Préface de la Confession de La Rochelle 1559

Publiée en 1561.

1 Pierre 3

Soyez toujours appareillés à répondre à chacun qui vous demande raison de l'espérance qui est en vous.


La Confession de Foi, faite d'un commun accord par les Français, qui désirent vivre selon la pureté de l'Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ

Au Roi.

Sire, nous rendons grâces à Dieu, de ce que n'ayant eu jusques ici aucun accès à votre Majesté, pour lui faire entendre la rigueur des persécutions que nous avons endurées, et endurons journellement pour vouloir suivre la pureté de l'Évangile, et le repos de notre conscience: maintenant il nous fait cet heur de voir qu'avec la volonté de connaître le mérite de notre cause, suivant l'Édit dernier donné à Amboise au mois de Mars, l'An présent 1559, qu'il a plu à votre Majesté faire publier. Qui est la cause qu'à présent nous osons ouvrir la bouche; laquelle nous a été par ci-devant fermée par l'injustice et violence de plusieurs vos officiers, étant plutôt incités de haine contre nous, que de bonne affection à votre service. Et afin, Sire, que nous puissions pleinement informer votre Majesté de ce qui concerne cette cause, nous vous supplions très humblement de voir et entendre notre Confession de Foi, laquelle nous vous présentons: espérant qu'elle nous sera défense suffisante contre tous les blâmes et opprobres, dont jusques ici avons été chargés à grand tort par ceux qui ont toujours fait métier de nous condamner, premier que notre cause leur fut connue. En laquelle, Sire, nous pouvons protester qu'il n'y a aucune chose qui répugne à la parole de Dieu, ni qui contrevienne à l'hommage que nous vous devons. Car les articles de notre Foi qui sont décrits assez au long en notre Confession, reviennent tous à ce point, que puisque Dieu nous a suffisamment déclaré sa volonté par ses Prophètes et Apôtres, et même par la bouche de son fils notre Seigneur Jésus-Christ nous devons cet honneur et révérence à la parole de Dieu, de n'y rien ajouter du nôtre; mais de nous conformer entièrement à la règle qui nous y est prescrite. Et pour ce que l'Église Romaine, laissant l'usage et coutume de la primitive Église, a introduit nouveaux commandements et nouvelle forme du service de Dieu; nous estimons être très raisonnable de préférer les commandements de Dieu, qui est la vérité même, aux commandements des hommes: qui de leur nature sont enclins à mensonge et vanité. Et quoi que nos adversaires prétendent à l'encontre de nous, si pouvons nous dire devant Dieu et les hommes, que nous ne souffrons pour autre raison que pour maintenir notre Seigneur Jésus-Christ être notre Seul Sauveur et Rédempteur, et sa doctrine seule doctrine de vie et de salut. Et cette est la seule cause, Sire, pour laquelle les bourreaux ont en tant de fois les mains souillées du sang de vos pauvres sujets, lesquels n'épargnent point leurs vies pour maintenir cette même confession de Foi, ont bien peu faire entendre à tous qu'ils étaient poussés d'autre esprit que de celui des hommes, qui naturellement ont plus de souci de leurs repos et commodités, que de l'honneur et gloire de Dieu. Et partant, Sire, suivant, la bonté et douceur de laquelle promettez user envers vos pauvres sujets, nous supplions très humblement votre Majesté nous faire cette miséricorde, que de prendre en main la connaissance de la cause, pour laquelle étant poursuivis à toute heure ou de mort, ou de bannissement, nous perdons par ce moyen la puissance de vous faire le très humble service que nous vous devons. Qu'il plaise donc à votre Majesté, Sire, au lieu des feux et glaives dont on a usé par ci-devant, faire décider notre confession de Foi par la parole de Dieu: donnant permission et sûreté pour ce faire. Et nous espérons que vous-mêmes serez juge de notre innocence, connaissant qu'il n'y a en nous ni hérésie, ni rébellion aucune: mais que nous tendons seulement à ce but, de pouvoir vivre en saine conscience, servant à Dieu selon ses commandements, et honorant votre Majesté en toute obéissance et servitude. Et par ce que nous avons nécessairement besoin d'être, par la prédication de la parole de Dieu, retenus en notre devoir et office tant envers lui; qu'envers vous; nous vous supplions très humblement, Sire, qu'il nous soit permis d'être quelque fois assemblés tant pour être exhortés par la parole de Dieu à sa crainte, que pour être conformés par l'administration des Sacrements que notre Seigneur Jésus-Christ a institués en son Église. Et s'il plait à votre Majesté nous donner lieu, auquel un chacun puisse voir ce qui se fait en nos assemblées, la seule vue nous absoudra de l'accusation de tant de crimes énormes, dont nos dites assemblées ont été diffamées par ci-devant. Car on n'y pourra voir que toute modestie et chasteté, et on n'y pourra ouïr que louanges de Dieu, exhortations à son service, et prières pour la conservation de votre Majesté et de votre Royaume. Que s'il ne vous plaît nous faire tant de grâce, au moins qu'il nous soit permis de poursuivre particulièrement entre nous avec repos l'ordre qui y est établi. Vous suppliant très humblement, Sire, de croire, que oyant lire cette supplication qui vous est maintenant présentée, vous oyez les cris et gémissements d'une infinité de vos pauvres sujets qui implorent votre miséricorde: à ce qu'elle éteigne les feux que la cruauté de vos juges a allumés en votre Royaume. Et ainsi qu'il nous soit loisible, servant à votre Majesté de servir à celui qui vous a élevé en votre dignité et grandeur. Et s'il ne vous plait, Sire, d'ouïr notre voix, qu'il vous plaise d'ouïr celle du Fils de Dieu, lequel vous ayant donné puissance sur nos biens, sur nos corps et sur notre propre vie: vous demande que la puissance et domination sur nos âmes et consciences (lesquelles il s'est acquises au pris de son sang) lui soient réservées. Nous le supplions, Sire, qu'il vous conduise toujours par son Esprit, accroissant avec votre âge, votre grandeur et puissance, vous donnant victoire contre tous vos ennemis, établissant pour jamais en toute équité et justice le trône de votre Majesté: devant laquelle aussi il lui plaise nous faire trouver grâce, pour ressentir quelque fruit de notre présente supplication, afin qu'ayons changé nos peines et afflictions à quelque repos et liberté, nous changeons aussi nos pleurs et larmes à une perpétuelle action de grâces à Dieu, et à votre Majesté, pour avoir fait chose à lui très agréable, très digne de votre bonté et justice, et très nécessaire pour la conservation de vos plus humbles et plus obéissant sujets et serviteurs.

Suite : La Confession de Foi de La Rochelle

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