La Confession de La Rochelle 1559

La Confession de Foi, faite d’un commun accord par les Églises RĂ©formĂ©es du Royaume de France.

ARTICLE 1. Nous croyons et confessons qu’il y a un seul Dieu, qui est une seule et simple essence, spirituelle, Ă©ternelle, invisible, immuable, infinie, incomprĂ©hensible, ineffable, qui peut toutes choses, qui est toute sage, toute bonne, toute juste, et toute misĂ©ricordieuse.

2. Ce Dieu se manifeste tel aux hommes, premièrement par ses Ĺ“uvres, tant par la crĂ©ation que par la conservation et conduite d’icelles. Secondement et plus clairement par sa Parole, laquelle au commencement rĂ©vĂ©lĂ©e par Oracles, a Ă©tĂ© puis après rĂ©digĂ©e par Ă©crit aux Livres que nous appelons Écriture Sainte.

3. Toute cette Écriture Sainte est comprise aux Livres Canoniques du Vieux et Nouveau Testament, desquels le nombre s’ensuit. Les cinq Livres de MoĂŻse; Ă  savoir, Genèse, Exode, LĂ©vitique, Nombres, DeutĂ©ronome. Item JosuĂ©, Juges, Ruth, le premier et second livre de Samuel, le premier et second livre des Rois, le premier et second livre des Chroniques, autrement dits Paralipomenon, le premier livre d’Esdras. Item, NĂ©hĂ©mie, le livre d’Esther, Job, les Psaumes de David, les Proverbes ou Sentences de Salomon, le livre de l’EcclĂ©siaste dit le PrĂŞcheur, le Cantique de Salomon. Item, le livre d’ÉsaĂŻe, JĂ©rĂ©mie, Lamentations de JĂ©rĂ©mie, ÉzĂ©chiel, Daniel, OsĂ©e, JoĂ«l, Amos, Abdias, Jonas, MichĂ©e, Nahum, Abacuc, Sophonie, AggĂ©e, Zacharie, Malachie. Item, le Saint Évangile selon S. Matthieu, selon S. Marc, selon S. Luc, et selon S. Jean. Item, le second livre de S. Luc, autrement dit les Actes des ApĂ´tres. Item, les ÉpĂ®tres de S. Paul aux Romains une, aux Corinthiens deux, aux Galates une, aux ÉphĂ©siens une, aux Philippiens une, aux Colossiens une, aux Thessaloniciens deux, Ă  TimothĂ©e deux, Ă  Tite une, Ă  PhilĂ©mon une. Item, l’ÉpĂ®tre aux HĂ©breux, l’ÉpĂ®tre S. Jacques, la première et seconde ÉpĂ®tres de S. Pierre, la première, deuxième et troisième ÉpĂ®tres S. Jean, l’ÉpĂ®tre S. Jude. Item, l’Apocalypse ou rĂ©vĂ©lation S. Jean.

4. Nous connaissons ces livres ĂŞtre Canoniques, et règle très certaine de notre Foi; non tant par le commun accord et consentement de l’Église, que par le tĂ©moignage et la persuasion intĂ©rieure du S. Esprit, qui nous les fait discerner d’avec les autres Livres EcclĂ©siastiques, sur lesquels, encore qu’ils soient utiles, on ne peut fonder aucun Article de Foi.

5. Nous croyons que la Parole qui est contenue en ces livres, est procĂ©dĂ©e de Dieu, duquel seul elle prend son autoritĂ©, et non des hommes. Et d’autant qu’elle est la règle de toute vĂ©ritĂ©, contenant tout ce qui est nĂ©cessaire pour le service de Dieu et de notre salut, il n’est pas loisible aux hommes, ni mĂŞme aux Anges, d’y ajouter, diminuer ou changer. D’oĂą il s’ensuit que ni l’antiquitĂ©, ni les coutumes, ni la multitude, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les arrĂŞts, ni les Ă©dits, ni les dĂ©crets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles, ne doivent ĂŞtre opposĂ©s Ă  cette Écriture Sainte, mais au contraire, toutes choses doivent ĂŞtre examinĂ©es, rĂ©glĂ©es et rĂ©formĂ©es selon elle. Et suivant cela nous avouons les trois Symboles, savoir des ApĂ´tres, de NicĂ©e, et d’Athanase, parce qu’ils sont conformes Ă  la Parole de Dieu.

6. Cette Écriture Sainte nous enseigne qu’en cette seule et simple essence Divine, que nous avons confessĂ©e, il y a trois Personnes, le Père, le Fils, et le S. Esprit. Le Père, première cause, principe et origine de toutes choses. Le Fils, sa Parole et Sapience Ă©ternelle. Le S. Esprit, sa vertu, puissance et efficace. Le Fils Ă©ternellement engendrĂ© du Père. Le S. Esprit procĂ©dant Ă©ternellement de tous deux; les trois Personnes non confuses, mais distinctes, et toutefois non divisĂ©es, mais d’une mĂŞme essence, Ă©ternitĂ©, puissance, et Ă©galitĂ©. Et en cela avouons ce qui a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ© par les Conciles Anciens, et dĂ©testons toutes sectes et hĂ©rĂ©sies qui ont Ă©tĂ© rejetĂ©es par les saints Docteurs, comme S. Hilaire, S. Athanase, S. Ambroise, et S. Cyrille.

7. Nous croyons que Dieu en trois personnes coopĂ©rantes, par sa vertu, sagesse et bontĂ© incomprĂ©hensible, a crĂ©Ă© toutes choses, non seulement le Ciel, la Terre, et tout ce qui y est contenu; mais aussi les esprits invisibles, desquels les uns sont dĂ©chus et trĂ©buchĂ©s en perdition, les autres ont persistĂ© en obĂ©issance. Que les premiers s’Ă©tant corrompus en malice, sont ennemis de tout bien, par consĂ©quent de toute l’Église. Les seconds ayant Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s par la grâce de Dieu sont Ministres pour glorifier le nom de Dieu, et servir au salut de ses Ă©lus.

8. Nous croyons que non seulement il a crĂ©Ă© toutes choses, mais qu’il les gouverne et conduit, disposant, et ordonnant selon sa volontĂ© de tout ce qui avaient au Monde; non pas qu’il soit auteur du mal, ou que la coulpe lui en puisse ĂŞtre imputĂ©e, vu que sa volontĂ© est la règle souveraine et infaillible de toute droiture et Ă©quitĂ©; mais il a des moyens admirables de se servir tellement des diables et des mĂ©chants, qu’il fait convertir en bien le mal qu’ils font, et duquel ils sont coupables. Et ainsi en confessant que rien ne se fait sans la providence de Dieu, nous adorons en humilitĂ© les secrets qui nous sont cachĂ©s, sans nous enquĂ©rir par-dessus notre mesure; mais plutĂ´t appliquons Ă  notre usage ce qui nous est montrĂ© en l’Écriture Sainte, pour ĂŞtre en repos et sĂ»retĂ©, d’autant que Dieu, qui a toutes choses sujettes Ă  soi, veille sur nous d’un soin paternel, tellement qu’il ne tombera point un cheveu de notre tĂŞte sans sa volontĂ©. Et cependant il tient les diables et tous nos ennemis bridĂ©s, en sorte qu’ils ne nous peuvent faire aucune nuisance sans son congĂ©.

9. Nous croyons que l’homme ayant Ă©tĂ© crĂ©Ă© pur et entier, et conforme Ă  l’image de Dieu, est par sa propre faute dĂ©chu de la grâce qu’il avait reçue. Et ainsi s’est aliĂ©nĂ© de Dieu, qui est la fontaine de justice et de tous biens, en sorte que sa nature est du tout corrompue. Et Ă©tant aveuglĂ© en son esprit, et dĂ©pravĂ© en son cĹ“ur, a perdu toute intĂ©gritĂ© sans en avoir rien de reste. Et bien qu’il ait encore quelque discrĂ©tion du bien et du mal, nonobstant nous disons, que ce qu’il a de clartĂ©, se convertit en tĂ©nèbres quand il est question de chercher Dieu; tellement qu’il n’en peut nullement approcher par son intelligence et raison. Et bien qu’il ait une volontĂ© par laquelle il est incitĂ© Ă  faire ceci ou cela , toutefois elle est du tout captive sous pĂ©chĂ©; en sorte qu’il n’a nulle libertĂ© Ă  bien, que celle que Dieu lui donne.

10. Nous croyons que toute la lignĂ©e d’Adam est infectĂ©e de telle contagion, qui est le pĂ©chĂ© originel, et un vice hĂ©rĂ©ditaire, et non pas seulement une imitation, comme les PĂ©lagiens ont voulu dire, lesquels nous dĂ©testons en leurs erreurs. Et n’estimons pas qu’il soit besoin de s’enquĂ©rir comme le pĂ©chĂ© vient d’un homme Ă  l’autre vu que c’est assez, que ce que Dieu lui avait donnĂ© n’Ă©tait pas pour lui seul, mais pour toute sa lignĂ©e; et ainsi, qu’en la personne d’icelui nous avons Ă©tĂ© dĂ©nuĂ©s de tous biens, et sommes trĂ©buchĂ©s en toute pauvretĂ© et malĂ©diction.

11. Nous croyons aussi que ce vice est vraiment pĂ©chĂ©, qui suffit Ă  condamner tout le genre humain, jusques aux petits enfants dès le ventre de la mère, et que pour tel il est rĂ©putĂ© devant Dieu; mĂŞme qu’après le BaptĂŞme, c’est toujours pĂ©chĂ© quant Ă  la coulpe, combien que la condamnation en soit abolie aux enfants de Dieu, ne la leur imputant point par sa bontĂ© gratuite. Outre cela, que c’est une perversitĂ© produisant toujours des fruits de malice et rĂ©bellion, tels que les plus saints, encore qu’ils y rĂ©sistent, ne laissent point d’ĂŞtre entachĂ©s d’infirmitĂ©s et de fautes pendant qu’ils habitent en ce monde.

12. Nous croyons que de cette corruption et condamnation gĂ©nĂ©rale, en laquelle tous hommes sont plongĂ©s, Dieu retire ceux lesquels en son Conseil Ă©ternel et immuable il a Ă©lus par sa seule bontĂ© et misĂ©ricorde en notre Seigneur JÉSUS-CHRIST sans considĂ©ration de leurs Ĺ“uvres, laissant les autres en cette mĂŞme corruption et condamnation, pour dĂ©montrer en eux sa justice, comme aux premiers il fait luire les richesses de sa misĂ©ricorde. Car les uns ne sont point meilleurs que les autres, jusques Ă  ce que Dieu les discerne, selon son Conseil immuable qu’il a dĂ©terminĂ© en JÉSUS-CHRIST devant la crĂ©ation du Monde; et nul aussi ne se pourrait introduire Ă  un tel bien de sa propre vertu, vu que de notre nature nous ne pouvons avoir un seul bon mouvement, ni affection, ni pensĂ©e, jusques Ă  ce que Dieu nous ait prĂ©venus, et nous y ait disposĂ©s.

13. Nous croyons qu’en icelui JÉSUS-CHRIST tout ce qui Ă©tait requis Ă  notre salut nous a Ă©tĂ© offert et communiquĂ©. Lequel nous Ă©tant donnĂ© Ă  salut, nous a Ă©tĂ© quant et quant fait sapience, justice, sanctification et rĂ©demption; en sorte qu’en dĂ©clinant de lui, on renonce Ă  la misĂ©ricorde du Père, oĂą il nous convient avoir refuge unique.

14. Nous croyons que JÉSUS-CHRIST, Ă©tant la sagesse de Dieu, et son Fils Ă©ternel, a revĂŞtu notre chair, afin d’ĂŞtre Dieu et homme en une personne, mĂŞme homme semblable Ă  nous, passible en corps et en âme, sinon en tant qu’il a Ă©tĂ© pur de toute macule. Et quant Ă  son humanitĂ©, qu’il a Ă©tĂ© vraie semence d’Abraham et de David, bien qu’il ait Ă©tĂ© conçu par la vertu secrète du Saint Esprit. En quoi nous dĂ©testons toutes les hĂ©rĂ©sies qui ont anciennement troublĂ© les Églises; et notamment aussi les imaginations diaboliques de Servet, lequel attribue au Seigneur JÉSUS une divinitĂ© fantastique, d’autant qu’il le dit ĂŞtre idĂ©e et patron de toutes choses; et le nomme Fils personnel ou figuratif de Dieu; et finalement lui forge un corps de trois Ă©lĂ©ments incrĂ©Ă©s, ainsi mĂŞle et dĂ©truit toutes les deux natures.

15. Nous croyons qu’en une mĂŞme personne, Ă  savoir JÉSUS-CHRIST, les deux natures sont vraiment et insĂ©parablement conjointes et unies, demeurant nĂ©anmoins chacune nature en sa propriĂ©tĂ© distincte; tellement que comme en cette conjonction la nature Divine retenant sa propriĂ©tĂ© est demeurĂ©e incrĂ©Ă©e, infinie et remplissant toutes choses; aussi la nature humaine est demeurĂ©e finie, ayant sa forme, mesure et propriĂ©tĂ©; et mĂŞme combien que JÉSUS-CHRIST en ressuscitant ait donnĂ© l’immortalitĂ© Ă  son corps, toutefois il ne lui a Ă´tĂ© la vĂ©ritĂ© de sa nature. Et ainsi, nous le considĂ©rons tellement en sa divinitĂ©, que nous ne le dĂ©pouillons point de son humanitĂ©.

16. Nous croyons que Dieu envoyant son Fils a voulu montrer son amour et sa bonté inestimable envers nous, en le livrant à la mort, et le ressuscitant pour accomplir toute justice, et pour nous acquérir la vie céleste.

17. Nous croyons que par le sacrifice unique que le Seigneur JÉSUS a offert en la croix, nous sommes rĂ©conciliĂ©s Ă  Dieu pour ĂŞtre tenus et rĂ©putĂ©s justes devant lui; parce que nous ne lui pouvons ĂŞtre agrĂ©ables, ni ĂŞtre participants de son adoption, sinon d’autant qu’il nous pardonne nos fautes, et les ensevelit. Ainsi nous protestons que JÉSUS-CHRIST est notre lavement entier et parfait; qu’en sa mort nous avons entière satisfaction pour nous acquitter de nos forfaits et iniquitĂ©s dont nous sommes coupables, et ne pouvons ĂŞtre dĂ©livrĂ©s que par ce remède.

18. Nous croyons que toute notre justice est fondĂ©e en la rĂ©mission de nos pĂ©chĂ©s, comme aussi c’est notre seule fĂ©licitĂ©, comme dit David. C’est pourquoi nous rejetons tous autres moyens de nous pouvoir justifier devant Dieu; et sans prĂ©sumer de nulles vertus ni mĂ©rites, nous nous tenons simplement Ă  l’obĂ©issance de JÉSUS-CHRIST, laquelle nous est allouĂ©e, tant pour couvrir toutes nos fautes, que pour nous faire trouver grâce et faveur devant Dieu. Et de fait, nous croyons qu’en dĂ©clinant de ce fondement tant peu que ce soit, nous ne pourrions trouver ailleurs aucun repos, mais serions toujours agitĂ©s d’inquiĂ©tude; d’autant que jamais nous ne sommes paisibles avec Dieu, jusques Ă  ce que nous soyons bien rĂ©solus d’ĂŞtre aimĂ©s en JÉSUS-CHRIST, vu que nous sommes dignes d’ĂŞtre haĂŻs en nous-mĂŞmes.

19. Nous croyons que c’est par ce moyen que nous avons libertĂ© et privilège d’invoquer Dieu, avec pleine fiance qu’il se montrera notre Père. Car nous n’aurions pas aucun accès au Père, si nous n’Ă©tions adressĂ©s par ce MĂ©diateur. Et pour ĂŞtre exaucĂ©s en son Nom, il convient tenir notre vie de lui comme de notre chef.

20. Nous croyons que nous sommes faits participants de cette justice par la seule foi; comme il est dit, qu’il a souffert pour nous acquĂ©rir le salut, afin que quiconque croira en lui, ne pĂ©risse point. Et que cela se fait, d’autant que les promesses de vie qui nous sont donnĂ©es en lui, sont appropriĂ©es Ă  notre usage, et en sentons l’effet, quand nous les acceptons, ne doutant point qu’Ă©tant assurĂ©s de la bouche de Dieu, nous ne serons point frustrĂ©s. Ainsi la justice que nous obtenons par foi, dĂ©pend des promesses gratuites, par lesquelles Dieu nous dĂ©clare et testifie qu’il nous aime.

21. Nous croyons que nous sommes illuminĂ©s en la foi par la grâce secrète du Saint Esprit, tellement que c’est un don gratuit et particulier que Dieu dĂ©part Ă  ceux que bon lui semble, en sorte que les fidèles n’ont de quoi s’en glorifier, Ă©tant obligĂ©s au double de ce qu’ils ont Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rĂ©s aux autres. MĂŞme que la foi n’est pas seulement baillĂ©e pour un coup aux Ă©lus, pour les introduire au bon chemin, mais pour les faire continuer aussi jusques au bout. Car comme c’est Dieu de faire le commencement, aussi c’est Ă  lui de parachever.

22. Nous croyons que par cette foi nous sommes rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s en nouveautĂ© de vie, Ă©tant naturellement asservis au pĂ©chĂ©. Or nous recevons par foi la grâce de vivre saintement et en la crainte de Dieu, en recevant la promesse qui nous est donnĂ©e par l’Évangile; savoir que Dieu nous donnera son S. Esprit. Ainsi la foi non seulement ne refroidit pas l’affection de bien et saintement vivre, mais l’engendre et excite en nous, produisant nĂ©cessairement les bonnes Ĺ“uvres. Au reste, bien que Dieu, pour accomplir notre salut, nous rĂ©gĂ©nère, nous rĂ©formant Ă  bien faire, toutefois nous confessons que les bonnes Ĺ“uvres, que nous faisons par la conduite de son Esprit, ne viennent point en compte pour nous justifier, ou mĂ©riter que Dieu nous tienne pour ses enfants; parce que nous serions toujours flottants en doute et inquiĂ©tude, si nos consciences ne s’appuyaient sur la satisfaction par laquelle JÉSUS-CHRIST nous a acquittĂ©s.

23. Nous croyons que toutes les figures de la Loi ont pris fin Ă  la venue de JÉSUS-CHRIST. Mais bien que les cĂ©rĂ©monies ne soient plus en usage, nĂ©anmoins la substance et la vĂ©ritĂ© nous en est demeurĂ©e en la personne de celui auquel gĂ®t tout accomplissement. Au surplus, il nous faut aider de la Loi et des Prophètes, tant pour rĂ©gler notre vie, que pour ĂŞtre confirmĂ©s aux promesses de l’Évangile.

24. Nous croyons, puisque JÉSUS-CHRIST nous est donnĂ© pour seul Avocat, et qu’il nous commande de nous retirer privĂ©ment en son Nom vers son Père; et mĂŞme qu’il ne nous est pas licite de prier sinon en suivant la forme que Dieu nous a dictĂ©e par sa Parole, que tout ce que les hommes ont imaginĂ© de l’intercession des Saints trĂ©passĂ©s, n’est qu’abus et fallace de Satan, pour faire dĂ©voyer les hommes de la forme de bien prier. Nous rejetons aussi tous autres moyens que les hommes prĂ©sument avoir pour se racheter envers Dieu, comme dĂ©rogeant au sacrifice de la mort et passion de JÉSUS-CHRIST. Finalement nous tenons le Purgatoire pour une illusion procĂ©dĂ©e de cette mĂŞme boutique; de laquelle sont aussi procĂ©dĂ©s les vĹ“ux monastiques, pèlerinages, dĂ©fenses du mariage, et de l’usage des viandes, l’observation cĂ©rĂ©monielle des jours, la Confession Auriculaire, les Indulgences, et toutes autres telles choses par lesquelles on pense mĂ©riter grâce et salut. Lesquelles choses nous rejetons non seulement pour la fausse opinion du mĂ©rite qui y est attachĂ©e, mais aussi parce que ce sont inventions humaines, qui imposent joug aux consciences.

25. Or, parce que nous, ne jouissons de JÉSUS-CHRIST que par l’Évangile, nous croyons que l’ordre de l’Église, qui a Ă©tĂ© Ă©tabli en son autoritĂ©, doit ĂŞtre sacrĂ© et inviolable, et partant que l’Église ne peut subsister sinon qu’il y ait des Pasteurs qui aient la charge d’enseigner, lesquels on doit honorer et Ă©couter en rĂ©vĂ©rence quand ils sont dĂ»ment appelĂ©s, et exercent fidèlement leur office. Non pas que Dieu soit attachĂ© Ă  telles aides ou moyens infĂ©rieurs, mais parce qu’il lui plaĂ®t nous entretenir sous telle bride. En quoi nous dĂ©testons tous fantastiques, qui voudraient bien, en tant qu’en eux est, anĂ©antir le Ministère et PrĂ©dication de la Parole de Dieu et des Sacrements.

26. Nous croyons donc que nul ne se doit retirer Ă  part, et se contenter de sa personne; mais tous ensemble doivent garder et entretenir l’unitĂ© de l’Église, se soumettant Ă  l’instruction commune, et au joug de JÉSUS-CHRIST; et ce en quelque lieu oĂą Dieu aura Ă©tabli un vrai ordre de l’Église, encore que les Magistrats et leurs Ă©dits y soient contraires, que tous ceux qui ne s’y rangent, ou s’en sĂ©parent, contrarient Ă  l’ordonnance de Dieu.

27. Toutefois nous croyons qu’il convient discerner soigneusement, et avec prudence, qu’elle est la vraie Église; parce que par trop on abuse de ce titre. Nous disons donc suivant la Parole de Dieu, que c’est la compagnie des fidèles, qui s’accordent Ă  suivre cette Parole, et la pure Religion qui en dĂ©pend, et qui profitent en elle tout le temps de leur vie, croissant et se confirmant en la crainte de Dieu, selon qu’ils ont besoin de s’avancer et de marcher toujours plus outre. MĂŞme quoiqu’ils s’efforcent, qu’il leur convient avoir incessamment recours Ă  la rĂ©mission de leurs pĂ©chĂ©s, nĂ©anmoins nous ne nions point que parmi les fidèles il n’y ait des hypocrites et rĂ©prouvĂ©s, desquels la malice ne peut effacer le titre d’Église.

28. Sous cette crĂ©ance nous protestons que lĂ  oĂą la Parole de Dieu n’est reçue, et oĂą on ne fait nulle profession de s’assujettir Ă  elle, et oĂą il n’y a nul usage des Sacrements: Ă  parler proprement, on ne peut juger qu’il y ait aucune Église. Partant nous condamnons les assemblĂ©es de la PapautĂ©, vu que la pure vĂ©ritĂ© de Dieu en est bannie, èsquelles les Sacrements sont corrompus, abâtardis, falsifiĂ©s, ou anĂ©antis du tout; et èsquelles toutes Superstitions et Idolâtries ont la vogue. Nous tenons donc que tous ceux qui se mĂŞlent en tels actes, et y communiquent, se sĂ©parent et retranchent du Corps de JÉSUS-CHRIST. Toutefois, parce qu’il reste encore quelque petite trace d’Église en la PapautĂ©, et mĂŞme que la substance du BaptĂŞme y est demeurĂ©e, joint que l’efficace du BaptĂŞme ne dĂ©pend pas de celui qui l’administre, nous confessons ceux qui y sont baptisĂ©s n’avoir besoin d’un second BaptĂŞme. Cependant Ă  cause des corruptions qui y sont, on n’y peut prĂ©senter les enfants sans se polluer.

29. Quant est de la vraie Église, nous croyons qu’elle doit ĂŞtre gouvernĂ©e selon la Police que notre Seigneur JÉSUS-CHRIST a Ă©tablie: C’est qu’il y ait des Pasteurs, des Surveillants et Diacres, afin que la pure doctrine ait son cours, que les vices soient corrigĂ©s et rĂ©primĂ©s, et que les pauvres et tous autres affligĂ©s soient secourus en leurs nĂ©cessitĂ©s; et que les assemblĂ©es se fassent au nom de Dieu, èsquelles grands et petits soient Ă©difiĂ©s.

30. Nous croyons tous vrais Pasteurs, en quelque lieu qu’ils soient, avoir mĂŞme autoritĂ© et Ă©gale puissance sous un seul chef, seul souverain et seul universel ÉvĂŞque JÉSUS-CHRIST; et pour cette cause, que nulle Église ne doit prĂ©tendre aucune domination ou seigneurie sur l’autre.

31. Nous croyons que nul ne se doit ingĂ©rer de son autoritĂ© propre pour gouverner l’Église, mais que cela se doit faire par Ă©lection, en tant qu’il est possible et que Dieu le permet. Laquelle exception nous ajoutons notamment, parce qu’il a fallu quelque fois, et mĂŞme de notre temps, (auquel l’Ă©tat de l’Église Ă©tait interrompu) que Dieu ait suscitĂ© des gens d’une façon extraordinaire pour dresser l’Église de nouveau, qui Ă©tait en ruine et dĂ©solation. Mais quoi qu’il en soit, nous croyons qu’il se faut toujours conformer Ă  cette règle, Que tous Pasteurs, Surveillants et Diacres aient tĂ©moignage d’ĂŞtre appelĂ©s Ă  leur office.

32. Nous croyons aussi qu’il est bon et utile, que ceux qui sont Ă©lus pour ĂŞtre Superintendants, avisent entre eux quel moyen ils devront tenir pour le rĂ©gime de tout le corps, et toutefois qu’ils ne dĂ©clinent nullement de ce qui nous en a Ă©tĂ© donnĂ© par notre Seigneur JÉSUS-CHRIST. Ce qui n’empĂŞche point qu’il n’y ait quelques Ordonnances particulières en chaque lieu, selon que la commoditĂ© le requerra.

33. Cependant nous exclurons toutes inventions humaines et toutes Lois qu’on voudrait introduire sous ombre du service de Dieu, par lesquelles on voudrait lier les consciences; mais seulement recevons ce qui fait et est propre pour nourrir concorde, et tenir chacun depuis le premier jusques au dernier en obĂ©issance. En quoi nous avons Ă  suivre ce que notre Seigneur JÉSUS a dĂ©clarĂ© quant Ă  l’excommunication; laquelle nous approuvons et confessons ĂŞtre nĂ©cessaire avec toutes ses appartenances.

34. Nous croyons que les Sacrements sont ajoutĂ©s Ă  la Parole pour plus ample confirmation, afin de nous ĂŞtre gages et mĂ©reaux de la grâce de Dieu, et par ce moyen aider et soulager notre foi, Ă  cause de l’infirmitĂ© et rudesse qui est en nous; et qu’ils sont tellement signes extĂ©rieurs, que Dieu opère par eux en la vertu de son Esprit, afin de ne nous y rien signifier en vain; toutefois nous tenons que toute leur substance et vĂ©ritĂ© est en JÉSUS-CHRIST; et si on les en sĂ©pare, ce n’est plus rien qu’ombrage et fumĂ©e.

35. Nous en confessons seulement deux, communs Ă  toute l’Église, desquels le premier, qui est le BaptĂŞme, nous est donnĂ© pour tĂ©moignage de notre adoption; parce que lĂ  nous sommes entĂ©s au Corps de CHRIST, afin d’ĂŞtre lavĂ©s et nettoyĂ©s par son Sang, et puis renouvelĂ©s en saintetĂ© de vie par son Saint Esprit. Nous tenons aussi, bien que nous ne soyons baptisĂ©s qu’une fois, que le profit qui nous est lĂ  signifiĂ© s’Ă©tend Ă  la vie et Ă  la mort, afin que nous ayons une signature permanente, que JÉSUS-CHRIST nous sera toujours justice et sanctification. Or bien que ce soit un Sacrement de Foi et de PĂ©nitence, nĂ©anmoins parce que Dieu reçoit en son Église les petits enfants avec leurs Pères, nous disons que par l’autoritĂ© de JÉSUS-CHRIST les petits enfants engendrĂ©s des fidèles doivent ĂŞtre baptisĂ©s.

36. Nous confessons que la sainte Cène (qui est le second Sacrement) nous est tĂ©moignage de l’union que nous avons avec JÉSUS-CHRIST; d’autant qu’il n’est pas seulement une fois mort et ressuscitĂ© pour nous, mais aussi nous repaĂ®t et nourrit vraiment de sa chair et de son Sang, Ă  ce que nous soyons un avec lui, et que sa vie nous soit commune. Or bien qu’il soit au Ciel jusques Ă  ce qu’il vienne pour juger tout le monde; toutefois nous croyons que par la vertu secrète et incomprĂ©hensible de son Esprit il nous nourrit et vivifie de la substance de son Corps et de son Sang. Nous tenons bien que cela se fait spirituellement, non pas pour mettre au lieu de l’effet et de la vĂ©ritĂ©, imagination ni pensĂ©e; mais d’autant que ce mystère surmonte en sa hautesse la mesure de notre sens, et tout ordre de nature. Bref, pour ce qu’il est cĂ©leste, ne peut ĂŞtre apprĂ©hendĂ© que par Foi.

37. Nous croyons (ainsi qu’il a Ă©tĂ© dit) que tant en la Cène qu’au BaptĂŞme, Dieu nous donne rĂ©ellement et par effet ce qu’il y figure. Et partant nous conjoignons avec les signes la vraie possession et jouissance de ce qui nous est lĂ  prĂ©sentĂ©. Et par ainsi, tous ceux qui apportent Ă  la table sacrĂ©e de CHRIST une pure foi comme un vaisseau, reçoivent vraiment ce que les signes y testifient; c’est que le Corps et le Sang de JÉSUS-CHRIST ne servent pas moins de manger et boire Ă  l’âme, que le Pain et le Vin font au Corps.

38. Ainsi nous tenons que l’eau Ă©tant un Ă©lĂ©ment caduc, ne laisse pas de nous testifier en vĂ©ritĂ© le lavement intĂ©rieur de notre âme au Sang de JÉSUS-CHRIST, par l’efficace de son Esprit, et que le Pain et le Vin nous Ă©tant donnĂ©s en la Cène nous servent vraiment de nourriture spirituelle, d’autant qu’ils nous montrent comme Ă  l’Ĺ“il, la chair de JÉSUS-CHRIST nous ĂŞtre notre viande, et son sang notre breuvage. Et rejetons les Fantastiques et Sacramentaires, qui ne veulent point recevoir tels signes et marques, vu que notre Seigneur JÉSUS prononce, Ceci est mon Corps, et Cette Coupe est mon Sang.

39. Nous croyons que Dieu veut que le monde soit gouvernĂ© par Lois et Police, afin qu’il y ait quelque bride pour rĂ©primer les appĂ©tits dĂ©sordonnĂ©s du monde. Et ainsi, qu’il a Ă©tabli les Royaumes, RĂ©publiques, et toutes autres sortes de PrincipautĂ©s, soit hĂ©rĂ©ditaires ou autrement et tout ce qui appartient Ă  l’Ă©tat de justice, et en veut ĂŞtre reconnu Auteur; Ă  cette cause il a mis le glaive en la main des Magistrats pour rĂ©primer les pĂ©chĂ©s commis non seulement contre la seconde Table des Commandements de Dieu, mais aussi contre la première. Il faut donc Ă  cause de lui, que non seulement on endure que les SupĂ©rieurs dominent, mais aussi qu’on les honore et prise en toute rĂ©vĂ©rence, les tenant pour ses Lieutenants et Officiers, lesquels il a commis pour exercer une charge lĂ©gitime et sainte.

40. Nous tenons donc qu’il faut obĂ©ir Ă  leurs Lois et Statuts, payer Tributs, ImpĂ´ts, et autres devoirs, et porter le joug de sujĂ©tion d’une bonne et franche volontĂ©, encore qu’ils fussent infidèles, moyennant que l’Empire souverain de Dieu demeure en son entier. Ainsi nous dĂ©testons ceux qui voudraient rejeter les SupĂ©rioritĂ©s, mettre communautĂ© et confusion de biens, et renverser l’ordre de la justice.

FIN.


Extrait d'un psautier huguenot du 19e siècle.