu m’as racheté,
Ô Dieu de vérité.
C’est toi, mon Dieu, que je réclame;
Et dans toutes mes peines,
Je fuis les erreurs vaines.
PAUSE 1
5. Saisi d’une sainte allégresse,
Je publierai, Seigneur,
Ta gloire et ton honneur;
Quand ta bonté, dans ma détresse,
D’un regard favorable,
Me sera secourable.
6. Loin de livrer ma vie en proie
À l’adversaire armé
Qui m’avait enfermé,
Tu m’as fait une sûre voie,
Où, hors de toute atteinte,
Je puis marcher sans crainte.
7. Seigneur, soulage ma faiblesse,
Exposé que je suis
À de nouveaux ennuis,
Mes yeux languissent de tristesses,
Mon âme s’inquiète,
Mon corps n’est qu’un squelette.
8. Mes péchés consument ma vie;
Mille soucis cuisants
Raccourcissent mes ans.
De douleur mon âme est saisie;
Mes forces m’abandonnent,
Mes os même s’étonnent.
PAUSE 2
9. Parmi tous ceux qui me haïssent,
On voit au premier rang
Ceux de mon propre sang;
Mes amis même me trahissent,
Ils ont, quand je me montre,
Horreur de ma rencontre.
10. Tel qu’un mort hors de leur mémoire,
Tel qu’un vase brisé,
Je me vois méprisé.
On m’accuse, on noircit ma gloire;
Mille maux me travaillent,
Mille frayeurs m’assaillent.
11. Soir et matin on délibère,
Comment me mettre à mort;
Mais ô Dieu, mon support,
C’est en ta bonté que j’espère,
Et je dis en moi-même,
Je fais que mon Dieu m’aime.
12. Tu tiens mes jours en ta puissance;
Fais qu’à mes ennemis
Je ne sois point soumis;
Sauve-moi, par ton assistance,
De la bande traîtresse
Qui me poursuit sans cesse.
13. Tu vois la main qui me menace,
Montre-moi ta clarté
Qui fait ma sûreté;
Seigneur, garde-moi par ta grâce,
De peur qu’on ne se moque
De celui qui t’invoque.
PAUSE 3
14. Ô Dieu, tu les feras descendre,
Par un prompt jugement,
Confus au monument.
Sur le juste ils osent répandre,
Avec trop d’insolence,
Leur noire médisance.
15. Ô que de grâces sans pareilles,
Que de célestes biens
Tu gardes pour les tiens!
Que pour eux tu fais de merveilles,
Même au siècle où nous sommes,
Aux yeux des fils des hommes!
16. Ton sanctuaire est leur retraite,
Au temps le plus fâcheux,
Quand tout s’arme contre eux;
C’est là que ta bonté parfaite,
Défend contre l’envie
Leur innocente vie.
17. Loué soit Dieu, qui, par sa grâce,
Me fait voir en ce jour
Jusqu’où va son amour;
Il m’est une si forte place,
Qu’il n’est lieu sur la terre,
Si sûr en temps de guerre.
18. Un jour, dans l’excès de ma crainte,
Je dis, Dieu m’a laissé;
Hélas! il m’as chassé.
Mais touché de ma triste plainte,
Au fort de ma détresse,
Tu soutins ma faiblesse.
19. Aimez Dieu, vous, âmes sincères;
Il conserve les saints,
Il perd les esprits vains;
Tenez bon dans les temps contraires;
Sa grâce fortifie
Quiconque en lui se fie.
PSAUME 32
1. Heureux celui, de qui Dieu, par sa grâce,
Et les erreurs et les fautes efface!
Heureux celui, de qui tous les péchés,
Devant son Dieu sont couverts et cachés!
Je le redis, cent fois heureux j’estime
L’homme à qui Dieu n’impute point son crime,
Et qui, parmi les faiblesses qu’il sent,
De toute fraude au moins est innocent.
2. Quand dans les maux qu’attirait mon offense,
Trop obstiné, j’ai gardé le silence;
Quand de douleur j’ai crié sans cesser,
Mes os n’ont fait que fondre et s’abaisser.
J’ai nuit et jour senti ta main puissante
Sur moi, Seigneur, se rendre plus pesante;
Mon corps s’est vu, dans cette extrémité,
Plus sec qu’un champ dans l’ardeur de l’été.
3. Mais au moment que, sans hypocrisie,
J’ai déploré les fautes de ma vie,
Dès que j’ai dit, confessons mon forfait,
De ton pardon j’ai ressenti l’effet.
Ainsi celui que ton amour éprouve,
Te cherchera dans le temps qu’on te trouve;
Et quand de maux un déluge courrait,
Aucun danger de lui n’approcherait.
4. En toi, Seigneur, je trouve un sûr asile.
Rien ne m’alarme, et mon âme est tranquille;
Et chaque jour j’ai de nouveaux sujets
De te louer des biens que tu me fais.
Venez à moi, mortels, venez apprendre
Le droit chemin qu’en ce monde il faut prendre;
Si sur mes pas vous marchez désormais,
Vous serez sûrs de ne broncher jamais.
5. Ah! gardez-vous d’être aux chevaux semblables,
Privés de sens, fougueux, presque indomptables;
Pour réprimer leurs efforts,
L’art inventa des brides et des mors.
L’homme endurci sera dompté, de même,
Par les douleurs d’un châtiment extrême;
Mais quand quelqu’un prend son Dieu pour soutien,
Son Dieu le comble et d’honneur et de bien.
6. Fidèles, donc qu’en ce jour on vous voie
Chanter, louer l’auteur de votre joie;
Et que vos cœurs, avec humilité,
De l’Éternel adorent la bonté.
PSAUME 33
PSAUME 34
1. Toujours je bénirais
Dans mes chants le nom du Seigneur;
Ma bouche dira sa grandeur,
Tandis que je vivrai.
Mon âme se plaira
À voir son Dieu glorifié,
Et le fidèle édifié
À mon chant se joindra.
2. Que donc du Roi des rois
Le nom résonne jusqu’aux cieux;
Célébrons ses faits glorieux
D’une commune voix.
Dans toutes mes douleurs
Je l’ai cherché d’un cœur ardent;
Et sa bonté, me répondant,
A calmé mes frayeurs.
3. Qui le regardera,
S’en trouvera tout éclairé;
Jamais son front déshonoré
Rougir on ne verra.
Le pauvre, en son besoin,
Crie au ciel, et Dieu l’exauçant,
Le délivre des maux qu’il sent,
Et le garde avec soin.
PAUSE 1
4. Les anges du Seigneur
Campent autour de ses enfants,
Ils veillent pour eux en tout temps,
Assurant leur bonheur.
Venez donc aujourd’hui,
Et goûtez combien il est doux;
Heureux, cent fois heureux, vous tous
Qui n’espérez qu’en lui.
5. Craignez le Dieu très-haut,
Vous dont le cœur est pur et saint;
Car à tout homme qui le craint,
Jamais rien ne défaut.
Le lion affamé
Cherche, et souvent ne trouve rien;
Mas l’Éternel comble de bien
Ceux qui l’ont réclamé.
6. Vous, enfants bienheureux,
Venez m’écoutez en ce lieu;
Venez apprendre à craindre Dieu;
Il entendra vos vœux.
Qui de vous veut en paix
Prolonger de ses ans le cours;
Et qui veut voir couler ses jours
Au gré de ses souhaits?
7. Que jamais du prochain
Sa langue n’attaque l’honneur,
Qu’il ne soit ni faux, ni trompeur,
Ni querelleur, ni vain.
Fuis le mal, fais du bien,
Aime la paix, et la poursuis;
Le Seigneur veille pour celui
Qui cherche à faire bien.
PAUSE 2
8. Dieu, d’un œil courroucé,
Voit les méchants et tous leurs faits;
Il veut que le monde, à jamais
Leur nom soit effacé.
Les justes, dans leurs maux,
À l’Éternel ont leur recours,
Et l’Éternel par son secours,
Met fin à leurs travaux.
9. Près des cœurs désolés
Le Seigneur volontiers se tient;
Le Seigneur volontiers soutient
Les esprits accablés.
Tout homme qui va droit,
Pourra mille maux endurer;
Mais Dieu saura bien l’en tirer,
Quelque abattu qu’il soit.
10. Par lui sont garantis
Tous ses os si soigneusement,
Que l’on n’en saurait seulement
Rompre un des plus petits.
Le pécheur obstiné
Périt toujours par son forfait;
Et celui qui le juste hait,
Lui-même est ruiné.
11. L’Éternel sauvera,
L’homme qui souffre en le servant;
Quiconque espère au Dieu vivant
Jamais ne périra.
PSAUME 35
PSAUME 36
Du méchant le train déréglé
Me dit que son cœur aveuglé,
N’a de Dieu nulle crainte,
Bien que son crime fasse horreur,
Il s’applaudit dans son erreur,
Il la suit sans contrainte;
Son plus ordinaire entretien,
N’est que fraude; il n’écoute rien
Qui le porte à bien faire.
Loin de se reposer la nuit,
Il ne pense qu’à ce qui nuit;
Le mal seul peut lui plaire.
2. Mais, grand Dieu, ta fidélité,
Ta justice, et ta vérité,
Portent aux cieux leur têtes.
Tes saints décrets, hauts et profonds,
Sont des abîmes, sont des monts;
Tu nourris jusqu’aux bêtes,
Ô, qu’admirable est ta bonté!
Tes enfants sont en sûreté
Sous l’ombre de tes ailes;
De biens tu combles leurs désirs;
Tu leur ouvres des vrais plaisirs
Les sources éternelles.
3. Ce qui vit, ne vit que par toi;
C’est ta clarté, mon Dieu, mon Roi,
Qui nos yeux illumine;
Que tes fidèles tous les jours
Éprouvent ce même secours
De ta grâce divine.
Seigneur, soutiens-moi par ta main;
Ne permets pas que l’homme vain
M’insulte ni m’outrage.
C’est fait; les méchants tomberont,
Jamais ils n’en relèveront;
La mort est leur partage.
PSAUME 37
1. Lorsque, souvent, tu vois dans cette vie,
Pleins de fierté, prospérer les méchants,
N’en conçois point de dépit, ni d’envie;
Attends encore, tu les verras séchant,
Tels que le foin, qu’en peu d’heures on fane;
Ils passeront comme l’herbe des champs.
2. Crains Dieu, fais bien; sa bonté souveraine
Mettra la terre en ta possession,
Car sa promesse est fidèle et certaine.
Cherche en lui seul ta consolation,
Et des vrais biens qui seuls ont droit de plaire,
Tu jouiras sous sa protection.
3. Remets à Dieu le soin de ton affaire,
Espère en lui, sa main te conduira,
Sans qu’à tes vœux rien puisse être contraire.
Ta vertu pure au jour il produira,
Et par ses soins ta vie égale et bonne,
Comme un soleil en son midi luira.
4. Laisse-le faire, attends ce qu’il ordonne,
Et n’ouvre point ton cœur au déplaisir;
Quand à quelqu’un d’heureux succès il donne,
D’aucun dépit ne te laisse saisir,
Et que jamais l’exemple ne t’engage
À faire mal, pour suivre un vain désir.
5. Sur les méchants fond toujours quelque orage;
Mais qui craint Dieu, qui l’attend constamment,
Possédera la terre en héritage.
Oui, le pécheur périt si promptement,
Que si l’on va le chercher dans sa place,
On n’y voit plus sa trace seulement.
PAUSE 1
6. Mais pour les bons, Dieu les tient en sa grâce,
Et sur la terre il prévient leurs souhaits,
Éloignant d’eux le mal qui les menace.
En vain contre eux, sans se lasser jamais,
Grinçant les dents, l’homme indique machine;
Dieu confondra ses injustes projets.
7. Dans tous les temps, la justice divine
Rit des méchants; et de ses yeux ouverts,
Voit approcher le jour de leur ruine.
Contre le juste on verra les pervers
Tendre leur arc, et tirer leur épée,
Pour lui livrer mille combats divers.
8. Mais après tout, leur attente est trompée,
Leur arc se rompt, et le cœur leur défaut;
Leur propre fer a leur trame coupée.
Mille fois mieux le peu du juste vaut,
Que des pécheurs la plus riche abondance,
Que tout l’éclat de leur rang le plus haut.
9. Dieu de leur bras rompt l’injuste puissance;
Il se souvient du traité solennel,
Qui fait des siens la force et l’assurance;
C’est lui qui tient, de son soin paternel,
Les jours de ceux dont l’âme est innocente,
Et qui fait seul leur bonheur éternel.
10. Au mauvais temps il remplit leur attente,
Il les nourrit, lorsque les champs sans blés
Font la famine et longue et violente;
Mais les méchants, tristes et désolés,
S’écouleront, s’en iront en fumée,
Comme la chair des agneaux immolés.
PAUSE 2
11. Leur main sera d’emprunter affamée,
Sans pouvoir rendre; et du juste on verra
Partout l’aumône abondamment semée.
De qui craint Dieu, le partage sera
Un pays gras, abondant en richesse;
Mais tôt ou tard le méchant périra.
12. Dieu tous les pas de l’homme sage adresse,
Unit la voie où son pied va marcher;
Et l’appuyant, soulage sa faiblesse.
Si de tomber il ne peut s’empêcher,
De se blesser il n’aura nulle crainte;
Dieu le retient quand il vient à broncher.
13. Jeune autrefois, j’ai la vieillesse atteinte,
Sans avoir vu le juste abandonné,
Ni sa famille à mendier contrainte;
J’ai vu plutôt, qu’il a prêté, donné;
Et qu’après tout, Dieu l’a, même en sa race,
Rempli de biens, et d’honneur couronné.
14. Puis donc le mal, et du bien suis la trace,
Si d’un bonheur qui n’est point limité,
Tu veux que Dieu t’accorde enfin la grâce;
Car en tout temps il aime l’équité;
Toujours des siens il prend un soin fidèle,
Et des méchants perd la postérité.
PAUSE 3
15. Des hommes saints la joie est éternelle;
Et c’est pour eux que la terre produit
Les biens divers que l’on admire en elle.
Aussi le juste en la sagesse instruit,
Quelque discours que sa bouche propose,
N’y mêle rien qui ne soit plein de fruit.
16. La loi de Dieu, qui dans son cœur repose,
Le soutiendra dans un chemin glissant,
À quelque assaut que sa vertu l’expose.
Si quelquefois l’inique, trop puissant,
Le persécute, et semble se promettre
De se baigner dans le sang innocent;
17. Dieu toujours bon, ne saurait le permettre;
Ni ne verra le juste condamner,
Quand à son Juge il viendra se soumettre.
Espère en Dieu, laisse-le gouverner;
Tu jouiras de la terre féconde;
Et les méchants verras exterminer.
18. Je vis l’inique heureux, aux yeux du monde,
Qui s’élevant croissait et verdissait,
Comme un laurier qui de rameaux abonde;
Puis repassant aux lieux qu’il remplissait,
Je n’y vis plus ni branche, ni feuillage;
Même du tronc rien ne me paraissait.
19. Pour ton repos, prends garde à l’homme sage,
Vois l’homme droit; car enfin son loyer
Est le bonheur, la paix est son partage.
Mais des méchants, prompt à le fourvoyer,
Tout doit périr, et leur juste salaire
Sera que Dieu viendra les foudroyer.
20. Enfin de Dieu la grâce salutaire
Dans tous leurs maux les siens soulagera;
Les soutenant au temps le plus contraire,
Par sa main forte il les délivrera;
Car au Seigneur chacun d’eux voudra plaire,
Et chacun d’eux sur lui s’assurera.
PSAUME 38
1. Ô Seigneur, que ta colère,
Se modère;
Retiens ton juste courroux;
Que ta fureur se retire,
Ou j’expire,
Sous la rigueur de tes coups.
2. Tes flèches, sur moi tirées,
Sont entrées
Jusqu’au-dedans de mes os;
Et ta main appesantie,
Me châtie,
Sans me laisser de repos.
3. Je n’ai plus ni chair, ni veine
Qui soit saine,
Dans l’état où tu m’as mis;
Et je vois qu’à ta vengeance
Mon offense
Trop justement m’a soumis.
4. Mon crime est si détestable,
Qu’il m’accable;
Un cuisant remords m’abat;
Et trop faible pour la peine
Qui me gène,
Je succombe en ce combat.
5. Mes blessures si cruelles,
Sont mortelles;
Nul ne les voit sans horreur;
Et je sens dans mon supplice
Ta justice,
Qui punie ma folle erreur.
PAUSE 1
6. Le mal, qui me fait la guerre,
Vers la terre
Courbe mon corps chancelant;
Chacun voit comme avec peine
Je me traîne,
Marchant d’un pas triste et lent.
7. Le feu brûlant, dont mes veines
Sont si pleines,
Me consume nuit et jour;
Et la source de ma vie
Est tarie,
Sas nul espoir de retour.
8. Mon mal n’est plus supportable.
Il m’accable,
Je n’ai plus nulle vigueur;
On me voit mourant et pâle,
Rien n’égale
Mon tourment et ma langueur.
9. Seigneur, tu sais mes alarmes,
Car mes larmes
Sont présentes à tes yeux;
Tu fais de quoi je te prie,
Quand je crie,
Sans que je m’explique mieux.
10. Mon cœur cède à la tristesse,
Qui me presse,
Mon corps languit tout perclus;
Mes yeux perdent leur lumière
Toute entière;
Mais, que dis-je ? Ils ne sont plus.
11. D’une manière inhumaine,
De ma peine
Mes amis se tiennent loin.
Je ne puis faire à mon plus proche
Le reproche,
Qu’il m’abandonne au besoin.
PAUSE 2
12. Les uns à ma mort s’attendent,
Et me tendent
Des pièges dans mon malheur;
D’autres des crimes supposent,
Qu’ils m’imposent,
Afin de m’ôter l’honneur.
13. Je garde avec patience,
Le silence;
Et de leur haine l’objet,
Je n’ouvre non plus ma bouche,
Qu’une souche;
Je suis et sourd et muet.
14. Je suis comme une statue
Abattue,
Sans vie et sans mouvement;
J’écoute leurs calomnies
Infinies,
Sans dire un mot seulement.
15. Mais, ô Dieu, Père propice,
Ta justice
Contre tous est mon recours;
Et puisqu’en toi seul j’espère,
Ma misère
Ne durera pas toujours.
16. Prends garde à ceux qui m’épient,
Et qui rient
De l’état où je me vois;
Sitôt que le pied me glisse,
Leur malice
Fait qu’ils se moquent de moi.
PAUSE 3
17. Dans ma faiblesse mortelle,
Je chancelle.
Prêt de tomber à tous coups;
Car devant les yeux, sans cesse,
Ma détresse
Me peint ton juste courroux.
18. Quand dans mon cœur je repasse,
La disgrâce,
Qui de ma faute est l’effet;
Je me hais, je me tourmente,
Et j’augmente
Le mal que je me suis fait.
19. Ceux de qui l’injuste haine,
Dans ma peine,
Trouve leur plus doux plaisir,
Sont heureux en toute chose;
Et rien n’ose,
S’opposer à leur désir.
20. Tous pour me nuire s’entendent,
Et me rendent
Toujours le mal pour le bien.
Et la haine qui les trouble,
Se redouble,
Plus je tâche à faire le bien.
21. Ô Dieu, montre moi ta face;
Que ta grâce
Me soutienne en tous mes maux;
Fais, Seigneur, que ta parole
Me console
Dans l’excès de mes travaux.
22. Tes tendresses paternelles
Des fidèles
Te font toujours prendre soin;
Hâte, ô Dieu, ton assistance;
Ma souffrance
L’implore en ce grand besoin.
PSAUME 39
1. Je l’avais dit, que tant que je vivrais,
PSAUME 40
1. Après avoir constamment attendu
De l’Éternel la volonté,
Il s’est tourné de mon côté,
Et sa voix sainte enfin m’a répondu.
D’un bourbier effroyable,
D’un gouffre épouvantable,
Son bras m’a retiré;
Mes pieds, bien affermis,
Sur la roche remis,
Vont d’un pas assuré.
2. Ouvrant ma bouche, il fait qu’à son honneur,
Partout mes chants retentiront;
Partout les peuples apprendront
À ne rien craindre en craignant le Seigneur.
Heureux est l’homme au monde,
Qui sur son Dieu se fonde,
Qui s’en fait un rempart;
Laissant les esprits vains,
Dans leurs projets hautains,
S’égarer à l’écart.
3. Seigneur mon Dieu, tes conseils, tes hauts faits,
Surpassent notre entendement;
Pourrait-on tenter seulement
De calculer les biens que tu nous fais?
Pour moi, si je les compte,
Le nombre me surmonte.
On t’a vu refuser
Les gâteaux et les bœufs,
Et par un choix heureux
L’oreille me percer.
4. Le sacrifice ordonné dans la loi
Ne pouvant pas te contenter,
Je viens, ô Dieu, me présenter,
Comme en ton livre il est écrit de moi.
Sans regret, sans contrainte,
À ta volonté sainte,
J’ai soumis mes désirs;
Tes saints commandements
Règlent mes mouvements,
J’en fais tous mes plaisirs.
PAUSE
5. J’ai publié ta justice, ô mon Dieu;
Je n’en ai rien dissimulé.
Tu fais comme j’en ai parlé,
Devant ton peuple, à toute heure, en tout lieu.
C’est ainsi que je chante
Ta bonté si constante;
Et qu’encor tous les jours,
De ta fidélité,
Et de ta vérité
Je fais tous mes discours.
6. Aussi Seigneur, de ta protection
Jamais tu ne me priveras;
Mais plutôt tu m’accorderas
Les tendres soins de ta compassion.
Mes maux sans cesse augmentent,
Mes péchés m’épouvantent,
J’en ai l’esprit troublé;
Je les sens plus nombreux
Que ne sont mes cheveux,
Et j’en suis accablé.
7. Ta main peut me délivrer sans effort;
Hâte-toi de me secourir;
Et, pour m’empêcher de périr,
Repousse, ô Dieu, ceux qui cherchent ma mort.
Trompe l’injuste attente,
D’une troupe insolente,
Prête à me déchirer;
Fais retomber sur eux,
L’opprobre si honteux,
Qu’ils m’osaient préparer.
8. Mais comble, ô Dieu, de tes biens précieux
Ceux qui suivent tes saintes lois;
Nous chanterons, tous d’une voix,
Gloire au Dieu fort, gloire au Maître des cieux.
Hélas! je souffre encore,
Mais le Dieu que j’adore
De moi veux prendre soin.
Seigneur, tu m’as aidé;
Seigneur, tu m’as gardé;
Accours à mon besoin.
PSAUME 41
1. Heureux celui, par qui fut soulagé
L’innocent affligé!
Quand à son tour le mal l’affligera,
Dieu le soulagera;
Dieu le rendra, par son secours puissant,
Et sain et florissant;
Loin d’être en proie à ses fiers ennemis,
Il les verra soumis.
2. Quand il soupire, accablé de langueur,
Dieu lui rend sa vigueur;
Il change enfin son lit d’infirmité
En un lit de santé.
Ainsi, Seigneur, quand je m’adresse à toi,
Tourne les yeux vers moi;
Guéris mon âme, efface le péché,
Dont je me sens taché.
3. À ces méchants ma fin semble tarder.
Ils osent demander,
Est-il bien mal? Ne pourra-t-il mourir?
Même son nom périr?
Si quelques-uns viennent me visiter,
Ils ont beau me flatter;
Mon mal leur plaît, chacun va quand il sort,
En faire son rapport.
PAUSE
4. Tous ceux alors qui cherchent mon trépas,
En discourent tout bas;
Ils voudraient tous, bien loin d’en être en deuil,
Me voir dans le cercueil.
Il est au lit, disent-ils, attaché,
Pour quelque grand péché;
Il est si mal, qu’il n’en peut relever,
Rien ne peut le sauver.
5. Mon confident, qui mangeait de mon pain,
S’est révolté soudain;
Il a levé le talon contre moi,
M’ayant manqué de foi.
Viens donc, Seigneur, et prends compassion
De mon affliction.
Rends-moi la vie; et je leur ferai voir
Quel était leur devoir.
6. Tu m’as montré, Seigneur, jusqu’à ce jour,
Ta grâce et ton amour;
Et l’ennemi, qui m’avait insulté,
Voit qu’il s’est mécompté.
Quand j’ai glissé, ta main m’a retenu,
Ton bras m’a soutenu;
Et tu veux bien, encor à l’avenir,
M’aider, me soutenir.
7. Loué soit donc à jamais l’Éternel,
Le grand Dieu d’Israël.
De siècle en siècle, à lui soit tout honneur;
Amen, Amen, Seigneur.
PSAUME 42
1. Comme un cerf altéré brame
Après le courant des eaux;
Ainsi soupire mon âme,
Seigneur, après tes ruisseaux;
Elle a soif du Dieu vivant;
Et s’écrie, en le suivant,
Mon Dieu, mon Dieu, quand sera-ce
Que mes yeux verront ta face?
2. Pour pain je n’ai que mes larmes,
La nuit, le jour, en tout lieu,
Lorsqu’en mes dures alarmes,(1)
On me dit, que fait ton Dieu?
Je regrette la saison,
Que j’allais dans ta maison,
Chantant avec les fidèles,
Tes louanges immortelles.
3. Mais quel chagrin te dévore?
Mon âme, rassure-toi;
Espère en Dieu, car encore
Il sera loué par moi;
Quand, d’un regard seulement,
Il guérira mon tourment.
Mon Dieu, je sens que mon âme
D’un ardent désir se pâme.
4. Je me souviens à toute heure
Du temps que, vers le Jourdain,
J’avais pour triste demeure
Hermon, où j’errais en vain.
Et Mishar, et tous ces lieux!
Où j’étais loin de tes yeux.
Partout mes maux me poursuivent,
Comme des flots qui me suivent.
5. Les torrents de ta colère
Sur moi cent fois ont passé,
Mais, par ta grâce, j’espère
Qu’enfin l’orage est cessé.
Tu me conduiras le jour;
Et moi la nuit, à mon tour,
Louant ta Majesté sainte,
Je t’adresserai ma plainte.
6. Dieu, ma force et ma puissance,
Dirai-je, as-tu donc permis
Qu’une si longue souffrance
M’expose à mes ennemis?
Leurs fiers, leurs malins propos
Me pénètrent jusqu’aux os,
Quand ils disent à toute heure,
Où fait ton Dieu sa demeure?
7. Mais pourquoi, mon âme, encore
T’abattre avec tant d’effroi?
Espère au Dieu que j’adore,
Il sera loué de moi,
Un regard dans sa fureur,
Me dit qu’il est mon Sauveur;
Et c’est aussi lui, mon âme,
Qu’en tous mes maux je réclame.
PSAUME 43
1. Prends, ô Dieu, ma juste querelle,
Toi qui me vois traiter ainsi
Par la troupe injuste et cruelle,
Qui contre tes lois se rebelle,
Seigneur, viens me venger aussi,
Du méchant endurci.
2. Toi, grand Dieu, qui fus ma défense,
Je marche en deuil tout languissant;
Pourquoi me cacher ta présence,
Et me livrer à l’insolence
De l’ennemi persécutant,
Par qui je souffre tant?
3. Que sur moi ta clarté conduise,
Et me montre ta vérité;
Qu’au saint mont elle me conduise,
Et qu’elle-même m’introduise
Dans ton palais, dont la beauté
Fait voir ta majesté.
4. Là, d’une sainte hardiesse,
J’approcherai de ton autel;
Là, plein d’une juste allégresse,
Ma voix et ma harpe, sans cesse.
Chanteront, ô Dieu d’Israël,
Ton honneur immortel.
5. Quoi! tes frayeurs durent encore;
Mon âme, enfin, rassure-toi;
Espère en celui que j’adore,
Attends son aide que j’implore;
Comme mon Dieu, comme mon Roi,
Il veillera pour moi.
PSAUME 61
1. Écoute-moi, je te prie,
Quand je crie;
Éternel exauce-moi;
Du bout du monde mon âme
Te réclame,
Triste, et n’espérant qu’en toi.
2. Fais que de ta haute roche
Je m’approche,
Que l’accès m’en soit permis.
Tu fus toujours mon refuge,
Juste Juge,
Contre tous mes ennemis.
3. Mon âme en ton sanctuaire,
Veut se plaire,
Tout le temps que je vivrai.
Dans cet asile fidèle,
Sous ton aile,
Sans peur je reposerai.
4. À ce que mon cœur désire
Tout conspire,
Et de toi je tiens ce don.
Heureux d’avoir en partage,
L’héritage
De ceux qui craignent ton nom.
5. Jamais ne seront bornées
Les années,
Du roi que tu veux chérir;
On verra ses jours sans nombre,
Sous ton ombre,
De siècle en siècle fleurir.
6. Son trône sera si ferme,
Que pour terme
Il aura l’éternité;
Et pour garder immortelles,
Et fidèles,
Ta grâce et ta vérité.
7. Je veux donc, par des cantiques
Magnifiques,
Dire tes faits merveilleux.
Mon cœur, rempli d’allégresse,
Veut sans cesse,
S’acquitter de tous ses vœux.
PSAUME 44
1. Ô Dieu, le bruit de tes merveilles
Résonne encore à nos oreilles;
Nous les savons de nos aïeux,
Pour qui tu les fis à leurs yeux.
Ta main a les peuples chassés,
Tu mis nos pères en leur place;
Et tous ces méchants renversés,
Y virent fleurir notre race.
2. Non, ce n’est point par leur épée
Qu’ils ont cette terre occupée,
Ni par la force de leur bras,
Qu’ils sont échappés des combats,
Éternel tu fus leur Sauveur,
Ta main, tes grâces salutaires
Rendirent ton peuple vainqueur,
Et défirent ses adversaires.
3. Ô Dieu, mon Roi, dont la puissance
Aime à protéger l’innocence,
Sauve Jacob, ton bien-aimé,
Par ton secours accoutumé.
Par toi seront humiliés,
Ceux qui s’élèvent pour nous nuire;
Par toi, nous foulerons aux pieds
Tous ceux qui voudraient nous détruire.
4. Ni mon arc, ni mes autres armes,
Ne peuvent rien, dans les alarmes;
Et dans les périls que je cours,
Mon épée est un vain secours.
C’est toi qui nous as défendus,
Seigneur, contre nos adversaires;
Et par toi seront confondus
Tous ceux qui nous seront contraires.
PAUSE 1
5. Dieu seul fut toujours notre gloire;
Ses faits sont dans notre mémoire;
Et nous faisons vœu désormais,
De le célébrer à jamais.
Mais, cependant, tu te tiens loin;
Le cœur nous manque en leur présence,
Et de nos guerriers, au besoin,
Tu cesses d’être la défense.
6. Souvent notre armée est réduite
À prendre une honteuse fuite;
Et l’ennemi vient se saisir
De tous nos biens, à son plaisir.
Dispersés parmi les méchants,
Tu nous livres à leur furie,
Comme des agneaux dans les champs,
Destinés à la boucherie.
7. Enfin, ta nation élue
Voit que pour rien tu l’as vendue;
Au lieu d’en rehausser le prix,
Tu la laisses dans le mépris.
Tu permets qu’étant maltraités
De ceux qui près de nous habitent,
Nous soyons encore insultés
Par les faux contes qu’ils débitent.
8. Nous ne servons comme nous sommes,
Que de risée aux autres hommes.
Chacun nous montre, et, nous choquant,
Branle la tête en se moquant.
La honte marche devant moi,
La crainte m’abat le courage;
Partout la tristesse et l’effroi
Peignent leurs traits sur mon visage.
9. Nous n’entendons que des injures;
Ils nous accablent d’impostures,
Toujours prêts à fondre sur nous,
Pour nous porter les derniers coups,
Mais dans ce grand abaissement,
Avons-nous, par impatience,
Oublié ton commandement,
Ou méprisé ton alliance?
PAUSE 2
10. Ailleurs qu’à toi notre pensée,
Seigneur, ne s’est point adressée;
Nous avons tous de bonne foi,
Suivi le sentier de ta loi;
Nous l’avons suivi, même aux lieux
Où les dragons font leur demeure;
La mort présentant à nos yeux
Ses noires horreurs à toute heure.
11. Si d’un cœur timide ou volage,
Nous eussions cessé notre hommage;
Si nous avions à d’autres dieux
Élevé nos mains et nos yeux;
Ne s’en fût-il pas aperçu,
Ce grand Dieu qui voit et qui sonde
Tout ce que les cœurs ont conçu,
Même mes plus cachés du monde?
12. Pourquoi, nous souffrons milles peines,
Tels, hélas! dans nos dures chaînes,
Que des brebis qu’on garde exprès,
Pour les égorger tôt après.
Hélas! Seigneur, pourquoi dors-tu?
Réveille-toi pour voir nos craintes;
Réveille, dis-je, ta vertu,
Et fais cesser nos tristes plaintes.
13. Pourquoi caches-tu ton visage?
Pourquoi, quand chacun nous outrage,
N’as-tu point de compassion
De notre extrême affliction?
Notre âme gémit sous les coups
Dont ta justice nous atterre;
Nous expirons par ton courroux,
Nos corps sont étendus par terre.
14. Viens donc, Seigneur, pour nous, accorde
Ta grâce et ta miséricorde;
Et pour l’amour de ta bonté,
Délivre-nous d’adversité.
PSAUME 62
Élèvent au plus haut rang;
Rendez, rendez au Seigneur
Tout respect et tout honneur;
Que votre reconnaissance
Fasse hommage à sa puissance;
Et que dans sa maison sainte
Chacun l’adore avec crainte.
2. Quand Dieu tonne dans les airs,
Sa voix soulève les mers;
Et sur les lambris des cieux
S’entend le Dieu glorieux.
La voix de Dieu fait connaître
Que le monde il est le maître.
Sa voix est inimitable,
Et comme lui redoutable.
3. La voix de Dieu jette à bas
Les grands cèdres par éclats;
Et du Liban les plus forts
Tombent sans autres efforts.
Par sa violence extrême,
Hermon, et le Liban même
Bondissent comme aux bocages
Les faons des bêtes sauvages.
4. La voix de Dieu foudroyant
Fait voir le ciel flamboyant;
Par elle sont ébranlés
Les monts les plus reculés;
Au son d’une voix si forte,
La biche tremblante avorte;
Par ses fureurs allumées,
Les forêts sont consumées.
5. Mais pendant tout ce fracas,
Son peuple ne laisse pas
D’aller au temple, sans peur,
Chanter cette hymne au Seigneur;
Dieu sur les eaux du déluge
Préside en souverain juge;
Son trône est inébranlable,
Son règne, à jamais durable.
6. Le Roi des cieux, le Dieu fort,
Des siens sera le support;
Il nous fera désormais
Jouir d’une heureuse paix.
PSAUME 30
1. Éternel, tu m’as dégagé
Du péril où j’étais plongé;
Mes ennemis n’ont plus de quoi
Rire malignement de moi;
Il faut donc aussi que je chante
Le bienfait de ta main puissante.
2. Ta pitié, qui fut mon recours,
Me montre encore de beaux jours,
Me ranimant d’un feu nouveau,
Tu m’as relevé du tombeau;
Sans toi je perdais la lumière,
Tu me rends ma vigueur première.
3. Vous qui révérez son pouvoir,
Tel que ses œuvres le font voir,
Fidèles, vantez hautement
Le saint nom d’un Dieu clément;
Son courroux, qu’un moment vit naître,
Un moment le voit disparaître.
4. Mais sa faveur et sa bonté
Durent à perpétuité;
Et si, par quelqu’un de ses coups,
Le deuil au soir entre chez nous,
Au matin la clarté nouvelle
Ramène la joie avec elle.
PAUSE
5. Quand j’étais sain et vigoureux,
Quand tout semblait rire à mes vœux,
Qui peut, disais-je, désormais
Troubler mon bonheur et ma paix?
Dieu me voit d’un œil favorable;
C’est mon rocher inébranlable.
6. Mais ton visage étant tourné,
Soudain mon cœur s’est étonné;
Dans cet effroi je t’ai prié,
Et me suis ainsi récrié;
Seigneur, faut-il donc que je meure?
Hélas! quel profit t’en demeure.
7. La poudre et la cendre, Seigneur,
Chanteront-elles ton honneur?
Diront-elles ta vérité,
Ton pouvoir, ta fidélité?
Mon Dieu, regarde ma souffrance;
Seigneur, hâte ma délivrance.
8. Alors, touché de mes soupirs,
Tu changes mon deuil en plaisirs.
Au lieu d’un sac, par ta vertu,
De joie et d’honneur revêtu,
Ma langue à te louer s’empresse,
Mon âme te bénit sans cesse.
PSAUME 31
1. J’ai mis en toi mon espérance;
Seigneur, je ne crains plus
De me trouver confus.
Accorde-moi ma délivrance;
Et selon ta promesse,
Veille pour moi sans cesse.
2. Prête une oreille favorable
À mes tristes discours;
Hâte, ô Dieu, ton secours;
Sois ma tour, ma roche imprenable,
Où je sauve ma vie,
Quand elle est poursuivie.
3. Tu fus toujours ma forteresse;
Pour ton nom glorieux,
Sois mon guide en tous lieux.
Tu vois les pièges qu’on me dresse;
Et que pour ma défense,
Je n’ai que ta puissance.
4. En tes mains je remets mon âme;
Car tu m’as racheté,
Ô Dieu de vérité.
C’est toi, mon Dieu, que je réclame;
Et dans toutes mes peines,
Je fuis les erreurs vaines.
PAUSE 1
5. Saisi d’une sainte allégresse,
Je publierai, Seigneur,
Ta gloire et ton honneur;
Quand ta bonté, dans ma détresse,
D’un regard favorable,
Me sera secourable.
6. Loin de livrer ma vie en proie
À l’adversaire armé
Qui m’avait enfermé,
Tu m’as fait une sûre voie,
Où, hors de toute atteinte,
Je puis marcher sans crainte.
7. Seigneur, soulage ma faiblesse,
Exposé que je suis
À de nouveaux ennuis,
Mes yeux languissent de tristesses,
Mon âme s’inquiète,
Mon corps n’est qu’un squelette.
8. Mes péchés consument ma vie;
Mille soucis cuisants
Raccourcissent mes ans.
De douleur mon âme est saisie;
Mes forces m’abandonnent,
Mes os même s’étonnent.
PAUSE 2
9. Parmi tous ceux qui me haïssent,
On voit au premier rang
Ceux de mon propre sang;
Mes amis même me trahissent,
Ils ont, quand je me montre,
Horreur de ma rencontre.
10. Tel qu’un mort hors de leur mémoire,
Tel qu’un vase brisé,
Je me vois méprisé.
On m’accuse, on noircit ma gloire;
Mille maux me travaillent,
Mille frayeurs m’assaillent.
11. Soir et matin on délibère,
Comment me mettre à mort;
Mais ô Dieu, mon support,
C’est en ta bonté que j’espère,
Et je dis en moi-même,
Je fais que mon Dieu m’aime.
12. Tu tiens mes jours en ta puissance;
Fais qu’à mes ennemis
Je ne sois point soumis;
Sauve-moi, par ton assistance,
De la bande traîtresse
Qui me poursuit sans cesse.
13. Tu vois la main qui me menace,
Montre-moi ta clarté
Qui fait ma sûreté;
Seigneur, garde-moi par ta grâce,
De peur qu’on ne se moque
De celui qui t’invoque.
PAUSE 3
14. Ô Dieu, tu les feras descendre,
Par un prompt jugement,
Confus au monument.
Sur le juste ils osent répandre,
Avec trop d’insolence,
Leur noire médisance.
15. Ô que de grâces sans pareilles,
Que de célestes biens
Tu gardes pour les tiens!
Que pour eux tu fais de merveilles,
Même au siècle où nous sommes,
Aux yeux des fils des hommes!
16. Ton sanctuaire est leur retraite,
Au temps le plus fâcheux,
Quand tout s’arme contre eux;
C’est là que ta bonté parfaite,
Défend contre l’envie
Leur innocente vie.
17. Loué soit Dieu, qui, par sa grâce,
Me fait voir en ce jour
Jusqu’où va son amour;
Il m’est une si forte place,
Qu’il n’est lieu sur la terre,
Si sûr en temps de guerre.
18. Un jour, dans l’excès de ma crainte,
Je dis, Dieu m’a laissé;
Hélas! il m’as chassé.
Mais touché de ma triste plainte,
Au fort de ma détresse,
Tu soutins ma faiblesse.
19. Aimez Dieu, vous, âmes sincères;
Il conserve les saints,
Il perd les esprits vains;
Tenez bon dans les temps contraires;
Sa grâce fortifie
Quiconque en lui se fie.
PSAUME 32
1. Heureux celui, de qui Dieu, par sa grâce,
Et les erreurs et les fautes efface!
Heureux celui, de qui tous les péchés,
Devant son Dieu sont couverts et cachés!
Je le redis, cent fois heureux j’estime
L’homme à qui Dieu n’impute point son crime,
Et qui, parmi les faiblesses qu’il sent,
De toute fraude au moins est innocent.
2. Quand dans les maux qu’attirait mon offense,
Trop obstiné, j’ai gardé le silence;
Quand de douleur j’ai crié sans cesser,
Mes os n’ont fait que fondre et s’abaisser.
J’ai nuit et jour senti ta main puissante
Sur moi, Seigneur, se rendre plus pesante;
Mon corps s’est vu, dans cette extrémité,
Plus sec qu’un champ dans l’ardeur de l’été.
3. Mais au moment que, sans hypocrisie,
J’ai déploré les fautes de ma vie,
Dès que j’ai dit, confessons mon forfait,
De ton pardon j’ai ressenti l’effet.
Ainsi celui que ton amour éprouve,
Te cherchera dans le temps qu’on te trouve;
Et quand de maux un déluge courrait,
Aucun danger de lui n’approcherait.
4. En toi, Seigneur, je trouve un sûr asile.
Rien ne m’alarme, et mon âme est tranquille;
Et chaque jour j’ai de nouveaux sujets
De te louer des biens que tu me fais.
Venez à moi, mortels, venez apprendre
Le droit chemin qu’en ce monde il faut prendre;
Si sur mes pas vous marchez désormais,
Vous serez sûrs de ne broncher jamais.
5. Ah! gardez-vous d’être aux chevaux semblables,
Privés de sens, fougueux, presque indomptables;
Pour réprimer leurs efforts,
L’art inventa des brides et des mors.
L’homme endurci sera dompté, de même,
Par les douleurs d’un châtiment extrême;
Mais quand quelqu’un prend son Dieu pour soutien,
Son Dieu le comble et d’honneur et de bien.
6. Fidèles, donc qu’en ce jour on vous voie
Chanter, louer l’auteur de votre joie;
Et que vos cœurs, avec humilité,
De l’Éternel adorent la bonté.
PSAUME 33
1. Réveillez-vous, peuple fidèle;
Bénissons Dieu tous d’une voix.
Sa louange fut toujours belle,
Dans la bouche des hommes droits.
Sur la douce harpe
Pendue en écharpe,
Louez le Seigneur;
Et que la musette,
Le luth, l’épinette,
Chantent son honneur.
2. Louez son nom, par l’harmonie
Des vers nombreux et mesurés;
Ajoutez-y la symphonie
De tous les instruments sacrés.
Ce que Dieu demande,
Ce qu’il nous commande,
Tout ce qu’il a fait,
Tout ce qu’il propose,
Et ce qu’il dispose,
Est juste et parfait.
3. Il veut par sa loi souveraine,
Que par tout la justice ait lieu.
Qui ne voit que la terre est pleine
De la grande bonté de Dieu?
L’un et l’autre pôle
Sont de sa parole
L’effet glorieux;
D’un mot fut formée
La céleste armée
Qui brille à nos yeux.
PAUSE 1
4. Il rassembla les eaux profondes,
Les tenant comme en un vaisseau;
Il mit les ondes sur les ondes,
Comme un trésor en un monceau.
Que toute la terre
Craigne son tonnerre,
Et qu’humiliés,
Tous ceux qui l’habitent
Sa colère évitent,
Soumis à ses pieds.
5. La chose, aussitôt qu’il l’eut dite,
Eut son être dans le moment,
L’obéissance fut subite,
Et suivit le commandement,
L’Éternel méprise
La vaine entreprise
Des peuples divers;
Sa juste puissance
Confond la prudence
Des hommes pervers.
6. Mais sa sagesse invariable
Jamais ne change son dessein,
Et sa providence immuable
Marche toujours le même train.
Heureuse la race,
Dont Dieu par sa grâce,
Veut être le Dieu,
Et que d’âge en âge,
Comme son partage.
Il garde en tout lieu!
PAUSE 2
7. L’Éternel ici-bas regarde,
Nuit et jour, du plus haut des cieux,
À tous les mortels il prend garde,
Et rien ne se cache à ses yeux.
De son trône auguste,
Ce Roi saint et juste
Voit distinctement
Tout ce qui se passe,
Dans l’immense espace
Du bas élément.
8. C’est Dieu seul, qui par sa puissance,
Fit le cœur de tous les humains;
Il démêle avec connaissance
Toutes les œuvres de leurs mains.
Non, dans les alarmes,
Ni camp, ni gendarmes,
Ne sauvent le roi;
Le fer, le courage,
Sont de nul usage,
Éternel, sans toi.
9. En vain on penserait, peut-être,
Qu’un cheval adroit et léger
Pourra seul retirer son maître
Du milieu d’un pressant danger.
Mais Dieu de ses ailes,
Couvre les fidèles;
Et veille toujours,
Pour qui le révère,
Pour qui rien n’espère
Que de son secours.
PAUSE 3
10. Si la mort vient à nous poursuivre,
Le Seigneur lui retient la main;
Dans l’abondance il nous fait vivre,
Quand partout on manque de pain.
Qu’ainsi donc notre âme
Toujours le réclame,
Et s’attende à lui;
Son trône immobile
Est seul notre asile,
Est seul notre appui.
11. Nos cœurs, pleins de reconnaissance,
Béniront le nom du Seigneur;
Nous reposant sur la clémence,
Nous célébrerons son honneur.
Que ta bonté grande
Sur nous se répande;
Ô Dieu notre Roi,
Remplis notre attente;
Notre âme contente
N’espère qu’en toi.
PSAUME 34
1. Toujours je bénirais
Dans mes chants le nom du Seigneur;
Ma bouche dira sa grandeur,
Tandis que je vivrai.
Mon âme se plaira
À voir son Dieu glorifié,
Et le fidèle édifié
À mon chant se joindra.
2. Que donc du Roi des rois
Le nom résonne jusqu’aux cieux;
Célébrons ses faits glorieux
D’une commune voix.
Dans toutes mes douleurs
Je l’ai cherché d’un cœur ardent;
Et sa bonté, me répondant,
A calmé mes frayeurs.
3. Qui le regardera,
S’en trouvera tout éclairé;
Jamais son front déshonoré
Rougir on ne verra.
Le pauvre, en son besoin,
Crie au ciel, et Dieu l’exauçant,
Le délivre des maux qu’il sent,
Et le garde avec soin.
PAUSE 1
4. Les anges du Seigneur
Campent autour de ses enfants,
Ils veillent pour eux en tout temps,
Assurant leur bonheur.
Venez donc aujourd’hui,
Et goûtez combien il est doux;
Heureux, cent fois heureux, vous tous
Qui n’espérez qu’en lui.
5. Craignez le Dieu très-haut,
Vous dont le cœur est pur et saint;
Car à tout homme qui le craint,
Jamais rien ne défaut.
Le lion affamé
Cherche, et souvent ne trouve rien;
Mas l’Éternel comble de bien
Ceux qui l’ont réclamé.
6. Vous, enfants bienheureux,
Venez m’écoutez en ce lieu;
Venez apprendre à craindre Dieu;
Il entendra vos vœux.
Qui de vous veut en paix
Prolonger de ses ans le cours;
Et qui veut voir couler ses jours
Au gré de ses souhaits?
7. Que jamais du prochain
Sa langue n’attaque l’honneur,
Qu’il ne soit ni faux, ni trompeur,
Ni querelleur, ni vain.
Fuis le mal, fais du bien,
Aime la paix, et la poursuis;
Le Seigneur veille pour celui
Qui cherche à faire bien.
PAUSE 2
8. Dieu, d’un œil courroucé,
Voit les méchants et tous leurs faits;
Il veut que le monde, à jamais
Leur nom soit effacé.
Les justes, dans leurs maux,
À l’Éternel ont leur recours,
Et l’Éternel par son secours,
Met fin à leurs travaux.
9. Près des cœurs désolés
Le Seigneur volontiers se tient;
Le Seigneur volontiers soutient
Les esprits accablés.
Tout homme qui va droit,
Pourra mille maux endurer;
Mais Dieu saura bien l’en tirer,
Quelque abattu qu’il soit.
10. Par lui sont garantis
Tous ses os si soigneusement,
Que l’on n’en saurait seulement
Rompre un des plus petits.
Le pécheur obstiné
Périt toujours par son forfait;
Et celui qui le juste hait,
Lui-même est ruiné.
11. L’Éternel sauvera,
L’homme qui souffre en le servant;
Quiconque espère au Dieu vivant
Jamais ne périra.
PSAUME 35
1. Rends confus mes accusateurs,
Et poursuis mes persécuteurs;
Viens, Seigneur, et pour ma défense,
Prends le bouclier et la lance;
Charge-les, pour les disperser,
Et empêche-les d’avancer;
Parle à mon âme en sa frayeur,
Et dis-lui, je suis ton Sauveur.
2. Tous ces perfides ennemis
S’en iront honteux et soumis;
Ces méchants, dont la noire envie
Fait des complots contre ma vie,
Seront comme la poudre au vent;
Et son ange, les poursuivant,
Leur fera la guerre partout,
D’un bout du monde à l’autre bout.
3. Leur chemin sera ténébreux;
Ton ange combattant contre eux,
Et les suivant de place en place,
Ils tomberont devant sa face.
Car ils ont couvert le fossé,
Où le piège m’était dressé;
Tu le vois, et tu fais qu’à tort,
Leur haine a conjuré ma mort.
4. Ainsi le méchant dépourvu,
Et frappé d’un coup imprévu,
Au filet qu’il voulut me tendre,
Verra son pied venir se prendre;
Lui-même, dis-je, il tombera;
Dans la fosse qu’il prépara.
Mon âme bénira mon Dieu,
Qui m’aura conduit en tout lieu.
PAUSE 1
5. Animé d’une sainte ardeur,
Tous mes os te diront, Seigneur,
Est-il quelqu’un à toi semblable?
Ta main soutient le misérable;
Par toi l’innocent affligé
De l’oppresseur se voit vengé.
Tu sais que des gens révoltés
M’imposent mille faussetés.
6. Pour me perdre ils n’épargnent rien,
Me rendant le mal pour le bien,
À moi qui, pendant leurs alarmes,
Vêtu d’un sac en jeûne, en larmes,
Formais dans mon sein mille vœux
Pour les voir un jour plus heureux;
Enfin pour eux je m’étais mis
Comme on se met pour ses amis.
7. Je marchais comme un fils en deuil,
Dont on met la mère au cercueil;
Mais eux, au fort de mon martyre,
Se sont assemblés pour en rire.
Jusqu’aux plus vils, à mon insu,
Tous m’ont fait le mal qu’ils ont pu,
À haute voix ils m’on blâmé,
Et par leur chansons diffamé.
8. Parmi tous mes persécuteurs.
Se montrent de lâches flatteurs,
Des esprits bas et méprisables,
Qui vont médire aux bonnes tables.
Seigneur, qui le vois, qui l’entends,
Sera-ce encore pour longtemps?
Faible et seul, n’espérant qu’en toi,
De ces lions délivre-moi.
PAUSE 2
9. J’irai te bénir, ô mon Dieu,
Devant ton peuple, en ton saint lieu;
J’irai, parmi tous les fidèles,
Louer tes vertus immortelles.
Ne souffre donc pas, ô Seigneur,
Que sans cause on m’ôte l’honneur;
Ni que d’un air injurieux,
On ose m’insulter à tes yeux.
10. Ils sont ennemis de la paix,
Ces cruels n’en parlent jamais;
Mais plutôt, par des tours obliques,
Ils oppriment les pacifiques;
Toujours prêts à me dévorer,
Toujours prompts à me déchirer,
On les entend crier sur moi,
Ha! le malheureux, je le vois.
11. Seigneur, tu le vois, tu l’entends;
Le souffriras-tu plus longtemps?
Faut-il que ta main m’abandonne,
Quand tu fais que ma cause est bonne?
Ha! plutôt, Seigneur, lève-toi,
Et viens te déclarer pour moi;
Confonds le criminel plaisir
Qu’ils prennent à me voir périr.
12. Que, trompés dans leurs vains projets,
Ils ne disent plus désormais,
Sa perte enfin est assurée,
Sa vie en nos mains est livrée.
Fais, Seigneur, par un prompt secours,
Que ceux qui menacent mes jours
Ne remportent de leur désir
Que déshonneur, que déplaisir.
13. Mais bénis ceux, qui, sous tes lois
Combattent pour mes justes droits,
Fais que, pleins de réjouissance
Ils chantent, ô Dieu, ta puissance;
Qu’ils disent que c’est toi qui fais
Que mes jours vont couler en paix.
Avec eux ma langue, à son tour,
Dira tes bontés tout le jour.
PSAUME 36
Du méchant le train déréglé
Me dit que son cœur aveuglé,
N’a de Dieu nulle crainte,
Bien que son crime fasse horreur,
Il s’applaudit dans son erreur,
Il la suit sans contrainte;
Son plus ordinaire entretien,
N’est que fraude; il n’écoute rien
Qui le porte à bien faire.
Loin de se reposer la nuit,
Il ne pense qu’à ce qui nuit;
Le mal seul peut lui plaire.
2. Mais, grand Dieu, ta fidélité,
Ta justice, et ta vérité,
Portent aux cieux leur têtes.
Tes saints décrets, hauts et profonds,
Sont des abîmes, sont des monts;
Tu nourris jusqu’aux bêtes,
Ô, qu’admirable est ta bonté!
Tes enfants sont en sûreté
Sous l’ombre de tes ailes;
De biens tu combles leurs désirs;
Tu leur ouvres des vrais plaisirs
Les sources éternelles.
3. Ce qui vit, ne vit que par toi;
C’est ta clarté, mon Dieu, mon Roi,
Qui nos yeux illumine;
Que tes fidèles tous les jours
Éprouvent ce même secours
De ta grâce divine.
Seigneur, soutiens-moi par ta main;
Ne permets pas que l’homme vain
M’insulte ni m’outrage.
C’est fait; les méchants tomberont,
Jamais ils n’en relèveront;
La mort est leur partage.
PSAUME 37
1. Lorsque, souvent, tu vois dans cette vie,
Pleins de fierté, prospérer les méchants,
N’en conçois point de dépit, ni d’envie;
Attends encore, tu les verras séchant,
Tels que le foin, qu’en peu d’heures on fane;
Ils passeront comme l’herbe des champs.
2. Crains Dieu, fais bien; sa bonté souveraine
Mettra la terre en ta possession,
Car sa promesse est fidèle et certaine.
Cherche en lui seul ta consolation,
Et des vrais biens qui seuls ont droit de plaire,
Tu jouiras sous sa protection.
3. Remets à Dieu le soin de ton affaire,
Espère en lui, sa main te conduira,
Sans qu’à tes vœux rien puisse être contraire.
Ta vertu pure au jour il produira,
Et par ses soins ta vie égale et bonne,
Comme un soleil en son midi luira.
4. Laisse-le faire, attends ce qu’il ordonne,
Et n’ouvre point ton cœur au déplaisir;
Quand à quelqu’un d’heureux succès il donne,
D’aucun dépit ne te laisse saisir,
Et que jamais l’exemple ne t’engage
À faire mal, pour suivre un vain désir.
5. Sur les méchants fond toujours quelque orage;
Mais qui craint Dieu, qui l’attend constamment,
Possédera la terre en héritage.
Oui, le pécheur périt si promptement,
Que si l’on va le chercher dans sa place,
On n’y voit plus sa trace seulement.
PAUSE 1
6. Mais pour les bons, Dieu les tient en sa grâce,
Et sur la terre il prévient leurs souhaits,
Éloignant d’eux le mal qui les menace.
En vain contre eux, sans se lasser jamais,
Grinçant les dents, l’homme indique machine;
Dieu confondra ses injustes projets.
7. Dans tous les temps, la justice divine
Rit des méchants; et de ses yeux ouverts,
Voit approcher le jour de leur ruine.
Contre le juste on verra les pervers
Tendre leur arc, et tirer leur épée,
Pour lui livrer mille combats divers.
8. Mais après tout, leur attente est trompée,
Leur arc se rompt, et le cœur leur défaut;
Leur propre fer a leur trame coupée.
Mille fois mieux le peu du juste vaut,
Que des pécheurs la plus riche abondance,
Que tout l’éclat de leur rang le plus haut.
9. Dieu de leur bras rompt l’injuste puissance;
Il se souvient du traité solennel,
Qui fait des siens la force et l’assurance;
C’est lui qui tient, de son soin paternel,
Les jours de ceux dont l’âme est innocente,
Et qui fait seul leur bonheur éternel.
10. Au mauvais temps il remplit leur attente,
Il les nourrit, lorsque les champs sans blés
Font la famine et longue et violente;
Mais les méchants, tristes et désolés,
S’écouleront, s’en iront en fumée,
Comme la chair des agneaux immolés.
PAUSE 2
11. Leur main sera d’emprunter affamée,
Sans pouvoir rendre; et du juste on verra
Partout l’aumône abondamment semée.
De qui craint Dieu, le partage sera
Un pays gras, abondant en richesse;
Mais tôt ou tard le méchant périra.
12. Dieu tous les pas de l’homme sage adresse,
Unit la voie où son pied va marcher;
Et l’appuyant, soulage sa faiblesse.
Si de tomber il ne peut s’empêcher,
De se blesser il n’aura nulle crainte;
Dieu le retient quand il vient à broncher.
13. Jeune autrefois, j’ai la vieillesse atteinte,
Sans avoir vu le juste abandonné,
Ni sa famille à mendier contrainte;
J’ai vu plutôt, qu’il a prêté, donné;
Et qu’après tout, Dieu l’a, même en sa race,
Rempli de biens, et d’honneur couronné.
14. Puis donc le mal, et du bien suis la trace,
Si d’un bonheur qui n’est point limité,
Tu veux que Dieu t’accorde enfin la grâce;
Car en tout temps il aime l’équité;
Toujours des siens il prend un soin fidèle,
Et des méchants perd la postérité.
PAUSE 3
15. Des hommes saints la joie est éternelle;
Et c’est pour eux que la terre produit
Les biens divers que l’on admire en elle.
Aussi le juste en la sagesse instruit,
Quelque discours que sa bouche propose,
N’y mêle rien qui ne soit plein de fruit.
16. La loi de Dieu, qui dans son cœur repose,
Le soutiendra dans un chemin glissant,
À quelque assaut que sa vertu l’expose.
Si quelquefois l’inique, trop puissant,
Le persécute, et semble se promettre
De se baigner dans le sang innocent;
17. Dieu toujours bon, ne saurait le permettre;
Ni ne verra le juste condamner,
Quand à son Juge il viendra se soumettre.
Espère en Dieu, laisse-le gouverner;
Tu jouiras de la terre féconde;
Et les méchants verras exterminer.
18. Je vis l’inique heureux, aux yeux du monde,
Qui s’élevant croissait et verdissait,
Comme un laurier qui de rameaux abonde;
Puis repassant aux lieux qu’il remplissait,
Je n’y vis plus ni branche, ni feuillage;
Même du tronc rien ne me paraissait.
19. Pour ton repos, prends garde à l’homme sage,
Vois l’homme droit; car enfin son loyer
Est le bonheur, la paix est son partage.
Mais des méchants, prompt à le fourvoyer,
Tout doit périr, et leur juste salaire
Sera que Dieu viendra les foudroyer.
20. Enfin de Dieu la grâce salutaire
Dans tous leurs maux les siens soulagera;
Les soutenant au temps le plus contraire,
Par sa main forte il les délivrera;
Car au Seigneur chacun d’eux voudra plaire,
Et chacun d’eux sur lui s’assurera.
PSAUME 38
1. Ô Seigneur, que ta colère,
Se modère;
Retiens ton juste courroux;
Que ta fureur se retire,
Ou j’expire,
Sous la rigueur de tes coups.
2. Tes flèches, sur moi tirées,
Sont entrées
Jusqu’au-dedans de mes os;
Et ta main appesantie,
Me châtie,
Sans me laisser de repos.
3. Je n’ai plus ni chair, ni veine
Qui soit saine,
Dans l’état où tu m’as mis;
Et je vois qu’à ta vengeance
Mon offense
Trop justement m’a soumis.
4. Mon crime est si détestable,
Qu’il m’accable;
Un cuisant remords m’abat;
Et trop faible pour la peine
Qui me gène,
Je succombe en ce combat.
5. Mes blessures si cruelles,
Sont mortelles;
Nul ne les voit sans horreur;
Et je sens dans mon supplice
Ta justice,
Qui punie ma folle erreur.
PAUSE 1
6. Le mal, qui me fait la guerre,
Vers la terre
Courbe mon corps chancelant;
Chacun voit comme avec peine
Je me traîne,
Marchant d’un pas triste et lent.
7. Le feu brûlant, dont mes veines
Sont si pleines,
Me consume nuit et jour;
Et la source de ma vie
Est tarie,
Sas nul espoir de retour.
8. Mon mal n’est plus supportable.
Il m’accable,
Je n’ai plus nulle vigueur;
On me voit mourant et pâle,
Rien n’égale
Mon tourment et ma langueur.
9. Seigneur, tu sais mes alarmes,
Car mes larmes
Sont présentes à tes yeux;
Tu fais de quoi je te prie,
Quand je crie,
Sans que je m’explique mieux.
10. Mon cœur cède à la tristesse,
Qui me presse,
Mon corps languit tout perclus;
Mes yeux perdent leur lumière
Toute entière;
Mais, que dis-je ? Ils ne sont plus.
11. D’une manière inhumaine,
De ma peine
Mes amis se tiennent loin.
Je ne puis faire à mon plus proche
Le reproche,
Qu’il m’abandonne au besoin.
PAUSE 2
12. Les uns à ma mort s’attendent,
Et me tendent
Des pièges dans mon malheur;
D’autres des crimes supposent,
Qu’ils m’imposent,
Afin de m’ôter l’honneur.
13. Je garde avec patience,
Le silence;
Et de leur haine l’objet,
Je n’ouvre non plus ma bouche,
Qu’une souche;
Je suis et sourd et muet.
14. Je suis comme une statue
Abattue,
Sans vie et sans mouvement;
J’écoute leurs calomnies
Infinies,
Sans dire un mot seulement.
15. Mais, ô Dieu, Père propice,
Ta justice
Contre tous est mon recours;
Et puisqu’en toi seul j’espère,
Ma misère
Ne durera pas toujours.
16. Prends garde à ceux qui m’épient,
Et qui rient
De l’état où je me vois;
Sitôt que le pied me glisse,
Leur malice
Fait qu’ils se moquent de moi.
PAUSE 3
17. Dans ma faiblesse mortelle,
Je chancelle.
Prêt de tomber à tous coups;
Car devant les yeux, sans cesse,
Ma détresse
Me peint ton juste courroux.
18. Quand dans mon cœur je repasse,
La disgrâce,
Qui de ma faute est l’effet;
Je me hais, je me tourmente,
Et j’augmente
Le mal que je me suis fait.
19. Ceux de qui l’injuste haine,
Dans ma peine,
Trouve leur plus doux plaisir,
Sont heureux en toute chose;
Et rien n’ose,
S’opposer à leur désir.
20. Tous pour me nuire s’entendent,
Et me rendent
Toujours le mal pour le bien.
Et la haine qui les trouble,
Se redouble,
Plus je tâche à faire le bien.
21. Ô Dieu, montre moi ta face;
Que ta grâce
Me soutienne en tous mes maux;
Fais, Seigneur, que ta parole
Me console
Dans l’excès de mes travaux.
22. Tes tendresses paternelles
Des fidèles
Te font toujours prendre soin;
Hâte, ô Dieu, ton assistance;
Ma souffrance
L’implore en ce grand besoin.
PSAUME 39
1. Je l’avais dit, que tant que je vivrais,
Ma langue je réprimerais;
Que le méchant me verrait endurer,
Sans m’ouïr jamais murmurer,
Quand je devrais, pour un pareil dessein,
Mettre à ma bouche un rude frein.
2. Chacun a vu le silence obstiné,
Auquel je m’étais condamné;
J’ai tu le bien contre ma volonté,
Bien que mon cœur fût agité.
Mais, dévoré par un cuisant souci,
Il a fallu parler ainsi.
3. Dieu tout-puissant, qui règles mon destin,
Fais-moi donc connaître ma fin;
Au demi-pied tu mesures le cours
Qu’il te plaît donner à mes jours;
Et tous mes ans, arrangés bout à bout,
Près des tiens ne sont rien du tout.
4. L’homme, en effet, n’est que fragilité,
Qu’apparence, et que vanité;
Toute sa vie est un songe passant;
On le voit toujours tracassant,
Cherchant toujours des trésors, sans savoir
L’héritier qui doit les avoir.
5. Hélas! Seigneur, en qui puis-je espérer?
En toi qui peux me rassurer.
Délivre-moi des maux que j’ai commis;
Empêche que mes ennemis,
Ces insensés qui méprisent ta loi,
Ne triomphent enfin de moi.
6. Je me suis tu dans mes plus grands malheurs;
Je fus muet dans mes douleurs;
Baisant ta main, qui frappait tous les coups;
Mais, ô Dieu, calme ton courroux;
Guéris ma plaie; et console mon cœur,
Qui succombe sous ta rigueur
7. Quand le pécheur te force à le punir,
On voit son éclat se ternir;
On voit périr ses ornements divers,
Comme un habit rongé de vers;
Son sort enfin montre, tout bien compté,
Que l’homme n’est que vanité.
8. Écoute, ô Dieu, ma plainte et mes clameurs;
Ne te rends pas sourd à mes pleurs.
Je suis, hélas, ce qu’étaient mes aïeux,
Étranger, voyageur comme eux.
Retiens ton bras ; je suis prêt de mourir;
Daigne, Seigneur, me secourir.
PSAUME 40
1. Après avoir constamment attendu
De l’Éternel la volonté,
Il s’est tourné de mon côté,
Et sa voix sainte enfin m’a répondu.
D’un bourbier effroyable,
D’un gouffre épouvantable,
Son bras m’a retiré;
Mes pieds, bien affermis,
Sur la roche remis,
Vont d’un pas assuré.
2. Ouvrant ma bouche, il fait qu’à son honneur,
Partout mes chants retentiront;
Partout les peuples apprendront
À ne rien craindre en craignant le Seigneur.
Heureux est l’homme au monde,
Qui sur son Dieu se fonde,
Qui s’en fait un rempart;
Laissant les esprits vains,
Dans leurs projets hautains,
S’égarer à l’écart.
3. Seigneur mon Dieu, tes conseils, tes hauts faits,
Surpassent notre entendement;
Pourrait-on tenter seulement
De calculer les biens que tu nous fais?
Pour moi, si je les compte,
Le nombre me surmonte.
On t’a vu refuser
Les gâteaux et les bœufs,
Et par un choix heureux
L’oreille me percer.
4. Le sacrifice ordonné dans la loi
Ne pouvant pas te contenter,
Je viens, ô Dieu, me présenter,
Comme en ton livre il est écrit de moi.
Sans regret, sans contrainte,
À ta volonté sainte,
J’ai soumis mes désirs;
Tes saints commandements
Règlent mes mouvements,
J’en fais tous mes plaisirs.
PAUSE
5. J’ai publié ta justice, ô mon Dieu;
Je n’en ai rien dissimulé.
Tu fais comme j’en ai parlé,
Devant ton peuple, à toute heure, en tout lieu.
C’est ainsi que je chante
Ta bonté si constante;
Et qu’encor tous les jours,
De ta fidélité,
Et de ta vérité
Je fais tous mes discours.
6. Aussi Seigneur, de ta protection
Jamais tu ne me priveras;
Mais plutôt tu m’accorderas
Les tendres soins de ta compassion.
Mes maux sans cesse augmentent,
Mes péchés m’épouvantent,
J’en ai l’esprit troublé;
Je les sens plus nombreux
Que ne sont mes cheveux,
Et j’en suis accablé.
7. Ta main peut me délivrer sans effort;
Hâte-toi de me secourir;
Et, pour m’empêcher de périr,
Repousse, ô Dieu, ceux qui cherchent ma mort.
Trompe l’injuste attente,
D’une troupe insolente,
Prête à me déchirer;
Fais retomber sur eux,
L’opprobre si honteux,
Qu’ils m’osaient préparer.
8. Mais comble, ô Dieu, de tes biens précieux
Ceux qui suivent tes saintes lois;
Nous chanterons, tous d’une voix,
Gloire au Dieu fort, gloire au Maître des cieux.
Hélas! je souffre encore,
Mais le Dieu que j’adore
De moi veux prendre soin.
Seigneur, tu m’as aidé;
Seigneur, tu m’as gardé;
Accours à mon besoin.
PSAUME 41
1. Heureux celui, par qui fut soulagé
L’innocent affligé!
Quand à son tour le mal l’affligera,
Dieu le soulagera;
Dieu le rendra, par son secours puissant,
Et sain et florissant;
Loin d’être en proie à ses fiers ennemis,
Il les verra soumis.
2. Quand il soupire, accablé de langueur,
Dieu lui rend sa vigueur;
Il change enfin son lit d’infirmité
En un lit de santé.
Ainsi, Seigneur, quand je m’adresse à toi,
Tourne les yeux vers moi;
Guéris mon âme, efface le péché,
Dont je me sens taché.
3. À ces méchants ma fin semble tarder.
Ils osent demander,
Est-il bien mal? Ne pourra-t-il mourir?
Même son nom périr?
Si quelques-uns viennent me visiter,
Ils ont beau me flatter;
Mon mal leur plaît, chacun va quand il sort,
En faire son rapport.
PAUSE
4. Tous ceux alors qui cherchent mon trépas,
En discourent tout bas;
Ils voudraient tous, bien loin d’en être en deuil,
Me voir dans le cercueil.
Il est au lit, disent-ils, attaché,
Pour quelque grand péché;
Il est si mal, qu’il n’en peut relever,
Rien ne peut le sauver.
5. Mon confident, qui mangeait de mon pain,
S’est révolté soudain;
Il a levé le talon contre moi,
M’ayant manqué de foi.
Viens donc, Seigneur, et prends compassion
De mon affliction.
Rends-moi la vie; et je leur ferai voir
Quel était leur devoir.
6. Tu m’as montré, Seigneur, jusqu’à ce jour,
Ta grâce et ton amour;
Et l’ennemi, qui m’avait insulté,
Voit qu’il s’est mécompté.
Quand j’ai glissé, ta main m’a retenu,
Ton bras m’a soutenu;
Et tu veux bien, encor à l’avenir,
M’aider, me soutenir.
7. Loué soit donc à jamais l’Éternel,
Le grand Dieu d’Israël.
De siècle en siècle, à lui soit tout honneur;
Amen, Amen, Seigneur.
PSAUME 42
1. Comme un cerf altéré brame
Après le courant des eaux;
Ainsi soupire mon âme,
Seigneur, après tes ruisseaux;
Elle a soif du Dieu vivant;
Et s’écrie, en le suivant,
Mon Dieu, mon Dieu, quand sera-ce
Que mes yeux verront ta face?
2. Pour pain je n’ai que mes larmes,
La nuit, le jour, en tout lieu,
Lorsqu’en mes dures alarmes,(1)
On me dit, que fait ton Dieu?
Je regrette la saison,
Que j’allais dans ta maison,
Chantant avec les fidèles,
Tes louanges immortelles.
3. Mais quel chagrin te dévore?
Mon âme, rassure-toi;
Espère en Dieu, car encore
Il sera loué par moi;
Quand, d’un regard seulement,
Il guérira mon tourment.
Mon Dieu, je sens que mon âme
D’un ardent désir se pâme.
4. Je me souviens à toute heure
Du temps que, vers le Jourdain,
J’avais pour triste demeure
Hermon, où j’errais en vain.
Et Mishar, et tous ces lieux!
Où j’étais loin de tes yeux.
Partout mes maux me poursuivent,
Comme des flots qui me suivent.
5. Les torrents de ta colère
Sur moi cent fois ont passé,
Mais, par ta grâce, j’espère
Qu’enfin l’orage est cessé.
Tu me conduiras le jour;
Et moi la nuit, à mon tour,
Louant ta Majesté sainte,
Je t’adresserai ma plainte.
6. Dieu, ma force et ma puissance,
Dirai-je, as-tu donc permis
Qu’une si longue souffrance
M’expose à mes ennemis?
Leurs fiers, leurs malins propos
Me pénètrent jusqu’aux os,
Quand ils disent à toute heure,
Où fait ton Dieu sa demeure?
7. Mais pourquoi, mon âme, encore
T’abattre avec tant d’effroi?
Espère au Dieu que j’adore,
Il sera loué de moi,
Un regard dans sa fureur,
Me dit qu’il est mon Sauveur;
Et c’est aussi lui, mon âme,
Qu’en tous mes maux je réclame.
PSAUME 43
1. Prends, ô Dieu, ma juste querelle,
Toi qui me vois traiter ainsi
Par la troupe injuste et cruelle,
Qui contre tes lois se rebelle,
Seigneur, viens me venger aussi,
Du méchant endurci.
2. Toi, grand Dieu, qui fus ma défense,
Je marche en deuil tout languissant;
Pourquoi me cacher ta présence,
Et me livrer à l’insolence
De l’ennemi persécutant,
Par qui je souffre tant?
3. Que sur moi ta clarté conduise,
Et me montre ta vérité;
Qu’au saint mont elle me conduise,
Et qu’elle-même m’introduise
Dans ton palais, dont la beauté
Fait voir ta majesté.
4. Là, d’une sainte hardiesse,
J’approcherai de ton autel;
Là, plein d’une juste allégresse,
Ma voix et ma harpe, sans cesse.
Chanteront, ô Dieu d’Israël,
Ton honneur immortel.
5. Quoi! tes frayeurs durent encore;
Mon âme, enfin, rassure-toi;
Espère en celui que j’adore,
Attends son aide que j’implore;
Comme mon Dieu, comme mon Roi,
Il veillera pour moi.
PSAUME 61
1. Écoute-moi, je te prie,
Quand je crie;
Éternel exauce-moi;
Du bout du monde mon âme
Te réclame,
Triste, et n’espérant qu’en toi.
2. Fais que de ta haute roche
Je m’approche,
Que l’accès m’en soit permis.
Tu fus toujours mon refuge,
Juste Juge,
Contre tous mes ennemis.
3. Mon âme en ton sanctuaire,
Veut se plaire,
Tout le temps que je vivrai.
Dans cet asile fidèle,
Sous ton aile,
Sans peur je reposerai.
4. À ce que mon cœur désire
Tout conspire,
Et de toi je tiens ce don.
Heureux d’avoir en partage,
L’héritage
De ceux qui craignent ton nom.
5. Jamais ne seront bornées
Les années,
Du roi que tu veux chérir;
On verra ses jours sans nombre,
Sous ton ombre,
De siècle en siècle fleurir.
6. Son trône sera si ferme,
Que pour terme
Il aura l’éternité;
Et pour garder immortelles,
Et fidèles,
Ta grâce et ta vérité.
7. Je veux donc, par des cantiques
Magnifiques,
Dire tes faits merveilleux.
Mon cœur, rempli d’allégresse,
Veut sans cesse,
S’acquitter de tous ses vœux.
PSAUME 44
1. Ô Dieu, le bruit de tes merveilles
Résonne encore à nos oreilles;
Nous les savons de nos aïeux,
Pour qui tu les fis à leurs yeux.
Ta main a les peuples chassés,
Tu mis nos pères en leur place;
Et tous ces méchants renversés,
Y virent fleurir notre race.
2. Non, ce n’est point par leur épée
Qu’ils ont cette terre occupée,
Ni par la force de leur bras,
Qu’ils sont échappés des combats,
Éternel tu fus leur Sauveur,
Ta main, tes grâces salutaires
Rendirent ton peuple vainqueur,
Et défirent ses adversaires.
3. Ô Dieu, mon Roi, dont la puissance
Aime à protéger l’innocence,
Sauve Jacob, ton bien-aimé,
Par ton secours accoutumé.
Par toi seront humiliés,
Ceux qui s’élèvent pour nous nuire;
Par toi, nous foulerons aux pieds
Tous ceux qui voudraient nous détruire.
4. Ni mon arc, ni mes autres armes,
Ne peuvent rien, dans les alarmes;
Et dans les périls que je cours,
Mon épée est un vain secours.
C’est toi qui nous as défendus,
Seigneur, contre nos adversaires;
Et par toi seront confondus
Tous ceux qui nous seront contraires.
PAUSE 1
5. Dieu seul fut toujours notre gloire;
Ses faits sont dans notre mémoire;
Et nous faisons vœu désormais,
De le célébrer à jamais.
Mais, cependant, tu te tiens loin;
Le cœur nous manque en leur présence,
Et de nos guerriers, au besoin,
Tu cesses d’être la défense.
6. Souvent notre armée est réduite
À prendre une honteuse fuite;
Et l’ennemi vient se saisir
De tous nos biens, à son plaisir.
Dispersés parmi les méchants,
Tu nous livres à leur furie,
Comme des agneaux dans les champs,
Destinés à la boucherie.
7. Enfin, ta nation élue
Voit que pour rien tu l’as vendue;
Au lieu d’en rehausser le prix,
Tu la laisses dans le mépris.
Tu permets qu’étant maltraités
De ceux qui près de nous habitent,
Nous soyons encore insultés
Par les faux contes qu’ils débitent.
8. Nous ne servons comme nous sommes,
Que de risée aux autres hommes.
Chacun nous montre, et, nous choquant,
Branle la tête en se moquant.
La honte marche devant moi,
La crainte m’abat le courage;
Partout la tristesse et l’effroi
Peignent leurs traits sur mon visage.
9. Nous n’entendons que des injures;
Ils nous accablent d’impostures,
Toujours prêts à fondre sur nous,
Pour nous porter les derniers coups,
Mais dans ce grand abaissement,
Avons-nous, par impatience,
Oublié ton commandement,
Ou méprisé ton alliance?
PAUSE 2
10. Ailleurs qu’à toi notre pensée,
Seigneur, ne s’est point adressée;
Nous avons tous de bonne foi,
Suivi le sentier de ta loi;
Nous l’avons suivi, même aux lieux
Où les dragons font leur demeure;
La mort présentant à nos yeux
Ses noires horreurs à toute heure.
11. Si d’un cœur timide ou volage,
Nous eussions cessé notre hommage;
Si nous avions à d’autres dieux
Élevé nos mains et nos yeux;
Ne s’en fût-il pas aperçu,
Ce grand Dieu qui voit et qui sonde
Tout ce que les cœurs ont conçu,
Même mes plus cachés du monde?
12. Pourquoi, nous souffrons milles peines,
Tels, hélas! dans nos dures chaînes,
Que des brebis qu’on garde exprès,
Pour les égorger tôt après.
Hélas! Seigneur, pourquoi dors-tu?
Réveille-toi pour voir nos craintes;
Réveille, dis-je, ta vertu,
Et fais cesser nos tristes plaintes.
13. Pourquoi caches-tu ton visage?
Pourquoi, quand chacun nous outrage,
N’as-tu point de compassion
De notre extrême affliction?
Notre âme gémit sous les coups
Dont ta justice nous atterre;
Nous expirons par ton courroux,
Nos corps sont étendus par terre.
14. Viens donc, Seigneur, pour nous, accorde
Ta grâce et ta miséricorde;
Et pour l’amour de ta bonté,
Délivre-nous d’adversité.
PSAUME 62
1. Mon âme en tout temps, en tout lieu,
Ne trouve de repos qu’en Dieu.
Lui seul fut toujours ma défense;
Il est mon fort et mon Sauveur;
Et, protégé par sa faveur,
Je ne crains plus que rien m’offense.
2. Ne cesserez-vous donc jamais,
Cruels, de troubler notre paix?
Craignez la justice divine.
Soudain tu vas périr, méchant,
Comme on voit un vieux mur penchant
S’ouvrir et tomber en ruine.
3. Dieu veut-il quelqu’un élever?
Ces jaloux songent à trouver
Mille détours pour le détruire;
Leurs discours, plus doux que le miel,
Cachent des cœurs remplis de fiel,
Dont le seul plaisir est de nuire.
4. Toi, mon âme, en Dieu seulement
Cherche ton vrai contentement;
J’attends tout de sa bienveillance.
Il est mon fort, et mon Sauveur,
Et protégé par sa faveur,
Je ne crains plus que rien m’offense.
5. C’est à Dieu que j’ai mon recours;
Il est ma gloire et mon secours,
La force qui me rend tranquille.
Peuples, prenez-le pour appui;
Répandez vos cœurs devant lui;
Dieu seul fut toujours notre asile.
6. Les hommes mortels ne sont rien;
Les plus grands même, avec leur bien,
N’ont qu’un faux éclat qu’on adore;
Qui l’homme et le rien pèserait,
Par cette épreuve il trouverait
Que l’homme est plus léger encore.
7. N’appuyez jamais vos desseins
Sur des moyens mauvais ou vains,
Fuyez les espérances folles;
Méprisez l’or et les honneurs,
Et n’attachez jamais vos cœurs
À des biens trompeurs et frivoles.
8. Le Seigneur dont j’entends la voix,
A prononcé plus d’une fois,
Qu’en sa main seule est la puissance;
Et nous savons, Dieu juste et doux,
Qu’enfin tu nous donnes à tous,
Et la peine et la récompense.
PSAUME 104
1. Il faut, mon âme, il faut avec ardeur,
De l’Éternel célébrer la grandeur.
Dieu tout-puissant, seul digne de mémoire,
Je te contemple environné de gloire,
Ceint de lumière, et paré richement
De ta splendeur, comme d’un vêtement,
Pour pavillon à ta Majesté sainte,
Ta main forma des cieux la vaste enceinte.
2. Ton haut palais est d’eaux tout lambrisse;
Pour toi, la nue est un char exhaussé;
Les vents ailés, lorsque tu te promènes,
Pour te porter redoublent leurs haleines.
Et de ces vents, aussi forts que légers,
Quand il te plaît, tu fais tes messagers.
Les feux brûlants sont prêts à ton service,
Lorsque tu veux exercer ta justice.
3. Tu fis la terre, et l’assis fermement;
Son propre poids lui sert de fondement;
Rien ne l’ébranle, et nous la voyons être
Telle aujourd’hui qu’au jour qui la vit naître.
Auparavant, d’un grand abîme d’eau
Tu la couvrais comme d’un noir manteau;
Tes eaux flottaient encore sur les montagnes,
Comme elles font dans les basses campagnes.
4. Mais d’un seul mot qu’il te plut proférer,
Toutes soudain tu les fis retirer;
Ta forte voix, qui forme le tonnerre,
Avec frayeur leur fit quitter la terre,
Alors on vit mille monts se hausser,
Mille vallons à leurs pieds s’abaisser;
Tous se plaçant avec obéissance,
Aux mêmes lieux qu’ordonna ta puissance.
PAUSE 1
5. La mer, alors, sous te yeux se forma,
Et dans ses bords toute se renferma;
N’osant franchir les bornes éternelles,
Qui de ses flots sont les gardes fidèles.
Entre les monts tu fis sortir les eaux;
Tu fis partout couler mille ruisseaux,
Qui descendant des plus hautes collines,
Vont réjouir les campagnes voisines.
6. Les animaux y vont chercher le frais,
Et dans leur soif y boivent à long traits;
Tous à l’envi, même l’âne sauvage,
Courent en foule à ce commun breuvage.
Le long des bords de ces ruisseaux courants,
On voit voler mille oiseaux différents,
Qui se posant sous le sombre feuillage,
Font tour à tour entendre leur ramage.
7. Du haut des cieux, les monts, sans art humain,
Sont largement arrosés de ta main;
Et des doux fruits de ton travail, sans peine,
Toute la terre heureusement est pleine.
Elle soutient l’homme et les animaux;
Elle produit l’herbe pour les chevaux;
Les blés, la vigne, et toute autre verdure,
Pour le plaisir, ou pour la nourriture.
8. Le pain, qui fait la force et la vigueur,
Le vin, qui sert à réjouir le cœur,
Viennent de toi; l’huile aussi, dont l’usage
Rend la fraîcheur et la joie au visage.
C’est par tes soins que, malgré les hivers,
On voit s’étendre et monter dans les airs
Les cèdres hauts que ta bonté suprême,
Sur le Liban, a plantés elle-même.
9. Là, sous l’abri des plus épais rameaux,
Cachent leurs nids mille petits oiseaux;
Pendant qu’on voit la cigogne tranquille
Sur les sapins se choisir un asile.
C’est vers les monts que le chevreuil s’enfuit,
Pour s’éloigner du chasseur qui le suit;
Et le lapin que la peur accompagne,
Dans les lieux creux se sauve à la campagne.
PAUSE 2
10. Tu fis la lune, et tu règles son cours,
Pour nous marquer, et les mois, et les jours;
Et le soleil, au moment qu’il se lève,
Sait où le soir sa carrière s’achève.
Tu couvres l’air d’un voile ténébreux
Qui de la nuit rend le visage affreux;
Et c’est alors que les bêtes sauvages,
Sortant des bois, cherchent les pâturages.
11. Le lionceau, dans son besoin pressant,
Après la proie en fureur rugissant,
Crie au Seigneur, auteur de la nature,
Et par ses cris demande sa pâture.
Puis le soleil nous ramenant le jour,
Tigres, lions, rentrent dans leur séjour;
Cachés alors dans leur demeure sombre,
Ils trouvent tous, et le repos, et l’ombre.
12. L’homme, à son tour, se montre, et sans danger
À son travail on le voit se ranger;
Chacun s’empresse, et sa tâche étant faite,
Chacun le soir va chercher sa retraite.
Grand Dieu, combien, dans ce vaste univers,
Sont merveilleux tes ouvrages divers!
Tu les fis tous avec ordre et sagesse,
Et tu bénis la terre avec largesse.
13. Mais qui pourrait décrire dignement
La vaste mer, et son flot écumant,
Tout ce qui vit, qui nage dans son onde,
Tant de poissons dont elle est si féconde?
Là, jour et nuit, voguent mille vaisseaux;
Là, tu formas le grand monstre des eaux,
L’effroi des yeux, cette énorme baleine,
Qui sur la vague à son gré se promène.
PAUSE 3
14. Partout, Seigneur, à ton divin secours,
Les animaux sans cesse ont leur recours.
Chacun attend, dans son besoin extrême,
D’être nourri par ta bonté suprême;
Tu leur répands tes biens du haut des cieux;
Et tous, en foule, y courent en tous lieux;
C’est par tes soins et par ta providence,
Qu’ils ont, pour vivre, une heureuse abondance.
15. Que si ta main seulement se retient,
Si tu reprends l’esprit qui les soutient,
Soudain, Seigneur, on les voit se dissoudre,
Et défaillir, et retourner en poudre;
Mais ton courroux venant à se calmer,
Si ton esprit daigne les ranimer,
On les voit prendre une face nouvelle,
Toute la terre alors se renouvelle.
16. Béni soit donc le saint nom du Seigneur;
Que tout conspire à vanter son honneur;
Et qu’à jamais ses yeux daignent se plaire
Aux grands objets que sa main a su faire.
C’est lui qui peut, d’un regard seulement,
Faire trembler tout ce bas élément;
Et qui, s’il donne aux monts la moindre atteinte,
Les fait fumer, les fait fondre de crainte.
17. Pour moi, sans fin, tandis que je vivrai,
À haute voix je le célébrerai;
Et chaque jour, par de nouveaux cantiques,
Je publierai ses œuvres magnifiques.
Dieu voit des cieux mes pieuses leçons,
Il prend plaisir à mes saintes chansons;
Retirez-vous, douleurs, soucis, tristesse;
Je veux en lui me réjouir sans cesse.
18. Tous les méchants, dans leur crime obstinés,
Seront un jour enfin exterminés;
Mais toi, mon cœur, bénis le Roi du monde;
Et qu’à ma voix tout l’univers réponde.
PSAUME 105
1. Venez, et du Seigneur, sans cesse,
Louez la force et la sagesse;
Que son grand nom, partout semé,
Soit aussi partout réclamé;
Qu’on fasse éclater, en tous lieux,
Le bruit de ses faits glorieux.
2. Qu’on s’assemble, qu’on psalmodie,
Qu’on le loue avec mélodie;
Que tout fidèle qui le craint,
Chante et triomphe en son nom saint;
Qu’enfin tout cœur reconnaissant
Soit joyeux, en le bénissant.
3. Que chacun cherche sa présence;
Qu’on vante sa magnificence;
Que ses hauts faits soient admirés,
Et ses oracles révérés.
Qu’on célèbre ses jugements,
Et qu’on craigne ses châtiments.
4. Vous, Israël, race immortelle
D’Abraham, son sujet fidèle;
De Jacob la postérité,
Son peuple élu par sa bonté,
Souvenez-vous que notre Dieu
Est le seul qui règne en tout lieu.
PAUSE 1
5. Ce Dieu, dont la grâce est immense,
Se souvient de son alliance;
Il la fit selon ses souhaits,
Pour la conserver à jamais;
Avec Abraham il traita
Les articles qu’il arrêta.
6. Pour Isaac elle fut jurée;
Depuis à Jacob assurée;
Ainsi l’on peut dire qu’elle est
Un ferme, un éternel arrêt,
Un traité saint et solennel
Du Seigneur avec Israël.
7. Je veux, dit-il, que d’âge en âge,
Canaan soit ton héritage;
Quoique faibles, quoiqu’étrangers,
Tes enfants, malgré les dangers,
Auront ce partage assuré,
Que ma main leur a préparé.
8. D’un pays à l’autre ils passèrent,
Divers climats ils traversèrent;
Et Dieu, qui les guidait toujours,
Les conserva par son secours.
Même, à cause d’eux quelquefois,
Il châtia de puissants rois.
PAUSE 2
9. Respectez, dit-il, mes prophètes,
Mes oints, mes sacrés interprètes.
Partout, il fit venir la faim,
Partout, on vit manquer le pain;
Mais aux siens sa bonté pourvut
D’un précurseur, qu’il leur élut.
10. C’est Joseph qu’une injuste rage
Vendit, et mit en esclavage;
Captif dans ses plus jeunes ans,
Chargé de fers durs et pesants;
Jusqu’au temps qu’il fut reconnu
Pour prophète, du ciel venu.
11. Quand la divine Providence
Eut éprouvé sa patience,
Le prince des Égyptiens
Envoya rompre ses liens;
Cet esclave de Dieu chéri
Devint du roi le favori.
12. De serviteur il le fit maître;
Pour tel il le fit reconnaître;
Et ses sujets, grands et petits,
Lui furent tous assujettis;
Seul il donnait instruction
Aux sages de la nation.
PAUSE 3
13. Alors Jacob fit son entrée
En Égypte, et dans la contrée
Que Cam à ses fils partagea.
C’est là qu’Israël se logea,
Et s’accrut si fort en bonheur,
Que l’Égypte même en eut peur.
14. Le temps vint, que Dieu juste et sage
Permit que d’une aveugle rage
L’Égyptien fût animé,
Contre Israël son bien-aimé,
Qu’il l’accablât de durs travaux,
Et lui fit souffrir mille maux.
15. Mais, pour punir cette entreprise,
Il envoie Aaron en Moïse;
Et ces deux zélés serviteurs,
Sur les cruels persécuteurs,
Par cent prodiges firent voir
L’effet d’un céleste pouvoir.
16. Dieu couvrit l’air d’épaisses ombres,
Plus que dans les nuits les plus sombres;
Moïse, au nom du Tout-Puissant,
Parle, et tout est obéissant.
En sang il change les ruisseaux;
Les poissons meurent dans les eaux.
PAUSE 4
17. Du sein du fleuve Dieu fit naître
Des grenouilles qu’on vit paraître,
Jusque dans les palais des rois.
Il dit, et soudain, à sa voix,
Par essaims on voit dans les airs,
Voler des moucherons divers.
18. Au lieu de pluie on voit la grêle,
Avec la foudre pêle-mêle,
Abattre vignes et figuiers,
Et leurs autres arbres fruitiers,
Les sauterelles, par monceaux,
Leur font mille dégâts nouveaux.
19. Leur herbe partout est rongée,
Et leur campagne ravagée;
Dans leurs maisons les premiers-nés;
Sont par un ange exterminés;
Rien n’échappe, tout fut détruit
Dans l’horreur d’une seule nuit.
20. De l’Égypte alors toute en larmes,
Les Hébreux sains et sans alarmes,
Sortent chargés de ses trésors,
Pendant qu’elle pleure ses morts.
Sa frayeur la fit consentir,
Sans regret, à les voir partir.
PAUSE 5
21. Pour leur couverture, une nue
De jour fut dans l’air étendue;
Par un feu qui luisait la nuit
Tout ce grand peuple fut conduit;
Et lorsqu’il voulut de la chair,
Il leur plut des oiseaux de l’air.
22. Dieu les nourrit d’un pain céleste,
Et quand, par une soif funeste,
Ils eurent des tourments nouveaux,
Du roc il fit sourdre les eaux;
Car il lui souvint du traité,
Avec Abraham arrêté.
23. Ainsi, tiré de l’esclavage,
Son peuple eut encore l’avantage,
Qu’après divers peuples défaits,
Il jouit d’une douce paix.
Enrichi des possessions
Et du travail des nations.
24. Mais il ne leur fit tant de grâces,
Qu’afin que suivant d’autres traces,
Et moins endurcis qu’autrefois,
Ils obéissent à sa voix.
Nous aussi, d’un vœu solennel,
Servons et louons l’Éternel.
PSAUME 106
1. Louez Dieu; louez sa bonté,
Dont le cours n’est point limité.
Mais qui tous ses exploits étranges
Pourrait ici représenter?
Qui pourrait toutes ses louanges
Assez dignement réciter?
2. Heureux, Seigneur, qui sous ta loi
Sait toujours marcher devant toi!
Mon Dieu, qu’enfin il te souvienne,
Que tu me mis au rang des tiens.
Mon Dieu, que ta main me soutienne,
Comme tes élus tu soutiens.
3. Fais que, par un succès heureux,
J’éprouve ta grâce avec eux;
Et, qu’entrant moi-même en partage
Des biens dont tu les fais jouir,
Du bonheur de ton héritage
Mon cœur puisse se réjouir.
PAUSE 1
4. Nous avons, nos pères et nous,
Attiré ton juste courroux,
Par le mépris de tes oracles;
Même nos pères malheureux
Furent peu touchés des miracles,
Qu’en Égypte tu fis pour eux.
5. Ingrats à de si grands bienfaits,
Leurs cœurs n’y pensèrent jamais.
La Mer Rouge les vit rebelles;
Mais Dieu, toujours puissant et bon,
Sauva leurs troupes criminelles,
Pour la gloire de son grand nom.
6. Il parle, et la mer qui l’entend,
S’ouvre, et leur montre au même instant,
À travers ses gouffres horribles,
Un chemin sûr, qui les conduit
À pied sec, loin des coups terribles
Du fier tyran qui les poursuit.
7. Dieu les garantit de l’effort
D’un ennemi cruel et fort,
Sur qui tous les flots retournèrent.
Ses chars avec lui submergés,
Nos aïeux sur les bords chantèrent
Le bras qui les avait vengés.
PAUSE 2
8. Mais, par un oubli criminel
Des merveilles de l’Éternel.
Ils rentrèrent en défiance;
Et, par leurs vains désirs surpris,
Ils parlèrent de sa puissance
Avec un insolent mépris.
9. Leur cri pourtant fut écouté,
Dieu remplit leur avidité;
Mille et mille en langueur moururent.
De Moïse enviant l’honneur,
Tous au camp contre lui s’émurent,
Et contre Aaron, l’oint du Seigneur.
10. La terre s’ouvrit sous Dathan;
La terre couvrit Abiram;
Des flammes à leur camp se prirent;
Le feu plusieurs en dévora;
Les autres un veau d’or fondirent,
Qu’en Horeb le peuple adora.
11. Ainsi fut changé le Seigneur,
Jadis leur gloire et leur bonheur,
En l’image d’un bœuf qui broute;
Lui-même, et ses faits publiés,
Et dans l’Égypte, et sur leur route,
Furent aussitôt oubliés.
PAUSE 3
12. Ils n’écoutèrent plus ses lois;
Ils méprisèrent les exploits,
Que Cam et la Mer Rouge même,
Avaient vu faire en leur faveur;
Aussi sa patience extrême
Se tourna contre eux en fureur.
13. Moïse, en ce terrible assaut,
Arrêta le bras du Très-Haut,
Pria, gémit en sa présence;
Et cette fois sut détourner
Les coups d’une horrible vengeance,
Qui les allait exterminer.
14. Dégoûtés de ce beau pays
Que leur Dieu leur avait promis,
Ils doutèrent de sa promesse;
Et murmurant cent et cent fois,
Loin de suivre sa sainte adresse,
Ils firent les sourds à sa voix.
15. Ce fut alors que l’Éternel
Leur fit ce serment solennel,
Qu’errants, bannis loin de sa face,
Ils languiraient dans les déserts;
Qu’après eux, on verrait leur race,
Le jouet des peuples divers.
PAUSE 4
16. Cependant, ces méchants encore
Firent des vœux à Ba’l-Péhor,
Mangèrent des morts les offrandes;
Et Dieu, plein d’indignation,
Punit par des peines plus grandes,
Leur aveugle dévotion.
17. Animé d’une sainte ardeur,
Phinées, en vengeant le Seigneur,
Fit cesser sa juste colère;
Ce coup fut du ciel avoué,
Et juste autant qu’il fut sévère,
Il en sera toujours loué.
18. À Mériba, Dieu, méprisé,
D’un nouveau courroux embrasé,
N’épargna pas même Moïse,
Lorsqu’aigri d’un si long tourment
Il douta de son entreprise,
Et parla trop légèrement.
PAUSE5
19. Les peuples de Dieu condamné,
Loin d’être tous exterminés,
Les firent tomber dans le piège;
Ils encensèrent les faux dieux;
Et, par un culte sacrilège,
Firent mille actes furieux.
20. On vit les pères inhumains
Immoler, de leurs propres mains,
Aux démons leurs fils et leurs filles,
Et faire du sang innocent
De leurs déplorables familles,
À leurs idoles un présent.
21. Ainsi fut souillé leur pays
Par tant de meurtres inouïs;
Ainsi, dans ce culte damnable,
Le peuple au crime abandonné,
Par cette révolte exécrable
Du vrai Dieu s’était détourné.
22. Aussi son courroux s’alluma,
Et contre eux si fort s’enflamma,
Qu’il rejeta son héritage;
Et depuis, parmi les Gentils,
Sous un long et rude esclavage,
Sa main les tint assujettis.
PAUSE 6
23. Ils se virent longtemps soumis
Au pouvoir de leurs ennemis;
Et souvent Dieu brisa leurs chaînes;
Mais toujours au mal obstinés,
Toujours à de nouvelles peines
Ils se trouvèrent condamnés.
24. Enfin, dans leur affliction,
Dieu, touché de compassion,
Se souvint de son alliance;
Et voulut bien se repentir
Des maux que sa juste vengeance,
Si longtemps leur faisait sentir.
25. Pour eux, il adoucit les cœur
De leurs cruels persécuteurs.
Grand Dieu, veuille par ta clémence
Rassembler ton peuple écarté;
Et fais que libre en ta présence,
Il loue encore ta bonté.
26. Dès ce jour, au Dieu d’Israël
Vouons un culte solennel;
Célébrons sa gloire sans cesse.
Que chacun chante à son honneur,
Avec une sainte allégresse;
Loué soit le nom du Seigneur.
PSAUME 107
1.Qu’en tout temps on bénisse
Dieu qu’on voit si clément,
Car sa bonté propice
Dure éternellement.
Que ceux qu’il a tirés
D’une rude souffrance,
Se voyant délivrés,
Vantent sa grâce immense.
2. C’est lui qui les ramasse
D’orient, d’occident,
Du nord rempli de glace,
Et du midi brûlant.
S’ils vont dans le désert
Aride et sans culture,
N’ayant point de couvert,
Errants à l’aventure;
3. Si la faim les tourmente
Par son âpre rigueur,
Ou si la soif ardente
Consume leur vigueur;
Pourvu qu’en ce besoin
Leurs vœux à Dieu s’adressent,
Il éloigne avec soin
Tous les maux qui les pressent.
4. Par les routes fidèles
Qu’il leur a fait trouver,
Aux villes les plus belles
On les voit arriver,
Qu’ils aillent donc chantant
Ses divines merveilles,
Et partout racontant
Ses bontés sans pareilles.
PAUSE 1
5. Le pauvre il rassasie,
Qui de faim languissait;
Il ranime la vie,
Qui de soif périssait.
Ceux qui sont enchaînés
Dans les prisons obscures,
Près d’être abandonnés
Aux peines les plus dures;
6. Qui par un vain caprice,
Ont méprisé sa voix,
Ou qui, par leur malice,
Ont violé ses lois;
Quand leurs maux redoublés
Abattent leur courage,
Et qu’ils sont accablés,
Sans qu’aucun les soulage;
7. Au fort de leur misère
Implorant le Seigneur,
Il calme sa colère,
Et leur rend sa faveur;
Il vient les retirer
De leurs mortelles peines;
Il vient les délivrer
De leurs pesantes chaînes.
8. Que par reconnaissance,
En pleine liberté,
Ils chantent sa puissance,
Et sa grande bonté.
Il ouvre de sa main
Les prisons les plus fortes,
Rompt le fer et l’airain
Des grilles et des portes.
9. Ceux qui sont à leurs vices
Follement attachés,
qui souffrent les supplices
Qu’attiraient leurs péchés,
Malades, en danger
De perdre la lumière,
Abhorrant le manger,
Près de l’heure dernière;
10. Qu’au Seigneur ils présentent
Une ardente oraison,
Les maux qui les tourmentent
Auront leur guérison;
Et les jours et les nuits,
Lui-même il les console;
Il calme leurs ennuis
D’une seule parole.
11. Qu’ainsi donc on les voie,
Rétablis en santé,
Célébrer avec joie
Sa divine bonté;
Qu’ils offrent au Seigneur
Leur vie en sacrifice,
Vouant à son honneur
Leur fidèle service.
PAUSE 2
12. Ceux qui pour des voyages
Montent sur les vaisseaux,
Qui malgré les orages,
Trafiquent sur les eaux;
Ceux-là savent de Dieu
Les œuvres merveilleuses,
Quand ils sont au milieu
Des vagues périlleuses.
13. Les vents, dès qu’il l’ordonne,
Font soulever les flots,
Et leur fureur étonne
Les hardis matelots.
Le vaisseau monte aux cieux;
Il retombe aux abîmes,
Alors les vicieux
Se reprochent leurs crimes.
14. À la crainte ils se livrent;
On les voit chancelants,
Tels que ceux qui s’enivrent,
Et qui perdent le sens,
Mais si, dans ce danger,
Ils font à Dieu leur plainte,
Dieu vient les dégager,
Et fait cesser leur crainte;
15. Il impose silence
À ces vents irrités,
Calme la violence
De ces flots agités.
L’orage retiré,
La peur cède à la joie,
Quand au port désiré
Le Seigneur les envoie.
16. Alors sur le rivage,
En toute sûreté,
Ils lui rendent hommage,
Et chantent sa bonté;
Au peuple curieux,
Au conseil de plus sages,
Du Monarque des cieux
Ils vantent les ouvrages.
17. Des eaux les plus profondes,
Il découvre le lit,
Et des sources fécondes
Le cours il divertit.
Pour punir les méchants,
Il renverse leurs villes;
Et des fertiles champs,
Fait des sables stériles.
18. Dans les arides plaines,
Il fait sourdre les eaux;
Y forme des fontaines,
Et des fleuves nouveaux,
Là même on voit venir
Des troupes affamées,
Qui, pour s’y maintenir,
Font des villes fermées.
19. Les champs, par leur culture,
Paraissent se hâter
De rendre avec usure
De quoi les contenter.
Dieu bénit leur travail;
Et sa grâce abondante
Fait croître leur bétail,
Et leur richesse augmente.
20. Mais, lorsque sa colère
Vient frapper le pécheur,
On voit que la misère
Suit de près son bonheur.
Il abat les plus grands,
Les chasse, et les envoie
Errer à travers champs,
Et sans guide, et sans voie.
21. Les pauvres il délivre
De leur pressant ennui,
Les garde, et les fait vivre
Comme un troupeau sous lui.
À louer ses hauts faits,
Que le sage se plaise;
Que confus à jamais
L’incrédule se taise.
22. Que le juste, sans cesse,
Médite dans sons cœur
La bonté, la sagesse
De leur divin auteur.
PSAUME 108
1. Mon cœur est tout prêt, ô mon Dieu,
Mon cœur est tout prêt, en ce lieu,
À te louer tout à la fois,
Et de la main, et de la voix.
Ma harpe donc réveille-toi;
Ma lyre aussi, seconde-moi;
C’est devant Dieu qu’il faut paraître,
Dès que le jour commence à naître.
2. Je veux te célébrer, Seigneur;
Je veux chanter à ton honneur,
Et du bruit de tes actions
Remplir toutes les nations.
Car ton éternelle bonté,
Plus haut que les cieux a monté;
Et ta fidélité connue
S’élève jusque sur la nue.
3. Grand Dieu, fais que du haut des cieux
Ta gloire se montre à nos yeux,
Et, pour nous mettre hors d’effroi,
Tends-nous la main, exauce-moi.
Mais quoi! déjà tu m’as ouï,
Et de ton saint lieu réjoui;
Sichem sera de mon domaine;
Succoth va m’obéir sans peine.
PAUSE
4. Galaad, aussi sous ma loi,
N’a plus d’autre maître que moi;
Et c’est pour moi que Manassé
Avait un grand peuple amassé.
Éphraïm, encore plus que lui,
Sera ma force et mon appui,
De Juda viendra l’ordonnance,
Qui doit maintenir ma puissance.
5. Toi, Moab, malgré ta fierté,
Tu verras ton orgueil dompté,
Et tes princes humiliés,
À genoux me laver les pieds.
Les fils d’Édom seront sujets
Aux services les plus abjects.
Le Philistin perdra sa gloire,
Et j’aurai sur lui la victoire.
6. Mais qui pourra m’ouvrir ces lieux?
Dont les tours menacent les cieux?
Qui dans Édom m’introduira?
Et quel guide m’y conduira?
Ne sera-ce pas toi, Seigneur,
Toi qui, retirant ta faveur,
Dans le plus fort de nos alarmes
Cessais d’accompagner nos armes?
7. Dieu tout-puissant, qui vois nos maux,
Assiste-nous dans nos travaux;
Celui qui sur le bras humain
Se repose, le fait en vain.
Élevons tous à Dieu nos cœur,
Lui seul peut nous rendre vainqueurs;
Il nous donnera l’avantage
Sur l’ennemi qui nous outrage.
PSAUME 109
1. Mon Dieu, ma force, et ma défense,
Ne te tiens plus dans le silence.
Tu connais la langue traîtresse,
Qui me persécute sans cesse;
Tu connais la bouche qui ment,
Et qui m’accuse faussement.
2. Leur malice cherche à me nuire;
Sans cause, ils voudraient me détruire,
Payant mon amitié fidèle
D’une envie injuste et cruelle;
Mais la prière fut toujours
Le remède où j’eus mon recours.
3. Le méchant qui cause ma peine,
Pour l’amour, m’a rendu la haine.
Seigneur, par ta juste vengeance,
Il tombera sous la puissance
D’un adversaire furieux,
Et sera toujours sous ses yeux.
4. Quand il ira devant son juge,
Au lieu d’y trouver un refuge,
Sa défense inutile et vaine
Ne fera qu’aggraver sa peine;
Il mourra jeune et plein d’effroi,
Un autre prendra son emploi.
5. Ses fils laissés dans le bas âge,
Sa femme pauvre en son veuvage,
Pressés d’une triste indigence,
Languiront tous dans la souffrance,
Et leur misérable maison
Sera vide en toute saison.
6. Un étranger, par son usure,
Enlèvera leur nourriture;
Et personne dans leur misère
Ne plaindra leur douleur amère;
Pour ces orphelins l’amitié
N’agira plus, ni la pitié.
PAUSE 1
7. Après sa mort, sa race impie
Dans peu de temps sera finie,
Et jusqu’à la trace détruite;
Dieu punira la longue suite
De tous les énormes péchés,
Dont ses pères furent tachés.
8. Les iniquités de sa mère
Trouveront un juge sévère;
Ces injustices si criantes
À Dieu seront toujours présentes;
Son nom qu’il croit bien établi
Sera pour toujours dans l’oubli.
9. Car loin de donner assistance
À l’affligé dans sa souffrance,
Sitôt qu’il le voit misérable,
De nouveaux malheurs il l’accable;
Et lui faisant la guerre à tort,
Il le poursuit jusqu’à la mort.
10. Le bien d’autrui fait son martyre,
Il rit quand son prochain soupire;
Mais Dieu, pour punir sa malice,
Lui prépare un rude supplice;
Mille et mille calamités
Le presseront de tous côtés.
11. Dieu, dont la colère s’allume,
Veut qu’il ne boive qu’amertume,
Que jusque dans les os il sente
La douleur la plus pénétrante,
Et que le mal soit constamment
Sa ceinture et son vêtement.
12. Tel sera le juste salaire,
Que Dieu garde à mon adversaire,
Au méchant dont la haine ouverte,
Sans cause, a conspiré ma perte.
Viens donc, Seigneur, approche-toi;
Et pour ta gloire, sauve-moi.
PAUSE 2
13. Éternel, sois-moi favorable;
Reçois les vœux d’un misérable
Qui, succombant dans sa détresse,
Languit et soupire sans cesse;
Qui passe, et qui se sent déchoir,
Ainsi qu’une ombre sur le soir.
14. Toujours comme une sauterelle,
Je cherche une place nouvelle;
Le jeûne, et les maux qui m’agitent,
Font qu’enfin mes forces me quittent.
Mon corps, jadis robuste et fort,
N’a plus que les traits de la mort.
15. Même dans mes peines si dures,
Ces cruels me chargent d’injures;
Et par mépris, ou par colère,
Ils insultent à ma misère.
Mon Dieu, montre-moi ta faveur,
Et déclare-toi mon Sauveur.
16. Seigneur, veuille faire connaître
Que ta main, qui m’a donné l’être,
Est la même dont l’assistance
Me donne aussi ma délivrance.
Mon ennemi me maudira;
Mais le Seigneur me bénira.
17. Ils s’élèvent avec audace;
Mais ta colère les menace,
Et, pour le repos de ma vie,
Va les couvrir d’ignominie,
Comme d’un long manteau de deuil,
Jusqu’à ce qu’ils soient au cercueil.
18. Ma bouche aussi, par ses cantiques,
Toujours dans nos fêtes publiques,
Fera résonner ta clémence;
Chacun saura que ta puissance
Sauve l’innocent de l’effort
Des méchants, qui cherchent sa mort.
PSAUME 110
1. À mon Seigneur, l’Éternel dit lui-même,
Viens à ma droite t’y asseoir désormais;
Et je mettrai, par mon pouvoir suprême,
Tes ennemis sous tes pieds pour jamais.
2. Ton sceptre fort, ton florissant empire,
Va, de Sion, s’étendre en mille lieux;
Le Tout-Puissant l’ordonne, il vient te dire,
Règne au milieu de tous tes envieux.
3. Ton peuple saint, ta jeunesse empressée,
Honorera ton triomphe éclatant,
Couvrant la terre, ainsi que la rosée,
Que de son sein l’aube du jour répand.
4. Il l’a juré, ce Dieu sous qui tout tremble;
Et son serment ne peut être suspect;
C’est qu’à jamais tu seras, tout ensemble,
Grand prêtre et roi, tel que Melchisédec.
5. À tes côtes, ce même Dieu, ton Père,
Secondera tes belliqueux exploits;
Et sa puissance, au jour de sa colère,
Renversera les princes et les rois.
6. Des nations son bras fera justice;
Et des corps morts les champs seront couverts;
Il détruira, par un dernier supplice,
Le fier tyran de cent peuples divers.
7. Il poursuivra l’ennemi dans la plaine;
Sans s’arrêter, du torrent il boira;
Et remportant une victoire pleine,
La tête haute, enfin il marchera.
PSAUME 111
1. De tout mon cœur, dans tous les lieux,
Où les hommes droits et pieux
Forment leurs saintes assemblées,
Je rendrai mes vœux Seigneur,
Je célébrerai son honneur
Par mille chansons redoublées.
2. Qu’ils sont grands, ô Dieu, tes projets!
Qu’ils sont merveilleux, tes hauts faits!
Que l’étude en est agréable!
Partout brille ta majesté,
Et pour nous, Seigneur, ta bonté
Est un trésor inépuisable.
3. Par des miracles glorieux,
Son bras puissant, devant nos yeux,
A fait éclater sa clémence.
Sa faveur les justes soutient;
Et, pour Jacob, il se souvient
De son éternelle alliance.
PAUSE
4. C’est ce qu’à son peuple il fit voir,
En lui donnant par son pouvoir
Des autres peuples l’héritage.
Partout brille sa vérité;
Et partout sa fidélité
Se fait connaître d’âge en âge.
5. Les saints règlements qu’il a faits,
Ont été fondés pour jamais,
Sur l’équité, sur la clémence.
Il a son peuple délivré,
Et jadis avec lui juré
Une inviolable alliance.
6. Craindre son nom terrible et saint,
Garder ses lois d’un cœur non feint,
C’est l’abrégé de la sagesse,
Heureux l’homme qui vit ainsi!
Il peut bien s’assurer aussi,
Qu’il en sera loué sans cesse.
PSAUME 112
1. Heureux qui révère avec crainte,
Du Seigneur la majesté sainte,
Et qui suit sa loi salutaire!
Sa famille sera puissante;
Dieu rendra toujours florissante
La maison qui cherche à lui plaire.
2. Sa postérité vertueuse
Sera toujours riche et nombreuse,
Et sa félicité durable;
Dieu, dans la nuit la plus obscure,
Lui montre sa lumière pure,
Le voyant juste et charitable.
3. L’homme de bien, et donne et prête,
Il est sincère en ce qu’il traite,
Sa conduite n’est point douteuse;
Et de celui qui fuit le vice,
Et qui n’aime que la justice,
La mémoire est toujours heureuse.
4. Jamais une attente incertaine
Ne tint son esprit à la gêne,
Car en Dieu seul il se confie;
Et tranquille en sa conscience,
Il attend sans impatience,
Que Dieu ses ennemis châtie.
5. Ses biens largement il dispense
À ceux qui sont dans l’indigence;
Jamais sa vertu ne se trouble;
Et si de l’abattre on s’efforce,
On sent à la fin que sa force
Dans les maux même se redouble.
6. Les méchants d’un œil plein d’envie,
Voyant la gloire de sa vie,
En grincent les dents de colère;
Et, trompés par leur injustice,
Ils n’ont pour fruit de leur malice,
Que confusion, que misère.
PSAUME 113
1.Vous qui servez le Dieu des cieux,
Célébrez son nom glorieux,
Prêchez sa force et sa sagesse;
Unis par un vœu solennel,
Louez le nom de l’Éternel,
Et dans ce moment, et sans cesse.
2. D’un bout du monde à l’autre bout,
Son nom se montre grand partout,
Digne d’éternelle mémoire.
Il s’élève au-dessus des cieux,
Sa vertu s’étend en tous lieux,
Et partout résonne sa gloire.
3. Quel Dieu ressemble à notre Dieu,
Qui, tranquille dans ce haut lieu
D’où sa voix forme le tonnerre,
Veut bien ses regards abaisser,
Et toujours bon, daigne penser
À ce qui se fait sur la terre.
4. Le juste qu’il voit afflige,
Le pauvre, qu’il voit négligé,
Il le retire de la boue;
Le comble de biens et d’honneurs,
Et le met au rang des Seigneurs
De la nation qu’il avoue.
5. Quand il lui plaît, par sa bonté,
Il donne la fécondité
À la femme qui fut stérile;
Et lui fait la grâce de voir
Qu’elle devient, par son pouvoir,
En enfants heureuse et fertile.
PSAUME 115
1. À ton nom saint, à ta bonté, Seigneur,
Et non à nous en sera dû l’honneur;
Dégage ta promesse.
Quoi! disait-on de toi-même, et de nous,
Où se tient-il, ce Dieu fort en jaloux,
Qu’ils invoquent sans cesse?
2. Oui, notre Dieu réside dans les cieux,
D’où, comme il veut, il régit ces bas lieux;
Nous fait ce que nous sommes;
Mais ces faux dieux, ces dieux d’or et d’argent,
Que les Gentils servent aveuglement,
Ne sont qu’ouvrages d’hommes.
3. Ils ont des yeux, et ne peuvent rien voir;
Leur bouche est close, et ne peut se mouvoir;
C’est une chose morte.
De leur oreille ils ne sauraient ouïr,
Ils ont un nez, mais qui ne peut jouir
D’odeur douce, ni forte.
4. Ils ont des mains, sans pouvoir rien toucher;
Ils ont des pieds, et ne sauraient marcher;
Un gosier inutile.
Tels soient, aussi, les hommes qui les font,
Ceux qui près d’eux, follement chercheront
Leur aide, leur asile.
5. Fils de Jacob, ne mettez votre espoir
Qu’au Dieu des cieux, dont le divin pouvoir
Est seul votre défense.
Maison d’Aaron, reposez-vous sur lui;
Il fut toujours notre plus ferme appui,
Vivez en assurance.
6. Reposez-vous sur son divin support,
Vous que l’on voit craindre de ce Dieu fort
La Majesté suprême.
Il a pour vous un amour paternel;
Il bénira la maison d’Israël,
Celle d’Aaron de même.
7. Les hommes saints qui servent le vrai Dieu,
Grands et petits, en tout temps, en tout lieu,
Sont l’objet de sa grâce.
Vous l’avez vu surpasser vos souhaits;
Vous le verrez répandre ses bienfaits
Sur toute votre race.
8. Ô trop heureux, vous qu’il a tant aimés!
Car ce grand Dieu les hauts cieux a formés,
Et la terre où nous sommes;
Il s’est bâti son trône dans les cieux;
Mais pour la terre, et ses biens précieux,
Il en fit don aux hommes.
9. Grand Dieu, les morts ne sauraient te prier,
Ton nom si saint ne peut se publier
Où règne le silence;
Nous, qui vivons, nous saurons te bénir,
Et faire entendre aux siècles à venir
Ta force et ta clémence.
PSAUME 116
1. J’aime mon Dieu, qui, par un prompt secours,
Montre qu’il a ma clameur entendue;
À mes soupirs son oreille est tendue;
Je veux aussi l’invoquer tous les jours.
2. Je succombais sous le poids de mes maux,
Déjà la mort me tenait dans ses chaînes;
Mon cœur souffrait les plus cruelles peines,
Quand je lui fis ma prière en ces mots;
3. Délivre-moi du péril où je suis;
Et dès lors même, il me fut favorable;
L’Éternel, dis-je, est juste et secourable,
Et toujours prompt à calmer nos ennuis.
4. Quand j’étais prêt de périr de langueur,
Il me sauva, ce Dieu que je réclame;
Retourne donc en ton repos, mon âme,
Puisqu’il te fait éprouver sa faveur.
5. Ta main puissante a détourné ma mort,
Séché mes pleurs, soutenu ma faiblesse;
Sous tes yeux donc, je veux, ô Dieu, sans cesse,
Suivre la voie où je t’eus pour support.
PAUSE
6. J’ai cru, Seigneur, c’est pourquoi j’ai parlé;
La vie, hélas! n’est qu’une ombre, qu’un songe
Tout homme est faux, il n’est rien que mensonge,
Disait mon cœur, de ses maux accablé.
7. Mais que rendrai-je à Dieu pour ses bienfaits?
Ma main prendra la coupe de louanges;
Ma voix fera, jusqu’aux climats étranges
De sa bonté retentir les effets.
8. Dès ce moment je lui rendrai mes vœux,
Devant son peuple et dans son sanctuaire;
Car de tous ceux qui cherchent à lui plaire,
Les jours lui sont et chers et précieux.
9. Enfin, grand Dieu, tu sais ce que je suis,
Ton serviteur, le fils de ta servante;
Bisant mes fers, tu passes mon attente,
Je veux, au moins, t’offrir ce que je puis.
10. Brûlant de zèle, et soumis, à tes lois,
Je veux chanter ta gloire et ta puissance;
Et devant tous, plein de reconnaissance,
Te célébrer du cœur et de la voix.
11. Dans ta maison je dirai ton honneur,
Dans ta cité, Jérusalem la sainte;
Que chacun donc, avec zèle, avec crainte,
M’aide en ce jour à louer le Seigneur.
PSAUME 117
1. Nations, louez le Seigneur;
Peuples, chantez à son honneur.
Pour nous, ses soins et son amour
Se renouvellent chaque jour;
Et sa constante vérité
Demeure à perpétuité.
PSAUME 118
1. Rendez à Dieu l’honneur suprême;
Car il est doux, il est clément,
Et sa bonté, toujours la même,
Dure perpétuellement.
Qu’Israël aujourd’hui s’accorde,
À chanter solennellement,
Que sa grande miséricorde
Dure perpétuellement.
2. Que d’Aaron la famille entière
Publie, avec ravissement,
Que sa clémence singulière
Dure perpétuellement.
Que ceux qui vivent dans sa crainte
Viennent, avec empressement,
Déclarer que sa bonté sainte
Dure perpétuellement.
3. Aussitôt que dans ma détresse,
Je recourus à sa bonté,
Sa main, me tirant de la presse,
Me mit au large, en sûreté.
Le Tout-Puissant, qui m’entend plaindre,
M’exauce au pied de son autel;
Il est mon Dieu, qu’aurais-je à craindre
De l’effort de l’homme mortel?
PAUSE 1
4. Le Tout-Puissant, que je révère,
Me tiendra ce qu’il m’a promis;
Et mes yeux verront sa colère
Fondre sur mes fiers ennemis.
Il vaut mieux avoir espérance
En l’Éternel, qu’en l’homme vain;
Il vaut mieux avoir confiance
En Dieu, qu’en nul pouvoir humain.
5. On vit leurs troupes animées
M’environner de tous côtés;
Main au nom du Dieu des armées,
Mon bras les a tous écartés.
Ils s’étaient rassemblés encore,
Cherchant à me faire mourir,
Mais au nom du Dieu que j’adore,
C’est moi qui les ai fait périr.
6. Tels qu’un épais essaim d’abeilles,
Ils fondaient sur moi, ces hautains;
Ils sont, par le Dieu des merveilles,
Comme un feu d’épines éteints.
Cruel, qui me faisais la guerre,
Tu m’avais vivement pressé;
Tu croyais me porter par terre;
Mais le Seigneur m’a redressé.
7. Le Dieu des cieux est ma puissance,
C’est le sujet, c’est le discours
De mes chants de réjouissance;
C’est de lui que vient mon secours.
Aux tentes de son peuple juste,
On loue, on chante le Dieu fort;
Chacun dit que son bras robuste
A fait un merveilleux effort.
PAUSE 2
8. De l’Éternel la main puissante
S’est signalée à cette fois;
C’est-là ce que son peuple chante,
Tout d’un cœur, et tout d’une voix.
Me voilà donc, malgré l’envie,
Des mains de la mort racheté;
Le Dieu fort m’a rendu la vie,
Je célébrerai sa bonté.
9. Il m’a plongé dans la souffrance;
Il m’a châtié rudement;
Mais soutenu par sa clémence,
Je n’ai point vu le monument.
Qu’on m’ouvre les portes si belles
Du saint temple au Seigneur voué;
Et qu’en présence des fidèles,
Son nom y soit par moi loué.
10. Ce sont les portes magnifiques
De la maison de notre Dieu;
Les justes, par de saints cantiques,
Viendront l’adorer en ce lieu;
C’est-là que, d’une ardeur nouvelle,
Tout haut je veux le célébrer,
Puisque, dans ma douleur mortelle,
Sa main a su me délivrer.
PAUSE 3
11. La pierre qu’avaient méprisée
Les conducteurs du bâtiment,
À l’angle pour jamais posée,
En fait la force et l’ornement.
C’est sans doute, une œuvre céleste,
Une œuvre du grand Dieu des cieux;
C’est un miracle manifeste,
Qu’il fait éclater à nos yeux.
12. La voici, l’heureuse journée
Qui répond à notre désir;
Louons Dieu qui nous l’a donnée,
Faisons-en tout notre plaisir.
Grand Dieu, c’est à toi que je crie;
Garde ton oint, et soutiens-le;
Grand Dieu, c’est toi seul que je prie,
Sauve ton peuple et maintiens-le.
13. Béni soit qui, cette journée,
Au nom du Seigneur vient ici.
Ô vous de sa maison sacrée,
Nous vous bénissons tous aussi.
Sur nous Dieu jette un œil propice,
Tout son peuple en est éclairé;
Liez le bœuf du sacrifice
Aux cornes de l’autel sacré.
14. Mon Dieu, c’est toi seul que j’adore;
Sans fin je dirai tes hauts faits.
Mon Dieu, c’est toi seul que j’honore;
Je veux te louer à jamais.
Rendez à Dieu l’honneur suprême,
Car il est doux, il est clément;
Et sa bonté, toujours la même,
Dure perpétuellement.
PSAUME 119
1. Heureux celui qui, par un juste choix,
S’abstient du mal, et vit dans l’innocence;
Qui, craignant Dieu, se soumet à ses lois!
Heureux celui qui, dans son alliance,
Garde avec soin ses statuts précieux,
Dont il a fait son unique science!
2. Loin de se plaire à des faits odieux,
Le juste marche, ainsi que Dieu l’ordonne,
Dans le chemin qu’il nous montra des cieux.
Tu veux, Seigneur, qu’en ce monde on s’adonne
À se former sur ton commandement,
Et que ta loi jamais on n’abandonne.
3. Mais par ta grâce, ô Dieu juste et clément,
Guide mes pas où ta voix me convie,
Sans que de toi je m’éloigne un moment.
Nul déshonneur ne troublera ma vie,
Si mon esprit, en ta voie arrêté,
De t’obéir ne perd jamais l’envie.
4. D’un cœur ouvert je dirai ta bonté,
Si tu me fais la grâce de comprendre
Te jugements toujours pleins d’équité.
C’est là le but où mon âme veut tendre;
Mais j’ai besoin, dans mon infirmité,
De ton secours, sans qu’il se fasse attendre.
PAUSE 1
5. Les jeunes gens veulent-ils s’amender?
Dans ce dessein qu’ils prennent pour adresse
Ce qu’il te plut en ta loi commander.
Pour moi, Seigneur, je te cherche sans cesse;
Mais je pourrais m’égarer aisément,
Si tes conseils n’appuyaient ma faiblesse.
6. J’ai dans mon cœur, gravé profondément
Tes ordres saints, pour ne plus te déplaire,
Et j’ai tâché de vivre saintement.
Ton nom est grand, partout on le révère,
Et sous ta main tout est humilié.
Rends-moi savant dans ta loi salutaire.
7. Ma voix, Seigneur, a toujours publié
Les jugements de ta bouche équitable,
Sans que j’en aie un seul point oublié.
Ta discipline et ta loi véritable
Ont fait ma joie et mon bien le plus cher,
Rien ici-bas ne leur est comparable.
8. À tes édits je saurai m’attacher;
Et si j’en ai la pleine connaissance,
Dans tes sentiers on me verra marcher.
On me verra les suivre avec constance,
Et rien, jamais, ne pourra m’arracher
Le souvenir de ta sainte alliance.
PAUSE 2
9. Répands tes dons sur moi, ton serviteur;
Ranime, ô Dieu, ma languissante vie;
Je garderai te lois de tout mon cœur.
Rends la lumière à ma vue affaiblie;
Sur tes édits j’attacherai mes yeux,
Pour contempler ta grandeur infinie.
10. Comme étranger je voyage en ces lieux,
Sers-moi de guide, et quelque part que j’aille,
Conduis mes pas dans le chemin des cieux.
Soir et matin mon esprit se travaille;
Et sur ta loi veillant incessamment,
Je crains qu’enfin le cœur ne me défaille.
11. Tu maudits ceux qui pèchent fièrement
Contre le culte où ta loi nous engage,
Et qui sont sourds à ton commandement.
Sauve-moi donc de la main qui m’outrage,
Et du mépris que je souffre pour toi;
Quand à toi seul on me voit rendre hommage.
12. Les grands ont ri des maux où je me vois,
Sont-ils ensemble, ils ne peuvent s’en taire,
Tandis, Seigneur, que je pense à la loi.
Mais cependant, je veux toujours m’y plaire;
C’est le conseil que je tiens près de moi,
Pour m’en servir au temps le plus contraire.
PAUSE 3
13. Je suis, hélas, sur le bord du tombeau;
Fais-moi sentir l’effet de ta promesse,
Et de mes jours rallume le flambeau.
Souvent, Seigneur, en pareille détresse,
À mes soupirs tes soins ont répondu;
Fais que ta voix m’instruise et me redresse.
14. Dès que j’aurai clairement entendu
Ta volonté que ta loi nous présente,
À t’obéir j’aurai l’esprit tendu.
Tu vois mon âme, et triste, et languissante,
Je n’en puis plus; veuille me rassurer,
Par ta parole efficace et puissante.
15. Dans cet état où je puis m’égarer,
Que ta clémence à mon secours envoie
Un feu divin, qui vienne m’éclairer.
Je veux choisir la sûre et droite voie;
Et mon esprit à tes lois attaché,
Sans plus tarder, va les suivre avec joie.
16. De les garder, avec soin j’ai tâché;
Ne permets pas, Seigneur, qu’en ta présence
Je sois confus pour t’avoir recherché.
Tu te plairas à ma persévérance,
Lorsque mon cœur, des faux biens détaché,
Aura reçu de toi sa délivrance.
PAUSE 4
17. De tes statuts, qui font tous mes souhaits,
Daigne, Seigneur, le droit chemin m’apprendre;
J’y marcherai constamment désormais.
Accorde-moi le don de les comprendre,
Et, m’efforçant à bien les retenir,
Je tâcherai de ne plus m’y méprendre.
18. Conduis mes pas, et fais-moi parvenir
Au droit sentier d’une vie innocente;
Seul il me plaît, et je veux m’y tenir.
Fléchis mon cœur par ta vertu puissante;
Qu’à te servir mes désirs soient bornés;
Et que jamais nul faux bien ne me tente.
19. Des vains objets que mes yeux détournés,
Soient attentifs à conduire ma vie
Par les conseils que tu m’auras donnés.
Sur ta parole, ô Dieu, je me confie;
Confirme-la par des succès heureux;
Et que ta main toujours me fortifie.
20. On me prépare un opprobre honteux;
Mais j’ai recours à ton trône équitable;
Ne me sois pas un juge rigoureux.
À ta promesse, à ta loi véritable,
Mon cœur s’attend, j’y borne tous mes vœux;
Fais-moi revivre, et sois-moi favorable.
PAUSE 5
21. Viens, par ta grâce où mon espoir j’ai mis,
Me retirer des dangers de ce monde;
Viens accomplir ce que tu m’as promis;
Afin qu’aussi les méchants je confonde,
Par qui je suis à toute heure insulté,
Sur ce qu’en toi tout mon espoir se fonde.
22. Qu’ainsi toujours ta ferme vérité
Soit dans ma bouche, et que je m’en souvienne;
Dans tous mes maux je m’y suis arrêté;
Que jusqu’au bout, Seigneur, je la maintienne;
Et qu’en tout temps, fidèle à mon devoir,
Ma volonté se conforme à la tienne.
23. Fais-moi sentir de tes lois le pouvoir,
Je marcherai dès lors en assurance,
Et je mettrai ma gloire à les savoir.
À haute voix, et plein de confiance,
Devant les rois, Seigneur, j’en parlerai,
Sans m’effrayer de leur vaine puissance.
24. De tout mon cœur, je me réjouirai
Dans cette loi, que tu nous as laissée;
Je la chéris, et je l’observerai.
À t’exalter j’aurai l’âme empressée;
Avec plaisir ta voix j’écouterai,
Pour te servir d’effet et de pensée.
PAUSE 6
25. Tu sais, grand Dieu, que tu me l’as promis;
À moi, Seigneur, qui, depuis ta promesse,
Espère en toi d’un cœur humble et soumis.
C’est cet espoir qui soutient ma faiblesse,
Qui me fait vivre, et me rend la vigueur,
Quand mon esprit est saisi de tristesse.
26. Les orgueilleux ont ri de ma langueur
Et blasphémé contre ton alliance;
Mais sans pouvoir en détourner mon cœur.
Je me souviens de ta juste vengeance,
Dont autrefois ils sentirent l’effet;
Ce souvenir adoucit ma souffrance.
27. Je tremble encore, pensant à leur forfait.
Leur folle humeur de ta loi s’est lassée,
Pour aggraver tout le mal qu’ils ont fait.
Mais moi, Seigneur, loin de l’avoir laissée,
Dans mon exil, dans mes plus grands ennuis,
J’ai, par mes chants, ta parole annoncée.
28. Je la médite, et les jours et les nuits,
Pensant à toi, marchant devant ta face;
Tout accablé, tout faible que je suis,
Je veux, Seigneur, soutenu par ta grâce,
Et sous tes yeux, autant que je le puis,
De tes sentiers suivre toujours la trace.
PAUSE 7
29. C’est mon partage, ai-je dit, ô Seigneur,
C’est tout mon soin de garder ta parole;
Seule elle fait ma gloire et mon bonheur.
Que ta pitié m’exauce et me console;
Tu l’as promis, et même avec serment;
Et ton serment ne peut être frivole.
30. À tous mes pas je veille incessamment;
Et par mes soins, je m’efforce à me mettre
Au droit chemin de ton commandement.
Je n’ai voulu ni tarder, ni remettre;
À tes édits mon esprit s’est rangé;
Et pour jamais est prêt à s’y soumettre.
31. Tes ennemis m’ont cent fois outragé;
Mais nonobstant leur fureur si cruelle,
Pour toi, Seigneur, mon cœur n’a point changé;
Ta loi m’enflamme, et me paraît si belle,
Que je me lève à minuit, pour chanter
De ton saint nom la louange immortelle.
32. Je prends, Seigneur, plaisir à fréquenter
Ceux dont les jours se passent dans ta crainte,
Et qui tes lois veulent exécuter.
Par ta bonté, la terre en son enceinte
Ne laisse rien à l’homme à souhaiter;
Mais je me borne à ta doctrine sainte.
PAUSE 8
33. Sur moi, Seigneur, ta main a répandu
Mille bienfaits, me tenant ta promesse;
Toujours aussi je m’y suis attendu.
Éclaire-moi, soulage ma faiblesse;
Puisque déjà je m’avance avec foi
Dans le chemin où ta bonté m’adresse.
34. Tes châtiments m’ont ramené vers toi:
Auparavant j’errais à l’aventure;
Mais aujourd’hui je vis selon ta loi.
Ô Dieu, qui vois tous les maux que j’endure,
Et qui pour moi fus toujours si clément,
Veuille m’instruire en ta doctrine pure.
35. Mes envieux m’accusent faussement;
Par leurs discours ils m’outragent sans cesse;
Mais ta loi fait tout mon attachement.
Leur cœur séduit se fond dans la mollesse;
Et moi, Seigneur, je ne puis recevoir
De vrai plaisir, qu’en ta seule sagesse.
36. Le plus grand bien que je pouvais avoir,
Ce fut le mal dont j’eus l’âme pressée;
Avant cela j’ignorais mon devoir.
D’or ou d’argent l’abondance amassée
N’égale pas le bonheur de savoir
La loi qu’aux tiens ta bouche a prononcée.
PAUSE 9
37. Tes propres mains, ô grand Dieu, m’ont formé;
Fais que ta grâce et me guide, et m’éclaire,
Et qu’en ta loi mon cœur soit confirmé.
Alors, Seigneur, celui qui te révère,
Si de ton bras je parais appuyé,
Prendra plaisir à voir que je prospère.
38. Avec raison ta main m’a châtié,
Je méritais ta sévère vengeance;
Mais ton amour ne m’a point oublié.
Viens donc, Seigneur, par ta grande clémence,
Me soutenir dans mon affliction;
C’est ta promesse, et c’est mon espérance.
39. Vois mes douleurs avec compassion,
Et je vivrai, moi qui de ta loi sainte
Ai toujours fait ma consolation.
Confonds, Seigneur, ceux qui n’ont point ta crainte;
Persécuté, j’ai mon recours à toi,
On me verra te révérer sans feinte.
40. Que tous les bons, rassemblés avec moi,
Prennent plaisir à ton divin service;
Qu’un même amour nous attache à ta loi.
Fais que toujours je t’offre en sacrifice
Une âme pure, un cœur rempli de foi;
Et qu’en t’aimant, jamais je ne rougisse.
PAUSE 10
41. J’attends, Seigneur, l’effet de ton secours;
À tant de maux ne puis-je voir l’issue?
Bientôt la mort va terminer mes jours.
Déjà lassé d’avoir en haut la vue,
J’ai dit, ô Dieu, quand auras-tu pitié
Du triste état de mon âme abattue?
42. Je suis flétri, tant je suis ennuyé,
Comme une fleur que le vent a ternie;
Mais de ta loi je n’ai rien oublié.
Quel terme enfin as-tu mis à ma vie;
Et quand ta main nous fera-t-elle voir
De ces méchants l’injustice punie?
43. Ils m’ont creusé, flattés d’un vain espoir,
Des puits profonds, par des ruses damnables,
Contre tes lois, et contre leur devoir.
Tes jugements sont toujours équitables;
Et puisqu’à tort je suis persécuté,
Fais-moi sentir tes bontés secourables.
44. Peu s’en fallut que leur malignité
N’eût le plaisir de ma ruine entière,
Sans que de toi je me sois écarté.
Rends-moi, Seigneur, ta céleste lumière;
Mon cœur alors, ravi de ta bonté,
Suivra tes lois jusqu’à l’heure dernière.
PAUSE 11
45. Dans ces hauts cieux, que tu formas jadis,
Se lit toujours visiblement gravée
La fermeté de tout ce que tu dis;
On l’a toujours d’âge en âge éprouvée.
Tu suspendis la terre dans les airs,
Où pour jamais sa place elle a trouvée.
46. Jusqu’à ce jour, par des ressorts divers,
Et sous les lois de ta sage conduite,
On voit encore subsister l’univers;
Et si mon âme aussi n’était instruite
À ne chercher qu’en ta loi son support,
C’en était fait, ma vie était détruite.
47. De tes statuts, dont je fais tout mon fort,
Avec plaisir la mémoire je garde;
Par eux ta main m’a tiré de la mort.
Je suis à toi, prends-moi donc sous ta garde,
Avec ardeur je suis ta volonté;
Et nuit, et jour, à toi seul je regarde.
48. On a souvent à ma vie attenté;
Et moi, toujours à ta pure doctrine,
De tout mon cœur, je me suis arrêté.
On ne voit rien que le temps ne ruine;
Tes ordres seuls ont de la fermeté,
Et leur vertu jamais ne se termine.
PAUSE 12
49. Ô que ta loi m’est un puissant secours!
Je la chéris d’un cœur rempli de zèle;
Je la médite et les nuits et les jours.
Elle m’éclaire; et ma conduite est telle,
Que je confonds mes plus fiers ennemis,
Parce qu’elle est ma compagne fidèle.
50. Ta grâce en moi ses plus grands dons a mis,
Et des docteurs je passe la science;
À tes statuts ayant l’esprit soumis,
Des plus âgés la longue expérience
Cède aux rayons dont tu m’as éclairé.
En m’élevant dans ta sainte alliance.
51. Des pas glissants je me suis retiré,
Et je tiendrai, si ta main me délivre,
Le droit chemin que tu m’as préparé.
Tes seuls édits sont ceux que je veux suivre;
Car, ô Seigneur, tu nous apprends par eux,
Comment l’on doit, et bien faire, et bien vivre.
52. Que ta parole est un bien précieux!
Dans sa douceur je me plais davantage
Qu’au goût du miel le plus délicieux.
Tes seuls conseils ont su me rendre sage;
Ils m’ont appris combien sont odieux
Tous les détours où le mensonge engage.
PAUSE 13
53. Ta vérité, comme un flambeau qui luit,
Me sert de guide; et sa vive lumière
Vient me montrer mon chemin dans la nuit.
Entends, Seigneur, mon ardente prière;
Je l’ai juré, je veux aimer toujours
Ta sainte loi d’un amour singulier.
54. Accorde-moi, Seigneur, un prompt secours;
Tu le promis, et je te le demande.
Je n’en puis plus; viens rassurer mes jours.
Daigne, Seigneur, recevoir mon offrande;
Je te la fais du cœur et de la voix;
Enseigne-moi ce que ta loi commande.
55. Ma triste vie est réduite aux abois,
Elle est sans cesse aux dangers exposée,
Sans que jamais j’aie oublié tes lois.
Sur mon chemin une fosse est creusée,
Mais nul péril ne peut m’épouvanter;
Et c’est ta loi qui rend ma route aisée.
56. Je l’ai choisie, et, loin de la quitter,
J’en fais mon fonds, mon plus riche héritage,
L’unique bien qui peut me contenter,
Sans que jamais mon esprit se partage.
Oui, dans tes sentiers je veux m’arrêter;
J’y veux toujours marcher avec courage.
PAUSE 14
57. Je n’eus jamais que de l’aversion
Pour le méchant, qui sans cesse t’offense;
Et ta loi fait toute ma passion.
Je t’ai choisi pour ma seule défense;
J’ai par ta grâce un asile chez toi;
Et ta promesse est ma ferme assurance.
58. Que les pervers s’éloignent donc de moi;
Qu’à nul faux bien mon esprit ne s’amuse;
Tout mon désir est de garder ta loi.
Ne permets pas qu’un vain espoir m’abuse.
Tu l’as promis, sois ô Dieu, mon soutien;
Et des méchants viens confondre la ruse.
59. Viens m’assister, je ne craindrai plus rien;
Si quelque mal me presse ou me menace,
Ta loi sera mon unique entretien.
Tes ennemis s’éloignent de ta face;
Mais tôt ou tard, aux pieds tu fouleras
Ces obstinés indignes de ta grâce.
60. Comme l’écume, au feu tu jetteras
Tous ces méchants dont le cœur t’abandonne;
Et leur orgueil un jour tu confondras.
Déjà, Seigneur, ta vengeance m’étonne;
Je vois les coups qui partent de ton bras,
Et de frayeur tout le corps m’en frissonne.
PAUSE 15
61. Tu sais, ô Dieu, que j’aime l’équité;
Souffrirais-tu que je fusse la proie
De ceux qui m’ont à tort persécuté?
Qu’en ma faveur ton secours se déploie;
Prends ma querelle, et confonds hautement
De l’orgueilleux la criminelle joie.
62. Mes yeux sont las d’attendre vainement,
D’où me viendra l’appui que je souhaite,
Et que tu m’as promis si saintement.
Que ta justice avec douceur me traite;
Rends-moi ta grâce, et fais-moi recevoir
De tes statuts la science parfaite.
63. Je suis à toi; remplis-moi de savoir;
Et fais qu’enfin, par ta bonté propice,
Tes hauts secrets je puisse concevoir.
Qu’aux yeux de tous éclate ta justice;
Ces insensés abolissent ta loi;
Et rien ne peut réprimer leur malice.
64. Tu vois mon cœur; tu sais, mon Dieu, mon Roi,
Que plus que l’or, ou qu’autre chose exquise,
Tes ordres saints sont estimés de moi.
Plus qu’un trésor je les aime et les prise;
Ils sont la règle et l’objet de ma foi;
J’ai détesté toute injuste entreprise.
PAUSE 16
65. Dans tes édits, Seigneur, sont contenus
Tes grands secrets, ta sagesse profonde;
Aussi toujours je les ai retenus.
Oui, dans ta loi tant de lumière abonde,
Que dès l’abord on en est éclairé,
Et qu’elle instruit les plus simples du monde.
66. Avec ardeur j’ai toujours aspiré
À t’obéir, au bonheur de te plaire,
Et constamment mon cœur l’a désiré.
Avec pitié regarde ma misère;
Et, comme à ceux qui t’ont donné leur cœur,
Fais-moi sentir ta grâce salutaire.
67. Conduis mes pas, préserve-moi d’erreur;
Que ton esprit jamais ne m’abandonne,
Et que le mal ne soit pas mon vainqueur.
Vois le danger qui partout m’environne;
Délivre-moi de cette adversité,
Et je ferai ce que ta loi m’ordonne.
68. Montre à mes yeux ta divine clarté;
Daigne m’instruire, et fais-moi bien comprendre
Tes règlements, ta sainte volonté.
L’excès des pleurs que l’on me voit répandre,
Vient du dépit dont je suis transporté,
De voir qu’en vain ta voix se fait entendre.
PAUSE 17
69. On te voit juste en tes commandements;
Juste en tes faits, Seigneur, quoique tu fasses;
L’équité règne en tous tes jugements.
Tu veux aussi qu’on marche sur les traces
Que nous marqua ta ferme et juste loi;
Et le pécheur doit craindre tes menaces.
70. Mais je m’afflige, ô Dieu, lorsque je vois,
Par ces méchants, ta parole oubliée,
Sans nul respect, sans nul égard pour toi.
Elle est si sainte, et si purifiée,
Que j’en ai fait toute ma passion,
Et qu’à l’aimer ma vie est dédiée.
71. Dans mes travaux, dans mon affliction,
Quelle que soit ma peine et ma souffrance,
Ta loi sera ma consolation.
À ta promesse est jointe la constance;
Et d’âge en âge, on voit ta vérité
Se confirmer dans ta sainte alliance.
72. De toutes parts je suis persécuté,
Et l’on dirait que ma perte est jurée;
Mais tes édits règlent ma volonté.
Ta parole est d’éternelle durée;
Viens me l’apprendre, ô Dieu plein de bonté,
Je jouirai d’une vie assurée.
PAUSE 18
73. De tout mon cœur j’élève à toi ma voix;
Sois favorable à ma juste demande,
Et je ferai ce qu’ordonnent tes lois.
Je te réclame, et te fais mon offrande;
Sauve-moi donc; je saurai maintenir
Le culte saint que ta loi nous commande.
74. Combien de fois m’as-tu vu prévenir
Le point du jour, quand je prie ou médite,
De tes leçons gardant le souvenir?
Quand le guet passe, et les quartiers visite,
Je veille encore, et j’ai les yeux ouverts
Sur cette loi que tu nous as prescrite.
75. Entends ma voix dans mes tourments divers,
Et rétablis mes forces qui languissent.
Par ta bonté, garde-moi des pervers;
Leur troupe approche, et leurs mains me saisissent,
Pendant qu’en eux règne l’iniquité,
Et que toujours ils te désobéissent.
76. Mais tu te tiens sans cesse à mon côté,
Toujours propice et toujours secourable,
Toujours le même en ta fidélité.
Ton alliance est ferme et immuable;
Aussi jamais mon cœur n’en a douté,
Le fondement en est inébranlable.
PAUSE 19
77. Regarde, ô Dieu, l’état où je me vois;
Mets quelque fin à ma peine mortelle,
Puisque jamais je n’oubliai ta loi.
Protège-moi dans ma juste querelle;
Fais-moi revivre; et viens me secourir,
Pour dégager ta promesse fidèle.
78. De tes édits nul ne veut s’enquérir;
Mais les méchants éprouvent ta vengeance;
Et, tôt ou tard, tu les feras périr.
Pour moi, Seigneur, j’espère en ta clémence;
Aime-moi donc, comme tu m’as aimé,
Et, pour ton nom, hâte ma délivrance.
79. À tes statuts mon cœur accoutumé
Les suit toujours, bien que je sois la proie
De tout un peuple, à ma perte animé.
Je meurs, hélas! lorsqu’il faut que je voie
Tous ces ingrats oser si lâchement
De ton salut abandonner la voie.
80. J’aimai toujours ton saint commandement;
Jette sur moi quelque regard propice,
Et soutiens-moi dans cet accablement.
Que ta parole, ô grand Dieu, s’accomplisse,
Comme il arrive indubitablement
De tout arrêt donné dans ta justice.
PAUSE 20
81. Des grands, à tort, je suis persécuté;
Mais je crains peu leur injuste puissance;
Tes jugements m’ont seuls épouvanté.
J’ai plus de joie et plus de confiance
Par tes conseils, que si j’avais trouvé
Quelque trésor d’une richesse immense.
82. Je hais la fraude; et j’ai bien éprouvé
Que c’est ta loi qui rend l’âme contente;
Je trouve en elle un bonheur achevé.
Sept fois le jour à ton honneur je chante;
Louant toujours les ordres merveilleux
Dont nous instruit ta vérité constante.
83. Un doux repos est réservé pour ceux
Qui sont soumis à ta loi souveraine,
Et tout s’accorde à répondre à leurs vœux.
C’est toi, Seigneur, qui peux finir ma peine;
Aussi ta loi sera mon seul objet,
Mon guide sûre, et ma règle certaine.
84. À ta loi sainte entièrement sujet,
J’ai résolu de l’aimer, et d’en faire
Ma seule étude et mon bonheur parfait:
À la garder je veux toujours me plaire.
Seigneur, qui vois ce que mon cœur promet,
Tu fais aussi que mon zèle est sincère.
PAUSE 21
85. Fais que mon cri puisse aller jusqu’à toi;
Accorde-moi le don d’intelligence;
Tu l’as promis; Seigneur, exauce-moi.
Que ma prière arrive en ta présence;
Tends-moi la main dans mon adversité,
Comme ta voix m’en donne l’espérance.
86. Ma bouche, ô Dieu, prêchera ta bonté,
Si, m’exauçant, tu m’accordes la grâce
De bien savoir ta sainte volonté.
De l’ennemi méprisant la menace,
Je parlerai, je dirai hautement,
Que de ta loi je veux suivre la trace.
87. Daigne, Seigneur, daigne donc promptement,
Pour mon secours, ta forte main étendre;
Car je m’attache à ton commandement.
C’est de toi seul que je veux tout attendre;
Et, désormais, mon unique plaisir
Sera celui qu’en ta loi je veux prendre.
88. Si j’ai de vivre encore quelque désir,
C’est pour ta gloire; et mon âme éclairée,
Pour son objet veut toujours la choisir.
Hélas! je suis la brebis égarée;
De me chercher, Seigneur, prends le loisir,
Car dans le cœur ta loi m’est demeurée.
PSAUME 120
1. Quand de douleur j’ai l’âme atteinte,
À mon Dieu j’adresse ma plainte;
Et mon Dieu, loin de me confondre,
Est toujours prêt à me répondre.
Seigneur, de ces lèvres menteuses,
Seigneur, de ces langues trompeuses,
Délivre-moi par ta bonté,
Et mets ma vie en sûreté.
2. Dis-moi, menteur, quel avantage
Te revient d’un si faux langage?
À quoi te seront profitables
Tes médisances détestables?
Ce sont des flèches acérées,
D’une puissante main tirées;
Et tes discours envenimés,
Tisons de genièvre enflammés.
3. Hélas! qu’elle m’est ennuyeuse
Cette demeure malheureuse,
Au milieu des tentes maudites
De Kédar, et des Méséchites!
Parmi ces nations cruelles
Qui se nourrissent de querelles,
Me faut-il vivre désormais,
Moi, qui ne cherche que la paix.
4. En vain mon âme la désire,
Jamais aucun d’eux n’y conspire;
Quand je la propose avec larmes,
C’est alors qu’ils courent aux armes.
PSAUME 121
1. Vers les monts je levais mes yeux,
D’où j’attendais toujours
Que viendrait mon secours;
Mais sur Dieu, qui fit les hauts cieux
Et la terre féconde,
Maintenant je me fonde.
2. Pour te faire aller sûrement,
On le verra veiller,
Sans jamais sommeiller;
D’Israël, dis-je, constamment,
La garde toujours veille,
Et jamais ne sommeille.
3. Il est ton appui, ton conseil;
Sa droite te conduit,
Et le jour, et la nuit.
Sur toi la lune et le soleil,
Tour à tour, sans te nuire,
Toujours tu verras luire.
4. De tout mal sa puissante main
Ton âme gardera;
Il te protégera.
Donnant toujours à ton dessein
Une entrée agréable,
Un succès favorable.
PSAUME 122
1. Quel transport, quel ravissement,
Lorsqu’on me dit, montons au lieu,
Où nous allons voir notre Dieu
Habiter éternellement!
Nos pieds s’arrêteront chez toi,
Jérusalem, et sans effroi
Nous y passerons notre vie;
Chez toi, Jérusalem, qui vois
Revivre la vigueur des lois;
Ville sainte, heureuse et munie.
2. On voit les tribus du Seigneur,
Selon son saint commandement,
Y monter solennellement,
Pour y célébrer son honneur.
Là sont les sièges révérés,
À la justice consacrés;
Et le trône de David même.
Priez pour la sainte cité;
Priez pour sa prospérité,
Et pour tout fidèle qui l’aime.
3. Puissent l’abondance et la paix
Fleurir à jamais sur tes bords!
Puisse le ciel de ses trésors,
Remplir tes superbes palais!
Oui, Sion, puisqu’encore je vois
Mes frères résider chez toi,
Pour toi mon zèle s’intéresse;
Surtout, à cause du saint lieu
Où veut habiter notre Dieu,
Je veux pour toi prier sans cesse.
PSAUME 123
PSAUME 124
PSAUME 125
1. Qui met en Dieu son espérance,
Jamais ne tombera,
Ni ne chancellera;
Telle sera son assurance,
Que Sion, mont inébranlable,
N’est pas plus stable.
2. Comme Jérusalem est ceinte
De monts, de toutes parts,
Ainsi que de remparts;
Ceux qui du Seigneur ont la crainte,
À leurs côtés, pour leur défense,
Ont sa présence.
3. Ce n’est pas pour toujours, qu’il laisse
Les siens entre les mains
Des tyrans inhumains;
Il ne veut point que leur faiblesse,
Les expose, dans leur misère,
À lui déplaire.
4. Ô grand Dieu, bénis les fidèles;
Et laisse les pervers,
Dans leurs sentiers couverts,
Se perdre comme des rebelles.
Fais qu’en paix Israël fleurisse,
Par ta justice.
PSAUME 126
1. Quand Dieu tira, par sa bonté,
Son peuple de captivité,
Cet admirable évènement
Parut un songe seulement.
Soudain l’allégresse publique
Éclata par un saint cantique.
Et les Gentils disaient entre eux,
Dieu fait tout pour ce peuple heureux.
2. Il est vrai qu’en cet heureux jour,
Dieu nous montra tout son amour;
Car enfin, c’est de toi, Seigneur,
Que nous est venu ce bonheur.
Grand Dieu, rassemble toute entière
Notre nation prisonnière;
Comme aux déserts tu fais des monts
Tomber les eaux dans les vallons.
3. Souvent le triste laboureur,
Sème sa terre avec douleur;
Mais l’abondance des moissons
Vient changer son deuil en chansons.
Dans une espérance incertaine,
Il jetait son grain avec peine;
Mais joyeux il remportera
Les gerbes qu’il amassera.
PSAUME 127
1. On a beau sa maison bâtir;
Si le Seigneur n’y met la main
On ne peut que bâtir en vain.
Et, pour les villes garantir,
En vain le soldat veillera;
Sans Dieu, rien ne prospérera.
2. On a beau se lever matin,
Se coucher tard, vivre en douleurs,
Et tremper son pain dans ses pleurs.
Dieu seul fait tout notre destin;
Et c’est lui seul qui donne aux siens
Le vrai repos, et les vrais biens.
3. Quand l’homme a le bonheur d’avoir
Des enfants sages et bien nés,
C’est Dieu seul qui les a donnés;
C’est de Dieu qu’il doit recevoir,
Comme un présent de sa bonté,
Cette heureuse postérité.
4. Ses fils, pleins d’une vive ardeur,
Se montrent robustes et forts,
Capables des plus grands efforts;
Telle la flèche avec raideur,
Vers le but qu’elle va chercher,
Part du bras d’un habile archer.
5. Heureux les pères qui seront
De telles flèches bien munis!
Si leurs carquois en sont fournis,
Jamais ils ne succomberont;
Mais ils vaincront facilement
Leurs ennemis en jugement.
PSAUME 128
1. Heureux l’homme fidèle,
Qui sert Dieu volontiers!
Heureux qui, plein de zèle,
Suit ses justes sentiers!
D’un travail ordinaire
Il vit innocemment;
Et pour lui toute affaire
Succède heureusement.
2. Par un bonheur insigne,
Sa femme en sa maison
Sera, comme une vigne,
Féconde en sa saison.
Elle ornera sa table
D’aimables héritiers,
Tels qu’un rang agréable
De jeunes oliviers.
3. Des plus pures délices
Jouit l’homme innocent,
Qui déteste les vices,
Qui craint le Tout-Puissant.
Vivant dans cette crainte,
Il verra prospérer
Jérusalem la sainte,
Et sa gloire durer.
4. Il verra de sa race
Double postérité;
Et de toute disgrâce
Israël exempté.
PSAUME 129
1. Dès ma jeunesse, ils m’ont fait mille maux;
Dès ma jeunesse, Israël peut le dire,
Mes ennemis m’ont livré mille assauts;
Jamais pourtant ils n’ont pu me détruire.
2. J’en porte encore les marques jusqu’aux os;
Et l’on dirait qu’une forte charrue
À grands sillons m’a labouré le dos,
Traînant le soc sur ma peau toute nue.
3. Mais du Seigneur le juste jugement
Brisa mes fers, et réprima leur rage.
Puissent ainsi périr honteusement
Ceux qui voudront à Sion faire outrage!
4. Puissent-ils tous à l’herbe ressembler,
Que l’on voit croître au bord d’une muraille,
Qui se flétrit sans que, pour l’assembler,
Jamais aucun s’empresse et se travaille.
5. On ne voit point un ardent moissonneur
En répandre le blé mûr par brassées;
On ne voit point un avide glaneur
En remporter des gerbes amassées.
6. On n’entendit jamais aucun passant
Faire ce vœu: l’Éternel vous bénisse;
Jamais pour eux aucun s’intéressant,
Ne leur a dit, Dieu de bien vous remplisse.
PSAUME 130
1. Au fort de ma détresse,
Dans mes profonds ennuis,
À toi seul je m’adresse,
Et les jours, et les nuits.
Grand Dieu, prête l’oreille
À mes cris éclatants,
Que ma voix te réveille,
Seigneur, il en est temps.
2. Si ta rigueur extrême
Nos péchés veut compter,
Ô Majesté suprême!
Qui pourra subsister?
Mais ta clémence règne
Sur ta sévérité;
Et tu veux qu’on te craigne,
Seigneur, pour ta bonté.
3. En Dieu je me console
Dans mes plus grands malheurs;
Et sa ferme parole
Apaise mes douleurs.
Mon cœur vers lui regarde,
Brûlant d’un saint amour,
Plus matin que la garde
Qui devance le jour.
4. Qu’Israël sur Dieu fonde
En tout temps son appui;
En lui la grâce abonde,
Le secours vient de lui.
De toutes nos offenses
Il nous rachètera;
De toutes nos souffrances
Il nous délivrera.
PSAUME 131
1. Seigneur, je n’ai point l’esprit vain;
Je n’aspirai jamais trop haut;
Et je n’eus jamais le défaut
De tenter un trop grand dessein.
2. Si, toujours mon humilité
Ne me rendit obéissant,
Comme un tendre et faible innocent,
À qui le lait vient d’être ôté;
3. Si, dis-je, toujours je ne fus
De tout vain désir délivré,
Comme un enfant qu’on a sevré;
Ô Seigneur, ne m’écoute plus.
4. Attendons de Dieu le secours,
Dans toutes nos adversités;
Et qu’en ses divines bontés
Israël espère toujours.
PSAUME 132
1. Mon Dieu, daigne te souvenir
De David, et de son tourment;
De ses vœux, et du grand serment
Qu’il fit, et qu’il voulut tenir,
Au Dieu de Jacob constamment.
2. En ce jour, dit-il, je promets,
Qu’en mon palais je n’entrerai,
Ni sur mon lit ne monterai;
Que je ne dormirai jamais,
Ni mes yeux je ne fermerai;
3. Qu’après avoir trouvé le lieu,
Qu’au Seigneur je dois préparer,
Et que je veux lui consacrer,
Afin que d’Israël le Dieu
Y veuille toujours demeurer.
4. Nous fûmes instruits autrefois,
En Éphrata, par nos aïeux
Que ce Dieu saint et glorieux
Des champs de la forêt fit choix.
C’est là qu’il se montre à nos yeux.
5. Là, dans ses tentes, à genoux,
Nous adorerons son pouvoir;
Nous dirons: ô Dieu, notre espoir,
Viens donc, viens reposer chez nous,
Avec l’arche où tu te fais voir.
6. Revêts de ta vertu, Seigneur,
Pour l’amour de David, ton roi,
Les saints ministres de ta loi:
Que ton oint, que ton serviteur,
Soit toujours appuyé de toi.
PAUSE
7. Dieu fit un traité solennel
Avec David, et le jura:
De ton sang, dit-il, on verra,
Sur ton trône perpétuel,
Quelqu’un que ma main y mettra.
8. Si tes fils observent mes lois
Que de ma bouche ils apprendront,
Heureusement ils régneront;
Et leurs enfants, de rois en rois,
À ton sceptre succéderont.
9. Le Seigneur a daigné choisir
Sion, afin de s’y loger;
Je ne veux, dit-il, plus changer;
C’est un lieu selon mon désir;
Je l’aime, et veux le protéger.
10. Sur tout le peuple, à pleines mains,
L’abondance je répandrai;
Tous ses prêtres je bénirai;
Et favorables à ses desseins,
De mes biens je le comblerai.
11. Je rendrai David florissant;
Sa force en Sion s’accroîtra;
Partout sa vertu reluira;
Et le bruit de son nom puissant
En tous climats retentira.
12. Enfin, de honte et de malheur
J’accablerai ses envieux,
Faisant éclater à leurs yeux,
Sur son front brillant de splendeur,
Un diadème glorieux.
1. Ô qu’il est doux, et qu’il est agréable,
De voir ainsi, dans une paix durable,
Tous les frères s’entretenir!
Ce saint accord me fait ressouvenir
De la sainte huile, et du sacre d’Aaron,
Des eaux de Sion et d’Hermon.
2. Comme l’on voit cette huile se répandre,
Et, par filets, de la tête descendre
Sur le bord du sacré manteau;
Comme l’on voit de fraîches veines d’eau,
Quand la rosée a tombé sur ces monts,
Venir réjouir les valons;
3. Ainsi de Dieu la bonté paternelle
Répand des cieux sur la troupe fidèle,
À toute heure, de nouveau dons.
PSAUME 134
1. Vous, saints ministres du Seigneur,
Qui, dévoués à son honneur,
Veillez la nuit dans sa maison,
Présentez-lui votre oraison.
2. Levez vos mains vers le saint lieu,
Où vous contemplez notre Dieu;
Et pour lui plaire, récitez
Les merveilles de ses bontés.
3. Dieu, qui fit la terre et les cieux,
Et qui toujours prend soin des siens,
De Sion, si chère à ses yeux,
Te garde, et te comble de biens.
PSAUME 135
1. Louez Dieu; louez sa bonté,
Dont le cours n’est point limité.
Mais qui tous ses exploits étranges
Pourrait ici représenter?
Qui pourrait toutes ses louanges
Assez dignement réciter?
2. Heureux, Seigneur, qui sous ta loi
Sait toujours marcher devant toi!
Mon Dieu, qu’enfin il te souvienne,
Que tu me mis au rang des tiens.
Mon Dieu, que ta main me soutienne,
Comme tes élus tu soutiens.
3. Fais que, par un succès heureux,
J’éprouve ta grâce avec eux;
Et, qu’entrant moi-même en partage
Des biens dont tu les fais jouir,
Du bonheur de ton héritage
Mon cœur puisse se réjouir.
PAUSE 1
4. Nous avons, nos pères et nous,
Attiré ton juste courroux,
Par le mépris de tes oracles;
Même nos pères malheureux
Furent peu touchés des miracles,
Qu’en Égypte tu fis pour eux.
5. Ingrats à de si grands bienfaits,
Leurs cœurs n’y pensèrent jamais.
La Mer Rouge les vit rebelles;
Mais Dieu, toujours puissant et bon,
Sauva leurs troupes criminelles,
Pour la gloire de son grand nom.
6. Il parle, et la mer qui l’entend,
S’ouvre, et leur montre au même instant,
À travers ses gouffres horribles,
Un chemin sûr, qui les conduit
À pied sec, loin des coups terribles
Du fier tyran qui les poursuit.
7. Dieu les garantit de l’effort
D’un ennemi cruel et fort,
Sur qui tous les flots retournèrent.
Ses chars avec lui submergés,
Nos aïeux sur les bords chantèrent
Le bras qui les avait vengés.
PAUSE 2
8. Mais, par un oubli criminel
Des merveilles de l’Éternel.
Ils rentrèrent en défiance;
Et, par leurs vains désirs surpris,
Ils parlèrent de sa puissance
Avec un insolent mépris.
9. Leur cri pourtant fut écouté,
Dieu remplit leur avidité;
Mille et mille en langueur moururent.
De Moïse enviant l’honneur,
Tous au camp contre lui s’émurent,
Et contre Aaron, l’oint du Seigneur.
10. La terre s’ouvrit sous Dathan;
La terre couvrit Abiram;
Des flammes à leur camp se prirent;
Le feu plusieurs en dévora;
Les autres un veau d’or fondirent,
Qu’en Horeb le peuple adora.
11. Ainsi fut changé le Seigneur,
Jadis leur gloire et leur bonheur,
En l’image d’un bœuf qui broute;
Lui-même, et ses faits publiés,
Et dans l’Égypte, et sur leur route,
Furent aussitôt oubliés.
PAUSE 3
12. Ils n’écoutèrent plus ses lois;
Ils méprisèrent les exploits,
Que Cam et la Mer Rouge même,
Avaient vu faire en leur faveur;
Aussi sa patience extrême
Se tourna contre eux en fureur.
13. Moïse, en ce terrible assaut,
Arrêta le bras du Très-Haut,
Pria, gémit en sa présence;
Et cette fois sut détourner
Les coups d’une horrible vengeance,
Qui les allait exterminer.
14. Dégoûtés de ce beau pays
Que leur Dieu leur avait promis,
Ils doutèrent de sa promesse;
Et murmurant cent et cent fois,
Loin de suivre sa sainte adresse,
Ils firent les sourds à sa voix.
15. Ce fut alors que l’Éternel
Leur fit ce serment solennel,
Qu’errants, bannis loin de sa face,
Ils languiraient dans les déserts;
Qu’après eux, on verrait leur race,
Le jouet des peuples divers.
PAUSE 4
16. Cependant, ces méchants encore
Firent des vœux à Ba’l-Péhor,
Mangèrent des morts les offrandes;
Et Dieu, plein d’indignation,
Punit par des peines plus grandes,
Leur aveugle dévotion.
17. Animé d’une sainte ardeur,
Phinées, en vengeant le Seigneur,
Fit cesser sa juste colère;
Ce coup fut du ciel avoué,
Et juste autant qu’il fut sévère,
Il en sera toujours loué.
18. À Mériba, Dieu, méprisé,
D’un nouveau courroux embrasé,
N’épargna pas même Moïse,
Lorsqu’aigri d’un si long tourment
Il douta de son entreprise,
Et parla trop légèrement.
PAUSE5
19. Les peuples de Dieu condamné,
Loin d’être tous exterminés,
Les firent tomber dans le piège;
Ils encensèrent les faux dieux;
Et, par un culte sacrilège,
Firent mille actes furieux.
20. On vit les pères inhumains
Immoler, de leurs propres mains,
Aux démons leurs fils et leurs filles,
Et faire du sang innocent
De leurs déplorables familles,
À leurs idoles un présent.
21. Ainsi fut souillé leur pays
Par tant de meurtres inouïs;
Ainsi, dans ce culte damnable,
Le peuple au crime abandonné,
Par cette révolte exécrable
Du vrai Dieu s’était détourné.
22. Aussi son courroux s’alluma,
Et contre eux si fort s’enflamma,
Qu’il rejeta son héritage;
Et depuis, parmi les Gentils,
Sous un long et rude esclavage,
Sa main les tint assujettis.
PAUSE 6
23. Ils se virent longtemps soumis
Au pouvoir de leurs ennemis;
Et souvent Dieu brisa leurs chaînes;
Mais toujours au mal obstinés,
Toujours à de nouvelles peines
Ils se trouvèrent condamnés.
24. Enfin, dans leur affliction,
Dieu, touché de compassion,
Se souvint de son alliance;
Et voulut bien se repentir
Des maux que sa juste vengeance,
Si longtemps leur faisait sentir.
25. Pour eux, il adoucit les cœur
De leurs cruels persécuteurs.
Grand Dieu, veuille par ta clémence
Rassembler ton peuple écarté;
Et fais que libre en ta présence,
Il loue encore ta bonté.
26. Dès ce jour, au Dieu d’Israël
Vouons un culte solennel;
Célébrons sa gloire sans cesse.
Que chacun chante à son honneur,
Avec une sainte allégresse;
Loué soit le nom du Seigneur.
PSAUME 107
1.Qu’en tout temps on bénisse
Dieu qu’on voit si clément,
Car sa bonté propice
Dure éternellement.
Que ceux qu’il a tirés
D’une rude souffrance,
Se voyant délivrés,
Vantent sa grâce immense.
2. C’est lui qui les ramasse
D’orient, d’occident,
Du nord rempli de glace,
Et du midi brûlant.
S’ils vont dans le désert
Aride et sans culture,
N’ayant point de couvert,
Errants à l’aventure;
3. Si la faim les tourmente
Par son âpre rigueur,
Ou si la soif ardente
Consume leur vigueur;
Pourvu qu’en ce besoin
Leurs vœux à Dieu s’adressent,
Il éloigne avec soin
Tous les maux qui les pressent.
4. Par les routes fidèles
Qu’il leur a fait trouver,
Aux villes les plus belles
On les voit arriver,
Qu’ils aillent donc chantant
Ses divines merveilles,
Et partout racontant
Ses bontés sans pareilles.
PAUSE 1
5. Le pauvre il rassasie,
Qui de faim languissait;
Il ranime la vie,
Qui de soif périssait.
Ceux qui sont enchaînés
Dans les prisons obscures,
Près d’être abandonnés
Aux peines les plus dures;
6. Qui par un vain caprice,
Ont méprisé sa voix,
Ou qui, par leur malice,
Ont violé ses lois;
Quand leurs maux redoublés
Abattent leur courage,
Et qu’ils sont accablés,
Sans qu’aucun les soulage;
7. Au fort de leur misère
Implorant le Seigneur,
Il calme sa colère,
Et leur rend sa faveur;
Il vient les retirer
De leurs mortelles peines;
Il vient les délivrer
De leurs pesantes chaînes.
8. Que par reconnaissance,
En pleine liberté,
Ils chantent sa puissance,
Et sa grande bonté.
Il ouvre de sa main
Les prisons les plus fortes,
Rompt le fer et l’airain
Des grilles et des portes.
9. Ceux qui sont à leurs vices
Follement attachés,
qui souffrent les supplices
Qu’attiraient leurs péchés,
Malades, en danger
De perdre la lumière,
Abhorrant le manger,
Près de l’heure dernière;
10. Qu’au Seigneur ils présentent
Une ardente oraison,
Les maux qui les tourmentent
Auront leur guérison;
Et les jours et les nuits,
Lui-même il les console;
Il calme leurs ennuis
D’une seule parole.
11. Qu’ainsi donc on les voie,
Rétablis en santé,
Célébrer avec joie
Sa divine bonté;
Qu’ils offrent au Seigneur
Leur vie en sacrifice,
Vouant à son honneur
Leur fidèle service.
PAUSE 2
12. Ceux qui pour des voyages
Montent sur les vaisseaux,
Qui malgré les orages,
Trafiquent sur les eaux;
Ceux-là savent de Dieu
Les œuvres merveilleuses,
Quand ils sont au milieu
Des vagues périlleuses.
13. Les vents, dès qu’il l’ordonne,
Font soulever les flots,
Et leur fureur étonne
Les hardis matelots.
Le vaisseau monte aux cieux;
Il retombe aux abîmes,
Alors les vicieux
Se reprochent leurs crimes.
14. À la crainte ils se livrent;
On les voit chancelants,
Tels que ceux qui s’enivrent,
Et qui perdent le sens,
Mais si, dans ce danger,
Ils font à Dieu leur plainte,
Dieu vient les dégager,
Et fait cesser leur crainte;
15. Il impose silence
À ces vents irrités,
Calme la violence
De ces flots agités.
L’orage retiré,
La peur cède à la joie,
Quand au port désiré
Le Seigneur les envoie.
16. Alors sur le rivage,
En toute sûreté,
Ils lui rendent hommage,
Et chantent sa bonté;
Au peuple curieux,
Au conseil de plus sages,
Du Monarque des cieux
Ils vantent les ouvrages.
17. Des eaux les plus profondes,
Il découvre le lit,
Et des sources fécondes
Le cours il divertit.
Pour punir les méchants,
Il renverse leurs villes;
Et des fertiles champs,
Fait des sables stériles.
18. Dans les arides plaines,
Il fait sourdre les eaux;
Y forme des fontaines,
Et des fleuves nouveaux,
Là même on voit venir
Des troupes affamées,
Qui, pour s’y maintenir,
Font des villes fermées.
19. Les champs, par leur culture,
Paraissent se hâter
De rendre avec usure
De quoi les contenter.
Dieu bénit leur travail;
Et sa grâce abondante
Fait croître leur bétail,
Et leur richesse augmente.
20. Mais, lorsque sa colère
Vient frapper le pécheur,
On voit que la misère
Suit de près son bonheur.
Il abat les plus grands,
Les chasse, et les envoie
Errer à travers champs,
Et sans guide, et sans voie.
21. Les pauvres il délivre
De leur pressant ennui,
Les garde, et les fait vivre
Comme un troupeau sous lui.
À louer ses hauts faits,
Que le sage se plaise;
Que confus à jamais
L’incrédule se taise.
22. Que le juste, sans cesse,
Médite dans sons cœur
La bonté, la sagesse
De leur divin auteur.
PSAUME 108
1. Mon cœur est tout prêt, ô mon Dieu,
Mon cœur est tout prêt, en ce lieu,
À te louer tout à la fois,
Et de la main, et de la voix.
Ma harpe donc réveille-toi;
Ma lyre aussi, seconde-moi;
C’est devant Dieu qu’il faut paraître,
Dès que le jour commence à naître.
2. Je veux te célébrer, Seigneur;
Je veux chanter à ton honneur,
Et du bruit de tes actions
Remplir toutes les nations.
Car ton éternelle bonté,
Plus haut que les cieux a monté;
Et ta fidélité connue
S’élève jusque sur la nue.
3. Grand Dieu, fais que du haut des cieux
Ta gloire se montre à nos yeux,
Et, pour nous mettre hors d’effroi,
Tends-nous la main, exauce-moi.
Mais quoi! déjà tu m’as ouï,
Et de ton saint lieu réjoui;
Sichem sera de mon domaine;
Succoth va m’obéir sans peine.
PAUSE
4. Galaad, aussi sous ma loi,
N’a plus d’autre maître que moi;
Et c’est pour moi que Manassé
Avait un grand peuple amassé.
Éphraïm, encore plus que lui,
Sera ma force et mon appui,
De Juda viendra l’ordonnance,
Qui doit maintenir ma puissance.
5. Toi, Moab, malgré ta fierté,
Tu verras ton orgueil dompté,
Et tes princes humiliés,
À genoux me laver les pieds.
Les fils d’Édom seront sujets
Aux services les plus abjects.
Le Philistin perdra sa gloire,
Et j’aurai sur lui la victoire.
6. Mais qui pourra m’ouvrir ces lieux?
Dont les tours menacent les cieux?
Qui dans Édom m’introduira?
Et quel guide m’y conduira?
Ne sera-ce pas toi, Seigneur,
Toi qui, retirant ta faveur,
Dans le plus fort de nos alarmes
Cessais d’accompagner nos armes?
7. Dieu tout-puissant, qui vois nos maux,
Assiste-nous dans nos travaux;
Celui qui sur le bras humain
Se repose, le fait en vain.
Élevons tous à Dieu nos cœur,
Lui seul peut nous rendre vainqueurs;
Il nous donnera l’avantage
Sur l’ennemi qui nous outrage.
PSAUME 109
1. Mon Dieu, ma force, et ma défense,
Ne te tiens plus dans le silence.
Tu connais la langue traîtresse,
Qui me persécute sans cesse;
Tu connais la bouche qui ment,
Et qui m’accuse faussement.
2. Leur malice cherche à me nuire;
Sans cause, ils voudraient me détruire,
Payant mon amitié fidèle
D’une envie injuste et cruelle;
Mais la prière fut toujours
Le remède où j’eus mon recours.
3. Le méchant qui cause ma peine,
Pour l’amour, m’a rendu la haine.
Seigneur, par ta juste vengeance,
Il tombera sous la puissance
D’un adversaire furieux,
Et sera toujours sous ses yeux.
4. Quand il ira devant son juge,
Au lieu d’y trouver un refuge,
Sa défense inutile et vaine
Ne fera qu’aggraver sa peine;
Il mourra jeune et plein d’effroi,
Un autre prendra son emploi.
5. Ses fils laissés dans le bas âge,
Sa femme pauvre en son veuvage,
Pressés d’une triste indigence,
Languiront tous dans la souffrance,
Et leur misérable maison
Sera vide en toute saison.
6. Un étranger, par son usure,
Enlèvera leur nourriture;
Et personne dans leur misère
Ne plaindra leur douleur amère;
Pour ces orphelins l’amitié
N’agira plus, ni la pitié.
PAUSE 1
7. Après sa mort, sa race impie
Dans peu de temps sera finie,
Et jusqu’à la trace détruite;
Dieu punira la longue suite
De tous les énormes péchés,
Dont ses pères furent tachés.
8. Les iniquités de sa mère
Trouveront un juge sévère;
Ces injustices si criantes
À Dieu seront toujours présentes;
Son nom qu’il croit bien établi
Sera pour toujours dans l’oubli.
9. Car loin de donner assistance
À l’affligé dans sa souffrance,
Sitôt qu’il le voit misérable,
De nouveaux malheurs il l’accable;
Et lui faisant la guerre à tort,
Il le poursuit jusqu’à la mort.
10. Le bien d’autrui fait son martyre,
Il rit quand son prochain soupire;
Mais Dieu, pour punir sa malice,
Lui prépare un rude supplice;
Mille et mille calamités
Le presseront de tous côtés.
11. Dieu, dont la colère s’allume,
Veut qu’il ne boive qu’amertume,
Que jusque dans les os il sente
La douleur la plus pénétrante,
Et que le mal soit constamment
Sa ceinture et son vêtement.
12. Tel sera le juste salaire,
Que Dieu garde à mon adversaire,
Au méchant dont la haine ouverte,
Sans cause, a conspiré ma perte.
Viens donc, Seigneur, approche-toi;
Et pour ta gloire, sauve-moi.
PAUSE 2
13. Éternel, sois-moi favorable;
Reçois les vœux d’un misérable
Qui, succombant dans sa détresse,
Languit et soupire sans cesse;
Qui passe, et qui se sent déchoir,
Ainsi qu’une ombre sur le soir.
14. Toujours comme une sauterelle,
Je cherche une place nouvelle;
Le jeûne, et les maux qui m’agitent,
Font qu’enfin mes forces me quittent.
Mon corps, jadis robuste et fort,
N’a plus que les traits de la mort.
15. Même dans mes peines si dures,
Ces cruels me chargent d’injures;
Et par mépris, ou par colère,
Ils insultent à ma misère.
Mon Dieu, montre-moi ta faveur,
Et déclare-toi mon Sauveur.
16. Seigneur, veuille faire connaître
Que ta main, qui m’a donné l’être,
Est la même dont l’assistance
Me donne aussi ma délivrance.
Mon ennemi me maudira;
Mais le Seigneur me bénira.
17. Ils s’élèvent avec audace;
Mais ta colère les menace,
Et, pour le repos de ma vie,
Va les couvrir d’ignominie,
Comme d’un long manteau de deuil,
Jusqu’à ce qu’ils soient au cercueil.
18. Ma bouche aussi, par ses cantiques,
Toujours dans nos fêtes publiques,
Fera résonner ta clémence;
Chacun saura que ta puissance
Sauve l’innocent de l’effort
Des méchants, qui cherchent sa mort.
PSAUME 110
1. À mon Seigneur, l’Éternel dit lui-même,
Viens à ma droite t’y asseoir désormais;
Et je mettrai, par mon pouvoir suprême,
Tes ennemis sous tes pieds pour jamais.
2. Ton sceptre fort, ton florissant empire,
Va, de Sion, s’étendre en mille lieux;
Le Tout-Puissant l’ordonne, il vient te dire,
Règne au milieu de tous tes envieux.
3. Ton peuple saint, ta jeunesse empressée,
Honorera ton triomphe éclatant,
Couvrant la terre, ainsi que la rosée,
Que de son sein l’aube du jour répand.
4. Il l’a juré, ce Dieu sous qui tout tremble;
Et son serment ne peut être suspect;
C’est qu’à jamais tu seras, tout ensemble,
Grand prêtre et roi, tel que Melchisédec.
5. À tes côtes, ce même Dieu, ton Père,
Secondera tes belliqueux exploits;
Et sa puissance, au jour de sa colère,
Renversera les princes et les rois.
6. Des nations son bras fera justice;
Et des corps morts les champs seront couverts;
Il détruira, par un dernier supplice,
Le fier tyran de cent peuples divers.
7. Il poursuivra l’ennemi dans la plaine;
Sans s’arrêter, du torrent il boira;
Et remportant une victoire pleine,
La tête haute, enfin il marchera.
PSAUME 111
1. De tout mon cœur, dans tous les lieux,
Où les hommes droits et pieux
Forment leurs saintes assemblées,
Je rendrai mes vœux Seigneur,
Je célébrerai son honneur
Par mille chansons redoublées.
2. Qu’ils sont grands, ô Dieu, tes projets!
Qu’ils sont merveilleux, tes hauts faits!
Que l’étude en est agréable!
Partout brille ta majesté,
Et pour nous, Seigneur, ta bonté
Est un trésor inépuisable.
3. Par des miracles glorieux,
Son bras puissant, devant nos yeux,
A fait éclater sa clémence.
Sa faveur les justes soutient;
Et, pour Jacob, il se souvient
De son éternelle alliance.
PAUSE
4. C’est ce qu’à son peuple il fit voir,
En lui donnant par son pouvoir
Des autres peuples l’héritage.
Partout brille sa vérité;
Et partout sa fidélité
Se fait connaître d’âge en âge.
5. Les saints règlements qu’il a faits,
Ont été fondés pour jamais,
Sur l’équité, sur la clémence.
Il a son peuple délivré,
Et jadis avec lui juré
Une inviolable alliance.
6. Craindre son nom terrible et saint,
Garder ses lois d’un cœur non feint,
C’est l’abrégé de la sagesse,
Heureux l’homme qui vit ainsi!
Il peut bien s’assurer aussi,
Qu’il en sera loué sans cesse.
PSAUME 112
1. Heureux qui révère avec crainte,
Du Seigneur la majesté sainte,
Et qui suit sa loi salutaire!
Sa famille sera puissante;
Dieu rendra toujours florissante
La maison qui cherche à lui plaire.
2. Sa postérité vertueuse
Sera toujours riche et nombreuse,
Et sa félicité durable;
Dieu, dans la nuit la plus obscure,
Lui montre sa lumière pure,
Le voyant juste et charitable.
3. L’homme de bien, et donne et prête,
Il est sincère en ce qu’il traite,
Sa conduite n’est point douteuse;
Et de celui qui fuit le vice,
Et qui n’aime que la justice,
La mémoire est toujours heureuse.
4. Jamais une attente incertaine
Ne tint son esprit à la gêne,
Car en Dieu seul il se confie;
Et tranquille en sa conscience,
Il attend sans impatience,
Que Dieu ses ennemis châtie.
5. Ses biens largement il dispense
À ceux qui sont dans l’indigence;
Jamais sa vertu ne se trouble;
Et si de l’abattre on s’efforce,
On sent à la fin que sa force
Dans les maux même se redouble.
6. Les méchants d’un œil plein d’envie,
Voyant la gloire de sa vie,
En grincent les dents de colère;
Et, trompés par leur injustice,
Ils n’ont pour fruit de leur malice,
Que confusion, que misère.
PSAUME 113
1.Vous qui servez le Dieu des cieux,
Célébrez son nom glorieux,
Prêchez sa force et sa sagesse;
Unis par un vœu solennel,
Louez le nom de l’Éternel,
Et dans ce moment, et sans cesse.
2. D’un bout du monde à l’autre bout,
Son nom se montre grand partout,
Digne d’éternelle mémoire.
Il s’élève au-dessus des cieux,
Sa vertu s’étend en tous lieux,
Et partout résonne sa gloire.
3. Quel Dieu ressemble à notre Dieu,
Qui, tranquille dans ce haut lieu
D’où sa voix forme le tonnerre,
Veut bien ses regards abaisser,
Et toujours bon, daigne penser
À ce qui se fait sur la terre.
4. Le juste qu’il voit afflige,
Le pauvre, qu’il voit négligé,
Il le retire de la boue;
Le comble de biens et d’honneurs,
Et le met au rang des Seigneurs
De la nation qu’il avoue.
5. Quand il lui plaît, par sa bonté,
Il donne la fécondité
À la femme qui fut stérile;
Et lui fait la grâce de voir
Qu’elle devient, par son pouvoir,
En enfants heureuse et fertile.
PSAUME 114
1. Quand Israël de l’Égypte sortît,
Quand de Jacob la famille partit
De ce pays barbare,
Juda fut fait le peuple élu de Dieu,
Dieu se montra prince du peuple Hébreu,
Par une bonté rare.
2. La mer le vit, elle s’enfuit soudain;
On vit aussi remonter le Jourdain
Devant la troupe sainte.
Les plus hauts monts, les coteaux verdissants,
Comme moutons, comme agneaux bondissants,
Tressaillirent de crainte.
3. Qu’avais-tu, mer, à t’enfuir si soudain?
Qui te faisait, ô rapide Jourdain,
Remonter vers ta source?
Monts, qui vous fit comme moutons bondir?
Et vous, coteaux, comme agneaux tressaillir,
Dans leur timide course?
4. De l’univers vous redoutiez le Roi;
La terre tremble, il la remplit d’effroi,
Par sa seule présence.
C’est le Dieu fort qui d’un coup étonnant
Fend le rocher, d’où sort en bouillonnant,
L’eau vive en abondance.
1. Quand Israël de l’Égypte sortît,
Quand de Jacob la famille partit
De ce pays barbare,
Juda fut fait le peuple élu de Dieu,
Dieu se montra prince du peuple Hébreu,
Par une bonté rare.
2. La mer le vit, elle s’enfuit soudain;
On vit aussi remonter le Jourdain
Devant la troupe sainte.
Les plus hauts monts, les coteaux verdissants,
Comme moutons, comme agneaux bondissants,
Tressaillirent de crainte.
3. Qu’avais-tu, mer, à t’enfuir si soudain?
Qui te faisait, ô rapide Jourdain,
Remonter vers ta source?
Monts, qui vous fit comme moutons bondir?
Et vous, coteaux, comme agneaux tressaillir,
Dans leur timide course?
4. De l’univers vous redoutiez le Roi;
La terre tremble, il la remplit d’effroi,
Par sa seule présence.
C’est le Dieu fort qui d’un coup étonnant
Fend le rocher, d’où sort en bouillonnant,
L’eau vive en abondance.
PSAUME 115
1. À ton nom saint, à ta bonté, Seigneur,
Et non à nous en sera dû l’honneur;
Dégage ta promesse.
Quoi! disait-on de toi-même, et de nous,
Où se tient-il, ce Dieu fort en jaloux,
Qu’ils invoquent sans cesse?
2. Oui, notre Dieu réside dans les cieux,
D’où, comme il veut, il régit ces bas lieux;
Nous fait ce que nous sommes;
Mais ces faux dieux, ces dieux d’or et d’argent,
Que les Gentils servent aveuglement,
Ne sont qu’ouvrages d’hommes.
3. Ils ont des yeux, et ne peuvent rien voir;
Leur bouche est close, et ne peut se mouvoir;
C’est une chose morte.
De leur oreille ils ne sauraient ouïr,
Ils ont un nez, mais qui ne peut jouir
D’odeur douce, ni forte.
4. Ils ont des mains, sans pouvoir rien toucher;
Ils ont des pieds, et ne sauraient marcher;
Un gosier inutile.
Tels soient, aussi, les hommes qui les font,
Ceux qui près d’eux, follement chercheront
Leur aide, leur asile.
5. Fils de Jacob, ne mettez votre espoir
Qu’au Dieu des cieux, dont le divin pouvoir
Est seul votre défense.
Maison d’Aaron, reposez-vous sur lui;
Il fut toujours notre plus ferme appui,
Vivez en assurance.
6. Reposez-vous sur son divin support,
Vous que l’on voit craindre de ce Dieu fort
La Majesté suprême.
Il a pour vous un amour paternel;
Il bénira la maison d’Israël,
Celle d’Aaron de même.
7. Les hommes saints qui servent le vrai Dieu,
Grands et petits, en tout temps, en tout lieu,
Sont l’objet de sa grâce.
Vous l’avez vu surpasser vos souhaits;
Vous le verrez répandre ses bienfaits
Sur toute votre race.
8. Ô trop heureux, vous qu’il a tant aimés!
Car ce grand Dieu les hauts cieux a formés,
Et la terre où nous sommes;
Il s’est bâti son trône dans les cieux;
Mais pour la terre, et ses biens précieux,
Il en fit don aux hommes.
9. Grand Dieu, les morts ne sauraient te prier,
Ton nom si saint ne peut se publier
Où règne le silence;
Nous, qui vivons, nous saurons te bénir,
Et faire entendre aux siècles à venir
Ta force et ta clémence.
PSAUME 116
1. J’aime mon Dieu, qui, par un prompt secours,
Montre qu’il a ma clameur entendue;
À mes soupirs son oreille est tendue;
Je veux aussi l’invoquer tous les jours.
2. Je succombais sous le poids de mes maux,
Déjà la mort me tenait dans ses chaînes;
Mon cœur souffrait les plus cruelles peines,
Quand je lui fis ma prière en ces mots;
3. Délivre-moi du péril où je suis;
Et dès lors même, il me fut favorable;
L’Éternel, dis-je, est juste et secourable,
Et toujours prompt à calmer nos ennuis.
4. Quand j’étais prêt de périr de langueur,
Il me sauva, ce Dieu que je réclame;
Retourne donc en ton repos, mon âme,
Puisqu’il te fait éprouver sa faveur.
5. Ta main puissante a détourné ma mort,
Séché mes pleurs, soutenu ma faiblesse;
Sous tes yeux donc, je veux, ô Dieu, sans cesse,
Suivre la voie où je t’eus pour support.
PAUSE
6. J’ai cru, Seigneur, c’est pourquoi j’ai parlé;
La vie, hélas! n’est qu’une ombre, qu’un songe
Tout homme est faux, il n’est rien que mensonge,
Disait mon cœur, de ses maux accablé.
7. Mais que rendrai-je à Dieu pour ses bienfaits?
Ma main prendra la coupe de louanges;
Ma voix fera, jusqu’aux climats étranges
De sa bonté retentir les effets.
8. Dès ce moment je lui rendrai mes vœux,
Devant son peuple et dans son sanctuaire;
Car de tous ceux qui cherchent à lui plaire,
Les jours lui sont et chers et précieux.
9. Enfin, grand Dieu, tu sais ce que je suis,
Ton serviteur, le fils de ta servante;
Bisant mes fers, tu passes mon attente,
Je veux, au moins, t’offrir ce que je puis.
10. Brûlant de zèle, et soumis, à tes lois,
Je veux chanter ta gloire et ta puissance;
Et devant tous, plein de reconnaissance,
Te célébrer du cœur et de la voix.
11. Dans ta maison je dirai ton honneur,
Dans ta cité, Jérusalem la sainte;
Que chacun donc, avec zèle, avec crainte,
M’aide en ce jour à louer le Seigneur.
PSAUME 117
1. Nations, louez le Seigneur;
Peuples, chantez à son honneur.
Pour nous, ses soins et son amour
Se renouvellent chaque jour;
Et sa constante vérité
Demeure à perpétuité.
PSAUME 118
1. Rendez à Dieu l’honneur suprême;
Car il est doux, il est clément,
Et sa bonté, toujours la même,
Dure perpétuellement.
Qu’Israël aujourd’hui s’accorde,
À chanter solennellement,
Que sa grande miséricorde
Dure perpétuellement.
2. Que d’Aaron la famille entière
Publie, avec ravissement,
Que sa clémence singulière
Dure perpétuellement.
Que ceux qui vivent dans sa crainte
Viennent, avec empressement,
Déclarer que sa bonté sainte
Dure perpétuellement.
3. Aussitôt que dans ma détresse,
Je recourus à sa bonté,
Sa main, me tirant de la presse,
Me mit au large, en sûreté.
Le Tout-Puissant, qui m’entend plaindre,
M’exauce au pied de son autel;
Il est mon Dieu, qu’aurais-je à craindre
De l’effort de l’homme mortel?
PAUSE 1
4. Le Tout-Puissant, que je révère,
Me tiendra ce qu’il m’a promis;
Et mes yeux verront sa colère
Fondre sur mes fiers ennemis.
Il vaut mieux avoir espérance
En l’Éternel, qu’en l’homme vain;
Il vaut mieux avoir confiance
En Dieu, qu’en nul pouvoir humain.
5. On vit leurs troupes animées
M’environner de tous côtés;
Main au nom du Dieu des armées,
Mon bras les a tous écartés.
Ils s’étaient rassemblés encore,
Cherchant à me faire mourir,
Mais au nom du Dieu que j’adore,
C’est moi qui les ai fait périr.
6. Tels qu’un épais essaim d’abeilles,
Ils fondaient sur moi, ces hautains;
Ils sont, par le Dieu des merveilles,
Comme un feu d’épines éteints.
Cruel, qui me faisais la guerre,
Tu m’avais vivement pressé;
Tu croyais me porter par terre;
Mais le Seigneur m’a redressé.
7. Le Dieu des cieux est ma puissance,
C’est le sujet, c’est le discours
De mes chants de réjouissance;
C’est de lui que vient mon secours.
Aux tentes de son peuple juste,
On loue, on chante le Dieu fort;
Chacun dit que son bras robuste
A fait un merveilleux effort.
PAUSE 2
8. De l’Éternel la main puissante
S’est signalée à cette fois;
C’est-là ce que son peuple chante,
Tout d’un cœur, et tout d’une voix.
Me voilà donc, malgré l’envie,
Des mains de la mort racheté;
Le Dieu fort m’a rendu la vie,
Je célébrerai sa bonté.
9. Il m’a plongé dans la souffrance;
Il m’a châtié rudement;
Mais soutenu par sa clémence,
Je n’ai point vu le monument.
Qu’on m’ouvre les portes si belles
Du saint temple au Seigneur voué;
Et qu’en présence des fidèles,
Son nom y soit par moi loué.
10. Ce sont les portes magnifiques
De la maison de notre Dieu;
Les justes, par de saints cantiques,
Viendront l’adorer en ce lieu;
C’est-là que, d’une ardeur nouvelle,
Tout haut je veux le célébrer,
Puisque, dans ma douleur mortelle,
Sa main a su me délivrer.
PAUSE 3
11. La pierre qu’avaient méprisée
Les conducteurs du bâtiment,
À l’angle pour jamais posée,
En fait la force et l’ornement.
C’est sans doute, une œuvre céleste,
Une œuvre du grand Dieu des cieux;
C’est un miracle manifeste,
Qu’il fait éclater à nos yeux.
12. La voici, l’heureuse journée
Qui répond à notre désir;
Louons Dieu qui nous l’a donnée,
Faisons-en tout notre plaisir.
Grand Dieu, c’est à toi que je crie;
Garde ton oint, et soutiens-le;
Grand Dieu, c’est toi seul que je prie,
Sauve ton peuple et maintiens-le.
13. Béni soit qui, cette journée,
Au nom du Seigneur vient ici.
Ô vous de sa maison sacrée,
Nous vous bénissons tous aussi.
Sur nous Dieu jette un œil propice,
Tout son peuple en est éclairé;
Liez le bœuf du sacrifice
Aux cornes de l’autel sacré.
14. Mon Dieu, c’est toi seul que j’adore;
Sans fin je dirai tes hauts faits.
Mon Dieu, c’est toi seul que j’honore;
Je veux te louer à jamais.
Rendez à Dieu l’honneur suprême,
Car il est doux, il est clément;
Et sa bonté, toujours la même,
Dure perpétuellement.
PSAUME 119
1. Heureux celui qui, par un juste choix,
S’abstient du mal, et vit dans l’innocence;
Qui, craignant Dieu, se soumet à ses lois!
Heureux celui qui, dans son alliance,
Garde avec soin ses statuts précieux,
Dont il a fait son unique science!
2. Loin de se plaire à des faits odieux,
Le juste marche, ainsi que Dieu l’ordonne,
Dans le chemin qu’il nous montra des cieux.
Tu veux, Seigneur, qu’en ce monde on s’adonne
À se former sur ton commandement,
Et que ta loi jamais on n’abandonne.
3. Mais par ta grâce, ô Dieu juste et clément,
Guide mes pas où ta voix me convie,
Sans que de toi je m’éloigne un moment.
Nul déshonneur ne troublera ma vie,
Si mon esprit, en ta voie arrêté,
De t’obéir ne perd jamais l’envie.
4. D’un cœur ouvert je dirai ta bonté,
Si tu me fais la grâce de comprendre
Te jugements toujours pleins d’équité.
C’est là le but où mon âme veut tendre;
Mais j’ai besoin, dans mon infirmité,
De ton secours, sans qu’il se fasse attendre.
PAUSE 1
5. Les jeunes gens veulent-ils s’amender?
Dans ce dessein qu’ils prennent pour adresse
Ce qu’il te plut en ta loi commander.
Pour moi, Seigneur, je te cherche sans cesse;
Mais je pourrais m’égarer aisément,
Si tes conseils n’appuyaient ma faiblesse.
6. J’ai dans mon cœur, gravé profondément
Tes ordres saints, pour ne plus te déplaire,
Et j’ai tâché de vivre saintement.
Ton nom est grand, partout on le révère,
Et sous ta main tout est humilié.
Rends-moi savant dans ta loi salutaire.
7. Ma voix, Seigneur, a toujours publié
Les jugements de ta bouche équitable,
Sans que j’en aie un seul point oublié.
Ta discipline et ta loi véritable
Ont fait ma joie et mon bien le plus cher,
Rien ici-bas ne leur est comparable.
8. À tes édits je saurai m’attacher;
Et si j’en ai la pleine connaissance,
Dans tes sentiers on me verra marcher.
On me verra les suivre avec constance,
Et rien, jamais, ne pourra m’arracher
Le souvenir de ta sainte alliance.
PAUSE 2
9. Répands tes dons sur moi, ton serviteur;
Ranime, ô Dieu, ma languissante vie;
Je garderai te lois de tout mon cœur.
Rends la lumière à ma vue affaiblie;
Sur tes édits j’attacherai mes yeux,
Pour contempler ta grandeur infinie.
10. Comme étranger je voyage en ces lieux,
Sers-moi de guide, et quelque part que j’aille,
Conduis mes pas dans le chemin des cieux.
Soir et matin mon esprit se travaille;
Et sur ta loi veillant incessamment,
Je crains qu’enfin le cœur ne me défaille.
11. Tu maudits ceux qui pèchent fièrement
Contre le culte où ta loi nous engage,
Et qui sont sourds à ton commandement.
Sauve-moi donc de la main qui m’outrage,
Et du mépris que je souffre pour toi;
Quand à toi seul on me voit rendre hommage.
12. Les grands ont ri des maux où je me vois,
Sont-ils ensemble, ils ne peuvent s’en taire,
Tandis, Seigneur, que je pense à la loi.
Mais cependant, je veux toujours m’y plaire;
C’est le conseil que je tiens près de moi,
Pour m’en servir au temps le plus contraire.
PAUSE 3
13. Je suis, hélas, sur le bord du tombeau;
Fais-moi sentir l’effet de ta promesse,
Et de mes jours rallume le flambeau.
Souvent, Seigneur, en pareille détresse,
À mes soupirs tes soins ont répondu;
Fais que ta voix m’instruise et me redresse.
14. Dès que j’aurai clairement entendu
Ta volonté que ta loi nous présente,
À t’obéir j’aurai l’esprit tendu.
Tu vois mon âme, et triste, et languissante,
Je n’en puis plus; veuille me rassurer,
Par ta parole efficace et puissante.
15. Dans cet état où je puis m’égarer,
Que ta clémence à mon secours envoie
Un feu divin, qui vienne m’éclairer.
Je veux choisir la sûre et droite voie;
Et mon esprit à tes lois attaché,
Sans plus tarder, va les suivre avec joie.
16. De les garder, avec soin j’ai tâché;
Ne permets pas, Seigneur, qu’en ta présence
Je sois confus pour t’avoir recherché.
Tu te plairas à ma persévérance,
Lorsque mon cœur, des faux biens détaché,
Aura reçu de toi sa délivrance.
PAUSE 4
17. De tes statuts, qui font tous mes souhaits,
Daigne, Seigneur, le droit chemin m’apprendre;
J’y marcherai constamment désormais.
Accorde-moi le don de les comprendre,
Et, m’efforçant à bien les retenir,
Je tâcherai de ne plus m’y méprendre.
18. Conduis mes pas, et fais-moi parvenir
Au droit sentier d’une vie innocente;
Seul il me plaît, et je veux m’y tenir.
Fléchis mon cœur par ta vertu puissante;
Qu’à te servir mes désirs soient bornés;
Et que jamais nul faux bien ne me tente.
19. Des vains objets que mes yeux détournés,
Soient attentifs à conduire ma vie
Par les conseils que tu m’auras donnés.
Sur ta parole, ô Dieu, je me confie;
Confirme-la par des succès heureux;
Et que ta main toujours me fortifie.
20. On me prépare un opprobre honteux;
Mais j’ai recours à ton trône équitable;
Ne me sois pas un juge rigoureux.
À ta promesse, à ta loi véritable,
Mon cœur s’attend, j’y borne tous mes vœux;
Fais-moi revivre, et sois-moi favorable.
PAUSE 5
21. Viens, par ta grâce où mon espoir j’ai mis,
Me retirer des dangers de ce monde;
Viens accomplir ce que tu m’as promis;
Afin qu’aussi les méchants je confonde,
Par qui je suis à toute heure insulté,
Sur ce qu’en toi tout mon espoir se fonde.
22. Qu’ainsi toujours ta ferme vérité
Soit dans ma bouche, et que je m’en souvienne;
Dans tous mes maux je m’y suis arrêté;
Que jusqu’au bout, Seigneur, je la maintienne;
Et qu’en tout temps, fidèle à mon devoir,
Ma volonté se conforme à la tienne.
23. Fais-moi sentir de tes lois le pouvoir,
Je marcherai dès lors en assurance,
Et je mettrai ma gloire à les savoir.
À haute voix, et plein de confiance,
Devant les rois, Seigneur, j’en parlerai,
Sans m’effrayer de leur vaine puissance.
24. De tout mon cœur, je me réjouirai
Dans cette loi, que tu nous as laissée;
Je la chéris, et je l’observerai.
À t’exalter j’aurai l’âme empressée;
Avec plaisir ta voix j’écouterai,
Pour te servir d’effet et de pensée.
PAUSE 6
25. Tu sais, grand Dieu, que tu me l’as promis;
À moi, Seigneur, qui, depuis ta promesse,
Espère en toi d’un cœur humble et soumis.
C’est cet espoir qui soutient ma faiblesse,
Qui me fait vivre, et me rend la vigueur,
Quand mon esprit est saisi de tristesse.
26. Les orgueilleux ont ri de ma langueur
Et blasphémé contre ton alliance;
Mais sans pouvoir en détourner mon cœur.
Je me souviens de ta juste vengeance,
Dont autrefois ils sentirent l’effet;
Ce souvenir adoucit ma souffrance.
27. Je tremble encore, pensant à leur forfait.
Leur folle humeur de ta loi s’est lassée,
Pour aggraver tout le mal qu’ils ont fait.
Mais moi, Seigneur, loin de l’avoir laissée,
Dans mon exil, dans mes plus grands ennuis,
J’ai, par mes chants, ta parole annoncée.
28. Je la médite, et les jours et les nuits,
Pensant à toi, marchant devant ta face;
Tout accablé, tout faible que je suis,
Je veux, Seigneur, soutenu par ta grâce,
Et sous tes yeux, autant que je le puis,
De tes sentiers suivre toujours la trace.
PAUSE 7
29. C’est mon partage, ai-je dit, ô Seigneur,
C’est tout mon soin de garder ta parole;
Seule elle fait ma gloire et mon bonheur.
Que ta pitié m’exauce et me console;
Tu l’as promis, et même avec serment;
Et ton serment ne peut être frivole.
30. À tous mes pas je veille incessamment;
Et par mes soins, je m’efforce à me mettre
Au droit chemin de ton commandement.
Je n’ai voulu ni tarder, ni remettre;
À tes édits mon esprit s’est rangé;
Et pour jamais est prêt à s’y soumettre.
31. Tes ennemis m’ont cent fois outragé;
Mais nonobstant leur fureur si cruelle,
Pour toi, Seigneur, mon cœur n’a point changé;
Ta loi m’enflamme, et me paraît si belle,
Que je me lève à minuit, pour chanter
De ton saint nom la louange immortelle.
32. Je prends, Seigneur, plaisir à fréquenter
Ceux dont les jours se passent dans ta crainte,
Et qui tes lois veulent exécuter.
Par ta bonté, la terre en son enceinte
Ne laisse rien à l’homme à souhaiter;
Mais je me borne à ta doctrine sainte.
PAUSE 8
33. Sur moi, Seigneur, ta main a répandu
Mille bienfaits, me tenant ta promesse;
Toujours aussi je m’y suis attendu.
Éclaire-moi, soulage ma faiblesse;
Puisque déjà je m’avance avec foi
Dans le chemin où ta bonté m’adresse.
34. Tes châtiments m’ont ramené vers toi:
Auparavant j’errais à l’aventure;
Mais aujourd’hui je vis selon ta loi.
Ô Dieu, qui vois tous les maux que j’endure,
Et qui pour moi fus toujours si clément,
Veuille m’instruire en ta doctrine pure.
35. Mes envieux m’accusent faussement;
Par leurs discours ils m’outragent sans cesse;
Mais ta loi fait tout mon attachement.
Leur cœur séduit se fond dans la mollesse;
Et moi, Seigneur, je ne puis recevoir
De vrai plaisir, qu’en ta seule sagesse.
36. Le plus grand bien que je pouvais avoir,
Ce fut le mal dont j’eus l’âme pressée;
Avant cela j’ignorais mon devoir.
D’or ou d’argent l’abondance amassée
N’égale pas le bonheur de savoir
La loi qu’aux tiens ta bouche a prononcée.
PAUSE 9
37. Tes propres mains, ô grand Dieu, m’ont formé;
Fais que ta grâce et me guide, et m’éclaire,
Et qu’en ta loi mon cœur soit confirmé.
Alors, Seigneur, celui qui te révère,
Si de ton bras je parais appuyé,
Prendra plaisir à voir que je prospère.
38. Avec raison ta main m’a châtié,
Je méritais ta sévère vengeance;
Mais ton amour ne m’a point oublié.
Viens donc, Seigneur, par ta grande clémence,
Me soutenir dans mon affliction;
C’est ta promesse, et c’est mon espérance.
39. Vois mes douleurs avec compassion,
Et je vivrai, moi qui de ta loi sainte
Ai toujours fait ma consolation.
Confonds, Seigneur, ceux qui n’ont point ta crainte;
Persécuté, j’ai mon recours à toi,
On me verra te révérer sans feinte.
40. Que tous les bons, rassemblés avec moi,
Prennent plaisir à ton divin service;
Qu’un même amour nous attache à ta loi.
Fais que toujours je t’offre en sacrifice
Une âme pure, un cœur rempli de foi;
Et qu’en t’aimant, jamais je ne rougisse.
PAUSE 10
41. J’attends, Seigneur, l’effet de ton secours;
À tant de maux ne puis-je voir l’issue?
Bientôt la mort va terminer mes jours.
Déjà lassé d’avoir en haut la vue,
J’ai dit, ô Dieu, quand auras-tu pitié
Du triste état de mon âme abattue?
42. Je suis flétri, tant je suis ennuyé,
Comme une fleur que le vent a ternie;
Mais de ta loi je n’ai rien oublié.
Quel terme enfin as-tu mis à ma vie;
Et quand ta main nous fera-t-elle voir
De ces méchants l’injustice punie?
43. Ils m’ont creusé, flattés d’un vain espoir,
Des puits profonds, par des ruses damnables,
Contre tes lois, et contre leur devoir.
Tes jugements sont toujours équitables;
Et puisqu’à tort je suis persécuté,
Fais-moi sentir tes bontés secourables.
44. Peu s’en fallut que leur malignité
N’eût le plaisir de ma ruine entière,
Sans que de toi je me sois écarté.
Rends-moi, Seigneur, ta céleste lumière;
Mon cœur alors, ravi de ta bonté,
Suivra tes lois jusqu’à l’heure dernière.
PAUSE 11
45. Dans ces hauts cieux, que tu formas jadis,
Se lit toujours visiblement gravée
La fermeté de tout ce que tu dis;
On l’a toujours d’âge en âge éprouvée.
Tu suspendis la terre dans les airs,
Où pour jamais sa place elle a trouvée.
46. Jusqu’à ce jour, par des ressorts divers,
Et sous les lois de ta sage conduite,
On voit encore subsister l’univers;
Et si mon âme aussi n’était instruite
À ne chercher qu’en ta loi son support,
C’en était fait, ma vie était détruite.
47. De tes statuts, dont je fais tout mon fort,
Avec plaisir la mémoire je garde;
Par eux ta main m’a tiré de la mort.
Je suis à toi, prends-moi donc sous ta garde,
Avec ardeur je suis ta volonté;
Et nuit, et jour, à toi seul je regarde.
48. On a souvent à ma vie attenté;
Et moi, toujours à ta pure doctrine,
De tout mon cœur, je me suis arrêté.
On ne voit rien que le temps ne ruine;
Tes ordres seuls ont de la fermeté,
Et leur vertu jamais ne se termine.
PAUSE 12
49. Ô que ta loi m’est un puissant secours!
Je la chéris d’un cœur rempli de zèle;
Je la médite et les nuits et les jours.
Elle m’éclaire; et ma conduite est telle,
Que je confonds mes plus fiers ennemis,
Parce qu’elle est ma compagne fidèle.
50. Ta grâce en moi ses plus grands dons a mis,
Et des docteurs je passe la science;
À tes statuts ayant l’esprit soumis,
Des plus âgés la longue expérience
Cède aux rayons dont tu m’as éclairé.
En m’élevant dans ta sainte alliance.
51. Des pas glissants je me suis retiré,
Et je tiendrai, si ta main me délivre,
Le droit chemin que tu m’as préparé.
Tes seuls édits sont ceux que je veux suivre;
Car, ô Seigneur, tu nous apprends par eux,
Comment l’on doit, et bien faire, et bien vivre.
52. Que ta parole est un bien précieux!
Dans sa douceur je me plais davantage
Qu’au goût du miel le plus délicieux.
Tes seuls conseils ont su me rendre sage;
Ils m’ont appris combien sont odieux
Tous les détours où le mensonge engage.
PAUSE 13
53. Ta vérité, comme un flambeau qui luit,
Me sert de guide; et sa vive lumière
Vient me montrer mon chemin dans la nuit.
Entends, Seigneur, mon ardente prière;
Je l’ai juré, je veux aimer toujours
Ta sainte loi d’un amour singulier.
54. Accorde-moi, Seigneur, un prompt secours;
Tu le promis, et je te le demande.
Je n’en puis plus; viens rassurer mes jours.
Daigne, Seigneur, recevoir mon offrande;
Je te la fais du cœur et de la voix;
Enseigne-moi ce que ta loi commande.
55. Ma triste vie est réduite aux abois,
Elle est sans cesse aux dangers exposée,
Sans que jamais j’aie oublié tes lois.
Sur mon chemin une fosse est creusée,
Mais nul péril ne peut m’épouvanter;
Et c’est ta loi qui rend ma route aisée.
56. Je l’ai choisie, et, loin de la quitter,
J’en fais mon fonds, mon plus riche héritage,
L’unique bien qui peut me contenter,
Sans que jamais mon esprit se partage.
Oui, dans tes sentiers je veux m’arrêter;
J’y veux toujours marcher avec courage.
PAUSE 14
57. Je n’eus jamais que de l’aversion
Pour le méchant, qui sans cesse t’offense;
Et ta loi fait toute ma passion.
Je t’ai choisi pour ma seule défense;
J’ai par ta grâce un asile chez toi;
Et ta promesse est ma ferme assurance.
58. Que les pervers s’éloignent donc de moi;
Qu’à nul faux bien mon esprit ne s’amuse;
Tout mon désir est de garder ta loi.
Ne permets pas qu’un vain espoir m’abuse.
Tu l’as promis, sois ô Dieu, mon soutien;
Et des méchants viens confondre la ruse.
59. Viens m’assister, je ne craindrai plus rien;
Si quelque mal me presse ou me menace,
Ta loi sera mon unique entretien.
Tes ennemis s’éloignent de ta face;
Mais tôt ou tard, aux pieds tu fouleras
Ces obstinés indignes de ta grâce.
60. Comme l’écume, au feu tu jetteras
Tous ces méchants dont le cœur t’abandonne;
Et leur orgueil un jour tu confondras.
Déjà, Seigneur, ta vengeance m’étonne;
Je vois les coups qui partent de ton bras,
Et de frayeur tout le corps m’en frissonne.
PAUSE 15
61. Tu sais, ô Dieu, que j’aime l’équité;
Souffrirais-tu que je fusse la proie
De ceux qui m’ont à tort persécuté?
Qu’en ma faveur ton secours se déploie;
Prends ma querelle, et confonds hautement
De l’orgueilleux la criminelle joie.
62. Mes yeux sont las d’attendre vainement,
D’où me viendra l’appui que je souhaite,
Et que tu m’as promis si saintement.
Que ta justice avec douceur me traite;
Rends-moi ta grâce, et fais-moi recevoir
De tes statuts la science parfaite.
63. Je suis à toi; remplis-moi de savoir;
Et fais qu’enfin, par ta bonté propice,
Tes hauts secrets je puisse concevoir.
Qu’aux yeux de tous éclate ta justice;
Ces insensés abolissent ta loi;
Et rien ne peut réprimer leur malice.
64. Tu vois mon cœur; tu sais, mon Dieu, mon Roi,
Que plus que l’or, ou qu’autre chose exquise,
Tes ordres saints sont estimés de moi.
Plus qu’un trésor je les aime et les prise;
Ils sont la règle et l’objet de ma foi;
J’ai détesté toute injuste entreprise.
PAUSE 16
65. Dans tes édits, Seigneur, sont contenus
Tes grands secrets, ta sagesse profonde;
Aussi toujours je les ai retenus.
Oui, dans ta loi tant de lumière abonde,
Que dès l’abord on en est éclairé,
Et qu’elle instruit les plus simples du monde.
66. Avec ardeur j’ai toujours aspiré
À t’obéir, au bonheur de te plaire,
Et constamment mon cœur l’a désiré.
Avec pitié regarde ma misère;
Et, comme à ceux qui t’ont donné leur cœur,
Fais-moi sentir ta grâce salutaire.
67. Conduis mes pas, préserve-moi d’erreur;
Que ton esprit jamais ne m’abandonne,
Et que le mal ne soit pas mon vainqueur.
Vois le danger qui partout m’environne;
Délivre-moi de cette adversité,
Et je ferai ce que ta loi m’ordonne.
68. Montre à mes yeux ta divine clarté;
Daigne m’instruire, et fais-moi bien comprendre
Tes règlements, ta sainte volonté.
L’excès des pleurs que l’on me voit répandre,
Vient du dépit dont je suis transporté,
De voir qu’en vain ta voix se fait entendre.
PAUSE 17
69. On te voit juste en tes commandements;
Juste en tes faits, Seigneur, quoique tu fasses;
L’équité règne en tous tes jugements.
Tu veux aussi qu’on marche sur les traces
Que nous marqua ta ferme et juste loi;
Et le pécheur doit craindre tes menaces.
70. Mais je m’afflige, ô Dieu, lorsque je vois,
Par ces méchants, ta parole oubliée,
Sans nul respect, sans nul égard pour toi.
Elle est si sainte, et si purifiée,
Que j’en ai fait toute ma passion,
Et qu’à l’aimer ma vie est dédiée.
71. Dans mes travaux, dans mon affliction,
Quelle que soit ma peine et ma souffrance,
Ta loi sera ma consolation.
À ta promesse est jointe la constance;
Et d’âge en âge, on voit ta vérité
Se confirmer dans ta sainte alliance.
72. De toutes parts je suis persécuté,
Et l’on dirait que ma perte est jurée;
Mais tes édits règlent ma volonté.
Ta parole est d’éternelle durée;
Viens me l’apprendre, ô Dieu plein de bonté,
Je jouirai d’une vie assurée.
PAUSE 18
73. De tout mon cœur j’élève à toi ma voix;
Sois favorable à ma juste demande,
Et je ferai ce qu’ordonnent tes lois.
Je te réclame, et te fais mon offrande;
Sauve-moi donc; je saurai maintenir
Le culte saint que ta loi nous commande.
74. Combien de fois m’as-tu vu prévenir
Le point du jour, quand je prie ou médite,
De tes leçons gardant le souvenir?
Quand le guet passe, et les quartiers visite,
Je veille encore, et j’ai les yeux ouverts
Sur cette loi que tu nous as prescrite.
75. Entends ma voix dans mes tourments divers,
Et rétablis mes forces qui languissent.
Par ta bonté, garde-moi des pervers;
Leur troupe approche, et leurs mains me saisissent,
Pendant qu’en eux règne l’iniquité,
Et que toujours ils te désobéissent.
76. Mais tu te tiens sans cesse à mon côté,
Toujours propice et toujours secourable,
Toujours le même en ta fidélité.
Ton alliance est ferme et immuable;
Aussi jamais mon cœur n’en a douté,
Le fondement en est inébranlable.
PAUSE 19
77. Regarde, ô Dieu, l’état où je me vois;
Mets quelque fin à ma peine mortelle,
Puisque jamais je n’oubliai ta loi.
Protège-moi dans ma juste querelle;
Fais-moi revivre; et viens me secourir,
Pour dégager ta promesse fidèle.
78. De tes édits nul ne veut s’enquérir;
Mais les méchants éprouvent ta vengeance;
Et, tôt ou tard, tu les feras périr.
Pour moi, Seigneur, j’espère en ta clémence;
Aime-moi donc, comme tu m’as aimé,
Et, pour ton nom, hâte ma délivrance.
79. À tes statuts mon cœur accoutumé
Les suit toujours, bien que je sois la proie
De tout un peuple, à ma perte animé.
Je meurs, hélas! lorsqu’il faut que je voie
Tous ces ingrats oser si lâchement
De ton salut abandonner la voie.
80. J’aimai toujours ton saint commandement;
Jette sur moi quelque regard propice,
Et soutiens-moi dans cet accablement.
Que ta parole, ô grand Dieu, s’accomplisse,
Comme il arrive indubitablement
De tout arrêt donné dans ta justice.
PAUSE 20
81. Des grands, à tort, je suis persécuté;
Mais je crains peu leur injuste puissance;
Tes jugements m’ont seuls épouvanté.
J’ai plus de joie et plus de confiance
Par tes conseils, que si j’avais trouvé
Quelque trésor d’une richesse immense.
82. Je hais la fraude; et j’ai bien éprouvé
Que c’est ta loi qui rend l’âme contente;
Je trouve en elle un bonheur achevé.
Sept fois le jour à ton honneur je chante;
Louant toujours les ordres merveilleux
Dont nous instruit ta vérité constante.
83. Un doux repos est réservé pour ceux
Qui sont soumis à ta loi souveraine,
Et tout s’accorde à répondre à leurs vœux.
C’est toi, Seigneur, qui peux finir ma peine;
Aussi ta loi sera mon seul objet,
Mon guide sûre, et ma règle certaine.
84. À ta loi sainte entièrement sujet,
J’ai résolu de l’aimer, et d’en faire
Ma seule étude et mon bonheur parfait:
À la garder je veux toujours me plaire.
Seigneur, qui vois ce que mon cœur promet,
Tu fais aussi que mon zèle est sincère.
PAUSE 21
85. Fais que mon cri puisse aller jusqu’à toi;
Accorde-moi le don d’intelligence;
Tu l’as promis; Seigneur, exauce-moi.
Que ma prière arrive en ta présence;
Tends-moi la main dans mon adversité,
Comme ta voix m’en donne l’espérance.
86. Ma bouche, ô Dieu, prêchera ta bonté,
Si, m’exauçant, tu m’accordes la grâce
De bien savoir ta sainte volonté.
De l’ennemi méprisant la menace,
Je parlerai, je dirai hautement,
Que de ta loi je veux suivre la trace.
87. Daigne, Seigneur, daigne donc promptement,
Pour mon secours, ta forte main étendre;
Car je m’attache à ton commandement.
C’est de toi seul que je veux tout attendre;
Et, désormais, mon unique plaisir
Sera celui qu’en ta loi je veux prendre.
88. Si j’ai de vivre encore quelque désir,
C’est pour ta gloire; et mon âme éclairée,
Pour son objet veut toujours la choisir.
Hélas! je suis la brebis égarée;
De me chercher, Seigneur, prends le loisir,
Car dans le cœur ta loi m’est demeurée.
PSAUME 120
1. Quand de douleur j’ai l’âme atteinte,
À mon Dieu j’adresse ma plainte;
Et mon Dieu, loin de me confondre,
Est toujours prêt à me répondre.
Seigneur, de ces lèvres menteuses,
Seigneur, de ces langues trompeuses,
Délivre-moi par ta bonté,
Et mets ma vie en sûreté.
2. Dis-moi, menteur, quel avantage
Te revient d’un si faux langage?
À quoi te seront profitables
Tes médisances détestables?
Ce sont des flèches acérées,
D’une puissante main tirées;
Et tes discours envenimés,
Tisons de genièvre enflammés.
3. Hélas! qu’elle m’est ennuyeuse
Cette demeure malheureuse,
Au milieu des tentes maudites
De Kédar, et des Méséchites!
Parmi ces nations cruelles
Qui se nourrissent de querelles,
Me faut-il vivre désormais,
Moi, qui ne cherche que la paix.
4. En vain mon âme la désire,
Jamais aucun d’eux n’y conspire;
Quand je la propose avec larmes,
C’est alors qu’ils courent aux armes.
PSAUME 121
1. Vers les monts je levais mes yeux,
D’où j’attendais toujours
Que viendrait mon secours;
Mais sur Dieu, qui fit les hauts cieux
Et la terre féconde,
Maintenant je me fonde.
2. Pour te faire aller sûrement,
On le verra veiller,
Sans jamais sommeiller;
D’Israël, dis-je, constamment,
La garde toujours veille,
Et jamais ne sommeille.
3. Il est ton appui, ton conseil;
Sa droite te conduit,
Et le jour, et la nuit.
Sur toi la lune et le soleil,
Tour à tour, sans te nuire,
Toujours tu verras luire.
4. De tout mal sa puissante main
Ton âme gardera;
Il te protégera.
Donnant toujours à ton dessein
Une entrée agréable,
Un succès favorable.
PSAUME 122
1. Quel transport, quel ravissement,
Lorsqu’on me dit, montons au lieu,
Où nous allons voir notre Dieu
Habiter éternellement!
Nos pieds s’arrêteront chez toi,
Jérusalem, et sans effroi
Nous y passerons notre vie;
Chez toi, Jérusalem, qui vois
Revivre la vigueur des lois;
Ville sainte, heureuse et munie.
2. On voit les tribus du Seigneur,
Selon son saint commandement,
Y monter solennellement,
Pour y célébrer son honneur.
Là sont les sièges révérés,
À la justice consacrés;
Et le trône de David même.
Priez pour la sainte cité;
Priez pour sa prospérité,
Et pour tout fidèle qui l’aime.
3. Puissent l’abondance et la paix
Fleurir à jamais sur tes bords!
Puisse le ciel de ses trésors,
Remplir tes superbes palais!
Oui, Sion, puisqu’encore je vois
Mes frères résider chez toi,
Pour toi mon zèle s’intéresse;
Surtout, à cause du saint lieu
Où veut habiter notre Dieu,
Je veux pour toi prier sans cesse.
PSAUME 123
1. Vers toi, grand Dieu, qui règnes dans les cieux,
Nous élevons nos yeux.
Le serviteur appelle en sa souffrance,
Son maître à sa défense;
Et la servante, aussitôt qu’on la blesse,
A l’œil sur sa maîtresse;
Ainsi, sur Dieu nos yeux sont arrêtés,
Implorant ses bontés.
2. Hélas! Seigneur, apaise ton courroux,
Et prends pitié de nous.
Nos ennemis nous accablent d’injures,
Et piquantes, et dures;
De traits perçants sans cesse ils nous déchirent;
Nos âmes en soupirent;
Et qui pourrait supporter les mépris,
De ces lâches esprits?
PSAUME 124
1. Ô qu’Israël peut bien dire en ce jour,
Que si le ciel pour nous n’eût pas été;
Si le Seigneur n’eût son peuple assisté;
C’en était fait, sans espoir de retour,
Quand l’ennemi sur nous se fût jeté.
2. Nous succombions sous un joug rigoureux,
Près de nous voir en proie à ces pervers;
Nous périssions par leurs complots divers;
Des grosses eaux le cours impétueux
Nous eût soudain entraînés et couverts.
3. Des conjurés les rapides torrents
Eussent sur nous cent et cent fois passé;
Mais gloire à Dieu, qui n’est plus courroucé,
Et qui n’a point permis à ces tyrans
D’engloutir tout comme ils l’avaient pensé.
4. Comme d’un lacs on voit rompre les nœuds,
Par les oiseaux qu’il avait attrapés;
De leurs filets nous sommes échappés.
Celui qui fit et la terre et les cieux,
Par son secours nous a développés.PSAUME 125
1. Qui met en Dieu son espérance,
Jamais ne tombera,
Ni ne chancellera;
Telle sera son assurance,
Que Sion, mont inébranlable,
N’est pas plus stable.
2. Comme Jérusalem est ceinte
De monts, de toutes parts,
Ainsi que de remparts;
Ceux qui du Seigneur ont la crainte,
À leurs côtés, pour leur défense,
Ont sa présence.
3. Ce n’est pas pour toujours, qu’il laisse
Les siens entre les mains
Des tyrans inhumains;
Il ne veut point que leur faiblesse,
Les expose, dans leur misère,
À lui déplaire.
4. Ô grand Dieu, bénis les fidèles;
Et laisse les pervers,
Dans leurs sentiers couverts,
Se perdre comme des rebelles.
Fais qu’en paix Israël fleurisse,
Par ta justice.
PSAUME 126
1. Quand Dieu tira, par sa bonté,
Son peuple de captivité,
Cet admirable évènement
Parut un songe seulement.
Soudain l’allégresse publique
Éclata par un saint cantique.
Et les Gentils disaient entre eux,
Dieu fait tout pour ce peuple heureux.
2. Il est vrai qu’en cet heureux jour,
Dieu nous montra tout son amour;
Car enfin, c’est de toi, Seigneur,
Que nous est venu ce bonheur.
Grand Dieu, rassemble toute entière
Notre nation prisonnière;
Comme aux déserts tu fais des monts
Tomber les eaux dans les vallons.
3. Souvent le triste laboureur,
Sème sa terre avec douleur;
Mais l’abondance des moissons
Vient changer son deuil en chansons.
Dans une espérance incertaine,
Il jetait son grain avec peine;
Mais joyeux il remportera
Les gerbes qu’il amassera.
PSAUME 127
1. On a beau sa maison bâtir;
Si le Seigneur n’y met la main
On ne peut que bâtir en vain.
Et, pour les villes garantir,
En vain le soldat veillera;
Sans Dieu, rien ne prospérera.
2. On a beau se lever matin,
Se coucher tard, vivre en douleurs,
Et tremper son pain dans ses pleurs.
Dieu seul fait tout notre destin;
Et c’est lui seul qui donne aux siens
Le vrai repos, et les vrais biens.
3. Quand l’homme a le bonheur d’avoir
Des enfants sages et bien nés,
C’est Dieu seul qui les a donnés;
C’est de Dieu qu’il doit recevoir,
Comme un présent de sa bonté,
Cette heureuse postérité.
4. Ses fils, pleins d’une vive ardeur,
Se montrent robustes et forts,
Capables des plus grands efforts;
Telle la flèche avec raideur,
Vers le but qu’elle va chercher,
Part du bras d’un habile archer.
5. Heureux les pères qui seront
De telles flèches bien munis!
Si leurs carquois en sont fournis,
Jamais ils ne succomberont;
Mais ils vaincront facilement
Leurs ennemis en jugement.
PSAUME 128
1. Heureux l’homme fidèle,
Qui sert Dieu volontiers!
Heureux qui, plein de zèle,
Suit ses justes sentiers!
D’un travail ordinaire
Il vit innocemment;
Et pour lui toute affaire
Succède heureusement.
2. Par un bonheur insigne,
Sa femme en sa maison
Sera, comme une vigne,
Féconde en sa saison.
Elle ornera sa table
D’aimables héritiers,
Tels qu’un rang agréable
De jeunes oliviers.
3. Des plus pures délices
Jouit l’homme innocent,
Qui déteste les vices,
Qui craint le Tout-Puissant.
Vivant dans cette crainte,
Il verra prospérer
Jérusalem la sainte,
Et sa gloire durer.
4. Il verra de sa race
Double postérité;
Et de toute disgrâce
Israël exempté.
PSAUME 129
1. Dès ma jeunesse, ils m’ont fait mille maux;
Dès ma jeunesse, Israël peut le dire,
Mes ennemis m’ont livré mille assauts;
Jamais pourtant ils n’ont pu me détruire.
2. J’en porte encore les marques jusqu’aux os;
Et l’on dirait qu’une forte charrue
À grands sillons m’a labouré le dos,
Traînant le soc sur ma peau toute nue.
3. Mais du Seigneur le juste jugement
Brisa mes fers, et réprima leur rage.
Puissent ainsi périr honteusement
Ceux qui voudront à Sion faire outrage!
4. Puissent-ils tous à l’herbe ressembler,
Que l’on voit croître au bord d’une muraille,
Qui se flétrit sans que, pour l’assembler,
Jamais aucun s’empresse et se travaille.
5. On ne voit point un ardent moissonneur
En répandre le blé mûr par brassées;
On ne voit point un avide glaneur
En remporter des gerbes amassées.
6. On n’entendit jamais aucun passant
Faire ce vœu: l’Éternel vous bénisse;
Jamais pour eux aucun s’intéressant,
Ne leur a dit, Dieu de bien vous remplisse.
PSAUME 130
1. Au fort de ma détresse,
Dans mes profonds ennuis,
À toi seul je m’adresse,
Et les jours, et les nuits.
Grand Dieu, prête l’oreille
À mes cris éclatants,
Que ma voix te réveille,
Seigneur, il en est temps.
2. Si ta rigueur extrême
Nos péchés veut compter,
Ô Majesté suprême!
Qui pourra subsister?
Mais ta clémence règne
Sur ta sévérité;
Et tu veux qu’on te craigne,
Seigneur, pour ta bonté.
3. En Dieu je me console
Dans mes plus grands malheurs;
Et sa ferme parole
Apaise mes douleurs.
Mon cœur vers lui regarde,
Brûlant d’un saint amour,
Plus matin que la garde
Qui devance le jour.
4. Qu’Israël sur Dieu fonde
En tout temps son appui;
En lui la grâce abonde,
Le secours vient de lui.
De toutes nos offenses
Il nous rachètera;
De toutes nos souffrances
Il nous délivrera.
PSAUME 131
1. Seigneur, je n’ai point l’esprit vain;
Je n’aspirai jamais trop haut;
Et je n’eus jamais le défaut
De tenter un trop grand dessein.
2. Si, toujours mon humilité
Ne me rendit obéissant,
Comme un tendre et faible innocent,
À qui le lait vient d’être ôté;
3. Si, dis-je, toujours je ne fus
De tout vain désir délivré,
Comme un enfant qu’on a sevré;
Ô Seigneur, ne m’écoute plus.
4. Attendons de Dieu le secours,
Dans toutes nos adversités;
Et qu’en ses divines bontés
Israël espère toujours.
PSAUME 132
1. Mon Dieu, daigne te souvenir
De David, et de son tourment;
De ses vœux, et du grand serment
Qu’il fit, et qu’il voulut tenir,
Au Dieu de Jacob constamment.
2. En ce jour, dit-il, je promets,
Qu’en mon palais je n’entrerai,
Ni sur mon lit ne monterai;
Que je ne dormirai jamais,
Ni mes yeux je ne fermerai;
3. Qu’après avoir trouvé le lieu,
Qu’au Seigneur je dois préparer,
Et que je veux lui consacrer,
Afin que d’Israël le Dieu
Y veuille toujours demeurer.
4. Nous fûmes instruits autrefois,
En Éphrata, par nos aïeux
Que ce Dieu saint et glorieux
Des champs de la forêt fit choix.
C’est là qu’il se montre à nos yeux.
5. Là, dans ses tentes, à genoux,
Nous adorerons son pouvoir;
Nous dirons: ô Dieu, notre espoir,
Viens donc, viens reposer chez nous,
Avec l’arche où tu te fais voir.
6. Revêts de ta vertu, Seigneur,
Pour l’amour de David, ton roi,
Les saints ministres de ta loi:
Que ton oint, que ton serviteur,
Soit toujours appuyé de toi.
PAUSE
7. Dieu fit un traité solennel
Avec David, et le jura:
De ton sang, dit-il, on verra,
Sur ton trône perpétuel,
Quelqu’un que ma main y mettra.
8. Si tes fils observent mes lois
Que de ma bouche ils apprendront,
Heureusement ils régneront;
Et leurs enfants, de rois en rois,
À ton sceptre succéderont.
9. Le Seigneur a daigné choisir
Sion, afin de s’y loger;
Je ne veux, dit-il, plus changer;
C’est un lieu selon mon désir;
Je l’aime, et veux le protéger.
10. Sur tout le peuple, à pleines mains,
L’abondance je répandrai;
Tous ses prêtres je bénirai;
Et favorables à ses desseins,
De mes biens je le comblerai.
11. Je rendrai David florissant;
Sa force en Sion s’accroîtra;
Partout sa vertu reluira;
Et le bruit de son nom puissant
En tous climats retentira.
12. Enfin, de honte et de malheur
J’accablerai ses envieux,
Faisant éclater à leurs yeux,
Sur son front brillant de splendeur,
Un diadème glorieux.
PSAUME 133
1. Ô qu’il est doux, et qu’il est agréable,
De voir ainsi, dans une paix durable,
Tous les frères s’entretenir!
Ce saint accord me fait ressouvenir
De la sainte huile, et du sacre d’Aaron,
Des eaux de Sion et d’Hermon.
2. Comme l’on voit cette huile se répandre,
Et, par filets, de la tête descendre
Sur le bord du sacré manteau;
Comme l’on voit de fraîches veines d’eau,
Quand la rosée a tombé sur ces monts,
Venir réjouir les valons;
3. Ainsi de Dieu la bonté paternelle
Répand des cieux sur la troupe fidèle,
À toute heure, de nouveau dons.
PSAUME 134
1. Vous, saints ministres du Seigneur,
Qui, dévoués à son honneur,
Veillez la nuit dans sa maison,
Présentez-lui votre oraison.
2. Levez vos mains vers le saint lieu,
Où vous contemplez notre Dieu;
Et pour lui plaire, récitez
Les merveilles de ses bontés.
3. Dieu, qui fit la terre et les cieux,
Et qui toujours prend soin des siens,
De Sion, si chère à ses yeux,
Te garde, et te comble de biens.
PSAUME 135
1. Ministres de l’Eternel,
Louez sans fin le Seigneur;
Louez son nom, sa grandeur,
Par un culte solennel,
Vous qui servez au milieu
Des parvis de notre Dieu.
2. D’un Dieu si juste et si doux
Chantez ici la bonté;
Louez sa fidélité;
Car pour son peuple, entre tous,
C’est Israël qu’il a pris,
Comme un joyau de grand prix.
3. J’ai toujours connu qu’il est
Plus grand que les autres dieux.
Sur la terre, et dans les cieux,
Il fait tout ce qu’il lui plaît.
À son gré, la mer s’émeut;
Il la calme quand il veut.
4. D’un regard il fait monter
Les nuages dans les airs,
Qu’on voit, après mille éclairs,
Sur la terre dégoutter;
Il tire de ses trésors
Les vents terribles et forts.
5. On vit périr par ses mains,
D’Égypte les premiers-nés;
Tour furent exterminés,
Le bétail, et les humains.
Égypte, alors tu pus voir
Les effets de son pouvoir.
6. Il a détruit Pharaon,
Et toutes ses légions;
Les rois, et les nations;
Témoin l’orgueilleux Sihon,
Témoin le Roi de Basan,
Et tous ceux de Canaan.
7. À son peuple d’Israël
Il a livré leur pays;
Pour ce peuple il l’a conquis,
À titre perpétuel.
Grand Dieu, ton nom glorieux
Doit durer plus que les cieux.
PAUSE
8. De Dieu le nom florissant
D’âge en âge éclatera.
Ce grand Dieu nous soutiendra
Par son bras toujours puissant.
Pour nous, sa sévérité
Fera place à sa bonté.
9. Les dieux faits d’or et d’argent,
Que servent les nations,
Ne furent qu’inventions
D’un ouvrier diligent;
Leur bouche est sans se mouvoir,
Et leurs yeux ne sauraient voir.
10. Sans ouïr, sans respirer,
Ils se montrent tels qu’ils sont.
Tels soient tous ceux qui les font,
Ou qui vont les adorer;
Tels, ceux qu’on voit arrêtés
À ces folles vanités.
11. Mais vous, enfants d’Israël,
Vous, pour qui Dieu fut si bon,
Et vous, famille d’Aaron,
Bénissez tous l’Éternel.
Maison des Lévites saints,
Montre aussi que tu le crains.
12. Vous tous, qui le révérez,
Louez son nom glorieux.
Béni soit le Dieu des cieux,
Qu’en Sion vous adorez,
Qui veut, sans jamais changer
Dans Jérusalem loger.
PSAUME 136
1. Célébrez Dieu hautement,
Car il est doux et clément:
Et son immense bonté
Dure à perpétuité.
2. Célébrez le Dieu des dieux,
Élevé sur tous les cieux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
3. Rendez à Dieu les honneurs,
Dûs au Seigneur des seigneurs;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
4. Dites que ce Roi des rois
Fait, seul, mille grands exploits;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
5. C’est lui qui fit sagement,
Et l’air, et le firmament;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
6. Sur les eaux il suspendit
La terre, qu’il étendit;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
7. Il mit aux cieux des flambeaux
Toujours lumineux et beaux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
8. Le soleil, qui, dans son tour,
À seul l’empire du jour;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
9. La lune et ce qui, la nuit,
Avec elle règne et luit;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
10. Par lui sont exterminés
D’Égypte les premiers-nés;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
11. Son peuple qu’il en tira,
Ses merveilles célébra;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
12. Il le sauva par l’effort
De son bras puissant et fort;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
PAUSE
13. Sa main, divisant les eaux,
Y fit des chemins nouveaux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
14. Entre les flots entassés,
Tous ses enfants sont passés;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
15. Il fit plus; il les vengea
Du tyran qu’il submergea;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
16. Dans le désert, jour et nuit,
Il a son peuple conduit;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
17. Son courroux, plus d’une fois,
Renversa princes et rois;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
18. Ces grands rois dans les combats
Périrent tous par son bras;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
19. Sihon, prince Amorrhéen,
Fut dépouillé de son bien;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
20. Hog aussi, par lui défait,
Fut puni de son forfait;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
21. Pour son peuple, il a conquis
Un grand et riche pays;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
22. Il y fonda d’Israël
L’empire perpétuel;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
23. Quand nous étions affligés,
Sa main nous a soulagés;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
24. Il nous a tirés des mains
Des ennemis inhumains;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
25. Lui seul conserve et soutient
Ce que l’univers contient;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
26. Enfin, du grand Dieu des cieux
Louez le nom glorieux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
PSAUME 137
1. Assis aux bords de ce superbe fleuve
Qui de Babel les campagnes abreuve,
Nos tristes cœurs ne pensaient qu’à Sion;
Chacun, hélas! dans cette affliction,
Les yeux en pleurs, la mort peinte au visage,
Pendit sa harpe aux saules du rivage.
2. Ceux qui captifs en ces lieux nous menèrent,
Nos hymnes saints cent fois nous demandèrent,
Ils nous pressaient de les leur réciter.
Ah! dîmes-nous, pourrions-nous les chanter!
Quoi! nous pourrions, dans une terre étrange,
De notre Dieu profaner la louange!
3. Puisse ma main, oubliant sa science,
Laisser son luth languir dans le silence,
Si de Sion je perds le souvenir!
Puisse ma langue à mon palais tenir,
Jérusalem, si jamais j’ai de joie,
Que dans tes murs la paix je ne revoie!
4. Mais toi, Seigneur, remets dans ta mémoire
De nos malheurs la déplorable histoire;
Les Fils d’Édom, souviens-t-en, s’écriaient,
Quand en fureur ta ville ils ruinaient;
Vite, abattez, qu’elle soit embrasée,
Et jusqu’au pied des fondements rasée.
5. Fière Babel, qui réduis tout en cendre,
Heureux celui qui doit un jour te rendre
Les maux cruels que ta main nous a faits!
Heureux, qui doit te détruire à jamais,
Qui t’arrachant tes enfants des mamelles,
Écrasera leurs têtes infidèles.
PSAUME 138
1. Il faut, grand Dieu, que de mon cœur
La sainte ardeur
Te glorifie;
Qu’à toi, des mains et de la voix,
Devant les rois
Je psalmodie.
J’irai t’adorer, ô mon Dieu,
En ton saint lieu,
D’un nouveau zèle;
Je chanterai ta vérité,
Et ta bonté
Toujours fidèle.
2. Ton nom est célèbre à jamais,
Par les effets
De tes paroles;
Quand je t’invoque, tu m’entends;
Quand il est temps
Tu me consoles.
Tous les rois viendront à tes pieds,
Humiliés,
Prier sans cesse,
Sitôt qu’ils auront une foi
Ouï la voix
De ta promesse.
3. Ils rempliront par leurs concerts,
Tout l’univers
De tes louanges;
Les peuples, qui les entendront,
Admireront
Tes faits étranges.
Grand Dieu, qui vois du haut de cieux,
Tous ces bas lieux
Sous ton empire;
Quoique tu sembles être loin,
C’est par ton soin
Que tout respire.
4. Si mon cœur, dans l’adversité,
Est agité,
Ton bras m’appuie;
C’est toi qui délivres des mains
Des inhumains
Ma triste vie;
Quand je suis le plus abattu,
C’est ta vertu
Qui me relève.
Ce qu’il t’a plu de commencer,
Sans se lasser
Ta main l’achève.
PSAUME 139
1. Grand Dieu, tu vois ce que je suis,
Ce que je fais, ce que je puis;
Que je sois assis, ou debout,
Tes yeux me découvrent partout;
Et tu pénètres ma pensée,
Même avant qu’elle soit tracée.
2. Soit que je marche, ou sois couché,
Je ne te suis jamais caché;
Ta vue éclaire mon sentier,
Et tu me connais tout entier;
Le mot à peine est sur ma langue,
Que déjà tu sais ma harangue.
3. Lorsque je vais, lorsque je viens,
Je me sens pris dans tes liens;
Seigneur, ton pouvoir souverain
Me mit, en naissant, sous ta main;
Et comment pourrait ma faiblesse
Atteindre à ta haute sagesse?
4. Si ton Esprit veut me chercher,
Où fuirai-je pour me cacher?
Puis-je me sauver devant toi?
Si je monte aux cieux, je t’y vois;
Et si je descends dans l’abîme,
Je t’y vois pour punir mon crime.
5. Quand l’aurore m’aurait prêté
Ses ailes, sa rapidité,
Et que j’irai, en fendant l’air,
Aux bords opposés de la mer;
Ta main, s’il te plaît de l’étendre
Viendra m’y poursuivre et m’y prendre.
6. Si je dis: la nuit, pour le moins,
Me cachant aux yeux des témoins,
De son ombre me couvrira;
La nuit même t’éclairera;
Car l’ombre la plus ténébreuse
Est pour toi claire et lumineuse.
7. Tu sondes mes reins et mon cœur;
Et c’est toi qui formas, Seigneur,
Tout mon corps si bien assorti,
Dans les flancs d’où je suis sorti;
Et pour ces merveilles étranges,
Ma bouche chante tes louanges.
8. Seigneur, les biens que tu nous fais,
Ta puissance, et ses hauts effets,
N’ont jamais pu se concevoir;
Mon âme cherche à les savoir;
Mais toi, qui seul m’as donné l’être,
Seul aussi tu peux me connaître.
9. Oui, c’est ta main qui m’a tissu,
Dans le sein où je fus conçu.
Tes yeux me virent imparfait;
Et de mon corps rien n’était fait,
Rien n’avait commencé de vivre,
Que tout s’écrivait dans ton livre.
10. Grand Dieu, tous tes faits glorieux
Me furent toujours précieux;
On ne saurait les supputer;
Et si je voulais les compter,
Il s’en trouverait davantage
Que de grains de sable au rivage.
11. J’y médite avant mon sommeil;
J’y pense encore à mon réveil.
Mais, Seigneur, quand détruiras-tu
Mes ennemis, par ta vertu?
Quand viendras-tu, par ta puissance,
Les éloigner de ma présence?
12. J’entends ces orgueilleux, Seigneur,
Qui voudraient ternir ton honneur,
Et dont la folle impiété
Ose attaquer ta Majesté.
Contr’eux tous mes esprits s’aigrissent,
Et je hais ceux qui te haïssent.
13. Je veux les haïr constamment,
Je les déteste ouvertement;
Oui, Seigneur, je veux, toujours,
Enfuir les profanes discours.
N’est-il pas juste que j’abhorre
Le méchant qui te déshonore?
14. Dieu juste et bon, éprouve-moi,
Vois si je n’aime pas ta loi,
Ou si mon pied s’est arrêté
Au chemin de l’iniquité;
Et que ta grâce, où je me fonde,
Soit toujours mon guide en ce monde.
PSAUME 140
1. Ô Dieu, réprime l’insolence
D’un ennemi malicieux;
Sauve-moi de sa violence,
Et de ses desseins furieux.
2. Avec d’autres qui lui ressemblent,
Il me prépare mille maux;
Et toutes les fois qu’ils s’assemblent,
Je vois augmenter mes travaux.
3. Leur langue, perçante et légère,
Est une langue de serpent;
C’est un noir venin de vipère,
Qui de leurs lèvres se répand.
4. Garantis-moi des mains cruelles
Du méchant, qui guette mes pas;
Confonds les ruses criminelles
De ceux qui veulent mon trépas.
5. Mes ennemis, pleins de finesse,
Autour de moi s’étaient rendus;
Sur mon chemin, avec adresse,
Leurs pièges se trouvaient tendus.
6. Mais implorant ton assistance,
Seigneur, ai-je dit, souviens-toi
Qu’autrefois, prenant ma défense,
Ton bras se déploya pour moi.
PAUSE
7. Grand Dieu dans toutes mes alarmes,
Tu fus prompt à me protéger;
Je me vis couvert de tes armes,
Au milieu du plus grand danger.
8. N’accorde jamais à ces traîtres
Le fruit d’un injuste désir;
S’ils pouvaient se rendre les maîtres,
Ma perte ferait leur plaisir.
9. Le chef de cette troupe infâme
Souffrira pour peine à son tour,
Autant de honte, autant de blâme,
Qu’il m’en fait souffrir en ce jour.
10. Une foudroyante tempête
Tombera sur eux promptement,
Sans qu’ils puissent sauver leur tête
Des coups d’un juste jugement.
11. Celui qui tient un faux langage,
En nul lieu ne s’affermira;
Et qui se plaît à faire outrage,
Le mal qu’il fait le poursuivra.
12. L’Eternel tient prêt le supplice,
Afin de venger l’affligé;
Et qui fait au pauvre injustice,
De Dieu même sera jugé.
13. Ainsi, Seigneur, en ta présence,
Les justes te célébreront;
Et toujours par ta providence,
Les fidèles prospéreront.
PSAUME 141
1. Grand Dieu, c’est toi que je réclame;
Prête l’oreille, écoute-moi;
Entends mes cris, et hâte-toi
De venir consoler mon âme.
2. Qu’au ciel parvienne ma demande,
Comme on y voit monter l’encens;
Reçois mes mains que je te tends,
Comme au soir tu reçois l’offrande.
3. Ferme de mes lèvres la porte;
Garde-les toi-même, ô mon Dieu;
Afin qu’en nul temps, en nul lieu,
Aucun mauvais discours n’en sorte.
4. Éloigne mon cœur des délices
Dont les méchants sont enchantés;
Si je goûtais leurs voluptés,
Je pourrais prendre aussi leurs vices.
5. Que le juste me soit sévère,
Ses reproches me seront doux;
Et pour moi ses plus rudes coups
Seront un baume salutaire.
6. Mais en vain l’inique et l’impie
Voudraient me flatter, par leurs soins;
Je n’en souhaiterais pas moins
De voir leur audace punie.
7. Car lorsque leurs chefs détestables
Seront en bas précipités,
Mes discours seront écoutés
Par des juges plus équitables.
8. Lorsqu’on fend le bois ou la pierre,
On voit éclater cent morceaux;
De même près de nos tombeaux,
Nos os épars couvrent la terre.
9. Mon Dieu, ta sais que l’on m’outrage.
Mes yeux sont attachés sur toi,
Ta grâce est l’appui de ma foi;
Veuille relever mon courage.
10. Seigneur, garantis-moi du piège
De ces ennemis inhumains;
Seigneur, garantis-moi des mains
De cette troupe qui m’assiège.
11. Fais qu’enfin chacun d’eux trébuche
Dans le piège qu’ils m’ont tendu;
Pendant que ton soin assidu
Me tirera de leur embûche.
PSAUME 142
1. Vers Dieu, dans les derniers abois,
Vers mon Dieu j’élève ma voix.
Mon cœur se répand devant lui;
Et lui déclare son ennui.
2. La frayeur dont je fus surpris,
Avait glacé tous mes esprits.
Toi seul, ô Dieu, dans mes travaux,
Pus trouver l’issue à mes maux.
3. Par tous les lieux où j’ai passé,
J’ai vu quelque piège dressé.
Partout mes yeux cherchent en vain,
Quelqu’un qui me tende la main.
4. Hélas! tout espoir m’est ôté
D’échapper à leur cruauté;
Nul en ce jour ne prend le soin
De m’assister dans mon besoin.
5. À toi seul j’ai tout mon recours,
Seul tu peux conserver mes jours;
Car tu fus toujours mon soutien,
Et tout le reste ne m’est rien.
6. Entends mon cri, vois mes ennuis;
Vois le triste état où je suis;
Garde-moi de mes envieux,
Qui vont me détruire à tes yeux.
7. Tire-moi de cette prison,
Afin que je chante ton nom;
Les justes se joindront à moi,
Si je suis protégé de toi.
PSAUME 143
1. Seigneur, vois ma peine et ma crainte;
Daigne écouter ma juste plainte;
Reçois ma supplication;
Et, selon ta promesse sainte,
Adoucis mon affliction.
2. J’ai trop mérité ta colère;
Mais que ta justice sévère
N’entre point en compte avec moi;
En vain aucun mortel espère
Se justifier devant toi.
3. L’ennemi qui me fait la guerre
M’a défait, m’a porté par terre;
Et pour finir mon triste sort,
Dans un lieu sombre il me resserre,
Comme si j’étais déjà mort.
4. Mon âme, de douleur pressé,
Croit que ta clémence est lassée,
Et que tu m’as abandonné.
Tant de maux troublent ma pensée,
Que mon cœur en est étonné.
5. Au fond de cette grotte noire
J’ai rappelé dans ma mémoire
Le temps de mes prospérités;
Et tes hauts faits, si pleins de gloire,
Ont été par moi récités.
6. Délivre-moi de ce martyre;
Je te tends les mains, je soupire;
Et mon âme, en ce mal nouveau,
Est altéré, et te désire
Comme un champ sec désire l’eau.
PAUSE
7. Montre-moi ta face adorable,
Mon cœur s’abat, le mal m’accable;
Hâte-toi de me secourir.
Je suis, hélas! déjà semblable
À ceux qui sont près de mourir.
8. Fais-moi, dès le matin, entendre
Ta bonté paternelle et tendre,
Sur qui se repose ma foi;
Dis-moi la route qu’il faut prendre;
Car mon âme s’élève à toi.
9. Grand Dieu, mon unique défense,
Garantis-moi par ta puissance,
De la main de mes ennemis;
Je mets toute mon espérance
Au secours que tu m’as promis.
10. Enseigne-moi ce qu’il faut faire
Pour t’obéir, et pour te plaire;
Et qu’ainsi dans le droit chemin
Ton esprit me guide et m’éclaire,
Dès cette heure, et jusqu’à ma fin.
11. Que ta grâce, où je me confie,
Me soutienne et me fortifie
En cette dure extrémité;
Et qu’elle ranime ma vie,
Pour faire éclater ta bonté.
12. Seigneur, tu me seras propice,
Et tu confondras la malice
De mes cruels persécuteurs;
J’attends de toi cette justice,
Comme un de tes adorateurs.
PSAUME 144
1. Béni soit Dieu, lui qui, dans les alarmes,
Dresse mes mains à manier les armes,
Qui me rassure, et qui soutient mon bras;
Lui qui me rend invincible aux combats.
Il est mon fort, mon appui, ma défense;
Sous sa faveur, je vis en assurance;
Et c’est sa main, malgré mes ennemis,
Qui tient mon peuple à mon sceptre soumis.
2. Qu’est-ce que l’homme, en sa faiblesse extrême;
Qu’est-ce que l’homme, ô Majesté suprême,
Que ta bonté daigne s’en souvenir,
Et que ta main se plaise à le bénir!
L’homme, en effet, n’a qu’une courte vie,
À mille maux en tout temps asservie;
Ses plus beaux jours sont une ombre qui fuit,
Changés bientôt en une longue nuit.
3. Baisse les cieux; hâte-toi d’en descendre;
Frappe les monts, et réduis les en cendre.
Pour renverser tant d’ennemis divers.
Lance ta foudre, allume tes éclairs.
Tends-moi d’en-haut tes mains si secourables;
Retire-moi des torrents effroyables;
Délivre-moi d’un si pressant danger,
Et du pouvoir d’un cruel étranger.
PAUSE
4. Toujours la fraude est dans leur bouche impie,
Ils ont les mains pleines de perfidie;
Mais moi, Seigneur, ta sais que mille fois
Je t’ai loué des mains et de la voix.
C’est toi, mon Dieu, c’est toi, dont la puissance
Garde les rois, s’arme pour leur défense;
David, par elle, évite des méchants
Les noirs complots, et les glaives tranchants.
5. Fais donc qu’encore je résiste à la rage
D’un ennemi, qui m’insulte et m’outrage;
De qui le cœur est toujours infecté
Par le mensonge, et par l’impiété.
Que nos fils soient comme de jeunes plantes,
Fraîches toujours, et toujours florissantes;
Et qu’en beauté nos vierges soient aux yeux,
Des hauts piliers d’albâtre précieux.
6. Que de tes biens chaque maison soit pleine;
Que les troupeaux de nos bêtes à laine,
Par millions croissant de toutes parts,
Couvrent nos champs, et remplissent nos parcs.
Donne à nos bœufs et la force et la graisse;
Fais que jamais l’ennemi ne nous presse;
Que nul effroi ne trouble nos moissons,
Et ne nous force à quitter nos maisons.
7. Heureux le peuple, à qui Dieu, dès ce monde,
Donne une paix si douce et si profonde!
Heureux le peuple, en tout temps, en tout lieu,
Dont l’Éternel veut bien être le Dieu.
PSAUME 145
1. Mon Dieu, mon Roi, toujours puissant et bon,
Je veux sans fin exalter ton saint nom;
Je veux, Seigneur, en tous lieux, en tout temps,
Te célébrer sur des tons éclatants.
L’Éternel seul est grand et redoutable;
Nul ne comprend son essence adorable.
Un siècle à l’autre annonce ses louanges;
Et tout nous dit ses merveilles étranges.
2. Je veux chanter sa gloire et sa grandeur,
Qu’on voit briller avec tant de splendeur;
Et pour louer ses miracles divers,
J’emprunterai la voix de l’univers.
Le cieux, la terre, et tes autres ouvrages,
De tes vertus sont les vives images.
J’apprendrai d’eux à publier sans cesse,
Et ta puissance, et ta haute sagesse.
3. Ils sont témoins de ta fidélité,
Ils nous font voir ta force et ta bonté;
Prêts à transmettre, aux peuples à venir,
Mêmes leçons et même souvenir.
Dieu fut toujours clément et débonnaire,
Prompt au pardon, tardif à la colère;
Et ses faveurs, si souvent éprouvées,
Sont à nos yeux, en tous ses faits gravées.
PAUSE
4. Aussi, Seigneur, les œuvres que tu fais,
De ta bonté ne se tairont jamais;
Mais tes enfants, touchés plus vivement,
Te béniront aussi plus dignement.
Tous d’un accord, et d’un chant de victoire,
De ton empire ils chanteront la gloire;
En tous climats ils te feront connaître;
Tous les mortels voudront t’avoir pour maître.
5. Ton règne, ô Dieu, subsistera toujours,
Rien n’en saurait interrompre le cours;
Ta main retient l’homme près de tomber;
Ton bras soutient ceux qui vont succomber.
À toi, Seigneur, s’attend ta créature,
Elle reçoit de toi la nourriture.
Quand il est temps, ouvrant ta main puissante,
Tu la repais, et remplis son attente.
6. Notre Dieu, dis-je, est juste en tous ses faits,
Et ses faveurs remplissent nos souhaits;
Il se tient près de ceux qui, tous les jours,
D’un cœur fidèle implorent son secours.
Sa providence, à ceux qui le révèrent,
Donne toujours ce que leurs cœurs espèrent.
Il est touché de leurs cris, de leurs larmes;
Il les délivre en toutes leurs alarmes.
7. Celui qui l’aime éprouve sa bonté;
Mais du méchant il punit la fierté.
Ma bouche aussi sans fin le chantera;
Tout ce qui vit, sans fin le bénira.
PSAUME 146
1. Mon âme tout nous convie
À célébrer le Seigneur;
Que notre plus forte envie
Soit d’exalter son honneur,
Mon Dieu, je te bénirai
Tout le temps que je vivrai.
2. N’ayez jamais d’espérance
En aucun pouvoir humain;
C’est une faible assurance,
Que le bras de l’homme vain.
Le jour qu’il expirera,
En poudre il retournera.
3. Avec lui s’évanouissent
Ses projets ambitieux;
Mais heureux ceux qu’affermissent
Les mains du Dieu glorieux!
Heureux qui, pour tout secours,
À Dieu seul a son recours.
4. Il est le souverain Maître
Et de la terre et des cieux;
À tout il a donné l’être
Dans leur globe spacieux;
C’est lui dont la vérité
N’a point de cours limité.
PAUSE
5. L’Éternel juge, et délivre
Ceux que l’on voit opprimés;
Il donne du pain pour vivre,
À ceux qui sont affamés;
Par sa main sont relâchés
Ceux qu’on tenait attachés.
6. À la lumière il rappelle
Celui qui ne voyait pas,
Et de celui qui chancelle
Il vient rassurer les pas.
Le juste éprouve toujours
Son amour, et son secours.
7. L’Éternel est un asile
Au pauvre et faible étranger;
C’est par lui que le pupille
Est retiré du danger;
La veuve, à qui l’on fait tort,
En lui trouve son support.
8. Par son pouvoir, il renverse
Les noirs complots des pervers,
Et sa justice s’exerce
Dans tout ce vaste univers,
Sion, ton Dieu redouté
Règne à perpétuité.
PSAUME 147
1. Célébrez Dieu, peuple fidèle,
Faites paraître un nouveau zèle;
Car c’est un devoir agréable,
De louer un Dieu si louable.
Puisque c’est lui qui par sa grâce
Jérusalem a rétablie,
Il faut que toute notre race
Par ses soins enfin se rallie.
2. Il soulage les misérables,
Dont les maux semblaient incurables;
Guérit leurs mortelles blessures;
Finit leurs peines les plus dures.
Il connaît le nombre innombrable
Des étoiles qu’il a semées;
Et c’est de sa bouche adorable,
Que toutes ont été nommées.
3. Ce grand Dieu, qui nous donna l’être,
Du vaste univers est le maître;
Tout cède à sa sagesse immense;
Et rien n’égale sa puissance.
L’Éternel soutient et soulage
Les bons que l’injustice opprime;
Les méchants, qu’aveugle leur rage,
Périssent enfin par leur crime.
4. Qu’à l’exalter on s’étudie;
Qu’à son honneur on psalmodie.
Il élève au ciel les nuages,
Dont sa main forme les orages.
C’est d’en-haut que sa providence
Nous verse une riche abondance.
Il fait croître l’herbe aux montagnes,
Ainsi qu’aux plus basses campagnes.
PAUSE
5. Il donne aux bêtes leur pâture;
Il prépare la nourriture
Aux jeunes corbeaux, qui, sans cesse,
L’implorant quand la faim les presse.
Il ne regarde en la bataille,
Ni la vitesse, ni la taille,
Soit du coursier, soit des gendarmes,
Ni la fine trempe des armes.
6. Mais il voit d’un regard propice
Ceux qui révèrent sa justice,
Qui n’ont que sa seule clémence
Pour refuge et pour espérance.
Jérusalem, sa cité sainte,
Célèbre-le donc avec crainte;
Sion, d’un cœur tendre et fidèle,
Chante aussi sa gloire immortelle.
7. C’est lui qui rend sûres et fortes,
Et tes murailles, et tes portes;
Qui, dans l’enceinte de tes places,
Comble tes enfants de ses grâces.
Par lui ton pays est tranquille;
C’est lui seul qui le rend fertile,
Qui te remplit, et qui t’engraisse
Du froment le plus pur qui naisse.
8. Sa voix, qui forme le tonnerre,
Porte ses ordres sur la terre;
Tout tremble au son de sa parole,
Qui court de l’un à l’autre pôle.
Il couvre de neige la plaine,
Comme de gros flocons de laine;
Et quand il veut, il sait répandre
Des frimas plus menus que cendre.
9. C’est par sa main, que sont lancées
Sur nous des flèches d’eaux glacées;
Et tout, durant cette froidure,
Souffre et languit dans la nature;
Mais un seul souffle de sa bouche
Dissout ces corps, dès qu’il les touche;
Soudain, les glaces sont fondues,
Et ne sont plus qu’eaux répandues.
10. Enfin, c’est lui qui manifeste
À Jacob son décret céleste;
Par lui de sa sainte ordonnance
Israël seul a connaissance;
Nul autre peuple, en aucun âge,
Ne reçut le même avantage;
À nul autre ses lois sacrées
Jamais ne furent déclarées.
PSAUME 148
1. Vous habitants des plus hauts lieux,
Vous tous qui logez dans les cieux,
Chantez les miracles divers
Du Monarque de l’univers;
Vous chefs des célestes armées,
Anges, dont elles sont formées,
Feux de la nuit étincelants,
Lune, soleil, astres brillants.
2. Cieux, qui roulez sur ces flambeaux,
Air et nuages, sources d’eaux;
Tous, d’un concert perpétuel,
Louez le nom de l’Éternel.
Un seul mot de sa bouche sainte
Forma des cieux la vaste enceinte;
Leur cours par lui fut mesuré,
Leur ordre à jamais assuré.
3. Cet ordre dure constamment;
Qu’on célèbre Dieu hautement,
Sur terre, sur mer, dans les fonds
Des abîmes les plus profonds.
Baleine, en ces lieux effroyables,
Annonce ses faits admirables;
Annoncez-les, foudres, éclairs,
Grêle et neige au milieu des airs.
4. Tourbillons de vents irrités,
Ministres de ses volontés,
Montagnes, collines, coteaux,
Arbres fruitiers, Cèdres si hauts,
Reptiles froids, bêtes sauvages,
Troupeaux errants dans les pacages,
Chantres de l’air, oiseaux divers,
Louez le Dieu de l’univers.
5. Assemblez-vous, peuples et rois,
Pour le louer tous d’une voix;
Vierges, jeunes enfants, vieillards,
Louez son nom de toutes parts;
Car du haut trône de sa gloire,
Aux siens il donne la victoire;
Et toujours il aime Israël
D’un amour tendre et paternel.
PSAUME 149
1. Chantez par de nouveaux cantiques,
De Dieu les œuvres magnifiques;
Qu’en son temple chacun se range,
Pour chanter sa louange.
Qu’Israël vienne, avec ardeur,
S’égayer en son Créateur;
Et que, sous ce roi, tes enfants,
Sion, soient triomphants.
2. Qu’en son nom du tambour on sonne,
Qu’en son nom la flûte résonne;
Et que, sur la lyre touchante,
À sa gloire l’on chante.
En son peuple Dieu prend plaisir,
Depuis qu’il l’a daigné choisir;
Par lui les bons seront sauvés,
Les humbles élevés.
3. Un jour les fidèles qu’il aime
Psalmodieront sur leur lit même,
Chantant de ce Dieu favorable
Le pouvoir redoutable.
Leurs bouches ses hauts faits diront,
Et leurs fortes mains porteront
Un large glaive à deux tranchants,
Pour punir les méchants.
4. On les verra punir, défaire
Tout peuple à son peuple contraire,
Et prendre de leur insolence
Une juste vengeance.
Les tyrans, les injustes rois,
À leur tour subiront nos lois,
Et porteront les mêmes fers,
Qu’Israël a soufferts.
5. Tel est le jugement sévère
Que Dieu prononce en sa colère;
Telle sera des saints la gloire,
Et telle leur victoire.
PSAUME 150
1. Peuples, louez le grand Dieu,
Qui réside en son saint lieu;
Lui qui, d’un mot seulement,
A créé le firmament.
Louez sa magnificence;
Louez-le pour ses bienfaits,
Et pour tous les grands effets
De sa suprême puissance.
2. Joignez aux plus belles voix
La trompette et les hautbois;
Faites entendre à leur tour,
La musette, le tambour,
Et les orgues résonantes;
Accordez à l’unisson,
Des flûtes douces le son,
Et les cymbales bruyantes.
3. Jusque dans l’éternité,
Qu’on célèbre sa bonté;
Et que son nom glorieux
Soit élevé jusqu’aux cieux.
Qu’enfin tout ce qui respire,
Qui vit, qui peut se mouvoir,
Loue, avec moi, son pouvoir;
Chante à jamais son empire.
Qui veut, sans jamais changer
Dans Jérusalem loger.
PSAUME 136
1. Célébrez Dieu hautement,
Car il est doux et clément:
Et son immense bonté
Dure à perpétuité.
2. Célébrez le Dieu des dieux,
Élevé sur tous les cieux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
3. Rendez à Dieu les honneurs,
Dûs au Seigneur des seigneurs;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
4. Dites que ce Roi des rois
Fait, seul, mille grands exploits;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
5. C’est lui qui fit sagement,
Et l’air, et le firmament;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
6. Sur les eaux il suspendit
La terre, qu’il étendit;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
7. Il mit aux cieux des flambeaux
Toujours lumineux et beaux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
8. Le soleil, qui, dans son tour,
À seul l’empire du jour;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
9. La lune et ce qui, la nuit,
Avec elle règne et luit;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
10. Par lui sont exterminés
D’Égypte les premiers-nés;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
11. Son peuple qu’il en tira,
Ses merveilles célébra;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
12. Il le sauva par l’effort
De son bras puissant et fort;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
PAUSE
13. Sa main, divisant les eaux,
Y fit des chemins nouveaux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
14. Entre les flots entassés,
Tous ses enfants sont passés;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
15. Il fit plus; il les vengea
Du tyran qu’il submergea;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
16. Dans le désert, jour et nuit,
Il a son peuple conduit;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
17. Son courroux, plus d’une fois,
Renversa princes et rois;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
18. Ces grands rois dans les combats
Périrent tous par son bras;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
19. Sihon, prince Amorrhéen,
Fut dépouillé de son bien;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
20. Hog aussi, par lui défait,
Fut puni de son forfait;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
21. Pour son peuple, il a conquis
Un grand et riche pays;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
22. Il y fonda d’Israël
L’empire perpétuel;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
23. Quand nous étions affligés,
Sa main nous a soulagés;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
24. Il nous a tirés des mains
Des ennemis inhumains;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
25. Lui seul conserve et soutient
Ce que l’univers contient;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
26. Enfin, du grand Dieu des cieux
Louez le nom glorieux;
Car son immense bonté
Dure à perpétuité.
PSAUME 137
1. Assis aux bords de ce superbe fleuve
Qui de Babel les campagnes abreuve,
Nos tristes cœurs ne pensaient qu’à Sion;
Chacun, hélas! dans cette affliction,
Les yeux en pleurs, la mort peinte au visage,
Pendit sa harpe aux saules du rivage.
2. Ceux qui captifs en ces lieux nous menèrent,
Nos hymnes saints cent fois nous demandèrent,
Ils nous pressaient de les leur réciter.
Ah! dîmes-nous, pourrions-nous les chanter!
Quoi! nous pourrions, dans une terre étrange,
De notre Dieu profaner la louange!
3. Puisse ma main, oubliant sa science,
Laisser son luth languir dans le silence,
Si de Sion je perds le souvenir!
Puisse ma langue à mon palais tenir,
Jérusalem, si jamais j’ai de joie,
Que dans tes murs la paix je ne revoie!
4. Mais toi, Seigneur, remets dans ta mémoire
De nos malheurs la déplorable histoire;
Les Fils d’Édom, souviens-t-en, s’écriaient,
Quand en fureur ta ville ils ruinaient;
Vite, abattez, qu’elle soit embrasée,
Et jusqu’au pied des fondements rasée.
5. Fière Babel, qui réduis tout en cendre,
Heureux celui qui doit un jour te rendre
Les maux cruels que ta main nous a faits!
Heureux, qui doit te détruire à jamais,
Qui t’arrachant tes enfants des mamelles,
Écrasera leurs têtes infidèles.
PSAUME 138
1. Il faut, grand Dieu, que de mon cœur
La sainte ardeur
Te glorifie;
Qu’à toi, des mains et de la voix,
Devant les rois
Je psalmodie.
J’irai t’adorer, ô mon Dieu,
En ton saint lieu,
D’un nouveau zèle;
Je chanterai ta vérité,
Et ta bonté
Toujours fidèle.
2. Ton nom est célèbre à jamais,
Par les effets
De tes paroles;
Quand je t’invoque, tu m’entends;
Quand il est temps
Tu me consoles.
Tous les rois viendront à tes pieds,
Humiliés,
Prier sans cesse,
Sitôt qu’ils auront une foi
Ouï la voix
De ta promesse.
3. Ils rempliront par leurs concerts,
Tout l’univers
De tes louanges;
Les peuples, qui les entendront,
Admireront
Tes faits étranges.
Grand Dieu, qui vois du haut de cieux,
Tous ces bas lieux
Sous ton empire;
Quoique tu sembles être loin,
C’est par ton soin
Que tout respire.
4. Si mon cœur, dans l’adversité,
Est agité,
Ton bras m’appuie;
C’est toi qui délivres des mains
Des inhumains
Ma triste vie;
Quand je suis le plus abattu,
C’est ta vertu
Qui me relève.
Ce qu’il t’a plu de commencer,
Sans se lasser
Ta main l’achève.
PSAUME 139
1. Grand Dieu, tu vois ce que je suis,
Ce que je fais, ce que je puis;
Que je sois assis, ou debout,
Tes yeux me découvrent partout;
Et tu pénètres ma pensée,
Même avant qu’elle soit tracée.
2. Soit que je marche, ou sois couché,
Je ne te suis jamais caché;
Ta vue éclaire mon sentier,
Et tu me connais tout entier;
Le mot à peine est sur ma langue,
Que déjà tu sais ma harangue.
3. Lorsque je vais, lorsque je viens,
Je me sens pris dans tes liens;
Seigneur, ton pouvoir souverain
Me mit, en naissant, sous ta main;
Et comment pourrait ma faiblesse
Atteindre à ta haute sagesse?
4. Si ton Esprit veut me chercher,
Où fuirai-je pour me cacher?
Puis-je me sauver devant toi?
Si je monte aux cieux, je t’y vois;
Et si je descends dans l’abîme,
Je t’y vois pour punir mon crime.
5. Quand l’aurore m’aurait prêté
Ses ailes, sa rapidité,
Et que j’irai, en fendant l’air,
Aux bords opposés de la mer;
Ta main, s’il te plaît de l’étendre
Viendra m’y poursuivre et m’y prendre.
6. Si je dis: la nuit, pour le moins,
Me cachant aux yeux des témoins,
De son ombre me couvrira;
La nuit même t’éclairera;
Car l’ombre la plus ténébreuse
Est pour toi claire et lumineuse.
7. Tu sondes mes reins et mon cœur;
Et c’est toi qui formas, Seigneur,
Tout mon corps si bien assorti,
Dans les flancs d’où je suis sorti;
Et pour ces merveilles étranges,
Ma bouche chante tes louanges.
8. Seigneur, les biens que tu nous fais,
Ta puissance, et ses hauts effets,
N’ont jamais pu se concevoir;
Mon âme cherche à les savoir;
Mais toi, qui seul m’as donné l’être,
Seul aussi tu peux me connaître.
9. Oui, c’est ta main qui m’a tissu,
Dans le sein où je fus conçu.
Tes yeux me virent imparfait;
Et de mon corps rien n’était fait,
Rien n’avait commencé de vivre,
Que tout s’écrivait dans ton livre.
10. Grand Dieu, tous tes faits glorieux
Me furent toujours précieux;
On ne saurait les supputer;
Et si je voulais les compter,
Il s’en trouverait davantage
Que de grains de sable au rivage.
11. J’y médite avant mon sommeil;
J’y pense encore à mon réveil.
Mais, Seigneur, quand détruiras-tu
Mes ennemis, par ta vertu?
Quand viendras-tu, par ta puissance,
Les éloigner de ma présence?
12. J’entends ces orgueilleux, Seigneur,
Qui voudraient ternir ton honneur,
Et dont la folle impiété
Ose attaquer ta Majesté.
Contr’eux tous mes esprits s’aigrissent,
Et je hais ceux qui te haïssent.
13. Je veux les haïr constamment,
Je les déteste ouvertement;
Oui, Seigneur, je veux, toujours,
Enfuir les profanes discours.
N’est-il pas juste que j’abhorre
Le méchant qui te déshonore?
14. Dieu juste et bon, éprouve-moi,
Vois si je n’aime pas ta loi,
Ou si mon pied s’est arrêté
Au chemin de l’iniquité;
Et que ta grâce, où je me fonde,
Soit toujours mon guide en ce monde.
PSAUME 140
1. Ô Dieu, réprime l’insolence
D’un ennemi malicieux;
Sauve-moi de sa violence,
Et de ses desseins furieux.
2. Avec d’autres qui lui ressemblent,
Il me prépare mille maux;
Et toutes les fois qu’ils s’assemblent,
Je vois augmenter mes travaux.
3. Leur langue, perçante et légère,
Est une langue de serpent;
C’est un noir venin de vipère,
Qui de leurs lèvres se répand.
4. Garantis-moi des mains cruelles
Du méchant, qui guette mes pas;
Confonds les ruses criminelles
De ceux qui veulent mon trépas.
5. Mes ennemis, pleins de finesse,
Autour de moi s’étaient rendus;
Sur mon chemin, avec adresse,
Leurs pièges se trouvaient tendus.
6. Mais implorant ton assistance,
Seigneur, ai-je dit, souviens-toi
Qu’autrefois, prenant ma défense,
Ton bras se déploya pour moi.
PAUSE
7. Grand Dieu dans toutes mes alarmes,
Tu fus prompt à me protéger;
Je me vis couvert de tes armes,
Au milieu du plus grand danger.
8. N’accorde jamais à ces traîtres
Le fruit d’un injuste désir;
S’ils pouvaient se rendre les maîtres,
Ma perte ferait leur plaisir.
9. Le chef de cette troupe infâme
Souffrira pour peine à son tour,
Autant de honte, autant de blâme,
Qu’il m’en fait souffrir en ce jour.
10. Une foudroyante tempête
Tombera sur eux promptement,
Sans qu’ils puissent sauver leur tête
Des coups d’un juste jugement.
11. Celui qui tient un faux langage,
En nul lieu ne s’affermira;
Et qui se plaît à faire outrage,
Le mal qu’il fait le poursuivra.
12. L’Eternel tient prêt le supplice,
Afin de venger l’affligé;
Et qui fait au pauvre injustice,
De Dieu même sera jugé.
13. Ainsi, Seigneur, en ta présence,
Les justes te célébreront;
Et toujours par ta providence,
Les fidèles prospéreront.
PSAUME 141
1. Grand Dieu, c’est toi que je réclame;
Prête l’oreille, écoute-moi;
Entends mes cris, et hâte-toi
De venir consoler mon âme.
2. Qu’au ciel parvienne ma demande,
Comme on y voit monter l’encens;
Reçois mes mains que je te tends,
Comme au soir tu reçois l’offrande.
3. Ferme de mes lèvres la porte;
Garde-les toi-même, ô mon Dieu;
Afin qu’en nul temps, en nul lieu,
Aucun mauvais discours n’en sorte.
4. Éloigne mon cœur des délices
Dont les méchants sont enchantés;
Si je goûtais leurs voluptés,
Je pourrais prendre aussi leurs vices.
5. Que le juste me soit sévère,
Ses reproches me seront doux;
Et pour moi ses plus rudes coups
Seront un baume salutaire.
6. Mais en vain l’inique et l’impie
Voudraient me flatter, par leurs soins;
Je n’en souhaiterais pas moins
De voir leur audace punie.
7. Car lorsque leurs chefs détestables
Seront en bas précipités,
Mes discours seront écoutés
Par des juges plus équitables.
8. Lorsqu’on fend le bois ou la pierre,
On voit éclater cent morceaux;
De même près de nos tombeaux,
Nos os épars couvrent la terre.
9. Mon Dieu, ta sais que l’on m’outrage.
Mes yeux sont attachés sur toi,
Ta grâce est l’appui de ma foi;
Veuille relever mon courage.
10. Seigneur, garantis-moi du piège
De ces ennemis inhumains;
Seigneur, garantis-moi des mains
De cette troupe qui m’assiège.
11. Fais qu’enfin chacun d’eux trébuche
Dans le piège qu’ils m’ont tendu;
Pendant que ton soin assidu
Me tirera de leur embûche.
PSAUME 142
1. Vers Dieu, dans les derniers abois,
Vers mon Dieu j’élève ma voix.
Mon cœur se répand devant lui;
Et lui déclare son ennui.
2. La frayeur dont je fus surpris,
Avait glacé tous mes esprits.
Toi seul, ô Dieu, dans mes travaux,
Pus trouver l’issue à mes maux.
3. Par tous les lieux où j’ai passé,
J’ai vu quelque piège dressé.
Partout mes yeux cherchent en vain,
Quelqu’un qui me tende la main.
4. Hélas! tout espoir m’est ôté
D’échapper à leur cruauté;
Nul en ce jour ne prend le soin
De m’assister dans mon besoin.
5. À toi seul j’ai tout mon recours,
Seul tu peux conserver mes jours;
Car tu fus toujours mon soutien,
Et tout le reste ne m’est rien.
6. Entends mon cri, vois mes ennuis;
Vois le triste état où je suis;
Garde-moi de mes envieux,
Qui vont me détruire à tes yeux.
7. Tire-moi de cette prison,
Afin que je chante ton nom;
Les justes se joindront à moi,
Si je suis protégé de toi.
PSAUME 143
1. Seigneur, vois ma peine et ma crainte;
Daigne écouter ma juste plainte;
Reçois ma supplication;
Et, selon ta promesse sainte,
Adoucis mon affliction.
2. J’ai trop mérité ta colère;
Mais que ta justice sévère
N’entre point en compte avec moi;
En vain aucun mortel espère
Se justifier devant toi.
3. L’ennemi qui me fait la guerre
M’a défait, m’a porté par terre;
Et pour finir mon triste sort,
Dans un lieu sombre il me resserre,
Comme si j’étais déjà mort.
4. Mon âme, de douleur pressé,
Croit que ta clémence est lassée,
Et que tu m’as abandonné.
Tant de maux troublent ma pensée,
Que mon cœur en est étonné.
5. Au fond de cette grotte noire
J’ai rappelé dans ma mémoire
Le temps de mes prospérités;
Et tes hauts faits, si pleins de gloire,
Ont été par moi récités.
6. Délivre-moi de ce martyre;
Je te tends les mains, je soupire;
Et mon âme, en ce mal nouveau,
Est altéré, et te désire
Comme un champ sec désire l’eau.
PAUSE
7. Montre-moi ta face adorable,
Mon cœur s’abat, le mal m’accable;
Hâte-toi de me secourir.
Je suis, hélas! déjà semblable
À ceux qui sont près de mourir.
8. Fais-moi, dès le matin, entendre
Ta bonté paternelle et tendre,
Sur qui se repose ma foi;
Dis-moi la route qu’il faut prendre;
Car mon âme s’élève à toi.
9. Grand Dieu, mon unique défense,
Garantis-moi par ta puissance,
De la main de mes ennemis;
Je mets toute mon espérance
Au secours que tu m’as promis.
10. Enseigne-moi ce qu’il faut faire
Pour t’obéir, et pour te plaire;
Et qu’ainsi dans le droit chemin
Ton esprit me guide et m’éclaire,
Dès cette heure, et jusqu’à ma fin.
11. Que ta grâce, où je me confie,
Me soutienne et me fortifie
En cette dure extrémité;
Et qu’elle ranime ma vie,
Pour faire éclater ta bonté.
12. Seigneur, tu me seras propice,
Et tu confondras la malice
De mes cruels persécuteurs;
J’attends de toi cette justice,
Comme un de tes adorateurs.
PSAUME 144
1. Béni soit Dieu, lui qui, dans les alarmes,
Dresse mes mains à manier les armes,
Qui me rassure, et qui soutient mon bras;
Lui qui me rend invincible aux combats.
Il est mon fort, mon appui, ma défense;
Sous sa faveur, je vis en assurance;
Et c’est sa main, malgré mes ennemis,
Qui tient mon peuple à mon sceptre soumis.
2. Qu’est-ce que l’homme, en sa faiblesse extrême;
Qu’est-ce que l’homme, ô Majesté suprême,
Que ta bonté daigne s’en souvenir,
Et que ta main se plaise à le bénir!
L’homme, en effet, n’a qu’une courte vie,
À mille maux en tout temps asservie;
Ses plus beaux jours sont une ombre qui fuit,
Changés bientôt en une longue nuit.
3. Baisse les cieux; hâte-toi d’en descendre;
Frappe les monts, et réduis les en cendre.
Pour renverser tant d’ennemis divers.
Lance ta foudre, allume tes éclairs.
Tends-moi d’en-haut tes mains si secourables;
Retire-moi des torrents effroyables;
Délivre-moi d’un si pressant danger,
Et du pouvoir d’un cruel étranger.
PAUSE
4. Toujours la fraude est dans leur bouche impie,
Ils ont les mains pleines de perfidie;
Mais moi, Seigneur, ta sais que mille fois
Je t’ai loué des mains et de la voix.
C’est toi, mon Dieu, c’est toi, dont la puissance
Garde les rois, s’arme pour leur défense;
David, par elle, évite des méchants
Les noirs complots, et les glaives tranchants.
5. Fais donc qu’encore je résiste à la rage
D’un ennemi, qui m’insulte et m’outrage;
De qui le cœur est toujours infecté
Par le mensonge, et par l’impiété.
Que nos fils soient comme de jeunes plantes,
Fraîches toujours, et toujours florissantes;
Et qu’en beauté nos vierges soient aux yeux,
Des hauts piliers d’albâtre précieux.
6. Que de tes biens chaque maison soit pleine;
Que les troupeaux de nos bêtes à laine,
Par millions croissant de toutes parts,
Couvrent nos champs, et remplissent nos parcs.
Donne à nos bœufs et la force et la graisse;
Fais que jamais l’ennemi ne nous presse;
Que nul effroi ne trouble nos moissons,
Et ne nous force à quitter nos maisons.
7. Heureux le peuple, à qui Dieu, dès ce monde,
Donne une paix si douce et si profonde!
Heureux le peuple, en tout temps, en tout lieu,
Dont l’Éternel veut bien être le Dieu.
PSAUME 145
1. Mon Dieu, mon Roi, toujours puissant et bon,
Je veux sans fin exalter ton saint nom;
Je veux, Seigneur, en tous lieux, en tout temps,
Te célébrer sur des tons éclatants.
L’Éternel seul est grand et redoutable;
Nul ne comprend son essence adorable.
Un siècle à l’autre annonce ses louanges;
Et tout nous dit ses merveilles étranges.
2. Je veux chanter sa gloire et sa grandeur,
Qu’on voit briller avec tant de splendeur;
Et pour louer ses miracles divers,
J’emprunterai la voix de l’univers.
Le cieux, la terre, et tes autres ouvrages,
De tes vertus sont les vives images.
J’apprendrai d’eux à publier sans cesse,
Et ta puissance, et ta haute sagesse.
3. Ils sont témoins de ta fidélité,
Ils nous font voir ta force et ta bonté;
Prêts à transmettre, aux peuples à venir,
Mêmes leçons et même souvenir.
Dieu fut toujours clément et débonnaire,
Prompt au pardon, tardif à la colère;
Et ses faveurs, si souvent éprouvées,
Sont à nos yeux, en tous ses faits gravées.
PAUSE
4. Aussi, Seigneur, les œuvres que tu fais,
De ta bonté ne se tairont jamais;
Mais tes enfants, touchés plus vivement,
Te béniront aussi plus dignement.
Tous d’un accord, et d’un chant de victoire,
De ton empire ils chanteront la gloire;
En tous climats ils te feront connaître;
Tous les mortels voudront t’avoir pour maître.
5. Ton règne, ô Dieu, subsistera toujours,
Rien n’en saurait interrompre le cours;
Ta main retient l’homme près de tomber;
Ton bras soutient ceux qui vont succomber.
À toi, Seigneur, s’attend ta créature,
Elle reçoit de toi la nourriture.
Quand il est temps, ouvrant ta main puissante,
Tu la repais, et remplis son attente.
6. Notre Dieu, dis-je, est juste en tous ses faits,
Et ses faveurs remplissent nos souhaits;
Il se tient près de ceux qui, tous les jours,
D’un cœur fidèle implorent son secours.
Sa providence, à ceux qui le révèrent,
Donne toujours ce que leurs cœurs espèrent.
Il est touché de leurs cris, de leurs larmes;
Il les délivre en toutes leurs alarmes.
7. Celui qui l’aime éprouve sa bonté;
Mais du méchant il punit la fierté.
Ma bouche aussi sans fin le chantera;
Tout ce qui vit, sans fin le bénira.
PSAUME 146
1. Mon âme tout nous convie
À célébrer le Seigneur;
Que notre plus forte envie
Soit d’exalter son honneur,
Mon Dieu, je te bénirai
Tout le temps que je vivrai.
2. N’ayez jamais d’espérance
En aucun pouvoir humain;
C’est une faible assurance,
Que le bras de l’homme vain.
Le jour qu’il expirera,
En poudre il retournera.
3. Avec lui s’évanouissent
Ses projets ambitieux;
Mais heureux ceux qu’affermissent
Les mains du Dieu glorieux!
Heureux qui, pour tout secours,
À Dieu seul a son recours.
4. Il est le souverain Maître
Et de la terre et des cieux;
À tout il a donné l’être
Dans leur globe spacieux;
C’est lui dont la vérité
N’a point de cours limité.
PAUSE
5. L’Éternel juge, et délivre
Ceux que l’on voit opprimés;
Il donne du pain pour vivre,
À ceux qui sont affamés;
Par sa main sont relâchés
Ceux qu’on tenait attachés.
6. À la lumière il rappelle
Celui qui ne voyait pas,
Et de celui qui chancelle
Il vient rassurer les pas.
Le juste éprouve toujours
Son amour, et son secours.
7. L’Éternel est un asile
Au pauvre et faible étranger;
C’est par lui que le pupille
Est retiré du danger;
La veuve, à qui l’on fait tort,
En lui trouve son support.
8. Par son pouvoir, il renverse
Les noirs complots des pervers,
Et sa justice s’exerce
Dans tout ce vaste univers,
Sion, ton Dieu redouté
Règne à perpétuité.
PSAUME 147
1. Célébrez Dieu, peuple fidèle,
Faites paraître un nouveau zèle;
Car c’est un devoir agréable,
De louer un Dieu si louable.
Puisque c’est lui qui par sa grâce
Jérusalem a rétablie,
Il faut que toute notre race
Par ses soins enfin se rallie.
2. Il soulage les misérables,
Dont les maux semblaient incurables;
Guérit leurs mortelles blessures;
Finit leurs peines les plus dures.
Il connaît le nombre innombrable
Des étoiles qu’il a semées;
Et c’est de sa bouche adorable,
Que toutes ont été nommées.
3. Ce grand Dieu, qui nous donna l’être,
Du vaste univers est le maître;
Tout cède à sa sagesse immense;
Et rien n’égale sa puissance.
L’Éternel soutient et soulage
Les bons que l’injustice opprime;
Les méchants, qu’aveugle leur rage,
Périssent enfin par leur crime.
4. Qu’à l’exalter on s’étudie;
Qu’à son honneur on psalmodie.
Il élève au ciel les nuages,
Dont sa main forme les orages.
C’est d’en-haut que sa providence
Nous verse une riche abondance.
Il fait croître l’herbe aux montagnes,
Ainsi qu’aux plus basses campagnes.
PAUSE
5. Il donne aux bêtes leur pâture;
Il prépare la nourriture
Aux jeunes corbeaux, qui, sans cesse,
L’implorant quand la faim les presse.
Il ne regarde en la bataille,
Ni la vitesse, ni la taille,
Soit du coursier, soit des gendarmes,
Ni la fine trempe des armes.
6. Mais il voit d’un regard propice
Ceux qui révèrent sa justice,
Qui n’ont que sa seule clémence
Pour refuge et pour espérance.
Jérusalem, sa cité sainte,
Célèbre-le donc avec crainte;
Sion, d’un cœur tendre et fidèle,
Chante aussi sa gloire immortelle.
7. C’est lui qui rend sûres et fortes,
Et tes murailles, et tes portes;
Qui, dans l’enceinte de tes places,
Comble tes enfants de ses grâces.
Par lui ton pays est tranquille;
C’est lui seul qui le rend fertile,
Qui te remplit, et qui t’engraisse
Du froment le plus pur qui naisse.
8. Sa voix, qui forme le tonnerre,
Porte ses ordres sur la terre;
Tout tremble au son de sa parole,
Qui court de l’un à l’autre pôle.
Il couvre de neige la plaine,
Comme de gros flocons de laine;
Et quand il veut, il sait répandre
Des frimas plus menus que cendre.
9. C’est par sa main, que sont lancées
Sur nous des flèches d’eaux glacées;
Et tout, durant cette froidure,
Souffre et languit dans la nature;
Mais un seul souffle de sa bouche
Dissout ces corps, dès qu’il les touche;
Soudain, les glaces sont fondues,
Et ne sont plus qu’eaux répandues.
10. Enfin, c’est lui qui manifeste
À Jacob son décret céleste;
Par lui de sa sainte ordonnance
Israël seul a connaissance;
Nul autre peuple, en aucun âge,
Ne reçut le même avantage;
À nul autre ses lois sacrées
Jamais ne furent déclarées.
PSAUME 148
1. Vous habitants des plus hauts lieux,
Vous tous qui logez dans les cieux,
Chantez les miracles divers
Du Monarque de l’univers;
Vous chefs des célestes armées,
Anges, dont elles sont formées,
Feux de la nuit étincelants,
Lune, soleil, astres brillants.
2. Cieux, qui roulez sur ces flambeaux,
Air et nuages, sources d’eaux;
Tous, d’un concert perpétuel,
Louez le nom de l’Éternel.
Un seul mot de sa bouche sainte
Forma des cieux la vaste enceinte;
Leur cours par lui fut mesuré,
Leur ordre à jamais assuré.
3. Cet ordre dure constamment;
Qu’on célèbre Dieu hautement,
Sur terre, sur mer, dans les fonds
Des abîmes les plus profonds.
Baleine, en ces lieux effroyables,
Annonce ses faits admirables;
Annoncez-les, foudres, éclairs,
Grêle et neige au milieu des airs.
4. Tourbillons de vents irrités,
Ministres de ses volontés,
Montagnes, collines, coteaux,
Arbres fruitiers, Cèdres si hauts,
Reptiles froids, bêtes sauvages,
Troupeaux errants dans les pacages,
Chantres de l’air, oiseaux divers,
Louez le Dieu de l’univers.
5. Assemblez-vous, peuples et rois,
Pour le louer tous d’une voix;
Vierges, jeunes enfants, vieillards,
Louez son nom de toutes parts;
Car du haut trône de sa gloire,
Aux siens il donne la victoire;
Et toujours il aime Israël
D’un amour tendre et paternel.
PSAUME 149
1. Chantez par de nouveaux cantiques,
De Dieu les œuvres magnifiques;
Qu’en son temple chacun se range,
Pour chanter sa louange.
Qu’Israël vienne, avec ardeur,
S’égayer en son Créateur;
Et que, sous ce roi, tes enfants,
Sion, soient triomphants.
2. Qu’en son nom du tambour on sonne,
Qu’en son nom la flûte résonne;
Et que, sur la lyre touchante,
À sa gloire l’on chante.
En son peuple Dieu prend plaisir,
Depuis qu’il l’a daigné choisir;
Par lui les bons seront sauvés,
Les humbles élevés.
3. Un jour les fidèles qu’il aime
Psalmodieront sur leur lit même,
Chantant de ce Dieu favorable
Le pouvoir redoutable.
Leurs bouches ses hauts faits diront,
Et leurs fortes mains porteront
Un large glaive à deux tranchants,
Pour punir les méchants.
4. On les verra punir, défaire
Tout peuple à son peuple contraire,
Et prendre de leur insolence
Une juste vengeance.
Les tyrans, les injustes rois,
À leur tour subiront nos lois,
Et porteront les mêmes fers,
Qu’Israël a soufferts.
5. Tel est le jugement sévère
Que Dieu prononce en sa colère;
Telle sera des saints la gloire,
Et telle leur victoire.
PSAUME 150
1. Peuples, louez le grand Dieu,
Qui réside en son saint lieu;
Lui qui, d’un mot seulement,
A créé le firmament.
Louez sa magnificence;
Louez-le pour ses bienfaits,
Et pour tous les grands effets
De sa suprême puissance.
2. Joignez aux plus belles voix
La trompette et les hautbois;
Faites entendre à leur tour,
La musette, le tambour,
Et les orgues résonantes;
Accordez à l’unisson,
Des flûtes douces le son,
Et les cymbales bruyantes.
3. Jusque dans l’éternité,
Qu’on célèbre sa bonté;
Et que son nom glorieux
Soit élevé jusqu’aux cieux.
Qu’enfin tout ce qui respire,
Qui vit, qui peut se mouvoir,
Loue, avec moi, son pouvoir;
Chante à jamais son empire.